Solitude @6

La lune se reflète dans l'eau d'un lacPendant les vacances, j’ai passé une grande partie du temps avec Helgant. J’étais donc seule puisque sans autre bipède à proximité. Cela intrigue souvent les personnes des gîtes que je loue. L’une d’elles m’a demandé si je n’allais pas m’ennuyer seule.
Et là, scandale ! Je n’ai pas le temps de rêvasser qu’il est déjà le soir. Je lis un peu, me promène avec Helgant, nous flânons et le temps file, j’ai à peine un moment pour écrire des billets pour le blog. Sans regarder la télé ou autre distraction chronophage, je n’ai pas la possibilité de m’ennuyer !
Je me demande si je ne devrais pas poser une réclamation, je vais chercher à qui : seule, je ne m’ennuie pas alors que ça devrait être la norme, les promesses ne sont donc pas tenues. Pire, je n’ai même pas le temps de lire tout ce que j’ai apporté ou de marcher des heures. C’est n’importe quoi cet ennui.

Hoax @17

Un feu tricolore masqué par un plastique opaqueEn juin dernier la Ville a remis en service les feux supprimés dans le cadre d’une « expérimentation » qui durait depuis trois ans. D’après mes informations, la décision viendrait « d’en haut » (qui ?) contre l’avis de la mairie du 14e ; je n’en sais guère plus. C’était déjà arrivé une fois (je ne sais plus quand) que les feux fussent remis en service ; mais ils avaient été de nouveau éteints trois jours plus tard, la mairie du 14e indiquant une « erreur liée à une maintenance » dans un article du Parisien.
Je n’ai pas eu envie de remonter au créneau mais, sur le réseau social local, une personne a posé la question ; une autre a évoqué des « accidents graves » récurrents : « des enfants renversés » sur le carrefour en bas de chez moi ; et « une dame avec une jambe écrasée » un peu plus loin. J’avais entendu parler d’un accrochage pendant une manifestation contre ces feux mais rien de plus… En poussant un peu les fauteurs de fake dans leurs retranchements, il a rapidement été établi sur ce réseau que cela n’était que rumeurs instrumentalisées, eux bien sûr n’en convenant pas.
J’ai néanmoins posé la question à la Ville.

« Bonjour, Les feux tricolores avaient été supprimés à plusieurs carrefours de la rue de l’Ouest et de la rue Raymond Losserand (Paris 14). Un sens de circulation a été modifié rue du Château à cette fin (ce qui rend totalement absurde la présence d’un feu sur ce carrefour). Une concertation avait été organisée, des personnes déficientes visuelles s’étaient plaintes de la dangerosité de ces carrefours. Je suis déficiente visuelle; j’ai toujours soutenu la suppression de ces feux ; leur remise en service est délétère, les automobilistes les grillent allègrement. Je me sens plus menacée depuis qu’ils ont été remis en service, qu’elle en est la raison ? Y a-t-il eu des accidents ? Bonne journée ! »

La réponse n’a pas tardé :

« En réponse à votre message et après consultation du service concerné, nous vous informons que ces feux ont été remis en service à la demande de la Maire de Paris sollicitée en ce sens par des associations de personnes mal voyantes. »

Ite missa est.

Déo @34

Ma nouvelle coupeDans tout ce qui peut se dire sur les produits soit présumés ou avérés « d’antan » soit plus sains, bio, ou tout ce que l’on veut, il y en a un qui m’a particulièrement convaincue : c’est le shampoing solide. J’en ai essayé plusieurs, certains me plaisant mieux que d’autres par leur odeur, leur caractère moussant, etc. mais le principe même m’a conquise : disparue la bouteille en plastique, plus de liquide dans les yeux, moins de gaspillage, des économies, moins d’encombrement.
Tout comme j’ai échangé le gel douche contre le savon solide, j’utilise depuis des années un petit pain de shampoing. J’ai encore une bouteille de shampoing liquide de parapharmacie pour un traitement anti-pelliculaire quand de besoin, mais c’est bien rare que je le ressorte.
Je n’ai pas du tout envie à me mettre à en confectionner. Je suis ravie que l’on en trouve de plus en plus. Et si vous ne connaissez pas, je vous invite à essayer.

Gamine @33

Une porte de salle de radiologieLe 12 juillet dernier, après quarante-cinq jours de plâtre, j’avais rendez-vous à l’hôpital Saint-Joseph pour faire une radio et voir le chirurgien. J’avais les pétoches. J’ignorais ce que l’on allait trouver sous le plâtre, l’état des cicatrices, la peau, etc. J’ai demandé à Frédéric s’il pouvait m’accompagner. Il m’a fort gentiment répondu qu’il ne voulait rater ce moment pour rien au monde ! J’étais également un peu inquiète car le plâtre et le fauteuil donnent l’impression que je suis handicapée motrice, alors que mon handicap visuel pour moi prévaut.
Après les formalités d’usage, nous avons investi la salle d’attente de la radio. J’avais demandé à Frédéric de répéter à qui voulait l’entendre que je suis déficiente visuelle, sachant que si c’était moi qui le disais, cela aurait moins de poids. Je n’avais pas pour autant mesuré l’impact final.
Une soignante vient me chercher pour la radio. D’emblée, je sens que l’info « déficiente visuelle » ne joue pas sur son comportement ; elle ne décrit rien, ne m’indique pas où aller, s’inquiétant juste de ma capacité à passer seule sur la table de radio tout en mettant le fauteuil dans le mauvais sens. Je connais bien cette salle de radio. Je m’en arrange. On ressort, elle ne m’adresse la parole que pour une phrase « On envoie le résultat au médecin. » Puis elle s’avance vers Frédéric.
— Vous avez rendez-vous avec le chirurgien ? À Saint-Joseph ? À quelle heure ? Les résultats seront directement transmis… et blabla et blabla…
Nous en étions marris tous les deux et nous sommes interrogés : elle s’adresse à mon « aidant » 1/ parce que je suis handicapée (en l’espèce fauteuil car déficiente visuelle, elle n’a vraiment pas percuté) ; 2/ parce que je suis une femme. J’ai opté pour la première hypothèse, tant j’en ai l’habitude ; Frédéric pour la seconde, tant il en a l’habitude ! Quant à Caddie…
— Un mixte des deux ?
Quel bon prince tu fais !
— Bah non, c’est Frédéric ton bon prince !
Tout à fait. Charmant.

Aïe ! @39

Pendant les vacances, j’ai allumé la télé. Cela fait longtemps que je ne l’avais pas regardée. D’emblée, je suis sont tombée sur BFM TV. En quelques minutes, j’ai eu cette chaîne avec Pascal Praud puis Cnews avec Zemmour, aussi remontés l’un que l’autre.
J’ai cru trouver du positif lors d’une émission se déroulant à la SPA avec un copain de Helgant berger australien, mais il était en fait abandonné par ses maîtres. Puis, j’ai eu droit à de la télé-réalité avec des candidats énervés se dénigrant les uns les autres. Quel concentré de violence ! J’ai tout coupé en espérant ne pas faire de cauchemars.

Fenêtres @27

Mon bailleur, toujours à la pointe de … (on se demande !) a proposé en mai aux locataires de notre un groupe un « accord locatif robinetterie ». Après des décennies de désengagement par l’abandon de certains services et prestations, la mise en sous-traitance de la maintenance et de l’entretien, voilà qu’il nous propose, pour une contribution mensuelle modique, qu’une entreprise fasse une veille sur la plomberie des appartements et intervienne en cas de fuite et autre.
C’est une très bonne idée si l’on considère que ladite société fera son travail (quand on voit la manière dont nos chaudières sont entretenues, on s’interroge) : les « petites fuites » du quotidien coûtent cher en eau et en interventions, autant qu’à long terme, le bâti en souffre. J’avais donc l’intention de signer cet accord (il faut un minimum de locataires pour qu’il soit validé) mais le courrier papier reçu n’était guère lisible.
J’ai donc demandé une version gros caractères, qui m’a été fournie par courrier postal et mail : la police avait gagné quelques points mais pas suffisamment. Avec un scan, je me suis vite rendu compte que ledit contrat, en plus d’être mal rédigé (ses différents objets sont notamment mal désignés, ce qui ouvre à beaucoup de contestations), la version qui m’a été fournie n’était pas la même que celle envoyée à tous ; certaines clauses étaient absentes et elle indiquait un montant maximum de prestation inférieur à celui proposé à mes voisins.
J’ai signalé cela à mon interlocuteur (et à sa hiérarchie) qui a déduit de mon mail que je suis blonde et que je ne comprenais pas les détails du contrat. Gentil, il m’a proposé de me l’expliquer, « en visio ». Cela en dit long sur sa perception de la déficience visuelle et sur sa propre incurie, mon mail établissant la liste des points de nullité dudit contrat. J’ai donc signé cet accord locatif, ravie de sa caducité annoncée… selon mon degré de satisfaction, bien sûr ! J’attends déjà la première échéance avec impatience ; mes voisins l’ont signée à un maximum de 2,80 euros mensuels, moi à 2,60 euros. Un nouveau feuilleton ? Je vous dirai.

À table @74

Un sac d'emballe pour le recyclageAvant même que je ne rentre de l’hôpital, ma voisine de palier m’a fait des courses et à manger. Depuis, elle passe, m’envoie des textos ou m’appelle plusieurs fois par jour pour s’assurer de ma bonne santé et me demander ce dont j’ai besoin. Le plus souvent possible, j’essaie de trouver quelque chose qui peut lui faire plaisir, une bonne tablette de chocolat, un café, de jolis haricots verts du primeur d’en bas, et il y a deux jours un bouquet de coriandre. Elle met le nez dedans, ravie qu’il soit bien frais et odorant, puis se ravise.
— Vous l’avez pris où ?
— À la sauvette du métro.
Elle fait la lippe.
— Vous savez où il le stocke ? Une copine a vu ! Dans le jardin, là où il y a des souris…
— Il faut le laver, c’est tout.
Elle n’en est pas convaincue, me disant qu’elle mettra aussi du vinaigre et me détaillant sa manière de procéder en matière de nettoyage de frais [microbillet Twitter du 22 octobre 2020], puis nous parlons commissions et sacs dans des sacs dans des sacs, tous en plastique. Je pointe du doigt le fait que même les bananes, elle les met dans des sacs, et que la planète…
— Pas grave ! Après, je jette le sac !
La fraction de seconde suivante, elle éclate de rire.
— Vous avez raison, c’est ça le problème !
Deux jours plus tard, elle m’apporte une botte de radis non emballée dans un sac, et me montre dans le creux de son autre main deux radis détachés de la botte en rigolant.
— Je n’ai pas mis de plastique… mais on perd les radis !

Note : Je n’ai pas fait de photo ; voici en échange mon recyclé de ces dix derniers jours ; vive le vrac !

Changement @30

Helgant en pension fait connaissance d'autres chiens.

Étant présidente de bureau de vote pour les élections régionales, je savais devoir passer deux dimanches très occupés hors de chez moi. Cela me semblait long pour Helgant. Après avoir réfléchi à différentes options, j’ai retenu une pension canine à la campagne.
Je l’ai d’abord déposé pour deux jours. Il est beaucoup resté dans son coin, à l’écart de la trentaine de chiens présents sur place.
Pour la période suivante, j’ai demandé son avis à la vétérinaire comportementaliste qui avait vu Helgant il y a quelques mois, car pour m’organiser, il était question que je l’y laisse une semaine. Pour elle, cela serait positif pour sa sociabilité en général. Donc, suite à ses conseils, c’est l’option que j’ai retenue. Pendant ce laps de temps, j’ai reçu des vidéos de Helgant. J’ai appris qu’il se mêlait plus aux autres chiens et commençait à jouer avec eux.
Ces expériences ont été compliquées pour moi en raison d’erreurs ou incompréhensions avec les responsables de la pension. En tous les cas, elles ont été positives pour Helgant. Je trouve que ça se passe un peu mieux dehors, mais on reste à quelques mètres de la maison. En revanche, chez la vétérinaire, c’était notable : il a même sauté de lui-même sur la table en attrapant une friandise et il salivait bien moins d’anxiété. En vacances, il partage un grand terrain avec deux vieux chiens recueillis de la SPA après des maltraitantes et ils s’entendent bien.
Je pense que ça n’a pas toujours était facile, mais plutôt agréable pour lui. En tous les cas, ça a été long pour moi. On est bien tous les deux dans la pension de Petit Mouton.

Agit-prop’ @37

Logo la loi de 1901 a 120 ansIl y a cinq ans, j’ai adhéré à une association LGBT (dont je tairai le nom, des fois, je suis gentille) (quoique) dont la cause me touche sans que je ne sois très active ; l’idée était de marquer mon soutien, sans intention de participer avec celle d’être mieux informée de ses activités. J’ai reçu confirmation de mon adhésion par la plateforme Helloasso puis… plus rien ; ou pas grand-chose : aucun mot de bienvenue, un mail dans l’année m’annonçant une action de collecte de fonds, pas de convocation à l’assemblée générale ni autres informations sur la vie de l’association.
J’ai décidé de ne pas réadhérer. J’ai bien fait ! Depuis, je reçois un mail tous les deux mois m’invitant à telle ou telle action, à faire un don, adhérer, etc. Parfois, j’ai même droit à un communiqué de presse ! N’est-ce pas extraordinaire ? On me rétorquera que c’est une association, que les bénévoles font ce qu’ils peuvent, que, que, que… Je gère et adhère à suffisamment d’associations pour savoir que ce n’est pas le bénévolat qui est en cause, mais que souvent un fonctionnement en mode « entre-soi » pénalise le développement associatif, la satisfaction des ego et le besoin d’appartenir à un groupe soudé semblant à certains plus essentiels que la cause qu’ils sont censés défendre. Dommage.

Tonton @18

Profession de fois de BayouAprès le premier tour des élections régionales, les listes de Audrey Pulvar, Clémentine Autain et Julien Bayou ont fusionné, déclenchant les foudres de la droite réactionnaire qui nous a ressorti des arguments dignes des exécrations de 1981 quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir avec le soutien des communistes. Même si Julien Bayou est loin de m’inspirer confiance, j’étais résolue à voter pour cette union, d’abord parce que son projet politique est le mien, aussi parce que Clémentine Autain et Audrey Pulvar sont des femmes dont la vie politique a besoin.
J’étais un peu taquet pour récupérer des informations pour faire un appel au vote sur mon site (celui en lien plus haut) et surveillait les réseaux sociaux, les sites… J’ai fini par voir arriver des microbillets Twitter annonçant l’union avec comme seule source d’information des fac-similés de la profession de foi commune, en jpg, sans description ni lien externe pour espérer en lire la version texte.
J’ai eu l’idée d’écrire à Julien Bayou.

« Bonjour monsieur, je vais devoir voter pour vous dimanche. Je le ferai quoi que j’en pense. Par contre, je serais ravie de le faire de manière éclairée mais votre profession de foi n’est pas accessible basse vision. Je ne peux donc pas la lire. Ça commence mal, entre nous ; vous ne trouvez pas ? Il est bien beau de parler d’accessibilité quand on ne s’y soumet pas soi-même. Je gage que vous saurez pallier cela d’ici dimanche. Bonne semaine, bien chargée, j’imagine. »

La réponse n’a pas tardé, à peine quelques heures :

« merci à vous
« bonjour, voici »

N’est-ce pas extraordinaire ? J’arrive ainsi sur une page du ministère de l’Intérieur qui reprend les professions de foi. J’ignorais que cela existât. Et là, miracle de la réponse trop rapide : les deux versions pour les « personnes non voyantes » « n’ont pas été fournies » par cette liste… Ma réponse n’a pas tardé, assortie d’une copie d’écran où j’ai entouré en rouge la mention m’intéressant :Copie d'écran de la page en lien.

« Merci, c’est parfait ! [émoticône mort de rire à s’en rouler par terre]
« Rassurez-vous, j’ai un bon lecteur d’écran et un zoom puissant.
« Et je tiens toujours mes engagements.
« Bonne fin de soirée. »

Julien Bayou (ou la personne qui gère son compte Twitter) n’a pas jugé bon de me répondre. Mais pourquoi je m’en étonne ?