Archives de l’auteur : Isabelle

Vérité syndicale @40

J’évoque avec quelqu’un les différents emplois que j’ai exercés de nuit : surveillance, livraison de journaux, écoute téléphonique… La personne tique. Elle me demande si je travaille dans la police. Je ne comprends pas bien.
Puis, ça fait tilt : ah ! les écoutes téléphoniques ! J’explique alors que je parlais d’écoute téléphonique d’assistance, pas de leurs pendants d’interception plus ou moins légale de conversations. Il s’agissait des quelques semaines où j’ai été écoutante à Sida Info Service.

Incyclicité @39

Les infractions de cyclistes m’affligent de plus en plus, et sont dangereuses, pour eux et pour les autres (parfois leurs propres enfants à l’avant dans des vélos cargos, bien exposés aux traversées de carrefours avec feux tricolores non respectés). Circulant à vélo, j’ai eu plus peur de crétins à vélo roulant à fond en brûlant un feu rouge que des conducteurs de véhicules motorisés. Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet de ce n’importe quoi du quotidien.
Mais, outre l’irrespect manifeste du code de la route et du respect des piétons, le comportement aberrant de certains n’a pas de limites. Rouler avec une seule main sur le guidon n’est pas rare, souvent pour consulter son portable dans l’autre. L’autre matin, un cycliste à Vélib’ m’a soufflée : il roulait avec une main, l’autre étant… avec son bras dans un plâtre. Heureusement, je n’étais pas sur sa route.

Déo @38

Page du site montrant le stock dans le magasin où les produits ne sont pas car ils ont été placés en entrepôt pendant la saison basse.Alors que je me rendais à proximité d’un magasin d’articles de sports et loisirs, j’avais proposé à Cécyle de me dire si elle avait besoin de quelque chose. Elle m’avait donné deux références de lampes de camping rechargeables. J’étais donc passé voir, mais ne les avait pas trouvées.
En sortant, je l’en informe. Elle me répond qu’elle en a vu en stock sur le site, qu’il est donc possible de commander en « click & collect ». J’y retourne et sollicite un vendeur. Il réfléchit et me dit, l’air un peu résigné, qu’il lui semble comprendre ce qui arrive : elles doivent être en « hibernage » (c’est le mot que j’ai compris). Nous vérifions en rayon. Il m’explique que les produits moins vendus l’hiver sont envoyés dans un entrepôt. Ils restent dans le stock du magasin sans y être (en magasin). Par conséquent, si on commande en « click & collect », la commande sera annulée.
Il me donne la solution : il faut effectuer une commande comme si on se faisait livrer, mais on peut choisir d’être livré chez soi ou dans un magasin et y retirer les produits. Les livraisons sont constituées à partir des fameux entrepôts.
Il s’agit donc de « cliquer et collecter », mais sans opter pour le « click & collect ». Facile ! Et l’hibernage ? Joli mot, croisement entre hivernage et hibernation. Et si les stocks indiqués sur le site pouvaient aussi aller se blottir au chaud dans un entrepôt, histoire de ne pas embrouiller la clientèle, ce ne serait pas joli aussi ?

Hétéronomie @32

Couverture du livre de Guillaume Erner intitulé La souveraineté du people« Que l’on travaille comme indépendant, ou a fortiori comme salarié, chacun est soumis à une discipline, ou à un travail de retenue. Il importe d’être sobre, d’obéir aux ordres et à la hiérarchie ou bien encore d’être fiable. Dès lors, tous ces people se comportent de manière très différente de nous. Ils sont libres là où nous sommes contraints : qui aurait la possibilité d’aller au travail dans une robe faite de steak ? Quel enseignant (ou mécanicien ou avocat) pourrait saccager un restaurant sans que cela nuise à son image de marque, bien au contraire ? En un mot, ces people sont autonomes, là où nous sommes « hétéronomes » –nous recevons notre loi du dehors. Tandis que la plupart des individus estiment suivre des prescriptions édictées par autrui, ces people semblent agir de manière absolument libre. » La souveraineté du people, Guillaume Erner

Chouette ! @45

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.J’aime beaucoup Gaël Faye. Dans Histoire d’amour, il y a une partie chantée dans une langue africaine. J’entends alors « Kito » ! Je bondis.
Je regarde les paroles et lis que c’est en fait « Kitoko ». Mais en cherchant, j’apprends que Kitoko est un adjectif en lingala, qui peut être simplement traduit par « beau », « belle », « beauté » en français. Le lingala est langue bantoue essentiellement parlée en République Démocratique du Congo ainsi qu’en République du Congo (Congo-Brazzaville).
J’en conclus que Kito est un diminutif de Kitoko. Et surtout que son prénom lui correspond parfaitement.

 

Pucer @57

Ma carte bancaire a été renouvelée au mois de septembre à son arrivée à échéance. Au fil des années, j’avais plus ou moins bien mémorisé mon code, après avoir longtemps eu un code que je connaissais très bien. J’avais aussi réussi à retenir l’essentiel des numéros de la carte, sauf les quatre premiers que je mélangeais régulièrement.
Arrive ma nouvelle carte : code identique et seuls quatre numéros n’ont pas changé, les premiers. Misère.

Extravagance parisienne @69

La photo montre la boite d'emballage en carton avec le slogan "Artisan du vivant".Je suis retournée à la boulangerie végétale, même si j’y vais sans doute moins que cela me dirait en raison de l’employée désagréable. Elle n’y était pas, mais il y avait un jeune homme que j’avais vu lors d’un de ses premiers jours.
Il était seul, très gentil, très aimable, enthousiaste. À la caisse, alors qu’une personne arrivait derrière moi, il m’a demandé si j’avais senti le changement d’atmosphère en rentrant dans la boutique. Je n’ai pas trop compris, car il n’y a pas de climatisation… Puis il a continué sur sa lancée : oui, l’atmosphère, l’ambiance. Il s’y sent bien. Il avait d’abord choisi cette boulangerie pour les animaux, puis il a trouvé les produits très bons, très digestes. Et il aime venir à son travail… Il a continué sur sa lancée encore un peu puis j’ai laissé ma place à l’autre cliente.
C’était un plaisir de rencontrer un jeune homme enthousiaste et heureux de son travail. Un joli moment.

Extravagance parisienne @68

La photo montre la boite d'emballage en carton avec le slogan "Artisan du vivant".J’ai découvert une boulangerie récemment ouverte pas loin de mon travail. J’ai depuis appris que c’était une boutique d’une chaîne. Les produits y sont vegan.
L’enseigne joue sur de nombreux codes branchouilles : nom anglais, slogan comme « boulangerie d’hôtes » (qu’est-ce donc ?), la boulangerie se vantant d’être « végétale »… Le site est dans le même esprit parsemé d’anglais pour faire branché et de formules visant l’avant-garde et frisant le ridicule. Les produits sont très bons et je les digère bien alors j’y vais de temps en temps, malgré une bien peu agréable des employés.
Je pense que le ponpon est un slogan sur une boîte « Artisan du vivant ». Outre que c’est vague, je trouve que cela tombe particulièrement à plat et est maladroit voire ridicule pour un artisan végétalien.
Certes, il s’agit sans doute de souligner que le végétal est du vivant, mais je ne pense pas qu’en jouant sur l’apparence et donnant l’impression que le végétalien est l’apanage de la branchitude, on vise à défendre une idée et des principes, mais bien plutôt du marketing et de la stratégie commerciale. Même ceux qui ne partagent ni les tics de langage ni les codes bobos peuvent manger végétalien, les y inviter plutôt que les exclure serait une véritable démarche politique d’artisan défenseur du vivant. On en est assez loin.

Déo @37

L'est pas beau mon pouce ?L’appli que j’évoquais récemment envoie depuis quelque temps une infolettre avec « Le top dons de la semaine » : « Parmi les milliers d’annonces publiées cette semaine, découvrez 10 dons passés par la case « exclusivité » qui ont particulièrement plu à la communauté des XXX. Pour dénicher le don de vos rêves, passez à XXX+ ! »
Je découvre donc le nom du système d’achat de bananes qui est donc le nom de l’appli est un « + ». La « case exclusivité » étant la priorité si de pouvoir demander un objet proposé pendant un certain temps. Et le top des dons est à l’aune de cette surenchère : vélo, téléphone, montre connectée, réfrigérateur, perceuse-visseuse, cafetière de marque…
On est loin de ce qui est censé donner une deuxième vie à des objets du quotidien qui ne servent plus et qu’on ne veut pas jeter, car ils peuvent être utiles à quelqu’un sans avoir de grande valeur marchande, ce qui est l’essentiel des « milliers d’annonces publiées ».
Ou comment passer de l’idée de réemployer dans une vision décroissante à la valorisation des objets et modes de vie alimentant le marché capitaliste pour en récupérer des miettes et les jeter aux chalands comme de la poudre aux yeux. Misère.

Déo @36

L'est pas beau mon pouce ?J’ai déjà évoqué les sites, applis, et autres dispositifs de dons que j’utilise depuis des années. Certains sont totalement gratuits, animés par des bénévoles avec les moyens du bord, sans chercher à être jolis ou même attrayants, avec un fonctionnement basique. D’autres cherchent des moyens de financement.
Dans cette dernière catégorie, une appli propose depuis quelque temps des « bananes » qui sont des points pour « récompenser » les personnes qui donnent. Ces bananes permettaient simplement de pouvoir envoyer des messages aux gens qui donnent et maintenant offrent une priorité pour répondre aux annonces récentes. Il m’est arrivé que des personnes s’inquiètent pour moi si je leur donnais deux objets sans passer par la procédure « normale » car je ne toucherai pas « mes » bananes.
L’idée est de valoriser la réciprocité des dons et éviter que certains n’utilisent l’appli pour récupérer sans retour, voire récupèrent autant que possible pour revendre. Mais cet esprit a été mis à mal, car les personnes qui cherchent à « adopter » des objets sans pouvoir ou vouloir en donner peuvent acheter des bananes, ponctuellement, voire sur abonnement. Ce n’est certes pas des tarifs élevés et il y a bien des frais pour cette appli. Mais, la recherche graphique et divers messages réguliers montrent le souci de fidéliser les utilisateurs.
Mais entre ceux qui payent pour récupérer des dons et les gestionnaires qui encaissent, je me sens de plus en plus éloigné du principe d’origine. Aujourd’hui, je préfère donner à une recyclerie ou ressourcerie qui a pour but de remettre en vente les objets. Je participe ainsi à un principe économique affiché, finançant des locaux et emplois pour permettre à des personnes qui n’ont pas forcément accès à Internet ou à des applis d’acheter des objets ainsi réemploiés. Et c’est aussi bien plus simple : je dépose plutôt que de prévoir des rendez-vous contraignants dont une partie n’est pas honorée. Le modèle Emmaus a encore de beaux jours devant lui.