Archives mensuelles : janvier 2015

Charlie @4

CharlieQuand j’étais jeune étudiante en droit public, j’ai appris que nous vivions dans une « démocratie représentative », soit une démocratie où les électeurs votent pour désigner leurs élus et par ricochet celle et ceux qui les gouvernent. À l’époque, on ne s’interrogeait guère sur le fait de savoir si un médecin libéral à bonne fortune était légitime à représenter une ouvrière à temps partiel. On considérait que la masse des suffrages exprimés donnait la légitimité à nos élus, celle de gouverner selon une certaine ligne politique.
Petit à petit, en trente ans, cette idée s’est étiolée. Des femmes (pas toutes) ont réclamé la parité, exigeant d’avoir des représentantes au motif qu’il était illégitime que les hommes soient majoritaires à représenter le corps électoral composé de 50 % de femmes, que cela n’était pas « représentatif » de la population nationale.
Ce mouvement me semble avoir été le précurseur de cette idée aujourd’hui largement répandue selon laquelle nos élus doivent nous ressembler (être « représentatifs » donc) pour nous représenter. On constitue ainsi les listes de candidats en mettant 50 % de femmes (loi oblige) mais aussi un peu de « représentants de la diversité » en faisant attention que telle ou telle profession soit présente, telle « origine », telle religion, telle situation de famille, tel handicap, telle orientation sexuelle, etc. etc. Et les électeurs en redemandent, souvent très intéressés à ce que quelqu’un, sur cette liste, soit « comme eux ».
Cela pose une question dont les albinos de France (c’est un exemple) mesurent aujourd’hui toutes les conséquences : si un leader met sur sa liste aux municipales un albinos parce qu’il considère que seul un albinos peut représenter les albinos, parler des problèmes des albinos, trouver des solutions qui satisferont les albinos, et ainsi attirer les suffrages des électeurs albinos, alors quand un albinos assassine un non albinos en se prévalant de la supériorité de l’albinisme, ce sont tous les albinos qui sont identifiés à ce tueur car nous vivons désormais avec l’idée que représentation et identification ne sont qu’un.
Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut renoncer à renouveler notre personnel politique en refusant l’accès aux albinos des mandats électifs. Je dis simplement qu’à le faire en valorisant l’identification, on fourbit les armes de celles et ceux qui veulent exclure les albinos ou toute autre « minorité ». Si par contre, on ouvre le recrutement avec l’idée qu’un balayeur sourd (voire albinos) est légitime à représenter une intellectuelle poliomyélite, alors, quand cette intellectuelle poliomyélite dira que sa soupe est meilleure quand elle la fait dans un jeune pot, Pascale n’aura pas besoin de se cacher des petits hommes verts quand elle ira acheter ses cigarettes.
Vous me suivez ? Non ? Ça doit être parce que vous être valide. Quoi d’autre ?

Bonheur @17

Kata gurumaOulalalalalalalalalalalalala !!!
J’aiiii eu peuuuuur !!! Maiiiis, j’aiiiii pas criiiiéééé.
On aaaaa fait du méééétrooo à l’alleeeer, de la voituuuuure au retouuuur, c’était l’aventuuuureee, mais suuuurtouuuut, surtooooout…
On est fiiiers !!!! Toute la baaaande est fiiiièreeee !!!!
Petit Scarabée a été maaaagniiiifiiiiqueeee. Ma Cécylou est paaaas tombééééée. Même que les geeeeens pouvaiiiiient pas savoiiiir qu’elle est biiiigleuuuse et tiiiiient paaaas bien suuuur ses paaaattes. Et pis, c’était beauuuuuu. Y avait pleiiiin le streeeeess, puiiiis pleiiiin le booonheuuur.
T’es suuuuper foooot et buuuuut à la fois Petit Scarabée. T’es beaaaau comme un judokaaaata !

Charité @13

115J’ai appris par voie de presse que, dans le cadre du plan Grand froid mis en place fin décembre, le gymnase près de chez moi était requis pour héberger soixante personnes. L’information ne m’a pas laissée indifférente. Notre quartier est en proie à des trafics importants et mes premières pensées ont été de me demander comment les personnes hébergées et le commerce souterrain allaient cohabiter. J’espérais sans doute que ces soixante personnes, par leurs allées et venues, allaient perturber nos commerçants…
Je n’ai pas entendu de bruits nocturnes inhabituels ni n’ai remarqué de mouvements particuliers. Autrement dit, si je n’avais pas vu cet article du Parisien, je n’aurais sans doute jamais su que ce gymnase était un lieu d’hébergement d’urgence. J’imagine volontiers que cette « discrétion » est voulue et organisée tant je sais les riverains (mes voisins) sensibles à tout ce qui pourrait modifier leur environnement. Demande-t-on à ces personnes ne raser les murs pour éviter les conflits de voisinages ? Il est à parier qu’elles le font spontanément tant elles doivent avoir l’habitude d’être l’objet d’ostracisme et de violences gratuites.
À force de ne rien remarquer, j’ai fini par oser jeter un œil à l’intérieur du gymnase par une ouverture en surplomb. Je savais qu’en début d’après-midi il serait vide, les personnes hébergées arrivant le soir et repartant le matin (il fait tellement moins froid la journée !) Ce que j’ai vu m’a glacée : des lits alignés à intervalle militaire, avec semble-t-il une couverture et un oreiller par lit. Je me suis imaginée là, en cas de crue, occupant ce lit, sans même un drap de cloison, ou une chaise où poser des affaires. Comment peut-on dormir dans ces conditions ?
Isabelle m’a répondu.
— Comment peut-on dormir dans la rue ?
En effet.

Va chez l’gynéco @20

No foot last night...Dans un cabinet médical, je vois un écran accroché au mur dans la salle d’attente. Des films diffusés sont des publicités pour des marques et des campagnes de santé publique. Dessous, une affichette imprimée sur ordinateur est accrochée avec du ruban adhésif. Il y est écrit :
« 1 – La maîtrise de cet écran comme de son contenu n’appartient pas au centre (nom du centre)
2 – Les médecins du centre ne cautionnent en aucune manière les messages publicitaires diffusés sur cet écran. »
Et pourquoi ne pas le retirer ?…

Va chez l’gynéco @19

Cette affaire de dentiste me rappelle « mes débuts avec ma-Jeanine ». Je vous avais dit, une grosse engueulade mais il y a eu aussi (avant ou après, je ne me souviens pas) une affaire d’appareil dentaire. Je suis émue à ce souvenir. Je pense souvent à ma-Jeanine. Elle me manque.
Donc… J’ai toujours eu des dents fragiles, un premier bridge à 18 ans, deux autres, beaucoup de couronnes. J’avais alors une dentiste de la vieille école adepte de la conservation avec des montages parfois hasardeux mais qui m’avaient permis de garder de quoi manger assez longtemps. Elle adaptait également ses tarifs au budget de ses patients. Et elle a pris sa retraite.
Je suis donc allée chez la dentiste en bas de chez moi que des voisins m’ont recommandée. Quelques soins puis, un jour, une nouvelle racine casse. Il me manque désormais trop de dents pour manger et pour accrocher un nouveau bridge. Le verdict est sans appel : appareil. Quand celui-ci tient encore à quelque chose, on ne dit pas « dentier », juste « appareil ». Mais cela y ressemble et, à quarante ans juste passés, cela m’a fait mal. L’impression de vieillir prématurément, sans doute. La peur que mes baisers ne s’en ressentent, et que mes pratiques sexuelles soient diminuées…
Ce jour-là, c’était jour de « thé des locataires ». J’y vais avec une grosse envie de pleurer. Ma-Jeanine est là, avec d’autres. Thé. Crêpes. Je raconte le dentiste, l’appareil, mes craintes… Et là, sans prévenir, ma-Jeanine s’exclame :
— Qu’est-ce que tu t’inquiètes ! On en a toutes des appareils et personne ne le voit !
Joignant le geste au verdict, la voilà qui sort deux appareils dentaires de sa bouche et les pose sur la table. Deux autres locataires présentes rient et font de même. Je suis estomaquée. Comment peut-on ainsi exhiber des choses si peu ragoûtantes ?
— Mais c’est la vie ! continue Ma-Jeanine en se mettant à raconter des histoires cocasses de dents égarées et autres appareils en perdition.
La vie, oui ma-Jeanine. La vie. Il m’a fallu longtemps pour embrasser une fille avec mes nouvelles dents et, dans la foulée, me rendre compte que mes pratiques sexuelles n’en pâtissaient pas. Ouf !

Charlie @3

Charlie hebdoDes bagarres, des insultes, des scènes d’hystérie consumériste collective : de quoi être révolté. Être révolté du comportement aberrant des déçus n’ayant pu acheter Charlie hebdo le jour de sa sortie en raison de ruptures de stock. Être révolté contre une mentalité qui pourrit la mobilisation collective et l’émotion. L’avoir plutôt que l’être, un vieux débat.
L’union nationale des diffuseurs de presse a réagi aux critiques en publiant un communiqué fort intéressant intitulé Lettre aux acheteurs de Charlie et non seulement à ses lecteurs tant la différence est de taille, par le profil des uns et des autres, mais aussi par leur nombre respectif. Dans ce texte, il est évoqué les choix et contraintes qui ont conduit à cette situation.
Outre le nombre d’intermédiaires ayant abandonné leur commission, voire donné temps et argent, il y est évoqué un choix de la rédaction survivante de Charlie hebdo : ne pas confier à d’autres imprimeurs que le leur le travail en refusant de faire travailler d’autres sociétés « dans des conditions sociales compliquées ». Un choix cohérent avec le refus d’un mercantilisme et d’une vision libérale qui braderaient des convictions politiques sur le comptoir de vente des kiosquiers.
Un choix et le respect de ce choix, la patience plutôt que l’achat compulsif d’un produit à la mode, c’est ce qu’il faut défendre. J’espère que ces consommateurs prendront un peu conscience de l’ineptie de leur violence quand la mobilisation contre la violence reste essentielle. J’espère qu’ils liront dans Charlie autre chose que la critique d’une religion pour s’attacher à ce qui a traversé aussi Charlie hebdo : la critique d’un capitalisme inégalitaire, d’une course à la croissance aberrante, d’une instrumentalisation des humains et des animaux… J’espère.

Va chez l’gynéco @18

DentisteJe suis allée l’autre jour chez la dentiste pour réajuster mes appareils dentaires qui m’avaient coûté en « reste à charge » 850 euros chacun à l’automne dernier (facturé 1250 euros pièce par ma dentiste). J’avais trouvé l’addition un peu salée, mais il semble que cela soit dans l’air du temps. Et j’ai bassement besoin d’avoir des dents pour manger.
Pour ce prix-là, j’aurais pu espérer que mon rendez-vous réajustement (une sorte de service après-vente) ne me coûte rien. Cela avait été le cas de deux autres rendez-vous du même type quelques jours après la pose des appareils, ces bestioles-là ne se calant jamais du premier coup.
Donc, l’autre jour. Ma dentiste réajuste en moins de cinq minutes et retire un peu de tarte, ce qu’elle fait à chaque rendez-vous. Il lui a fallu à peu près trois minutes vu que le dernier détartrage datait de moins de trois mois. Je lui demande combien je lui dois. 30 euros. Le chiffre rond me surprend. Je paie.
Quelques jours plus tard, je reçois le relevé de la sécurité sociale. L’acte est désigné « Acte prophylaxie », avec une base de remboursement de 28,92 euros et un montant payé de 28,92 euros. Cela fait donc un dépassement d’honoraires de 1,08 euro, tout à fait transparent puisque le montant que j’ai payé n’est pas celui indiqué. Ce n’est pas grand-chose, 1,08 euro mais je trouve fort peu déontologique de me faire payer un dépassement d’honoraires sans m’en informer et sans que cela ne soit indiqué sur ma feuille de soin, fût-elle électronique.
Ma dentiste a pris sept semaines de congés cet été, plus quatre semaines pour la fin d’année. Va-t-elle pleurer misère avec d’autres médecins dans son genre ? Forcément. Vous savez. Les frais.

Charlie @2

Blog Charlie pianoRevenant du travail, je traverse la place de la République. D’habitude, je rentre en transports en commun à proximité du travail. Mais, depuis le 7 janvier, je vais souvent à pied jusqu’à République où je prends le métro.
Il y a quelques jours, un petit attroupement entourait un pianiste venu avec son instrument attaché à un vélo. Dans la nuit de ce début de soirée, ce moment était émouvant, intense, triste et tendre. Un moment d’une certaine beauté. Un moment qui m’a fait du bien.

Ils @5

ChocolatsJ’avais gardé sous le coude pour un billet un courrier que j’ai envoyé à Carine Petit, maire du 14e arrondissement de Paris, en attendant la réponse. Nous sommes deux mois plus tard, elle n’est pas venue. Je remarque au passage que madame la maire a une fâcheuse tendance à ne pas répondre aux courriers que je lui envoie ; c’est le troisième sans réponse depuis son élection. Comme je refuse de considérer qu’il puisse s’agir d’une affaire personnelle (on se connaît un peu avec Carine Petit), je ne peux que conclure à un dysfonctionnement dans la gestion de ses courriers. Dommage !
Cela dit, mon courrier. Il y est question de chocolats et d’une bévue que l’on pourra facilement attribuer à un manque d’attention. Pourtant, il me semble que l’on ne fait pas ce genre d’erreur par hasard, et que cela ait passé toutes les étapes de la rédaction d’un courrier circulaire à tous les « seniors » et personnes handicapées de l’arrondissement indique au mieux un manque de professionnalisme, au pire… Je vous laisse lire.

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« Bonjour,
« Bénéficiaire du Navigo Émeraude, j’ai reçu le courrier du CAS du 17 novembre 2014 largement cosigné par Carine Petit, maire du 14e, m’invitant à venir retirer une boîte de chocolat. Je lis « Cette boîte vous sera remise (…) sur présentation de votre carte d’identité et cette invitation ».
« Ma « carte d’identité » ? Je n’en ai pas, cette carte n’étant pas obligatoire. Par ailleurs, la « carte d’identité » est délivrée aux seuls citoyens français alors que la prestation « boîte de chocolat » ne semble pas réservée aux Français puisqu’elle est délivrée aux « personnes qui ont une prestation municipale en cours de validité », prestations qui ne sont, à ma connaissance, pas soumises à une condition de nationalité.
« J’aurai donc deux questions :
« * Comment puis-je retirer ma boîte de chocolats sans carte d’identité ?
« * Cette condition de présenter une « carte d’identité » témoigne-t-elle de l’introduction prochaine dans la politique sociale de la Ville de Paris de la « préférence nationale » déjà présente dans l’esprit de la personne qui a rédigé ce courrier et de toutes celles qui l’ont relu ?
« Rassurez-moi…
« Bonne journée à vous
« Cécyle Jung »

Hétéronomie @8

PM« Et puis, aux vertus de l’échappatoire, le journal télévisé ajoute le sentiment – reposant entre tous – d’éteindre le raisonnement en allumant la télévision : à l’entreprise épuisante de faire son marché, tout seul, dans l’abondance digitale, se substitue, comme le répit du guerrier connecté, la suspension provisoire du jugement et la douce hétéronomie de l’opinion qu’on nous dicte. » écrit Raphaël Enthoven dans son article « Le « 20 heures«  », sous-titré « L’actualité sacro-sainte » dans Philosophie magazine n°86 de février 2015.