Trois clics

Je suis abonnée à un journal quotidien qui propose à ses lecteurs de participer à des panels ; c’est une institution dans ce journal ; une douzaine de lecteurs posent des questions à une personnalité. Quand j’ai rempli ce questionnaire, j’ai pensé que ça pouvait être l’occasion de parler d’accessibilité ou de révolution prolétarienne. Sait-on jamais ! Occuper l’espace média n’est jamais inutile.
Ce matin, j’ai reçu l’appel d’une dame qui se présente comme y travaillant. Elle me dit être en train de constituer un panel. Elle me précise qu’il s’agit d’interviewer un célèbre animateur de télévision qui publie un livre sur le 7 octobre. Je fais, dans un premier temps, des réponses plutôt évasives afin de savoir exactement ce qu’elle veut. À l’autre bout du fil, j’ai quelqu’un qui, à l’évidence, cherche ce qu’elle doit dire (ou fait autre chose).
Elle me donne le nom de l’animateur ; que j’ai déjà oublié ! Je lui précise que je n’en ai jamais entendu parler et qu’il me semble difficile d’interviewer qui m’est totalement inconnu. Elle me coupe pour répondre :
— Quand on est journaliste, on n’interviewe que des gens que l’on ne connaît pas ! Il suffit de trois clics sur Internet pour en savoir plus.
Je sens qu’il est inutile de faire un commentaire, par exemple que je ne suis pas journaliste. Elle développe son propos sans me laisser parler. Au détour d’une phrase, elle m’indique que cela aura lieu jeudi 21 mai au matin. Nous sommes le lundi 18… Je comprends qu’elle est à la bourre.
J’ai remarqué avec mes permanences pour la Mission de la médiation que beaucoup de personnes disent ne pas avoir honoré un rendez-vous car ils étaient chez le médecin ou à l’hôpital. Je me dis que c’est une bonne excuse car elle n’entendra rien d’autre. Elle insiste quand même, me fait répéter trois fois… et enfin :
— Ah ! Si vous êtes chez le médecin, vous ne pouvez pas…
À moi de la couper.
— Non, madame, je ne peux pas.
Au revoir madame !