Phatique

Alors que j’allais donner ses croquettes au chat d’une voisine qui habite un peu plus bas dans la rue, j’ai croisé une dame qui avait habité ma cage d’escalier. Tout en mangeant sa baguette, elle s’est plainte que ses nouveaux voisins n’étaient pas sympas et ne se parlaient jamais. Quand je suis descendue un quart d’heure plus tard par l’ascenseur, j’ai croisé deux personnes qui m’ont saluée, l’une d’elles nourrissant la conversation d’un « Vous êtes nouvelle… »
Les jours suivants, chaque fois que j’ai croisé un·e voisin·e, la conversation s’est sitôt engagée ; les vacances ; la météo ; la porte du bas qui ne ferme plus… Cela m’arrangeait bien, cette porte ; il me suffisait d’avoir les clés sans trimballer le passe jusqu’à ce jour béni des Dieux où Paris a renoué avec la pluie !
J’ai pressé le pas en sortant du métro sous une averse conséquente ; je ne suis pas passée chez moi, allant directement cinquante mètres plus loin ; il était l’heure des croquettes du soir. Là, j’ai trouvé porte close avec une dame attendant que quelqu’un lui ouvre. Je lui indique que je n’ai pas le passe vu que la porte était cassée. Elle était déçue.
— J’attends depuis cinq minutes déjà ! C’est que je travaille…
— Vous êtes infirmière ?
— Non, je viens nourrir une dame.
— Moi, un chat…
Petit silence. Elle reprend.
— La dame n’entend pas l’interphone et, de toute façon, elle ne sait pas ouvrir.
— Le chat non plus !
On a bien ri, également avec la dame arrivée entre temps avec un passe et qui a entendu la fin de notre échange. Vous avez dit phatique ?

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