Carton rouge et ceinture noire

Un joueur de l’équipe nationale américaine a écopé d’un carton rouge en 16e de finale de la Coupe du monde de football. Contrarié, le président des États-Unis d’Amérique a appelé le président de la FIFA ; celui-ci a annulé l’exclusion du joueur pour les huitièmes de finale. La Belgique, adversaire des États-Unis en huitième de finale, a lavé l’affront à l’application de la règle en battant les États-Unis 4 buts à 1.
Que le président de la première puissance mondiale s’adonne à ce genre de pratique n’a surpris personne. Que le président de la FIFA ait cédé à la demande de son ami américain n’a pas surpris grand monde. L’indignation, bien sûr, est générale mais, sans réelle surprise, le joueur incriminé faisait partie des titulaires sur la feuille de match.

Il y a une bonne dizaine d’années, un partenaire de judo présentait un kata pour un passage de grade à la FFJDA. Le jury a considéré que sa prestation n’était pas suffisante pour lui accorder le bénéfice de ce kata. Apprenant cela, un haut gradé, professeur de cet ami, a modifié la décision du jury et validé le kata. Qu’il le fasse n’a surpris personne. Et que ce partenaire accepte cette tricherie n’a, semble-t-il, surpris que moi.
Je lui ai posé la question de savoir s’il trouvait acceptable de valider son kata de cette manière. Il a botté en touche (un point commun entre le judo et le football), certes gêné mais conservant le bénéfice de cette validation.
Depuis, ce haut gradé, qui n’en était pas à son coup d’essai, a été pris la main dans le sac de bonbons et exclu d’un certain nombre d’instances. Cela ne l’empêche pas, en sous-main, d’essayer d’influencer des décisions. Dans ce que je sais, il y arrive de moins en moins.

Si je fais ce parallèle, c’est parce que je me demande comment un sportif peut accepter pour lui-même de tirer bénéfice d’une règle bafouée. Il y a des tricheurs, bien sûr ; mais les deux sportifs auxquels je fais référence n’ont pas triché. C’est quelqu’un qui a triché à leur place, presque en leur nom, pour satisfaire l’ego d’un président ou d’un haut gradé.
C’est bien cela qui m’intrigue : comment peut-on accepter d’être mêlé à ces excès de pouvoir juste pour jouer un match ou passer un grade de judo ? Je sens vos sourires dubitatifs m’accabler ; désolée, mais je ne me ferai jamais à cette médiocrité crasses.