Archives mensuelles : juillet 2014

Savoir @15

Shakespeare l’étoffe du mondeDe passage près de Moulins, je me suis laissé tenter par une visite du Centre national du costume de scène. Ce n’est pas forcément un domaine qui m’intéresse, mais j’ai eu envie de découvrir ce lieu dont j’avais entendu parler et de voir l’exposition Shakespeare, l’étoffe du monde dont l’affiche était prometteuse. Je fus comblée. Dans une ancienne caserne, le Centre occupe des locaux pour conserver des costumes et les présenter dans des expositions temporaires. Une collection Noureev occupe une partie des espaces avec des présentations par roulement du dépôt de l’artiste. L’autre partie accueille l’univers shakespearien. Je me suis alors laissé emporter par une très belle scénographie, des vêtements de très belle facture, une mise en lumière des œuvres de grande qualité. En me laissant une chance d’être conquise sans un intérêt particulier, au final, j’ai passé un très bon moment.

Adieux… @13

MouchoirsJ’ai eu un gros rebond de larmes trois semaines après la mort de ma-Jeanine, rebond provoqué par la reproduction d’une situation où elle aurait dû être là, et qu’elle aimait particulièrement. Une âme bien intentionnée, témoin de mon chagrin, m’a écrit plus tard « Jeanine n’aimerait pas que tu sois triste. » Ah bon ? Pour ma-Jeanine, je n’en sais rien (je n’ai pas l’habitude de prêter des intentions aux vivants, encore moins aux morts) mais, pour ce qui me concerne, j’aimerais bien que mes amis soient tristes le jour de ma mort, et même les suivants.
Je veux un beau culte protestant, avec l’Air de la Suite n°4 en ré majeur (la fameuse !) pour commencer et la cantate BWV 147 en final. Pensez ! « Jesus bleibet meine Freude » a été donné au mariage de mes parents puis à l’enterrement de mon père. Si avec ça, mes amis ne pleurent pas à chaudes larmes, c’est à désespérer de la musique baroque. Ensuite, je veux un bel enterrement, avec fleurs et couronnes et le Requiem de Mozart (pas moins !) diffusé dans le cimetière, que les larmes non encore versées puissent arroser ma tombe et en même temps laisser filer un peu de leur chagrin. Quand ils se souviendront de moi ensuite, je veux qu’ils pleurent ou rient selon l’émotion qui vient. Et tristes, oui, ils en ont le droit ; le devoir ? En quelque sorte.
L’émotion qui vient… C’est bien là le sujet, et là que le bât blesse. Car quand on dit « Jeanine n’aimerait pas que… », qu’exprime-t-on d’autre que son propre choix de refouler ses émotions, le triste en apparence, la joie au final. Tant de personnes les considèrent comme l’expression d’une faiblesse, une sorte de lâcheté, parfois. Eh bien, je n’en suis pas, ou plus. J’ai mis dix ans à accepter l’idée qu’il était légitime que la mort de mon père me plonge dans le chagrin alors que je me la jouais « Il a choisi de mourir, papa. Trop fort papa. Pan ! un seul coup de fusil. Je respecte son choix, son courage. Je ne dois pas en être triste. » (Tout est là.)
J’en suis sûre aujourd’hui, ce n’est pas comme cela que cela marche, la mort, le triste, l’amour. Pas pour moi, en tout cas. C’est même tout le contraire. Je ne veux pas refouler mes émotions, ni le chagrin, ni la joie ; les deux vont de pair et ma plus grande force est d’être capable de les éprouver, au plus profond de mon cœur et de les exprimer, sans craindre le jugement d’autrui. Alors quand je souffre, je pleure. Cela en gêne certains. Je le comprends ; mais qu’ils ne prétendent pas me dire comment je dois me comporter et encore moins ce qu’en aurait pensé celle ou celui dont je pleure la perte. Et qu’ils ne se disent pas mes amis car mes amis, eux, ils savent accueillir mes larmes ! Vous n’avez qu’à demander à Isabelle, elle vous dira que ce n’est pas si terrible ! Quoique.
Merci Isabelle. N’oublie pas ; le Requiem !

Note : À la réflexion, merci à cette bonne âme. Écrire ce billet et réécouter ces musiques m’ont fait du bien.

À table ! @12

Pub coca-colaEn rentrant à la maison en cette période de reprise de hostilités entre Israël et Palestine, je vois une des publicités du célèbre soda. La marque a lancé le principe commercial de prénoms imprimés sur les bouteilles. Une nouvelle campagne annonce des centaines d’autres prénoms avec des bouteilles qui « trinquent ». L’une des affiches montre deux bouteilles en référence à la situation géopolitique : Mehdi et Sarah trinquent. En français, les deux sens du verbe s’illustrent alors parfaitement comme un sens littéral et un sens figuré. Drôle de télescopage.

Agit-prop’ @9

Bal cocoJe suis allée, le 13 juillet dernier, au bal populaire organisé par le PCF-Front de gauche de mon arrondissement. J’étais avec Sylvie L, ce qui m’a permis de papoter de-ci de-là, au gré des personnes qu’elle me présentait. Nous sommes ainsi arrivées devant le stand où étaient vendus des livres d’occasion, les publications du parti et quelques objets militants. Le gars qui tenait le stand connaissait Sylvie, aujourd’hui élue EELV. Il tentait de lui vendre une revue.
— Tu vas voir, argue-t-il, on est très écolo.
— Ah ? Mais vous êtes toujours favorable au nucléaire, non ?
Il répond fièrement oui, sans se rendre compte de la portée de sa réponse. Sylvie continue.
— Nous ne pouvons pas être d’accord, alors.
— Mais c’est notre seule différence !
Pour le coup, j’interviens.
— Ah ? Le PC n’est plus marxiste ?
— Bien sûr que si !
— Ce me semble une grande différence avec les Verts, non ? Ils sont traversés par beaucoup de courants idéologiques mais le marxisme, fort peu.
Il en convient et conclut, dépité.
— Nous ne pouvons pas être d’accord, alors ?
Je lui souris.
— Rassurez-vous, il nous reste la convergence des luttes !

Corps @12

Cy Teint de pècheIsabelle nous a récemment mis en garde contre les dangers du maquillage (ici). Je ne me maquille pas plus qu’elle (ouf !) mais, en sortant de la douche après une grosse heure de déroulé sous une pluie battante dimanche 13, je me suis dit que peut-être je faisais pire, côté « soin du corps ». Ce n’est pas vraiment affaire esthétique, plus « ce qui se passe à l’intérieur se voit à l’extérieur ». Je récapitule, de bas en haut.
Huile de massage à l’arnica sur les jambes. Lait pour le corps des genoux aux épaules en évitant la gauche. Huile d’arnica sur l’épaule gauche et un point du deltoïde. Vinaigre de lavande sur les cervicales. Crème de jour sur le visage et l’avant du cou. Crème cicatrisante au coin des lèvres pour faire la peau à un petit bouton. Gel d’arnica sur l’arête du nez pour apaiser une douleur persistante consécutive à un pied qui s’est égaré entre mes deux yeux.
Autre chose ? Non. Hormis un petit-déjeuner à base de flocons d’avoine cuits maison, amandes, banane, abricots frais et dattes sèches. Un litre de tisane en récupération. Et ? Un café. Un peu d’écriture. Des échanges amicaux à gogo. Vous savez désormais d’où je tiens mon teint de pêche et ma forme exemplaire !

Course @26

Ligne d'arrivéeJe ne regarde pas beaucoup le sport à la télévision. Le foot, jamais. Le rugby et le tennis, j’aimais bien quand j’étais étudiante. Les JO d’été, l’athlétisme surtout, quand je tombe sur une retransmission, je m’y intéresse. Par contre, le Tour de France… Ah ! ça, j’aime le Tour de France, me caler une après-midi devant la télé en faisant autre chose, écouter, jeter de temps en temps un œil à l’écran. Je suis bien. J’aime écouter les commentateurs ne rien dire pendant plusieurs heures, entendre les cyclistes parler et éteindre ma télé dès que Gérard Holtz prend l’antenne après la ligne, car lui, j’ai juste envie de lui mettre des baffes (à Nelson Montfort aussi, mais ce n’est pas le sujet).
La ligne… Le temps que les coureurs l’atteignent, il se passe du temps, la pression monte petit à petit, l’intérêt pour les différentes compétitions dans la compétition. 5 km. Je m’installe à 30 cm de ma télévision histoire de bien voir l’écran. Je frémis. J’ai peur. J’encourage (« Allez ! Bravo ! ») Je m’emballe (« Vas-y mon kiki ! ») 1 km. Je respire mal. Je me tends. Je serre les poings. Ça frotte ou ça se poursuit, selon le jour. Enfin, la ligne. Je me lève et… je pleure.
Oui, je ne sais pas pourquoi, quel que soit le coureur qui passe la ligne, je pleure. Et cela fait au moins trente ans que ça dure. C’est la seule compétition qui me déclenche une telle émotion, mélange de joie, de tension qui se libère, d’admiration pour l’effort produit. J’ignore pourquoi. C’est juste comme ça.

Hétéronomie @6

Regards numéro 30« Que signifie être vraiment autonome ?
« Antonella Corsani. Historiquement, on a associé indépendance et autonomie. Cette identité ne fonctionne plus aujourd’hui. En effet, il y a de l’autonomie – bien que prescrite – dans le salariat, et de l’hétéronomie(1) par rapport au marché dans le travail indépendant. »
(1) Fait d’obéir à des lois extérieures.

Regards, numéro 30 Le travail sans les chaînes, rencontre entre Antonella Corsani, sociologue et économiste, Jean-Luc Molins, cadre supérieur à France Télécom, et Stéphane Veyer directeur général de la Coopérative d’activités et d’emploi Coopaname.

Gentil @2

CarottesJe rentre du judo via la ligne 2. La rame est d’un seul tenant, avec des soufflets entre chaque wagon. Chaque entrée de soufflet est encadrée par deux banquettes (une de chaque côté) parallèles à la marche.
Je monte en tête. Tous les sièges sont occupés. J’avance vers le fond de la rame et me résous à manger mes carottes debout dans un soufflet. Sur une des deux banquettes, un homme sirote une bière ; son apparence me porte à surveiller du coin de l’œil (parfaitement !) ses faits et gestes. Sur la banquette d’en face, une jeune fille s’installe. Je vois alors un casque audio par terre, l’homme le ramasse. Je mange deux morceaux de carotte de plus. L’homme se lève, jette son casque au sol entre les deux banquettes et se met à le piétiner avec une rare violence.
Il cogne avec un pied, puis l’autre. C’est impressionnant. Je le regarde, tranquille. Je n’ai étrangement pas peur. Il tangue un instant sous les mouvements du métro et l’alcool, sans doute. Il manque tomber sur la jeune fille assise sur la banquette d’en face. Elle le remet debout, sans inquiétude. Je ne bouge toujours pas. Une station passe, il piétine toujours son casque. Trois morceaux de carotte plus tard, le casque est en miette mais ni la jeune fille ni moi n’avons bougé. Sa violence n’est pas pour nous. C’est une évidence. Il finit par se rasseoir, remercie la jeune fille de l’avoir remis debout. Place de Clichy. Nous descendons tous les trois et le flot des voyageurs nous sépare.
Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que je me demande pourquoi je n’ai pas eu peur. Parce que j’ai senti que sa violence ne pouvait pas se diriger contre moi ? Parce que la jeune fille n’avait pas peur ? Et qu’est-ce qui fait que j’aurais senti cela avec justesse ? Je ne sais pas.

Vérité syndicale @14

Code du travail DallozJe lis mes notes de droit de la session de juin. Note la plus basse : 7. Note la plus haute : 15. Épreuves concernées : « Droit des sociétés » et « Relations collectives de travail ». Je pense que je ne vais pas vous étonner beaucoup en vous disant que les notes correspondent respectivement à l’un et l’autre de ces domaines. On ne se refait pas…

Déo @12

sexyÀ l’occasion de ma revue de presse pour Media-G.net, je croise cette phrase de AnnaLynne McCord rapportée par Direct Matin (1er juillet 2014) : « Les femmes ont le droit d’être sexy sans être violées. » J’ignore qui est AnnaLynne McCord (une « star », j’imagine) mais ma réponse vient aussitôt : « On n’a pas besoin d’être sexy pour êre violée. »
J’ajouterai que, même si l’intention de la dame est louable, le fait d’associer « sexy » et « viol » est un cliché qui ne sert pas la cause des femmes. Le viol est un crime qui objectivise les femmes ; c’est une arme de guerre dans les pays en guerre, mais aussi dans les pays en paix car il place les femmes, toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur corps, leur condition sociale, dans une position de victime potentielle qui leur rappelle, justement parce que le viol n’a pas de victime toute désignée, que le mâle domine, qu’elles en sont ontologiquement l’objet.
Et j’ajouterai encore que vouloir que les femmes soient « sexy » est une autre forme de coercition machiste. Ce qui est défini comme « sexy » est culturel, social : c’est aussi un mode d’objectivation, avec le consentement des femmes, cette fois. Dans une société débarrassée de la domination masculine, l’envie d’être « sexy » existerait-elle encore ? Pas si sûr…