Archives mensuelles : mars 2015

Va chez l’gynéco @29

BéquilleUne mauvaise béquille au judo et me voilà, trois semaines plus tard, obligée de faire une échographie (du mollet). Pour ne pas laisser traîner, je décide d’aller au centre privé d’imagerie le plus proche avec lequel je suis pourtant fâchée car je sais que les pratiques médicales y sont très commerciales. Les délais de rendez-vous sont très courts par rapport à l’hôpital. Le dépassement d’honoraire est en conséquence : 33,20 euros pour un acte à base de remboursement sécurité sociale de 37,80.
Au moment de payer, une des deux secrétaires dit à une dame.
— Il n’y a pas de dépassement puisque vous êtes à la MGEN.
Je réagis au quart de tour.
— Moi aussi !
— Oui, mais que la mutuelle. Si la MGEN gérait votre sécurité sociale, il n’y aurait pas de dépassement.
Elle m’explique ensuite que si je bénéficiais de la CMU, il n’y aurait pas de dépassement non plus. Mais je bénéficie de la sécurité sociale au titre de l’aide sociale… un vieux système que la CMU, plus avantageuse, n’a pas remplacé. Je me retrouve donc à payer ce dépassement alors que la MGEN agrée ce centre après avoir fermé le sien propre.
Autre chose ? Oui, pour ce prix-là, j’ai un joli sac en plastique, je dois communiquer moi-même les résultats à mon médecin et le radiologue qui signe la facture et le compte rendu n’est pas celui qui a pratiqué l’examen ! Comment je le sais ? Le mien était un homme… la signataire est celle d’une femme. J’en conviens, en ces temps de trans-branchitude, ce n’est pas complètement un argument, mais tout de même !

Extravagance parisienne @13

Cailloux dans la chaussureL’autre jour, je me rends compte qu’il y a un bruit bizarre quand je marche. Ce n’est pas un couinement comme sur certains revêtements et je n’ai pas l’impression qu’un papier ou un chewing-gum est collé sous la semelle. C’est comme si des objets remuaient, une sorte de grelot pas métallique. Je regarde sous la chaussure : rien. Cela dure la journée, par intermittence.
Le soir, je regarde plus attentivement. Avec l’usure de la chaussure, une petite partie est devenue si fine au-dessus d’un caisson creux de la semelle que plusieurs petits cailloux s’y sont glissés. Voilà, une version du caillou dans la chaussure moins douloureuse que d’habitude et plus… carnavalesque.

Résistance @10

Caddie Bleue 5J’ai l’impression, sans que ma perception des choses ait valeur de statistique, que les « resquilleurs de file » aux caisses des supérettes parisiennes sont de plus en plus nombreux. L’argument principal est « Je n’ai que deux articles… » quand la majeure partie des clients n’en a jamais plus de dix ou quinze aux heures où je fais mes courses. L’autre argument est l’urgence « Je dois aller chercher un enfant à l’école. » dit une dame cet après-midi chez un discompteur, avant de se plaindre comme quoi chez XXX il y a une caisse moins de cinq achats.
Devant moi, il y a six personnes. Les six ont plus de 70 ans, dont deux avec des cannes. Derrière moi, une dame, même âge, en canne également, avec trois articles ; la resquilleuse du jour arrive à l’amadouer. Elle a une viennoiserie et une boîte de conserve. J’argue que nous avons tous des contraintes et que personne n’a plus de dix articles dans la file. Elle roumègue, remercie très fort la dame qui l’a laissé passer…
— Au moins, il y a encore des gens qui ont du cœur !
— Je vous rassure, le mien bat toujours !
Cela ne l’a pas fait rire ; elle est un peu partie en vrille. Je l’ai laissée faire, sans répondre. D’autres s’en sont chargés ; le vigile est intervenu. Elle a baissé d’un ton. Pas de dommages collatéraux. Dans la supérette suivante, rebelote. Cette fois, la dame, avec un seul article, est passée en demandant à la personne devant moi d’une manière qui empêchait une réponse négative. Cette dame était d’ailleurs contrariée de ne pas avoir su refuser. Nous avons devisé, moi l’encourageant à dire non une prochaine fois.
Je dis en effet le plus souvent non, ce qui est très mal perçu et souvent source de conflit. Je choisis de faire mes courses aux heures creuses, Caddie est rarement plein, et je suis très occupée, comme chacun sait ! Pourquoi laisser passer quelqu’un ? Parce que cette personne ne tient pas debout ? C’est effectivement la seule raison que j’entends… quitte à ne pas avoir de cœur même s’il bat toujours !

Cuisine @18

Petit Mouton en noeud pap pour sa Cécylou !Quel rythme ce blogue ! J’ai parfois du mal à suivre. Heureusement, la bande et même la Cocotte enchantée m’épaulent.
Une règle à la création de ce blogue était de nous protéger Cécyle et moi. Pour moi, il s’agissait notamment de tenir compte de ma situation professionnelle en séparant blogue et travail sans se renier. Les rares incursions dans ma vie professionnelle ont marqué les limites, par exemple en mettant en avant ce qui est au-delà de cette sphère du boulot.
Au fil des années, pour des questions de temps à consacrer à l’écriture des billets autant que de la place du travail dans ma vie, donc d’anecdotes, de remarques ou de réflexions, c’est parfois frustrant, mais essentiel. De fait, je ne suis pas aussi productive que Cécyle. Je m’accroche même si ce n’est pas facile. Allo, Cocotte ?

Bigleuse @59

Square legallLors de cette fameuse balade sur le GR où Isabelle m’a fort joliment démontré que je n’arriverai jamais à restituer la réalité de ma déficience visuelle (ici), nous avons fait une pause pipi dans le square René Legall, un endroit aux équipements sportifs et de jeux joyeusement fréquentés. Les toilettes étaient en piteux état : porte des toilettes femmes éventrée, lavabo bouché, urinoirs bardés de bandes rouges et blanches…
Je faisais donc le guet pendant qu’Isabelle vaquait à sa miction. Sur la porte extérieure des toilettes, je remarque un magnifique logo indiquant que le lieu est accessible aux personnes à mobilité réduite. C’est sûr qu’en cas d’urgence, huit marches à monter ne sont rien pour un fauteuil. Jésus lui-même sait cela !
Je remarque alors une allée goudronnée en pente douce qui court le long du bâtiment. Je propose à Isabelle de la suivre. Elle nous mène sur le flanc droit devant une grosse porte en fer floquée d’un gros logo « handicapés ». Rien ne l’indiquait, aucun fléchage (et c’est d’ailleurs moi qui les ai trouvées !) Il faut dire que la porte était fermée à clé. Ceci explique sans doute cela.

Salade @9

Petit Mouton en fleursMa Cécylou m’a envoyééééé une phooooooto d’une jardinière de lààààà où elle dééééroule en disant : « Tu as vu, Petit Mouton ? Tu es au milieu des fleurs, corolle jaune au milieu de ces roses et bleus ; le symbole de la liberté et de l’amour ! »
Elle est paaaaaarfois cooooorneeeeeeer, ma Cécylou, un peu libéééééro, mais aussiiiii ailier gauche, toujours à la limiiiiite du hooooors-jeu. C’est compliiiiquéééé de comprendre touuuut ce qu’elle dit. Heureusement, avec Petit Koala, elle paaaaarle cooooode et il coooomprend touuuut. Il m’a expliquéééééé : « Dans une boucle, tu peux toujours générer une exception avec un mot-clé qui dicte une procédure d’inclusion ou d’exception, selon… »
Ben, j’ai paaaas compris non plus. Aloooors, j’ai demandéééé à Isabelle. Elle m’aaaaa dit que toooooutes les fleeeeeurs de la jardiniiiiiière étaient les mêêêêêmes, sauf uuuuune, uniiiiique et difféééééérente des autres, comme moiiiii. Elle a ajouté « Tu es un ange, Petit Mouton ; tu vis d’amour et de fooottttt ! »
Là, j’ai pluuuuus compriiiiis mais quand mêêêêême, c’est plutôôôôôôt une fleeeeur albinos ? Moi, je suiiiiis tout blaaaaaanc. Et piiiiis, c’est vraiiiii ma Cécylou est uniiiiique.

Kendo @16

Nage no - Avec RomualdLors de l’année qu’il m’a fallu pour préparer le Nage no kata (que vous pouvez revoir ici), il n’a pas été rare que, proche de renoncer, je demande à l’un ou l’autre de mes professeurs si je ne pouvais pas le passer « à l’écrit », faire un devoir sur table. C’en est devenu une blague, le moyen pour moi de plaisanter devant la difficulté et provoquer invariablement cette réponse : « Non ! Allez ! Arrête de bavarder. Ça bosse. »
Quand je vous dis qu’ils m’ont tous portée…
Pour la suite du passage technique de la noire (il y a quatre épreuves en tout), sensei Romu m’a envoyé les textes officiels 2014-2015 de la Fédération française de judo qui définissent (entre autres) le contenu des épreuves. En parcourant le document, je découvre l’Annexe 5 :

« JUDOKA HANDICAPÉ / Malvoyants et non-voyants
« (…) une acuité visuelle inférieure à 1/10e au meilleur œil avec correction (…) [C’est mon cas]
« Requis : le candidat sera interrogé oralement par le formateur des Commissaires sportifs sur le même programme que les autres. Il ne sera pas mis en situation pratique. »

Il était donc possible de passer le Nage no kata à l’oral et mes professeurs se sont bien gardés de me le dire ! Les filous ! Ils me connaissent bien. Qu’est-ce que j’aurais été malheureuse de ne pas passer mon kata « comme tout le monde », même si j’ai bien conscience que ma déficience visuelle et les déséquilibres induits ont été pris en compte par le jury ! Malheureuse, triste, et blessée.
Cela me rappelle mon passage de blanche à jaune, à la fin de ma première année de club. La professeure responsable du cours a décidé de me donner ma jaune sans passage. Sensei Romu a eu beau me dire que je l’avais eu au « contrôle continu », il me manquait quelque chose, comme si j’avais eu mon premier grade « au rabais ». Et bien, je vous promets qu’il n’en sera pas ainsi pour mon premier dan ! J’ai commencé à travailler les techniques de défense de l’épreuve du jujitsu, les deux premières ont suffi à ce que je demande à Hervé s’il n’y avait pas moyen de les passer à l’écrit…
Il a ri. En effet, c’était une blague ! Je n’avais pas lu jusqu’au bout et le « Requis » en question concerne l’arbitrage. Pour le Nage no kata, il y a en effet des adaptations possibles mais pas celles que nous avons adoptées avec Sensei Romu. Pour le reste… Il me faudra le temps qu’il me faudra, et Hervé m’a promis que quand j’aurai reçu trois bons coups de poing sur la tête, je sentirai arriver la quatrième sans le voir et pourrai le parer. Là, c’est sensei Romu qui a ri. Je les adore !

Corps @14

Brosses a dentsLe dentiste m’a annoncé qu’à mon âge, je ne devrais plus avoir de carie, chouette ! Enfin, une hantise dentaire qui s’éloigne, car j’en ai souffert.
Il a ajouté que vraisemblablement, j’aurais beaucoup de tartre. Cela dépend des personnes et je fais partie de celles qui en ont le plus. Je suis bonne pour un détartrage tous les six mois. Au moins, je devrais moins souffrir qu’avec des caries. On va dire que c’est un des avantages de vieillir.

Bigleuse @58

Paris à piedJe voudrais enfoncer le clou. Et si j’arrêtais de m’adapter tout en continuant à sortir de chez moi ? Car si je reste chez moi sans y recevoir personne, c’est moins drôle tant, en fin de compte, ce qui constitue le plus lourd de mon handicap est de gérer mon environnement humain (autrement dit, le comportement des valides). Je sens que l’exercice va être compliqué mais je le tente. Je profite d’une visite d’Isabelle. Elle m’a beaucoup aidée à écrire Tu vois ce que je veux dire ; elle ne devrait pas craindre l’exercice.
Nous partons en balade. Je lui explique mon projet. Cela l’amuse tout en la laissant un peu dubitative.
— Personne n’agit en fonction de ce qu’il voit…
Nous arrivons à proximité d’un restaurant où nous avons projeté de manger un prochain jour. Il est à l’angle d’une rue, très reconnaissable par son auvent jaune, et j’y suis très souvent allée.
— Tu vois, le Zeyer est au coin.
— Non, je ne vois pas.
— Si, l’auvent jaune.
C’est bien sûr moi qui ai commencé ma phrase par « Tu vois… » Isabelle rit encore.
— Tu es sûre que tu es capable de ne rien voir ?
— Mais je ne le vois pas !
— Je sais. Mais cela va être difficile à prouver.
On rit ensemble. On continue notre chemin sur les traces d’un GR que nous souhaitons tester. Isabelle m’explique les traits jaunes et rouges. Il est évident que je ne les vois pas sauf quand je suis juste dessus. Je laisse donc Isabelle chercher… et quand on se perd un peu, forcément, je cherche avec elle. La probabilité que je trouve avant elle est infime ; mais, qui sait, le trait jaune, si je regarde au bon endroit.
— Je te rappelle qu’aujourd’hui tu ne t’adaptes pas !
J’en profite pour traverser une rue sans feu en dehors d’un passage piéton. Isabelle me rattrape, contrariée, en m’indiquant que ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi. Mais je n’avais pas fait n’importe quoi… Nous le savons toutes les deux. Et tout au long du parcours, je lui désigne encore des choses que je ne vois pas, pour blaguer ou partager, selon. Et elle me montre des choses en essayant de me les faire voir.
Verdict. « Voir, c’est savoir ce qui est où. », disent les sciences cognitives. Cela fait plus de cinquante ans que je sais ce qui est où, sans le forcément le voir, au sens physiologique du terme cette fois. Sans doute est-il plus simple de se bander les yeux que de demander au cerveau d’arrêter de fournir les bonnes informations. Suis-je ainsi condamnée à m’adapter faute d’être capable de ne rien voir ? C’est aussi ce que j’aime dans la vie, ce genre de paradoxe !

Brosse @28

Ma nouvelle coupeJe l’ai déjà écrit : je n’aime pas aller chez le coiffeur. Pourtant, il ne me viendrait pas à l’idée d’ignorer la présence de la personne qui me coupe les cheveux. Ainsi, j’ai été estomaquée par le comportement d’un client chez mon coiffeur actuel : il écrivait des textos ou surfait sur Internet non seulement pendant la coupe, mais aussi pendant le shampoing. Je lui accorde qu’au moins, ça passe le temps, sans pouvoir me résoudre à l’imiter.