Archives mensuelles : février 2017

Écrivaine @28

J’ai envoyé l’autre jour un mail à quelqu’une pour lui dire qu’elle me trottait dans la tête. Beaucoup de signes indiquaient que la réciproque n’était pas vraie ; je voulais m’en assurer et ne pas fermer la porte sur un simple ressenti.
La réponse a un peu tardé ; douze jours. Cela m’a laissé le temps d’écrire dans ma tête toutes les réponses possibles, tous les scénarios imaginables. Vous pensez bien qu’en la matière je suis assez prolixe, moi dont une des spécialités est la « romance lesbienne », comme on dit au Québec.
Verdict ? La réponse, si au fond elle correspondait bien à ce que je pressentais (eh oui, une taule !), sa forme, elle, n’était rien d’approchant de ce que j’avais pu imaginer. J’en conclus que la littérature ne sera jamais à la hauteur de la « vraie vie ». Chouette ! Laissons-nous surprendre !

Clavier @18

L'est pas beau mon pouce ?Dans le petit sauna d’un spa, un homme d’une cinquantaine d’années et moi transpirons de conserve quand deux jeunes femmes entrent. Toutes les deux ont leur portable à la main. Il ne me semble pas que cela soit très recommandé pour les appareils. Elles regardent toutes les deux leur appareil. L’homme dit alors « Faut déconnecter un peu. »
Elles sont un peu gênées. L’une d’elles parle à l’autre et sort avec les deux téléphones pour les ranger.
Si je n’aime pas trop l’usage de l’impératif, il a été efficace, et je crois que c’était l’occasion pour ces deux femmes de prendre conscience de leur démarche. Cela a éventuellement aussi préservé leur téléphone.

Couple @11

Je feuillette vite fait un catalogue de VPC. J’y croise une housse de couette blanche avec cette inscription « Si je t’aime, prends garde à toi », le « o » du « toi » étant percé d’une flèche. Ouh là là ! Mais ça tache le sang sur des draps blancs ! Blague à part, Carmen meurt à la fin de l’opéra, elle qui pourtant avait proféré la menace. Qui doit mourir dans ce lit frappé de cet avertissement réécrit à la première personne ? Carmen sous les coups d’un Don José qui ne supporte pas qu’elle ne l’aime plus ? Ou Don José lui-même sous les coups d’une Carmen dopée par la réduction de 40 % appliquée à la couette ?
Ils vont en avoir, des nuits agitées, les clients de ce vépéciste ! Blague à part, je trouve que cette représentation de l’amour ne va pas dans le sens d’un apaisement des conflits amoureux. Bien au contraire, cela entretient l’idée d’un amour-passion exclusif, et qui tourne au pire si l’un des deux s’y dérobe ou que le troisième oreiller prend sens. Je préférerais une couette avec une citation évoquant un amour où l’on dort bien dans une confrontation qui ouvre à la joie et au meilleur de chacune, une citation comme « Aimer, c’est ne plus avoir peur. » Que du bonheur !

Aïe ! @18

Très rapidement, à mon message via Twitter à « Paris j’écoute », j’ai reçu une réponse. Je vous la livre telle que : « En effet, pouvez-vous nous dire quand cela vous est arrivé et dans quelle bibliothèque. » J’ai laissé la ponctuation d’origine et je n’ai rien enlevé.
Eh ! oui, mon interlocuteur, représentant de ce fait la Ville, n’a pas jugé utile d’utiliser une formule de politesse ou d’avoir un ton un peu sympathique.
J’ai renvoyé un message pour répondre de façon détaillée à la requête formulée. Cette fois, je n’ai reçu aucune réponse. Remercier un internaute semble aussi superflu que de s’adresser à lui correctement. J’avoue que cela m’a laissé perplexe sur l’usage des nouvelles technologies pour « créer du lien » avec les Parisiens comme les envolées lyriques politiques aiment à le vanter.
J’espère au moins qu’à défaut d’être un bon communicant, mon interlocuteur sera efficace. À suivre.

Pucer @27

Dans 20 Minutes du 9 février 2017, je lis : « Paris: La tour Eiffel bientôt protégée par un mur anti-balles » Un mur. Un mur autour d’un périmètre de sécurité qui « (…) s’étendra sur « l’essentiel des jardins de la tour ». Et les personnes qui vont attendre pour passer le contrôle à l’entrée du périmètre sécurisé, elles seront protégées comment ? Va-t-on de nouveau construire un mur qui suivra le chemin d’une file d’attente, avec une autre file d’attente à l’entrée du périmètre qui sécurise la file et va générer une nouvelle file d’attente, un troisième mur, un énième périmètre de sécurité… On va jusqu’où comme ça ? Au Mexique ?
Je me souviens de la chute du mur de Berlin. Qu’est-ce que l’on était fiers de voir tomber ce symbole du totalitarisme ! Depuis, tant de murs ont été construits, des murs qui ne servent à rien d’autre qu’à assurer une sécurité de façade ! Je suis de plus en plus triste de voir les dérives sécuritaires devenir des politiques publiques ordinaires avec des encouragements nourris à la violence policière et aux discriminations sociales.
Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un périmètre sécurisé. Un contrôle à l’entrée. Une file d’attente. Un mur. Un péri… C’est vraiment là que vous voulez vivre ?

Aïe ! @17

Plusieurs bibliothèques municipales sont équipées de bornes de retrait et de retour de livres. On scanne le code-barres de l’ouvrage et on le dépose dans un bac. Pour une fois, je rends un livre réservé par un autre lecteur. En l’occurrence, c’est une lectrice. Je l’ai su, car, à ma grande surprise, se sont affichés sur l’écran son nom et son prénom.
Je sais la Ville de Paris pointilleuse sur les questions de données personnelles. Cette conséquence de la programmation, destinée à l’origine aux agents, a dû leur échapper. À mon sens, il y a parmi les principes essentiels des médiathèques municipales la protection des données et le respect de la vie privée, notamment l’anonymat.

Par conséquent, j’ai envoyé un message à « Paris j’écoute » :

« Bonjour,
« En rendant un livre à une borne automatique en bibliothèque, j’ai vu qu’il était réservé, mais à ma grande surprise, le nom et le prénom de la personne l’ayant réservé étaient à l’écran. Cela me semble attentatoire aux principes de protection des données et au respect de la vie privée que cette violation de l’anonymat, chacun pouvant réserver un livre sans qu’un autre lecteur ne le sache.
« Pouvez-vous signaler cette programmation fâcheuse aux responsables informatiques des bibliothèques ? Je vous remercie.
Cordialement. »

Je vous tiendrai informés des suites données à mon signalement.

Solitude @5

Marcher longtemps me fait du bien. Ma chair y trouve un équilibre. Mon esprit s’envole vite, au péril parfois de mes trajectoires et franchissements de carrefour. Il me fait vivre dangereusement. C’est ainsi.
Je pars souvent dans des conversations écrites ou verbales imaginaires, laissant mon désir s’exprimer, mes émotions se dire. J’ai ainsi entendu cette question traverser mes envies d’un baiser.
­— Mais sur quoi tes relations amoureuses achoppent-elles ?
J’aime bien les jolies phrases. La question n’a pas tout de suite été formulée ainsi. À force de la travailler, les réponses sont venues au nombre de trois.
— Parce que mon équilibre est fragile et que je mords dès que je le sens en danger réel ou supposé. Parce que mon mode de vie est une somme de choix politiques qui rend souvent difficile l’établissement d’espaces de partage ne serait-ce que parce que mes choix sont par nature sujets à contestation. Parce que la vie quotidienne à deux m’ennuie et que mon désir s’y corrompt vite.
J’ai bien aimé me sentir responsable du point d’achoppement. J’ai passé les arguments à la moulinette de ma vie sentimentale et des relations où c’est moi qui suis partie. Cela collait bien. Mon doute aujourd’hui n’en est que plus grand. Et, fort étrangement, mon espoir aussi.
Bigre.

Chouette ! @31

— Suuuuuuuuuper, Isabelle est en vacaaaaaaaaaances ! Bon, souuuuuuvent, elle paaaaaaaaaart un peu alooooooors que quaaaaaaaaand notre Cécylou a des vacaaaaaaaaaances, elle vient nous voiiiiiiir.
— On sa*iiiiii*t toujo*uuuuuuuuu*rs pas ce que c’est les vac*aaaaaaaaa*nces, mais ç*aaaaaaaa* a l’air b*iiiiii*en.
— Les Mouton, ben, c’est quand on a un travail et qu’on ne travaille pas.
— Ah ! Beeeeeeen, ça seeeeeeeert à quoi le travaiiiiiiiil si c’est miiiiiieux quand on travaiiiiiiille paaaaaaaas ?
— À payer les vacances pis quelques autres utilités pour soi et les autres ? Par exemple, c’lui qui travaille pour entretenir l’pelouse du stade, fabriquer des ballons ou réparer l’cage de but a droit de prendre des vacances pour se reposer après.
— D’aaaaaaaacc*ooooooo*rd.
— Mais y paraît que jo*uuuuuuuuu*er au f*oooooooo*t c’est un tr*aaaaaaaaa*vail pour certains. Nous auss*iiiiiiiiii* on trava*iiiiiii*lle ?
— Non, rassurez-vous mes Mouton d’amour. Eux jouent au foot pas au fooooot. C’est’un’truc où faut gagner en marquant plein d’buts pour écraser les autres, passer à l’télé et avoir des fans hurlants, parfois plein de bière et de propos racistes et homophobes quand c’est pas sexistes.
— Oulalalala, maiiiiiiiiis c’est paaaaaaaaaaas du tout foooot !
— Ç*aaaaaaaaa* ve*uuuuu*t d*iiii*re qu’*oooooo*n a p*aaaaaaaaa*as de vaca*aaaaaaaaa*nces ?
— Ben, ça vous manque ?
— Noooooooooon. On aimerait juuuuuuuuuste qu’Isabelle et notre Cécylou en aient pluuuuuuuuuuus pour jouer avec nooooooooous.
— On est bien d’accord les copains. Bonnes vacances Isabelle !

Hétéronomie @17

Économie politique des capitalismes de Robert Boyer a pour sous-titre Théorie de la régulation et des crises.
Extrait : « Au concept de globalisation, il faut préférer celui d’imbrication de divers niveaux de régulation, dans le contexte d’une interdépendance croissante des conjonctures économiques et, plus fondamentalement, des régimes socioéconomiques, tant capitalistes que rentiers. Cette interdépendance devrait faciliter la reconnaissance et l’institutionnalisation de biens publics globaux : les conflits d’intérêts entre États-nations ne sont pas surmontés, du fait même de l’hétéronomie de leurs de développement. »
Qui n’est pas d’accord, hein ?

Agit-prop’ @18

J’ai vu sur la page Facebook d’un des groupes anarchistes dont je suis l’actualité la promotion d’autocollants contre le Front national vendu par la Boutique militante qui « présente une sélection d’articles sur des thèmes progressistes, soutenant des luttes sociales, écologiques ou démocratiques » (ici). Il y en a toute une série avec chaque fois un slogan qui barre le visage de Marine Le Pen : « À qui profite l’austérité ? », « À qui profite la peur de l’Islam ? », « À qui profite la haine des Roms ? », « À qui profite le repli identitaire ? », « À qui profite le racisme politique ? »
Ces slogans ne sont pas faux dans l’analyse, bien que réducteurs ; je doute pourtant de leur efficacité. Qu’importe ! À ces slogans-là, s’ajoutent : « À qui profite Manuel Valls ? », « À qui profite Dieudonné ? » Pour le coup, cela me semble plus douteux même si j’ai bien conscience que l’un et l’autre entretiennent le populisme par leurs discours d’exclusion, xénophobe pour l’un, antisémite pour l’autre. Par ailleurs, pourquoi ces deux-là plus que d’autres ?
Pour Valls, je vois bien : j’ai vu cette publication avant les primaires socialistes ; l’éliminer du jeu présidentiel était un enjeu réel. Dieudonné, par contre… Est-ce vraiment utile de le ressortir du bois ? On n’a vraiment pas besoin de ça pour discréditer le politique !