Quand je faisais mes études de sciences politiques (au siècle dernier), j’ai appris que « la systémique » est une théorie des organisations qui en étudie le fonctionnement en tant que système de relations complexes entre différents acteurs et sous-systèmes. Voilà ce dont je me souviens ; je vous renvoie à l’article de Wikipédia sans doute incomplet mais qui vous en dira plus.
À l’époque de mes études, l’approche était considérée comme plutôt novatrice, notamment pour comprendre pourquoi les politiques publiques fonctionnaient (ou pas). Ces derniers temps, l’adjectif « systémique » prend une place considérable dans le vocabulaire médiatique, notamment en ce qui concerne les violences aux enfants, d’abord dans le périscolaire, puis dans l’ensemble de la société.
En utilisant ce terme, chacun cherche à trouver des solutions globales là où le pouvoir politique a plutôt tendance à sanctionner des lampistes. En ce sens, cette référence à l’existence d’un fonctionnement de type systémique est fort judicieuse. Par contre, ce qui me fait sourire, c’est qu’on l’applique plus à des sous-systèmes qu’au système lui-même. Autrement dit, de quel système parlons-nous ?
Cela fait très longtemps que les révolutionnaires et anarchistes de bazar (ou de comptoir, comme on veut) attaquent le système, sans forcément le définir, donc sans grand succès. Si l’on applique cela au périscolaire, on peut ainsi interroger l’ensemble de ses composantes, leurs interactions et tenter l’organisation d’un nouveau système qui épargnerait les enfants ; mais quel sens cela a-t-il si l’on n’interroge pas le système « global », celui qui érige la violence en « système d’oppression » ?
Je remarque ainsi que toutes les personnes et organisations qui dénoncent le caractère systémique de ces violences n’ont pas grand-chose à proposer en termes d’un nouveau système qui pourrait s’en absoudre i.e. ce sont des propositions à la marge qui ne me paraissent pas de nature à modifier profondément l’ordre des choses. Oui, l’ordre des choses.
L’ordre.
Dans nos sociétés démocratiques de plus en plus autoritaires, « le système » (que j’ai nommé « global ») pourrait être défini comme étant l’ordre des choses. Cet ordre est ultra libéral sur le plan économique ; il est capitaliste, il est patriarcal ; et il fonctionne sur des systèmes d’oppression : l’hétérosexisme, le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, le racisme, le validisme… S’attaquer au système du périscolaire, en ne touchant rien à ce système global où la violence faite aux enfants peut être considérée comme un exutoire, comme une petite récompense, notamment pour ses acteurs appartenant aux classes supérieures, comme un « mâle » nécessaire pour garantir un ordre social qui fonctionne à la violence, est caduque.
Autrement dit, je ne vois pas trop en quoi les indignations et les mesures dites « globales » sans l’être seraient en mesure d’un bouleversement car l’ordre n’en sera jamais menacé. Alors, que faire ? Je l’ai dit à propos d’un autre sujet tout autant systémique que seule la révolution prolétarienne est en mesure de casser ce système. L’histoire de ses 150 dernières années me donne tort. J’en ai bien conscience. Alors ? Laissez-moi rêver…