Archives mensuelles : octobre 2021

Déo @38

Page du site montrant le stock dans le magasin où les produits ne sont pas car ils ont été placés en entrepôt pendant la saison basse.Alors que je me rendais à proximité d’un magasin d’articles de sports et loisirs, j’avais proposé à Cécyle de me dire si elle avait besoin de quelque chose. Elle m’avait donné deux références de lampes de camping rechargeables. J’étais donc passé voir, mais ne les avait pas trouvées.
En sortant, je l’en informe. Elle me répond qu’elle en a vu en stock sur le site, qu’il est donc possible de commander en « click & collect ». J’y retourne et sollicite un vendeur. Il réfléchit et me dit, l’air un peu résigné, qu’il lui semble comprendre ce qui arrive : elles doivent être en « hibernage » (c’est le mot que j’ai compris). Nous vérifions en rayon. Il m’explique que les produits moins vendus l’hiver sont envoyés dans un entrepôt. Ils restent dans le stock du magasin sans y être (en magasin). Par conséquent, si on commande en « click & collect », la commande sera annulée.
Il me donne la solution : il faut effectuer une commande comme si on se faisait livrer, mais on peut choisir d’être livré chez soi ou dans un magasin et y retirer les produits. Les livraisons sont constituées à partir des fameux entrepôts.
Il s’agit donc de « cliquer et collecter », mais sans opter pour le « click & collect ». Facile ! Et l’hibernage ? Joli mot, croisement entre hivernage et hibernation. Et si les stocks indiqués sur le site pouvaient aussi aller se blottir au chaud dans un entrepôt, histoire de ne pas embrouiller la clientèle, ce ne serait pas joli aussi ?

Chouette @46

Un arrêt provisoire du 58. Un poteaux planté dans un socler avec les informations sur la circulation de bus. En fond, la ville.— Caddie a retrouuuvééé le buuuuus !
Plutôt son terminus, les amis !
— Le min*uuuu*s ?
— Non, Copain Mouton, c’t’est pas l’même ! C’l’ter-minus.
Exactement Petit Koala, trois fois le minus. J’ai retrouvé les pantoufles aussi, on avait reçu un avis de disparition inquiétante.
— Caddie trouuuve-touuuut !
— Il ouaftrouve même la ouafballe dans les ouafourrés !
C’est pour ça que je suis candidat ! J’ai la solution à tous les problèmes, bus, pantoufles, balle et commissions ! Les amis, votez pour moi !
— Ça ouiiiii, on voooote ! Viveee la soluuuution !
— C’est quo*iiii* la sol*uuuu*tion ?
— Un liquiiiide !
— Des so*uuu*s ?
— Pour les ouafcroquettes ?
— Vous z’embrouillez les Mouton. Oui, tout’solution est un liquide mais tout liquide n’est pas d’l’argent. Le point d’fusion est à 961,8 °C et même s’l’planète chauffe, on n’en est pas là.
Supprimons l’argent ! « Croquettes gratis et foooot à volonté ! » C’est un bon sloggan, ça, je trouve !
— Et l’amooour, candidat Caddie ? T’as la soluuutioooon ?
— C’est Ouafnous, l’ouafamour !
— Même m*oooo*i ?!
— Même toi, Copain Mouton ! Allez, on z’y va. Y a plus rien à trouver Cadinounet ! T’viens au foooot ?

Pauvres enfants ! @37

Affiche 119 enfant en dangerLes vestiaires, dans mon club de judo, sont constitués de trois espaces à l’intérieur d’une grande pièce, espaces délimités par des cloisons en bois et des rideaux. Il y a deux vestiaires pour les garçons, afin que les groupes d’âge ne s’y croisent pas ; et un pour les filles (elles sont peu nombreuses). Les parents y circulent allègrement, certains enfants ayant besoin de leur aide, d’autres… ? Nous y prêtons toujours attention, sortant gentiment les parents qui n’ont rien à faire là.
Cela a été le cas jeudi dernier. Une maman, qui attendait son fils, était à côté d’un rideau qu’elle avait soulevé, offrant ainsi le spectacle d’une dizaine de gamins en slips à qui tournait la tête par là : des parents, d’autres enfants, des adultes du cours de Aikido… Je lui ai demandé de fermer le rideau, invoquant le droit à l’intimité des enfants. Elle l’a fait, un peu de mauvaise grâce. Une autre maman a appuyé bruyamment ma démarche. Comme nous étions à quarante-huit heures du rapport (sic) Sauvé, j’ai enfoncé le clou (celui laissé vacant par le Christ, bien sûr).
Je vous passe les détails de la conversation, mais j’ai expliqué que tous les adultes intervenant dans le club se voient contrôler leur casier judiciaire (et ce bien avant que ce ne soit une obligation légale) et, à la remarque d’une maman sur le judo sport de contact, j’ai expliqué que nous n’attrapions que le kimono et que cela faisait une sacrée différence (si vous en doutez, je vous en fais la démonstration dans l’heure). Sur les cinq parents présents, trois n’ont rien dit, une a approuvé bruyamment, la dernière a fait des petites remarques genre « Franchement, vous en faites trop. »
C’est sans doute la même qui ira pleurer misère s’il arrivait quoi que ce soit à son enfant ; j’imagine aussi qu’elle publie allègrement des photos sur les réseaux sociaux, sans contrôle sur qui les voit. Vous avez dit protection de l’enfance ? Un enfant sur deux est agressé par un membre de sa famille, et 94 % des enfants le sont par des proches. Victime ou témoin, appelez le 119 !

Hétéronomie @32

Couverture du livre de Guillaume Erner intitulé La souveraineté du people« Que l’on travaille comme indépendant, ou a fortiori comme salarié, chacun est soumis à une discipline, ou à un travail de retenue. Il importe d’être sobre, d’obéir aux ordres et à la hiérarchie ou bien encore d’être fiable. Dès lors, tous ces people se comportent de manière très différente de nous. Ils sont libres là où nous sommes contraints : qui aurait la possibilité d’aller au travail dans une robe faite de steak ? Quel enseignant (ou mécanicien ou avocat) pourrait saccager un restaurant sans que cela nuise à son image de marque, bien au contraire ? En un mot, ces people sont autonomes, là où nous sommes « hétéronomes » –nous recevons notre loi du dehors. Tandis que la plupart des individus estiment suivre des prescriptions édictées par autrui, ces people semblent agir de manière absolument libre. » La souveraineté du people, Guillaume Erner

Féminité @10

Je rentre de chez le kiné et croise un de mes voisins avec qui j’ai des relations de mutuelle bienveillance. En plus de se dire bonjour, on se demande si cela va avec un intérêt réel. Notre lien s’est noué au fil du temps à travers mon activité sportive : ce voisin, qui n’a plus les moyens physiques de pratiquer m’encourage toujours et nous échangeons sur nos aptitudes respectives.
Il a été un de mes soutiens quand je me suis cassé la cheville, encourageant toujours mes progrès, me donnant quelques conseils, attentifs à mes progrès. Je sors ce matin-là de l’ascenseur ; il arrive du fond du couloir, accélérant le pas pour que la cabine ne reparte pas sans lui. Dehors, il pleut à seaux.
— Bonjour, Cécyle, ça va ?
— Oui, très bien ! Attention dehors, ça mouille !
— Ah ! Ça va bien alors…
Et l’ascenseur l’emporte pendant que j’éclate de rire, convaincue qu’il a mal entendu ma réponse mais que le résultat est détonnant.

Réclamation @83

Un boîtier de déclenchement de balise sonnoreJe vous avais épargné mon dernier passage en bureau de poste tant le validisme se répète et me fatigue ; mais c’est mon quotidien, et puis, certaines fois, mes interlocuteurs me donnent au final l’impression d’être réellement indignés des situations dont ils ont la responsabilité.
Depuis que j’ai récupéré une balise qui déclenche les feux sonores, je la laisse dans ma poche. Cela fonctionne de manière aléatoire sur les feux, et réserve parfois de bonnes surprises : à l’entrée des bureaux de poste, par exemple, elle se déclenche pour me dire où je suis et décrire le cheminement. Dans le mien, le haut-parleur est mal réglé. Il fait un boucan d’enfer… sans que cela ne fasse sourciller les agents qui accueillent les usagers (ils sont désormais debout vers l’entrée et plus derrière des guichets).
J’avais ainsi passé un bon quart d’heure au guichet mi-septembre, toute balise hurlante, sans que personne ne bronche… dans ce que j’avais pu observer ; mais j’étais loin de l’entrée. Ce 20 septembre dernier, je dois poster un courrier suivi. J’entre canne en main, la balise se déclenche, un agent s’écarte devant moi sans rien me demander. Je vais à la machine à affranchir la plus près de la porte (deux mètres environ). J’utilise ma mémoire et le zoom du téléphone pour la faire fonctionner, elle n’est pas très lisible.
Cela prend un certain temps. La balise tourne en boucle. Des usagers intrigués s’en font la remarque à haute voix puis trois agents se collent vers la porte, analysant la source du vacarme. Le haut-parleur est très vite identifié. Ils s’interrogent pour savoir comment le mettre hors service sans se demander pourquoi il s’est mis en marche. Je prends mon temps pour qu’ils aient celui de turbiner. La solution s’impose : il faut le casser. Je termine mon opération. Un des trois agents est encore là.
— Bonjour, monsieur, vous semblez être dérangé par cette bande sonore.
Il confirme.
— Mais savez-vous pourquoi elle s’est déclenchée ?
Il ne sait pas.
Je lui montre la canne, lui explique que si elle est blanche c’est le signe que je suis déficiente visuelle. Je sors la balise de ma poche, lui explique le fonctionnement et conclus.
— La prochaine fois que vous entendrez cette bande-son, plutôt que de chercher à casser le haut-parleur, vous chercherez le déficient visuel qui vient d’entrer et lui proposerez votre aide.
Il bafouille je ne sais quoi. Je m’en vais. Tout le temps de notre conversation (mon monologue en fait), j’ai eu l’impression de parler dans le vide, que mon interlocuteur était si loin de ce que j’expliquais qu’il ne pouvait comprendre. J’ai fait un microbillet Twitter en rentrant, puis une réclamation en bonne et due forme à la suggestion de @lisalaposte. Je n’ai en fait rien « réclamé », juste porté à la connaissance de La Poste cet épisode peu glorieux pour ses agents.
À ma grande surprise, la réponse est venue vite, signée de la directrice du bureau concerné. Au-delà des poncifs sur la « politique d’accessibilité », j’ai senti comme l’expression d’un certain désespoir de sa part, celui d’une cheffe qui, en dépit de ses efforts, n’arrive pas à faire passer un certain nombre de messages à ses agents. Je l’ai remerciée avec grande courtoisie ; il n’est jamais vain d’encourager celles et ceux qui tentent de rompre avec la logique validiste, même quand ça ne marche pas.

Extravagance parisienne @70

Facimilé dune alerte enlèvement. Logo RATP + celui du Bus "Le chef de ligne cherche ctivementle trminus du 58 pour le rendre au usager. Si vous le voyer, ne le prenez pas, appelez le + numéro RATP"Mardi 28 septembre 2021, je rentre du judo. J’ai pris la 11 jusqu’à Châtelet et compte prendre le 58. J’ai fait ça la semaine précédente et le bus, à cette même heure, a été rapide. Je me rends à l’arrêt. Il n’y a aucun bus. C’est étrange, c’est son terminus. Je ne vois pas non plus son plan sous l’arrêt… mais il fait nuit ; cela peut m’échapper. J’avise un autre bus, garé à quelques mètres. Je m’approche canne blanche en main. C’est le 76. Je demande au chauffeur où trouver le 58. Il m’envoie plus haut sur l’avenue Victoria, côté Hôtel de Ville. Là, un bus attend. C’est le 70. Le chauffeur m’indique que le 58 est au niveau de la place du Châtelet… de là où je viens.
Je n’insiste pas, traverse la Seine et vais prendre la 4. Je sais que le trafic des bus est perturbé dans le secteur pour cause de procès des attentats. Je demande à Frédéric, qui me donne un plan où le 58 part toujours du même endroit. Le lendemain, j’appelle la RATP pour que l’on me dise où est ce terminus. Mon interlocutrice me fait patienter pour « consulter le chef de ligne ». Je patiente, un certain temps. Elle s’en excuse, cela a été long car « l’arrêt a été déplacé mais ils ne savent pas où… » Elle ajoute « jusqu’à lundi seulement, à cause de la Fashion Week ». J’insiste un peu, trouvant surprenant que la RATP ignore où se trouve le terminus de l’une de ses lignes. Elle ne peut m’en dire plus « ils envoient une voiture de service pour chercher. »
C’est tellement incroyable, surtout qu’on me le dise, comme ça, au téléphone, sans sourciller ! Je cherche sur le site ; je ne trouve rien. Caddie propose d’aller voir sur place pour mener l’enquête ; la disparition d’un terminus de roulettes l’inquiète beaucoup, cela se comprend. Suspense !

Chouette ! @45

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.J’aime beaucoup Gaël Faye. Dans Histoire d’amour, il y a une partie chantée dans une langue africaine. J’entends alors « Kito » ! Je bondis.
Je regarde les paroles et lis que c’est en fait « Kitoko ». Mais en cherchant, j’apprends que Kitoko est un adjectif en lingala, qui peut être simplement traduit par « beau », « belle », « beauté » en français. Le lingala est langue bantoue essentiellement parlée en République Démocratique du Congo ainsi qu’en République du Congo (Congo-Brazzaville).
J’en conclus que Kito est un diminutif de Kitoko. Et surtout que son prénom lui correspond parfaitement.

 

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.