Va chez le gynéco ! @49

Un oreiller posé sur un lit d'hôpitalPendant mon court séjour de 24 heures à l’hôpital Saint-Joseph afin que ma cheville cassée-réparée soit libérée de son matériel de soutènement, j’ai rencontré quelques difficultés d’accessibilité, bien sûr, et d’autres ; mais surtout un gros problème… d’oreiller ! Cela n’a l’air de rien un oreiller mais, quand on n’en a pas, cela prend toujours de grandes proportions.
Le brancardier qui m’a installée dans ma chambre au retour de la salle de réveil a troqué les lits sans s’inquiéter de l’oreiller qu’il emportait avec le lit vide. Arrivée sur les lieux pour prendre soin de moi, Sarah a regardé dans le placard… pas d’oreiller. Elle a demandé à l’aide-soignante qui a promis d’en trouver un, puis deux heures plus tard à la dame qui livrait le repas… toujours pas d’oreiller avec comme argument que c’était la faute au brancardier qui aurait dû me laisser celui du lit qu’il a emporté et qu’il n’y a aucun lit vide où en prendre un.
J’ai profité du passage de l’infirmière de nuit pour redemander. Elle a délégué à l’aide-soignante… et j’ai fini par me fabriquer un oreiller avec ma chemise d’hôpital, ma serviette de toilette et la petite laine que j’avais apportée. J’étais mal installée, ce qui me vaut, en plus certainement d’un souci de relâchement cervical pendant l’anesthésie générale, d’avoir un mal de haut du dos dont mon kiné peine à venir à bout.
Au petit matin, lors du service de petit-déjeuner, la dame s’exclame :
— Mais vous n’avez pas d’oreiller !
J’explique. La dame me dit que c’est « n’importe quoi » pile quand l’aide-soignante entre (une autre que la veille). Discussion entre les deux femmes : l’aide-soignante hausse le ton reprenant les arguments de ses collègues, l’autre n’insiste pas et part. Quand elle revient récupérer mon plateau, elle a un magnifique oreiller entre les mains :
— Il suffit de regarder dans le bon placard !
Je la remercie chaudement, on ricane de concert sur les choses simples qui prennent parfois de grandes proportions. Trois heures plus tard, je quitte l’hôpital pour rentrer chez moi. Je n’en aurai donc guère profité, de cet oreiller ! Quant à mes autres soucis, je crois que je n’en dirai rien. Je ne voudrais pas médire de ce bel hôpital qui prend toujours grand soin de moi, même si parfois c’est bien compliqué.
— Pire que l’oreiller ?
Caddie !

Pucer @62

Message de sécurité de Gmail demandant de valider que l'on est l'auteur d'une autorisaiton.Le compte mail de maman est programmé pour que je reçoive ses alertes de sécurité. Ce matin, une alerte m’informe « XX.edu a désormais accès à votre compte Google associé » ; je vais voir, l’accès a été donné à tous les contacts du compte. J’appelle maman.
— Oui ! c’était pour ma conférence à Berlin ! Je n’allais pas tout lire, j’ai trouvé cette thèse qui… Je n’ai pas compris pourquoi ils me demandaient ça ; j’ai dit oui. Il n’y avait pas d’autre moyen.
— Tu as donc, en toute conscience, donné accès à tes contacts (adresse mail, téléphone, adresse postale, etc.) à quelqu’un que tu ne connais pas.
— Qu’est-ce que tu veux qu’ils en fassent !
— Les vendre, par exemple. Ce qui est gratuit à un prix. Ne te plains-tu pas régulièrement de recevoir des spams ?
— Ah ?
— Et s’ils t’avaient demandé ton numéro de carte bleue ?
— Ah non ! Tu sais bien que je fais très attention.
— Tu accordes donc plus de soin à la protection de ton argent qu’à celle des 535 personnes qui sont dans ton carnet d’adresses ?
— Mais non !
— Tu as pourtant, en toute conscience, porté atteinte à leur vie privée pour obtenir une thèse.
— J’en avais besoin…
— Et tu n’as pas reçu d’alerte de sécurité ?
— Si, je l’ai mise à la poubelle…
Je n’ai pas eu le cœur de lui expliquer que le fichier pouvait être vérolé, c’est si peu un virus informatique comparé à une conférence à Berlin ! Cela n’aurait de toute façon servi à rien et son IOS veille… j’espère.

Ailleurs @45

Helgant en pension fait connaissance d'autres chiens.Ayé, c’est les vacances ! Elles commencent pour moi par quelques jours dans une autre capitale européenne. Pendant ce temps, Helgant sera en pension, celle où il est déjà allé. J’ai plus de mal que les autres fois à ne pas être avec lui quelques jours, tout en me disant que cela lui fera du bien de voir plein d’autres chiens.
Récemment, j’ai plusieurs fois vu sa vétérinaire. Je lui dis que Helgant va aller en pension, puis « On part ensemble. » Elle réagit tout de suite par « C’est mignon. » en souriant. J’avoue que l’expression m’est venue toute seule tant effectivement c’est comme cela que je le vis. Et j’ai hâte de partir avec lui me reposer entre mer et campagne après avoir profité d’un séjour en excellente compagnie amicale dans une autre ville.
Et durant ces vacances « ensemble », Helgant et moi fêterons les deux ans de son adoption. Encore une occasion de me dire combien c’était une heureuse décision et une chouette rencontre !

Féminité @12

Copie d'écran du microbiliette Twiter en lien dans le billet. Sur les photos de ce microbillet, on voi des députées en conférence de presse portant une cravate en dépit de leur tenue vestimentaire plus "féminines".J’ai reçu, lors de l’une de mes permanences pour le médiateur de la Ville de Paris, une étudiante sud-coréenne en difficulté. Elle est arrivée dans une très jolie robe grège, le genre blouse ajustée, très « féminine ». À la fin de notre entretien, elle m’a demandé où sont les toilettes.
Je les lui indique. Le temps que je remballe mes affaires, j’entends une altercation entre deux femmes ; l’une accuse l’autre de ne pas avoir tiré la chasse d’eau, la traite de « sale », que c’est « répugnant », etc. Je n’entends que par bribes les réponses de l’autre que je comprends être l’étudiante que j’ai reçue. L’altercation cesse, je m’en vais.
L’escalier d’accès principal me ralentit (je suis en mode postopératoire cheville cassée-réparée-libérée). En bas des marches, une jeune femme, sortie derrière moi, me souhaite une bonne journée. Elle porte un short bleu court et un débardeur rose… Serré dans sa main, un tissu grège vole quand elle balance son bras. Mon étudiante ? Serait-elle venue me voir dans une « tenue correcte » avant d’aller se changer aux toilettes ?
C’est ce que je déduis en souriant de cette métamorphose au nom d’une oppression par le vêtement qui m’afflige. Cendrillon a de beaux jours devant elle ! Cela me mène au happening des députées Nupes à propos des codes vestimentaires dictés par le masculin. Je vous aime !

Note. Ce n’est pas une certaine nuit du 4 août que l’on a censément aboli les privilèges ?

Résistance @19

Le formulaire qui s'ouvre sur la téléprocédure déclarer un viol en ligne : "Dialoguer avec la police Vous êtes victime ou témoin de faits de violence conjugale, sexuelle ou sexiste ? Dialoguez avec une policière ou un policier." puis une fenêtre de Chat demdande "comment puis-je vous aider ?"La veille de l’opération programmée de ma cheville cassée-réparée (pour retirer le matériel), j’étais un peu tendue (j’avoue !) Je travaillais sur des billets. Mon téléphone sonne. Une voisine. Elle m’a déjà parlé de sa fille, victime de violences conjugales ; j’avais suggéré le 3919, insisté pour que cette jeune femme porte plainte. Le sujet revient. La jeune femme s’est réfugiée chez ses parents, elle a peur. Je parle de nouveau de la plainte, indiquant qu’il faut absolument la protéger…
— Mais l’appartement ? Il ne va pas garder l’appartement ! J’ai tout fait dedans. La police va nous le donner ?
Je m’emballe, sans trop, expliquant qu’on s’en fout de l’appartement, que sa fille est en danger, qu’on doit la protéger… Les questions fusent : que va faire la police ? où elle va habiter ? et lui, il va être arrêté ? Je réponds au mieux, j’insiste sur l’aide proposée par le 3919 ; la voisine me parle de coups, d’humiliations, d’interdictions de sortir… « Il est fou ! », « Il fait peur ! », « Il faut qu’il arrête ! » « La police est obligée de venir chez nous ? » Je réponds encore, espérant vaincre les dernières résistances vis-à-vis de la plainte.
Je cherche sur le Net en même temps que l’on se parle et découvre que l’on peut saisir la police en ligne pour viol et agression sexuelle. J’ose dire le plus difficile.
— En plus des coups, s’il a violé votre fille, c’est un crime. Un mari n’a pas le droit de violer sa femme…
— Il y a ça…
Le soupir est tellement lourd. Il me fait encore mal, quelques jours plus tard. Autant dire que l’opération de ma cheville, au milieu de tout ça ! Le surlendemain, la voisine me rappelle.
— Elle a vu la police ; elle a tout dit.
J’en aurais sauté de joie tant je sais combien c’est difficile. Maintenant, il ne reste plus à la police et à la justice qu’à faire correctement leur travail pour protéger cette jeune femme. Hardi !

Décroissance @80

Je ne peux pas dire que j’ai un mode de vie décroissant. Et j’en ai bien conscience sur certains aspects de ma vie. Pour autant, sur d’autres, je suis plutôt dans cette voie. Par exemple, je choisis de plus en plus d’acheter des vêtements particulièrement durables.
Et depuis quelque temps, j’ai décidé de trier mes anciens cours, de la presse, des documents divers, les livres, mes vêtements… Je passe de moins en moins par des systèmes de don direct entre personnes, qui demande du temps comme de l’énergie, parfois pour que les personnes ne se présentent pas.
J’ai découvert la ressourcerie de mon quartier. Tout y est bien valorisé pour une revente à prix modique. J’ai aussi découvert une boîte à livres dans laquelle j’ai envie de laisser magazines et ouvrages. Souvent, ces boîtes sont en plein vent, beaucoup prennent la pluie et ce qui est dedans s’abîme, ou s’empile anarchiquement jusqu’à tomber à l’extérieur. Cette fois, c’est une association de quartier qui en prend soin. Elle est très bien placée et il n’est pas rare quand je passe devant que je voie des personnes prendre et déposer.
C’est devenu un de mes tours de quartier que de passer à la ressourcerie et à la boîte à livres. Je fais ainsi du vide petit à petit. C’est lent, car parfois je me décide à lire ce qui était en attente ou à relire un roman apprécié il y a longtemps avant de me décider à m’en séparer. Et tout cela me fait du bien. Cela me permet de me sentir plus légère.
J’ai décidé de partir en vacances avec des livres, non pas de bibliothèque municipale comme souvent, mais des livres de ma bibliothèque que je pourrai déposer après mes lectures dans des boîtes à livres ici ou là. Une autre manière de partager et de s’alléger.

Fenêtres @28

Reproduction de l'avis de passage où on lit difficilement la date, le 26 juillet.Je me prépare à sortir. On sonne. J’ouvre.
— Bonjour madame, c’est pour l’entretien des chaudières.
— Bonjour, ce n’est pas aujourd’hui, c’est demain matin.
— Non madame, c’est aujourd’hui. [ton très sûr de lui]
— Eh bien, sur mon carton, il est indiqué que c’est demain matin.
Il regarde son porte-notes.
— Non, c’est bien le 25 après-midi et le 25, c’est aujourd’hui.
Il lève le menton, l’air de défi. Je vais chercher le carton que j’avais fort heureusement conservé. Je le tends au chauffagiste. Il lit avec difficultés ; pour ma part, j’avais dû demander à mon gardien, car même avec le compte-fils je n’arrivais pas à lire tellement c’est mal imprimé.
Il va pour me rendre le carton, se ravise et y lit autre chose.
— Ah ! [ton satisfait du gars qui a résolu l’énigme] mais ça, c’est la convocation pour madame Jung [prononcer June] !
— En effet, je suis madame Jung.
— Vous êtes sûre ? [sans rire, toujours aussi sûr de lui]
— Oui monsieur, je suis sûre que je suis madame Jung.
— Mais on est bien à l’appartement X ! [affirmatif, bien sûr]
— Non monsieur, vous êtes à l’appartement Y !
Il me rend le carton, s’excuse très modestement et s’en va. Quand je vous dis que je crains toujours la suffisance des chauffagistes ! Suspense pour demain.

Élections @35

Cart de la 11e circonscription, anotée pour créer des zones.Pendant la campagne électorale dont je vous ai parlé, j’ai cherché des moyens de propagande qui permettent de rendre très visible notre candidate, puissent s’adapter en temps réel à la mobilisation (les circonstances rendaient impossible toute prévision du nombre de personnes présentes sur chaque action) et soient compatibles avec des températures particulièrement estivales.
Sont ainsi nées les « maraudes militantes » (ou « balade », le nom n’a pas été définitif) : un point de départ ; un éparpillement proportionnel au nombre de militants présents ; des parcours empruntant les espaces verts ou ombragés. Souvent, ces actions étaient couplées à un marché, un pied d’immeuble, un porte-à-porte, une sortie de supermarché… Il y a eu des couacs, bien sûr mais j’étais contente de cette solution qui a permis une grande visibilité à notre campagne autant qu’une mobilisation « à la carte » si chère à la politique « moderne ».
Parmi ces couacs, un m’a marquée ; et blessée (et a donné lieu à ce microbillet Twitter). J’ai expliqué dans un autre billet que chacun avait été informé de ma déficience visuelle. Parmi ces « informés », des élus de mon arrondissement soutiens de la campagne, d’autant plus informés que je les ai régulièrement sollicités (en vain) sur ces sujets depuis qu’ils sont élus. Ce jour-là, le rendez-vous était fixé à la fin d’un marché. Nous étions une bonne quinzaine, dont trois élus (et non des moindres), de quoi nous éparpiller. Je suggère deux axes principaux, et entame l’un avec quelques militants. Nous sommes arrêtés par des balayeuses. On attend, on repart et… Plus personne. Je cherche des yeux (qui, pour rappel, ont une portée maximale de cinq à dix mètres selon ce que je cherche). Personne.
Je décide donc d’attendre sur un banc le retour d’un militant parti chercher des tracts pour faire du réassort. J’envoie un texto à l’une des élues pour dire que je les ai perdus (sic). La réponse vient 45 minutes plus tard sous la forme d’un appel.
— On est rue… ? Tu es où ?
— Pour que nous soyons à égalité, je ne te le dirai pas. Je ne te vois pas à dix mètres. Tu ne sauras donc pas où je suis.
La dame a raccroché fâchée (moins que moi, sans doute), m’a promis plus tard une explication qui n’est jamais venue et tout ce joli monde a continué ses relations avec moi en mode contemption validiste, sans excuses, sans jamais modifier leur manière d’être, sans jamais faire acte d’adaptation. La campagne est terminée. Les liens sont rompus. Pour qui ferai-je campagne, la prochaine fois ? Pas pour eux, c’est sûr ; et si je suis contrainte par les alliances électorales de faire avec, j’irai peut-être un peu plus loin tant il n’est plus question pour moi de me compromettre avec des personnes qui me méprisent, fussent-elles mes alliés politiques. Qu’on se le dise !

Vérité syndicale @43

Caddie en galante compagnie, une poussette de marché noir et blanche comme lui, en mode zigzag pour elle, vache pour lui, en attente près d'une caisse. près des Ode XVII
Pierre de Ronsard, juillet 1545.

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las las ses beautez laissé cheoir !
O vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Charité @24

Un déambulaeur quatre roues, indiqué à 89 euros.À l’occasion de l’un de mes allers-retours entre ma villégiature et mon appartement pendant mes vacances dans le 19e, j’ai croisé à quelques centaines de mètres de chez moi une vieille dame agrippant une poussette de marché à deux roues. Elle était à côté d’un passage piéton qui ne présentait aucun danger, mais semblait figée. J’ai traversé, me suis ravisée et l’ai interpellée de loin pour ne pas l’inquiéter.
— Bonjour madame ! Comment allez-vous ? Avez-vous besoin d’aide ?
Je m’approche d’elle, sans trop. D’une voix plutôt faible, elle me demande de l’aider à traverser, qu’elle a peur. Elle prend mon bras et s’y agrippe avec la force de ceux qui trouvent une bouée de secours dans un grand moment de péril. Je lui parle le plus chaleureusement possible, je lui dis que je vis dans le quartier et lui donne le nom de ma rue, tout ce qu’il faut pour la rassurer.
Passé le passage piéton, elle me dit qu’elle va à la pharmacie, ne sachant pas si elle est ouverte. Nous sommes le 15 juillet, il est 9 heures du matin. Je lui propose de l’accompagner, elle ne dit pas non. J’essaye de papoter un peu avec elle, je lui parle de Paris en compagnie, ces volontaires qui aident les personnes âgées dans leurs déplacements de proximité. On lui a déjà envoyé des bénévoles, mais ils en manquent… Elle me dit avoir des aides à domicile, mais qu’elles ne veulent rien faire, et surtout pas sortir avec elle pour les courses. Je sais cela, la division des tâches sévit aussi dans les aides humaines.
On arrive à la pharmacie. La vieille dame s’installe sur un tabouret qui est là, près de l’entrée. Je chausse mon masque et vais voir la pharmacienne qui est derrière son comptoir avec une autre personne. Je lui explique avoir croisé cette dame qui voulait venir à la pharmacie en lui précisant que sans doute elle la connaît…
— Oh oui ! Elle veut toujours venir alors qu’elle a ses médicaments. Qu’est-ce qu’elle a besoin de sortir ?
Le ton n’est pas empathique, il n’est pas aimable non plus. Jouant l’obséquiosité (ça marche souvent mieux que la colère), je compatis auprès de cette gentille pharmacienne, indiquant que je sais que c’est compliqué pour elle car sans doute il va falloir raccompagner la vieille dame, que ce n’est pas son rôle, m’excusant presque d’avoir aidé cette personne…
— Oui ! Je ne peux pas fermer la pharmacie comme ça !
Je suggère de commander un déambulateur digne de ce nom qui lui permettrait de s’appuyer correctement plutôt que cette poussette de marché que Caddie lui-même reconnaît comme instable. Peut-être peut-elle en prendre l’initiative, surtout si elle connaît son médecin qui lui enverra volontiers une ordonnance… La pharmacienne ne me dit pas grand-chose, à part se plaindre de son propre sort, sans aucun mot aimable pour cette vieille dame, à part un soupir de désespoir assorti de…
— Il faut qu’elle se fasse aider !
Quand je lui demande ce qu’elle pense de ma suggestion d’un déambulateur, elle me répond dans un autre soupir :
— Je ne pense plus, madame.
Je prends congé. Je sais que les professionnels de santé ont beaucoup souffert ces dernières années et que cette pharmacienne, comme beaucoup d’autres, est forcément très engagée auprès de ses clients. Je dis bien « client », car cette « praticienne » s’est comportée comme une (mauvaise) commerçante. Quant à cette vieille dame que j’ai accompagnée jusque-là, ce n’est peut-être pas un modèle de bienveillance ou de gentillesse. Les propos qu’elle a tenus sur les aides ménagères avaient un petit relent de mépris.
Est-ce une raison pour la planter sur son trottoir et ne pas prendre en considération sa demande, ce 15 juillet, et son envie de sortir alors que « il n’y a plus personne et pas beaucoup de commerces. » J’ai en tout cas de la peine pour elle car, en dépit d’un système de prise en charge qui avait l’air d’être en place, elle était seule, ou elle se sentait seule. Je ne sais pas. Elle n’a pas arrêté de me dire qu’elle avait peur. Mon impuissance est à l’aune de ma colère, de mon dépit aussi. Mais je refuse qu’une pharmacienne me fasse le reproche d’avoir accompagné jusque dans son officine une vieille dame qui sans doute avait simplement envie de sortir. N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on recommande à toutes les personnes âgées, de sortir ?
Je ne sais pas en fin de compte laquelle des deux je plains le plus. Peut-être pas cette vieille dame qui a osé sortir même si elle avait peur ; plus cette digne représentante de la gent épicière qui semble avoir perdu son humanité derrière son comptoir blindé de poudres de perlimpinpin qu’elle vend à vil prix à ses clients.
— Pétasse !
Caddie ! On ne dit pas ça.
— Quoi d’autre ?
… Conasse ?

Note. En illustration, le prix de la liberté !