Archives mensuelles : janvier 2017

À table ! @32

Une de mes sœurs m’a offert un bon cadeau sur un site de produits bio, essentiellement des paniers de légumes et de fruits. Elle m’indique qu’elle a vu un point de retrait près de chez moi. Super !
Je valide ma commande, note le nom et l’adresse du point de retrait. C’est parfait, je connais la rue, même si la boutique ne me dit rien. Je m’y rends. Je cherche… À l’adresse, c’est un immeuble d’habitation.
J’appelle le numéro indiqué : répondeur avec l’annonce d’un numéro différent de celui que j’avais composé. Je cherche sur Internet grâce à Petit 6, mon téléphone. Je cherche le magasin par son nom et tombe sur… un autre magasin : un autre nom et une autre adresse, à quelques rues de là. Enfin, je suis arrivée au point relais où se trouvaient les paniers que j’avais commandés.
C’était il y a plus de trois semaines. Le site Internet n’indique toujours pas le bon point relais.

Élections @25

Dimanche 22 janvier 2017, je suis allée voter aux primaires du parti socialiste pour soutenir mon député, Pascal Cherki. Je l’aime bien, Pascal, même si nous nous sommes beaucoup opposés quand j’étais membre du PS (que j’ai quitté en 2002 quand Jospin a déclaré, « Mon projet n’est pas socialiste. ») Il est très présent sur le quartier et, force est de constater qu’avec ses amis, il a eu le courage de s’opposer à la politique libérale, antisociale et xénophobe du couple Hollande-Valls.
Vous noterez que Pascal Cherki n’était pas candidat à cette primaire. Voter pour lui, c’était donc voter Benoît Hamon. Je ne connais pas ce monsieur, ni vraiment son projet. Mon désintérêt pour la vie politique qui privilégie aujourd’hui le coup médiatique et la solution populiste au courage politique et à la défense de principes y est pour beaucoup. Au soir du premier tour où Benoît Hamon est arrivé en tête, j’ai vu sa déclaration à la télé : on aurait dit un petit garçon un peu perdu par les conséquences du résultat. Pensez ! candidat à la présidentielle ; il y a de quoi en être ému.
J’ai aimé son émotion non feinte. Quelques minutes plus tard, Manuel Valls a à son tour pris la parole : il avait une voix trahissant la colère, des mots durs, une violence dans le discours qu’il semblait totalement assumer. De quoi avoir envie de lui donner une baffe ? Tout à fait. Si cela vous tente, cela se passe aujourd’hui jusqu’à 19 heures près de chez vous. Pour un euro, vous pouvez sortir Valls du jeu politique, rabattre son caquet à cet homme suffisant, méprisant, qui a en plus l’outrecuidance de nous faire croire qu’il défend les droits des femmes et la laïcité là où il ne fait que produire un discours raciste anti-musulman à peine larvé.
J’ajouterai que cette première victoire de Benoît Hamon a fait luire mon œil (un seul pour l’instant) d’un possible espoir de la renaissance d’une gauche résolument socialiste qui place les questions sociétales au même rang que les questions économiques et sociales. Quant à son positionnement écologiste, c’en est presque incroyable ! Bon d’accord, mon député a voté sans sourciller l’état d’urgence. On ne peut avoir toutes les qualités. À tout de suite Pascal… pardon, Benoît ! Ce dimanche 29 janvier 2017, j’irai plus que volontiers voter pour vous.

Extravagance parisienne @33

Dans un bus, un soir, je vois une femme s’installer avec un livre à la main. Elle farfouille ensuite dans son sac et sort… un coussin. C’est un appui-tête. Elle s’installe alors pour lire confortablement. Deux stations plus loin, elle descend.
Une preuve de plus que prendre le bus, c’est partir à l’aventure. Il n’y a pas pour cela forcément besoin de longs courriers.

Noël @37

Vincent… Oui, Vincent, l’un de nos valeureux Hétéronautes, m’a souhaité un bon solstice d’hiver en lieu et place d’un joyeux Noël. J’ai adoré l’idée. Cela correspond bien à mon animisme urbain et au Soleil que je regarde se lever le matin. Il y a la Lune, aussi : je laisse de plus en plus souvent ouvert mon store pour qu’elle dorme avec moi. J’aime son rayon. Il est une main sur ma peau qui apaise mes songes.
J’ai eu envie alors de me trouver un almanach en appli ou en mail quotidien. Une première recherche m’avait rebutée ; je pensais trouver pléthore et je ne tombais que sur Rustica ; je ne jardine pas assez pour que cela m’intéresse. J’ai laissé ma recherche en suspens avant d’y revenir un soir d’éternuements nourris depuis le fond de mon lit.
D’« almanach », j’en suis venue à chercher « éphéméride », « calendrier », puis « calendrier saints lune proverbe »… et de trouver la perle rare qui, dès le lendemain matin, me dit que « demain, nous fêterons les Vincent » (synchronicité !) et de me proposer une citation d’un poème sur la liberté :

« À peine un mot, et nous voilà en flammes,
« Les joues en feu, et le cœur bat et crie.
« Pourquoi ton seul nom nous émeut jusqu’à l’âme
« Liberté ! Liberté chérie ! » Antoni Slonimski

Mais qui est Antoni Slonimski ? Un poète polonais mort en 1976 (ce n’est pas si vieux) connu pour son « dévouement à la cause sociale » dit Wikipédia en anglais que Google me traduit faute d’une notice en français.
« Liberté, liberté chérie ! », une veille de saint Vincent, soit le jour anniversaire de la décapitation de Louis XVI ? Comment ne pas succomber à cette éphéméride ? Je succombe.

 

Objectivement @32

À l’opposé de la publicité qui m’a mise en colère, en voici une autre, toujours dans le métro, dans le même domaine que je trouve plus respectueuse. Le slogan est « On s’occupe de tout. Vous pouvez penser à vous. » et les personnages se reposent ou lisent. Il ne s’agit donc plus de se défouler au détriment de l’autre.
Dans cette répartition, l’employeur n’agit pas par pulsion, sadisme ou défoulement au détriment de l’autre. Le respect de l’autre, encore un des bienfaits de la lecture !

Solitude @4

Métro, boulot, dodoJ’ai été surprise, l’autre soir, d’entendre un message audio de la RATP invitant les voyageurs à vérifier qu’ils n’avaient « rien oublié à bord ». Il s’agissait de faire de la prévention attentat, bien sûr, et surtout de la prévention contre l’afflux d’appels signalant des colis suspects : en moyenne sept par jour donnent lieu à une intervention des démineurs, celles-ci prenant en moyenne quarante minutes pendant lesquelles la circulation des métros sur la ligne concernée est stoppée. J’ai trouvé ces infos dans un article non daté, mais visiblement récent, qui a disparu depuis (20 mai 2017).
Donc, j’ai été surprise… par le texte de l’annonce. « À bord » m’évoque en effet plus un bateau ou un avion ; il est vrai pourtant que l’on dit aussi « à bord de ce train ». Antidote me confirme que « à bord » concerne tout véhicule même si cela évoque plus historiquement le bord d’un navire soit son côté. Il était un peu tard après une soirée où j’avais espéré quelqu’une qui n’est pas venue et je me suis mise à imaginer que mon métro devait affronter la grande crue, nouvelle arche de Noé… puis qu’il allait décoller et m’emmener à l’autre bout du monde pour des retrouvailles câlines avec la Soufrière.
L’hiver me rend décidément bien nostalgique, la fatigue aussi. Le printemps transformera-t-il la nostalgie en renaissance ? C’est le lot du printemps non ? Gageons qu’il n’oublie pas que je suis une belle plante même si je pique beaucoup et fleurit peu !

Croissance @8

Naomi KleinLa vague de froid annoncée pour le dimanche 15 janvier 2017 et les jours suivants a donné lieu à un appel au civisme du ministère du Développement durable relayé par un long reportage de France Info qui m’a semblé tout à fait hors de propos. Après nous avoir dit que plusieurs réacteurs nucléaires étaient remis en service, des conseils très précis sont donnés pour une moindre consommation individuelle de nature à nous éviter un black-out : éteindre les lampes et les appareils en veille, baisser la température des logements d’un ou deux degrés, limiter les lessives, etc. Il s’agit d’économiser je ne sais plus combien de mégawatts, mais le chiffre est forcément impressionnant. Et notre responsabilité individuelle encore plus forcément totale.
Je constate en effet que la politique du tout électrique pour satisfaire les marges d’EDF et justifier le tout nucléaire n’est pas mise en cause, ni l’absence d’une véritable politique de transition énergétique. Quant aux industriels, ils sont étrangement hors champ de cette opération de communication.
Je remarque également que le recours à la culpabilisation individuelle et au civisme n’est pas doublé d’une réflexion sur notre politique énergétique, sur le dérèglement climatique, ni sur les effets délétères du libéralisme sur la production électrique, et la consommation, celle-ci étant la conséquence directe des choix de production. Les circonstances, pourtant, sont de nature à porter une réflexion sur ces sujets. Sauver EDF, Areva, et quelques autres est plus important que sauver la planète. Ce n’est pas un scoop.
Je remarque également que la mise en place de la circulation alternée lors de pics de pollution de décembre ne m’ont pas fait le même effet alors qu’à bien y réfléchir il s’agit de la même chose : pénaliser le consommateur dont les choix de consommation sont finalement la conséquence directe de choix politiques de soutien sans condition au libéralisme : politique industrielle et routière en faveur de l’automobile, fiscalité avantageuse pour le diesel, aménagement du territoire avec un éloignement toujours plus grand entre domicile et travail, transport publics en étoile, etc.
Mais pourquoi serais-je moins sensible à la culpabilisation des automobilistes qu’à celle des ménagères ? Parce que je ne suis pas automobiliste ? Peut-être. Aussi parce que leurs associations ont le chic de défendre des positions contraires à l’intérêt général. Mais finalement, tous ces discours publics nous demandant de faire des efforts (temporaires !) de moindre consommation ou de moindre déplacement en cas de crise reviennent au même : faire porter sur les citoyens les conséquences létales du libéralisme vainqueur !
Serait-il l’ennemi à abattre tant ce système est la cause directe de ce qui nous opprime et met en danger la survie même de l’humanité ? J’en suis, avec Naomi Klein, convaincue. Je l’ai dit, sans doute avec mois d’arguments qu’elle, dans mes Fragments d’un discours politique. Le diagnostic est posé. On fait quoi maintenant ? Je poursuis ma lecture de Tout peut changer. Et je vous dis.

Pucer @25

PasseportL’état d’urgence et Vigipirate ont encore frappé… chez un distributeur de colis !
Je fais une commande sur le Net. Comme à l’accoutumée, j’utilise mon prénom d’usage (depuis 1977 !), Cécyle, pour créer mon compte. Il correspond à mon adresse mail, mais pas à ma pièce d’identité… euh, pardon, à mon passeport car de pièce d’identité, je n’ai point. Ce n’est pas obligatoire d’en posséder une et, dans toutes les démarches de police et justice que j’ai eu à faire dans ma vie, je n’ai jamais rencontré de souci, un extrait d’acte de naissance étant une pièce largement acceptée. Pour voter, j’utilise ma carte d’invalidité.
Le plus compliqué, en fait, a toujours été mes relations « marchandes » comme si la société de consommation me faisait payer là mon aversion pour elle. Impossible de faire la moindre transaction sans « pièce d’identité », et plus ça va, plus c’est pire ! Il y a quelques années encore, ma carte d’invalidité allait bien, et même un passe transport avec photo.
Désormais, c’est passeport ou rien avec cette chance que j’ai que tout le monde ignore qu’un passeport est simplement une déclaration de l’État français de ma qualité de national hors ses frontières. Autrement dit, mon passeport dit à une autorité étrangère que l’État français me reconnaît à l’étranger sous cette identité. Les soldats en mission disposent souvent d’un passeport qui ne donne pas leur « véritable identité », comme les époux Turenge, par exemple.
Et l’autre jour, un pas nouveau a été franchi. J’ai fait ma commande au nom de Cécyle Jung, avec un passeport au nom de Cécile Jung.
— Ouh là là ! madame, ce n’est peut-être pas vous ? Il faut corriger la faute d’orthographe. On doit faire attention à la fraude.
J’explique qu’il s’agit d’un prénom d’usage, que je ne comprends pas en quoi une fraude serait possible.
— Oh ! Vous savez, avec tout ce qui se passe. Là, vous avez un certain âge (merci !), vous présentez bien (re merci !) et on voit que vous faites vos courses dans le quartier (merci Caddie !)
— Et je vous connais, renchérit son employé, vous êtes au 28 !
Oh ! sois-tu béni cher voisin. La dame hésite encore. Elle veut, à l’évidence, que j’aille dans son sens, ce que je ne ferai pas. Elle s’accroche à la faute d’orthographe qu’il faut corriger.
— Pour votre sécurité, je dois vérifier, et je peux ne pas vous donner votre colis.
— Si c’est pour ma sécurité, madame, ne me le donnez pas.
— Je ne vous le donne pas ?
— Non madame. Vous me dites que la différence d’une lettre sur mon prénom vous oblige à la prudence. Je repars sans mon colis, et je fais une réclamation. Je dois d’ailleurs récupérer un autre colis demain, cela fera juste deux réclamations.
Voilà qui l’affole. Elle me dit qu’elle me le donne aujourd’hui comme demain, puisque ce garçon me connaît. Il peut d’ailleurs, c’est lui qui a vu la différence de prénom et la lui a signalée.
Le lendemain, je reviens. Le garçon est seul au comptoir. Je m’excuse de ne pas l’avoir reconnu la veille. Il sourit — « Y a pas d’mal. » —, me répond qu’il va s’arranger pour le prénom. Il va dans le fond de la boutique. J’entends la dame.
— C’est la dame de l’autre jour ?
— Oui.
— Tu lui donnes son colis.
Elle nous rejoint. Le colis est volumineux. Elle m’arrête et pratique une entaille pour faire une poignée.
— Ce sera plus facile…
Et tellement moins compliqué ainsi. Merci madame.

Caprice @5

Un soir dans le métro, je passe devant une affiche pour un site proposant des prestations de ménage chez les particuliers. Il y a deux parties : d’un côté, on voit une tâche de fruits rouges sur fond blanc, de l’autre, c’est une main (sans gant) qui tient une impeccable éponge sur fond vert. C’est laid, mais pas plus que tant d’autres affiches. Ce qui m’a franchement mise en colère est l’idée implicite des slogans : côté salissure « Osez le désordre », de l’autre « On s’occupe de tout ».
Ici, loin est l’idée de personnels de ménage travaillant pour nettoyer ce qui se salit par le fait même d’être utilisé (ou pas) : la vaisselle avec laquelle on mange, les draps que l’on utilise pour dormir, la poussière qui s’accumule. À l’impératif de se lâcher, comme si des tâches de fruits rouges constituaient un simple désordre, répond l’asservissement de personnes qui vont passer l’éponge sur ces caprices. Soyez sale ! Comportez-vous comme des sales gosses qui lancent leur cuillère pleine de jus par terre simplement pour oser défier l’ordre, il y aura bien quelqu’un à payer pour vous rendre toute votre innocence. Derrière le « on » si neutre, c’est au final des créateurs de stars-up et développeurs au chaud derrière leur écran et en bout de chaîne des travailleurs qui vont trimer à quatre pattes.
Quelle apologie du capitalisme dans ses plus profondes dérives ! Assumez de salir le monde selon vos caprices ! Osez polluer ! Des entreprises pourront toujours se faire de l’argent avec de belles publicités, un site Internet chic et des employés payés une misère. Reste bien sûr la croissance résultant de toutes ces opérations. Reste que toutes les tâches ne partent pas, sur les nappes, sur les sols, dans les airs ou dans les poumons.