Archives mensuelles : mars 2018

Adieux @34

Ce mois de mars s’achève. Les Hétéronautes pourraient dire qu’il y a eu moins de billets de ma part, surtout cette dernière semaine. Ils auraient raison.
Ce mois de mars a été marqué par un télescopage. Un télescopage entre l’anniversaire des vingt ans de la mort de ma mère et la préparation d’un dossier administratif qui m’a amené à reprendre mes vingt ans de carrière dans la fonction publique. En soi, cet anniversaire était déjà douloureux. Avec ce travail introspectif, il l’a été plus profondément. Il s’agissait non seulement de mettre à jour mon CV, exercice plutôt facile, car sa dernière version datait de moins d’un an, mais difficile tant il s’étoffe. De fait, s’y pencher, c’est mesurer vingt ans de ma vie d’adulte dans sa richesse professionnelle. Réfléchir à ces années m’a confirmé l’évidence du manque et de l’absence, la réalité de tout ce qui n’a pu être partagé, de la fierté de mes réussites à l’évolution personnelle que le travail m’a offert.
Ce temps d’introspection m’a aussi permis d’évaluer positivement comment j’ai pu surmonter des moments difficiles et gagner en confiance comme en facilité relationnelle. Ce que j’ai appris, acquis, développé… s’est dessiné au fil des postes et des missions. D’ailleurs, en écho, ce mois de mars s’achève par la réussite à mon master de Droit public, un peu plus de vingt ans après mon DEA. La fin d’un cycle.

Gamine @20

Isabelle a récemment fait un billet sur une campagne de sensibilisation aux violences sexistes qui tombait à l’eau. En voici une autre ? Je lis cet article de France info (ici) « Les écologistes parisiens et franciliens ont demandé jeudi l’arrêt de la campagne publicitaire contre les harceleurs sexuels dans les transports d’Île-de-France, présentés sous la forme d’animaux sauvages, une représentation qui « exempte les hommes de leur responsabilité ». » C’est si évident…
En plus, comme je suis bigleuse, j’avais vu un tigre (et non un loup) dans l’affiche la plus reprise dans les médias. Raciste ? Cela l’aurait été, ce d’autant que le requin et l’ours étaient associés à deux femmes blanches. Ouf ! On est passé à côté du pire. Quant au harcèlement sexuel dans les transports, il a fort peu de chance de reculer avec une campagne pareille, ce d’autant moins que les harceleurs, si tant est qu’ils s’identifient à l’animal, pourraient y puiser une énergie nouvelle. Foi de Petit Chaperon rouge !
Serait-ce à dire que la campagne alimente en testostérone la domination masculine ? On y est presque !

Kendo @42

Dans ma vie, j’ai rêvé, d’être une hôtesse de l’air… la la la ! Eh bien ! grâce à Romuald, cela s’est réalisé. Ou presque. Blessé à la main, il peinait à faire les démonstrations de prises pendant ses cours de judo. Je suis ainsi allée le seconder dans un exercice qui nous a fait beaucoup rire.
Dans un cours de judo, on commence par s’échauffer. Ensuite, il y a une partie technique. Le professeur démontre des prises, des enchaînements puis les élèves se mettent par deux pour tenter de réaliser ce qui vient d’être montré et explicité. Pour ces démonstrations, Romuald se plaçait donc sur le bord du tatami. J’étais face aux élèves pour assurer la gestuelle, sous sa direction.
Autrement dit, j’avais une voix off qui décrivait phase après phase ce qu’il fallait faire pour réaliser telle ou telle prise et je devais suivre cette voix dans mes gestes et déplacements. On se connaît bien avec Romuald. Il sait exactement ce qu’il faut me dire pour que je réalise le geste ad hoc, corrigeant parfois d’un adverbe ou d’un adjectif une position de main, de pied, un port de tête…
Cela a parfaitement fonctionné. Je me suis particulièrement appliquée et j’ai aimé ce partage. Il m’a très vite rappelé une situation que j’avais vécue… laquelle ? Hôtesse de l’air ! Vous savez, quand elles font la démonstration des consignes de sécurité. Un membre d’équipage (ou parfois une bande enregistrée) les énonce en français et en anglais, et l’hôtesse fait les gestes décrits.
Décidément, le judo ! Cela mène vraiment à tout !

Biodiversité @11

J’avais sollicité la direction des Espaces verts en septembre 2017 sur des agrès nouvellement installés près de chez moi.

« J’avais participé à la concertation sur l’aménagement du square du Cardinal-Wyszynski et avait été très intéressée par la pose d’agrès sur un parcours santé, considérant que je cours régulièrement sur cette coulée verte dont le square fait partie. Sous l’impulsion du cabinet de madame la maire, l’accès de ces agrès aux femmes avait été considéré comme une donnée prioritaire.
« Je remarque, ceux-ci installés, que les équipements choisis ne sont pas adaptés aux femmes mesurant moins d’un mètre quatre-vingts. Ils ne permettent pas non plus la pratique en duo et les vélos sont mal conçus et blessent les mollets un peu épais. Globalement, cela frise l’installation au rabais de matériels qui sont suffisamment mal adaptés et mal conçus pour ne pas être utilisés ce d’autant que le « parcours santé » n’est pas balisé. Quel dommage !
« Je me tiens à votre disposition pour tester ces équipements (je mesure 1,60 m) et vous faire la démonstration de leur inadaptation à toutes les personnes n’ayant pas mangé assez de soupe pour atteindre le 1,80 m, ce qui fait du monde ! »

Faute de réponse, j’avais sollicité oralement l’élu en charge mon quartier. Il m’avait fait répondre par sa collaboratrice quelques jours plus tard que ces agrès étaient les seuls disponibles sur le marché auquel la ville a accès et que les femmes pouvaient parfaitement les utiliser. Je l’avais regretté, ayant remarqué autour du lac de Créteil des appareils que je pouvais utiliser sans difficulté.
Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion d’en parler avec la maire de mon arrondissement avant de me retrouver nez à nez, dans Paris, avec des agrès tout à fait comme il faut ; je lui ai écrit.

« Pour faire suite à notre discussion sur les agrès square W non accessibles aux petits gabarits, parce que cela n’existerait pas, je te joins une photo d’agrès [ci-dessus dans ce billet, NdCy] tout à fait accessibles aux petits gabarits (j’ai testé) situés dans le 12e arrondissement, sur la coulée verte, au niveau du métro Picpus.
« Je reste toujours au service de ton cabinet ou ds services de la Ville pure leur montrer in situ en quoi les appareils installés dans le square sont inadaptés et difficiles d’utilisation. C’est le printemps ! Une petite virée dehors est très agréable. »

Aurai-je cette fois plus de succès ? Suspens.

À table ! @42

Dans un restaurant japonais, un couple est assis à côté de moi. L’homme a apporté ses propres baguettes, dans un étui. Pourtant, il n’y a pas de baguettes jetables. Reste que c’est sans doute, plus que par souci écologiste, le souhait d’utiliser ses « couverts » personnels.
Je le comprends finalement mieux pour des baguettes que pour des couverts occidentaux, sans que je ne puisse expliquer pourquoi.

Caviardage @9

« L’affaire Cantat » occupe de plus en plus les médias. En tant que membre (et très fière de l’être) de l’Observatoire de la liberté de création, je soutiens bien sûr le droit de cet artiste à se produire sur scène (ici, ou encore ). La loi garantit cette liberté et son exercice. Je ne comprends pas la haine qui motive les actions de certaines militantes féministes. Comment peut-on refuser la réhabilitation à un criminel ? Comment peut-on se faire les défenseurs de la plus lourde possible des peines de prison ? Comment peut-on appeler au bannissement, à l’ostracisme ? Au nom de quelle « exception de féminicide » ? Et ensuite, quelles autres exceptions ?
Je suis particulièrement choquée par tout cela. C’est tellement contrainte à tout ce pour quoi je me bats depuis 54 ans (oui, déjà, dans le berceau, je voulais faire la peau à la police ; l’histoire est avérée). Et Cantat, me direz-vous ? Je n’aime pas sa musique ; je n’ai aucune bienveillance pour l’homme, aucune haine non plus. Et membre de l’Observatoire, ce n’est pas sa personne que je défends, c’est son droit d’artiste de travailler. Ni plus. Ni moins.
En son temps (soit avant qu’il n’opère une transformation manifeste entre œuvre théâtrale et meeting politique), j’ai soutenu Dieudonné afin qu’il puisse travailler. J’ai aussi soutenu Orelsam, pour les mêmes raisons et toujours au seul objectif de défendre la liberté de création. Vais-je, à mon tour, à l’aube de Pâques, pour cette prise de position, être lapidée par mes amies féministes, mise en croix, une lance dans le flanc droit et maman à mes pieds (non, maman, promis, c’est pour rire ; Pâques tombe cette année un 1er avril) ?
Peu me chaut. Lundi 2, je ressusciterai parce que la justice et le droit me sont des ressources si vitales que personne ne m’en coupera jamais le souffle. Et si tant est que d’aucuns cherchent d’autres sujets de bannissement, rendez-vous sur mon site ; il y a de quoi faire (et j’ai besoin d’un peu de pub pour valoriser mon travail).

Note. Si vous souhaitez discuter sereinement de ces questions, je suis l’invitée, aux côtés de Daniel Véron, de la section 14-6 de la ligue des droits de l’Homme, ce mercredi 28 mars. Tout est ici.

 

Rencontre @7

En ce mois de février, un cousin vivant aux États-Unis et sa fille venaient en France et nous avions prévu de nous retrouver avec plusieurs membres de ma fratrie sur son trajet de retour. Nous devions nous retrouver dans un quartier très fréquenté, entre lieux touristiques et bureaux. Un peu en avance, je vais directement au restaurant. Ne voyant personne, je m’interroge, envoie un texto à une de mes sœurs et découvre que le rendez-vous était plus tard. J’étais très en avance.
Je sors, tourne la tête et vois ma sœur. Nous allons alors ensemble au rendez-vous devant l’hôtel du cousin à quelques minutes à pied. Quelques pas et nous croisons mon frère. Nous arrivons sur place au moment où mon cousin et sa fille sortent. Tous les cinq, nous allons ensuite au restaurant, où nous retrouvons ma sœur qui y arrive. Voilà un enchaînement d’une fluidité parfaite, un vrai ballet.

Caprice @6

Je cuisine beaucoup. Je ne dispose pourtant d’un four que depuis juin dernier et, côté appareils électriques, je n’ai qu’un plongeur un peu puissant, avec son petit bol mixer et son fouet. Je râpe à la main les légumes avec un Mouli-julienne hors d’âge, le fromage avec une râpe à fromage classique, pétris mes pâtes à la main, presse mes oranges et citrons au presse-agrumes d’antan… Mon souci avec les appareils « d’aide à la cuisine » est leur encombrement et la difficulté de les nettoyer quand on n’a pas de lave-vaisselle. Je n’ai pas de lave-vaisselle. Tout à la main ? Sauf la lessive, bien sûr !
Donc… J’ai eu envie de manger du homard. Maman m’a offert des bons d’achat dans un magasin de produits surgelés. J’ai acheté un homard de milieu de gamme (le breton était vraiment trop cher). J’ai appris en cours de route que qui dit homard, dit bisque ; j’ai regardé les recettes. Comment allais-je broyer la coque d’un homard avec le petit bol mixer de mon plongeur ?
Un souci personnel m’a portée à des ruminations persistantes qui m’ont menée à chercher tous les moyens de passer ce moment difficile. Pour mon plus grand désespoir, la consommation en fait partie et j’ai jeté mon dévolu sur un blender haut de gamme. Cappucino, cafés frappés, frozen yogurt, milk shake pour Isabelle, smoothies pour Sarah… et bisque ! Ce qui a emporté ma décision, c’est le système autonettoyant qui, à l’usage, se révèle en effet indispensable.
Je vous passe l’épisode de la bisque (ou pas, l’affaire est drôle) qui n’aura pas de seconde fois même si Danielle l’a certifiée délicieuse. L’appareil fonctionne à merveille ; je dois juste l’apprivoiser et comprendre exactement ce que je peux en faire. Pour l’instant, je me régale de cappucinos pleins de mousse (déca et allégés) et attends l’été pour ajouter les granités à ma liste.
Il y a quand même quelque chose qui coince dans cette belle affaire. Un blender, c’est très loin d’être écolo ! Il y a la machine, bien sûr, l’électricité qu’elle consomme (40 W pour un cappucino, une misère, certes, mais misère après misère, Fessenheim fait son tsunami), et l’eau nécessaire à son nettoyage. Un litre en automatique, deux ou trois pour rincer. C’est autant que ce que j’utilise pour une vaisselle !
Il va falloir que je cumule les deux opérations.

Gamine @19

Dans une salle d’attente d’un centre de santé, j’ai vu une affiche de la campagne « Tu m’aimes, tu me respectes ! » (ou #TMTR) du Centre Hubertine Auclert. Un dessin montre deux personnages sur un canapé, l’un étant penché et avec ses mains sur l’autre qui fait la moue. Le slogan est « Quand c’est non, c’est non ! » (le deuxième « non » remplaçant un « oui » barré).
Toute la campagne tourne autour des attitudes et comportements de proches condamnables par leurs façons d’imposer leurs points de vue ou envies aux autres, notamment aux femmes. Le site propose des clips qui mettent en scène des exemples. Cette affiche pointe plus précisément « les viols, tentatives de viols et agressions sexuelles » en précisant qu’ils sont punis par la loi.
La campagne mélange la question du respect et de l’infraction légale (délit voire crime). Pourquoi le préciser ? Le principe pédagogique derrière l’impératif « Tu m’aimes [donc] tu me respectes » ne suffit donc pas. Il faut ajouter la menace de la répression légale. Peut-être qu’un lien causal explicitant que parce que le manque de respect de l’autre (de ses envies, de ses désirs, de ses attentes…) touche à un principe essentiel alors la loi le punit serait plus intéressant qu’une juxtaposition.
Il n’est jamais facile de lutter contre les violences faites particulièrement aux femmes et on sait qu’elles sont souvent le fait de proches. Mais ma première réaction a été de penser que même si on n’aime pas quelqu’un, on le respecte. C’est un principe de reconnaissance de l’humanité en l’autre. Le respect n’est qu’un seuil minimal de relation à l’autre, bien en deçà d’une relation avec un peu ou beaucoup d’amour. Dans de nombreux cas, celui (souvent celle) qui aime est la victime, l’autre n’étant qu’une recherche de domination, une soif narcissique, une volonté de pouvoir. Certes, il y a sans doute aussi ceux qui aiment, mal, parce (explication souvent servie), ils n’ont connu que ce genre de relations aux autres dans leur enfance, mais il me semble qu’au final on peut considérer que la violence exclut l’amour, dont les preuves sont alors absentes ou oblitérées par les actes « irrespectueux ».
La campagne s’adresse aux coupables qui ont toutes les chances de ne pas se reconnaître. J’aimerais une campagne incitant les victimes à s’insurger contre ceux qui, justement par de telles attitudes, montrent qu’ils ne les aiment pas et les qu’il faut les refuser, les rejeter, les fuir, les combattre, les dénoncer. Arrêter de parler d’amour quand il y a violence, viol, donc violation de ce qui est l’amour, c’est-à-dire de l’attention et de tout ce qui justement va au-delà du respect.
Quémander le respect, est-ce à dire qu’aimer ou être aimé peut ne se réduire qu’à ce seuil minimal de relation ? Dure vision de l’amour, désenchantée, mais peut-être réaliste.

Paris @46

J’ai trouvé dans ma boîte aux lettres une feuille libre m’invitant à rejoindre un réseau social local, avec un « code » permettant de certifier que j’habitais bien le quartier. Intriguée, je me suis inscrite. J’en ai parlé à Pierre, plus au fait que moi de ce genre d’outil. Il a fait la moue, commentant « Il s’en monte un tous les deux ans et ça fait flop. » Il m’a également invitée à préserver mon anonymat ; j’avais mis mon nom, et ma ceinture de judo en photo. Je les ai laissés.
J’ai mis une première annonce pour demander qui connaissait un kiné du sport ; j’ai eu une quinzaine de réponses. Sympa. Puis j’ai annoncé une réunion du jardin partagé, une autre de mon amicale de locataires. Je me suis mêlée de conversations sur la recherche d’un médecin, la réparation d’un ordinateur, une distribution gratuite de livres… Les échanges sont cordiaux. Les quartiers sont petits et communiquent entre eux comme ils veulent. J’aime bien.
Un de mes voisins (un quartier d’à côté) a lancé une invitation pour un Gala de boxe. Son texte était avenant. J’ai proposé à Danielle et à Isabelle. J’ai répondu que je viendrais. Jamais je n’aurais eu l’idée d’assister à un gala de boxe ! Mais là, un jeune homme du quartier le proposait et, à l’occasion d’une relance qu’il a faite, on a parlé corde à sauter. Il m’a encouragée à m’y mettre, avec quelques conseils. Johnny m’a aidée. J’ai fait quatre fois 30 secondes, puis 45 secondes. Il faut que je recommence.
Et nous sommes allées à ce gala.
Nous sommes restées six combats. Nous ne voulions pas rentrer tard sinon, nous serions volontiers restées plus. L’ambiance au gymnase Didot valait bien celle du Madison square garden ( si si !) et force est de constater que nous nous sommes régalées ! En sortant, j’ai demandé au gars à l’entrée s’il connaissait ce jeune homme qui avait lancé l’invitation.
— Bien sûr ! Il fait l’avant-dernier combat.
Je n’avais pas lu l’affiche… il est dessus ! Je lui ai mis un mot en rentrant. Il m’a répondu dans la nuit qu’il avait gagné ! J’en étais toute fière et heureuse pour lui. Et j’espère rencontrer un jour ce jeune champion. Je l’ai invité à faire du judo. Qui sait si je ne ferai pas un jour de la boxe ? Je gage en tout cas que Pierre avait définitivement tort et que ce réseau vivra (même Le Monde en parle !) Pour l’instant, c’est vraiment trop plein de vie comme j’aime pour que je m’en passe… avant que cela ne devienne trop commercial ? C’est le risque si l’on se laisse dépasser par les professionnels. Suspens.