La fin du monde (bis)

Est-ce que j’ai peur de la fin du monde (2e billet sur le sujet) ?
Il peut sembler étrange d’évoquer les dernières révélations sur les dangers de l’intelligence artificielle sous cet angle. D’aucuns, pourtant, nous prédisent la fin du monde suite à l’emballement d’une intelligence supérieure qui serait capable d’arrêter ce qui fonctionne, de produire des virus que l’on ne saurait soigner, de contrôler les systèmes d’information au point que les humains s’entre-tuent. Cela existe déjà, non ? Cela a toujours existé, non ?
On me rétorquera que ce qui est semblant dans l’histoire n’a pas ces proportions. Certes, chaque époque produit ses propres dangers à l’aune de ses capacités techniques, industrielles, cognitives… du moment. En l’espèce, il me semble que nous allons vers la fin de « notre monde actuel » (et non du monde tout court), au sens où nous franchissons une étape dans l’histoire de l’humanité. Vers du mieux ? Du moins bien ? Je l’ignore ; ce d’autant que mes critères de mieux et de moins bien ne sont sans doute pas ceux de la majorité de mes concitoyens… ou plutôt de l’ultralibéralisme qui nous gouverne et n’a pas attendu l’IA pour produire des systèmes de contrôle.
Pourquoi alors tous ces discours alarmistes, des ingénieurs eux-mêmes ? Un consensus semble émerger indiquant que ces alarmes renforcent les multinationales productrices d’IA, leur donne du crédit, impose à notre esprit que ce qu’ils font est tellement puissant que nous devons nous en méfier, sauf à leur donner les clés de nos démocraties, de nos économies, de nos organisations sociales, de nos intimités, etc. Ils ne sont déjà pas si loin de les avoir car comment imaginer que ces algorithmes n’ont pas été programmés pour toujours plus de rentabilité, d’asservissement, d’exploitation, de rendement, de production de richesse au détriment du plus grand nombre et de la planète ?
L’histoire nous rappelle pourtant que chaque médaille a son revers ; un temps, Internet a beaucoup été craint ; la machine à vapeur également ; et sans doute en leur temps la roue et le feu. Mais, finalement, on s’en est toujours pas trop mal tiré et le feu, la roue, la machine à vapeur et l’Internet peuvent aussi produire des belles choses ou sens de ce qui porte à la solidarité, à l’amour, ou vivre ensemble dans la paix et la sérénité.
Je rêve ? Mais non ! L’intelligence artificielle, déjà, nous rend de nombreux services ; en médecine, par exemple. La question du pour quoi faire, qui faire, au profit de qui de quoi, demeure. Je ne vois qu’une issue : retourner la médaille, regarder autrement, toujours être dans la promotion de la liberté et de la démocratie, de l’intérêt général… et si demain le monde explose, il y aura toujours des humains pour le reconstruire. J’en suis sûre.

NB. Sur France Info, une chronique musique sur le thème de la fin du monde m’avait permis de découvrir Yse. Tout l’album est très bien.