Carport

J’ai parfois le sentiment de vivre dans un monde parallèle, pas seule, mais dans un grand écart absolu avec l’ultralibéralisme et la société de consommation. Si je regarde mon entourage proche, très parisien, je vois des personnes qui vivent des minima sociaux, ou sont payées entre le SMIC et un salaire de cadre de la fonction publique en fin de carrière, certains sont propriétaires, mais uniquement de leur logement… Tous, à des degrés divers, ont conscience des enjeux sociaux, économiques et climatiques, et consomment avec une certaine conscience de l’intérêt général.
À la radio, j’entends tous les jours parler de pénurie d’eau, de nécessaire adaptation de l’économie, de révolte sociale qui gronde, de misères, d’inégalités, parfois même de nécessaires ruptures avec le système économique qui nous opprime. Mais sur ces mêmes ondes, j’entends depuis quelques jours une réclame dans la pure tradition des niaiseries publicitaires qui vante les mérites d’une marque qui propose des « carport » (en anglais dans le texte bien sûr).
J’avoue qu’il m’a fallu un certain temps pour comprendre de quoi il s’agissait. J’ai tendu l’oreille pour comprendre la situation décrite, en général une discussion de couple hétérosexuel où il est question de s’abriter de la pluie quand on sortira de la voiture. Étant donné qu’il n’a pas plu en France pendant vingt-sept jours entre janvier et février, cela me semble effectivement une priorité absolue. Les prix s’étalent à vue de nez de 500 € à 3000 €, voire plus.
Je comprends quand on me dit que l’on a besoin d’une voiture pour aller travailler parce que l’État est défaillant dans l’offre de transport collectif. Mais ce culte de l’automobile, cet argent mis dans tous ces signes extérieurs de richesse stéréotypés « Dynasty »… Je m’interroge. D’où vient-il ? Où est-il ? Nous mentirait-on sur le taux de richesse exact des Français ? Et que l’ultralibéralisme va encore inventer pour produire, toujours produire au bénéfices des déjà milliardaires ?
Je n’ai même pas de mots pour dire combien cela me sidère. Mais peut-être n’est-ce pas mon problème ? Forcément si parce que je ne peux pas m’extraire de ce monde et que je vais devoir construire mon avenir avec des personnes qui sont prêtes à mettre 3000 balles dans un auvent pour protéger leur voiture pendant que d’autre n’ont pas 30 balles pour s’offrir une tente Quechua parce que la force publique a rasé leur dernier campement au petit matin… Ça fait mal.