Notre société réfléchit de plus en plus en termes de « facteurs de risque ». On en a beaucoup entendu parler à propos de la canicule, étant donné les effets à court, moyen ou long terme des grosses chaleurs. Mais on en parle aussi à propos du tabac, de l’alcool, de la consommation de stupéfiants, de viande, de soja, de produits transformés, de temps de sommeil, de minutes debout, etc.
Je fais partie des personnes qui cherchent à limiter les risques ne serait-ce que parce que ma déficience visuelle me fait en prendre de nombreux sans que je ne puisse forcément avoir une influence directe dessus. Par exemple, quand je traverse une rue, je prends un risque : pour autant, je ne vais pas rester chez moi sous ce prétexte.
On peut donc considérer que ma déficience visuelle est objectivement un facteur de risque mais que je peux en limiter certains effets ; ou non. Je peux aussi avoir un impact direct sur mon alimentation si tant est que j’aie les moyens financiers de privilégier la qualité nutritionnelle et environnementale. Je peux aussi agir sur d’autres facteurs de risque en matière de santé ; mais, quelle que soit mon action, je n’échappe pas à la maladie, surtout celles dont on ignore les causes.
Quant à la canicule, on peut réfléchir à sa fréquence et amplitude selon l’organisation sociale que l’on choisit. L’ultralibéralisme est ainsi un facteur de risque majeur pour l’élévation des températures. Quant aux effets délétères de celles-ci, que ce soit à l’échelle l’individuelle ou à l’échelle collective, on peut aussi réfléchir en termes de risque et adapter ponctuellement ou non nos modes de vie.
Tout ça pour dire que réfléchir en terme de risque est intéressant mais a ses limites : il y a la limite économique, sociale, politique… et intime. Si je mange des bonbons, je consomme du sucre et je prends du poids, deux choses qui sont délétères pour ma santé ; mais les bonbons me font tellement plaisir ! Tout discours moralisateur ou catastrophiste ne diminuerait pas ma consommation de bonbons et serait même contre-productif.
Culpabiliser les personnes ou leur faire peur ne sont jamais de bons arguments. Et pendant la canicule, et sa couverture média, régulièrement, j’ai pensé que « vivre tue » en réaction aux discours ambiants, étant entendu que vivre est le plus gros facteur de risque de mourir.
À chacun donc de trouver son équilibre.