Archives mensuelles : septembre 2021

Bigleuse @132

Canne blanche d'appui avec une sonette de patinette sous la poignéeFin août, j’ai eu un contrôle radiologique de ma cheville cassée-réparée avec un rendez-vous avec l’interne. Je n’utilisais plus qu’une canne anglaise, surtout à fins de me signaler et de gérer les situations périlleuses (sols glissants, marches, etc.) L’outil était parfait mais présentait néanmoins un gros défaut : il disait mes difficultés motrices, pas mon handicap visuel qui demeure mon handicap principal, si je peux le dire ainsi. Même quand je le disais (notamment lors de mes visites à l’hôpital), la canne anglaise était plus forte qu’un « Je suis déficiente visuelle. », expression qui peine toujours à faire sens pour la majeure partie de la population ignorante la basse vision.
J’avais repéré sur le site de l’AVH une canne blanche d’appui qui me semblait parfaite. Je me la suis fait prescrire et suis allée la chercher. L’effet sur mon prochain n’a pas été flagrant même si certains y voient spontanément une canne blanche ; au pire, si je prononce mon fameux « Je suis déficiente visuelle. » en brandissant la canne, j’obtiens un taux de compréhension nettement supérieur. Par contre, l’effet sur moi a été presque jubilatoire : après trois mois de handicap physique, je récupérai mon handicap à moi que j’ai (et pas vous, na na na !)
Cela vous semble absurde ? faraud ? Ce n’est que l’expression de ce que mon handicap visuel est part de mon identité et en récupérer la signalétique, c’est recouvrer mon identité à l’identique d’un valide qui récupère sa mobilité après une blessure, une maladie, et reprend le cours ordinaire de ses activités. Me voici donc de nouveau une déficiente visuelle qui n’est plus en situation de handicap moteur. Qu’est-ce que c’est chouette !

Note. Sarah m’a offert une sonnette que j’ai installée sur la canne. Ça déchire !

Pucer @57

Ma carte bancaire a été renouvelée au mois de septembre à son arrivée à échéance. Au fil des années, j’avais plus ou moins bien mémorisé mon code, après avoir longtemps eu un code que je connaissais très bien. J’avais aussi réussi à retenir l’essentiel des numéros de la carte, sauf les quatre premiers que je mélangeais régulièrement.
Arrive ma nouvelle carte : code identique et seuls quatre numéros n’ont pas changé, les premiers. Misère.

Agit-prop’ @39

Caddie, barré de tricolore, avec en slogan : 20222 avec Caddie, amour, gloire et roulettes !— Diiiiis, Petit Koala ; t’aaaaaas des nouveeeelles de Caddie ?
— Pas plu’qu’ça, Petit Mouton. Pourquoi ?
— On est inquiiiiets !
— Tr*èèèèèè*s inqu*iiii*ets !
— Ben qu’ça pourquoi ?!
— À cauuuuse des souuus-mariiins ! C’est ta paaatrie qui a faiiiit le couuuup.
— Moi, j’ai tro*uuuu*vé ça rig*oooo*lo !
— Et c’est ouafsympa de partager son ouafos !
— Petit Mouton, ma patrie, c’est qu’d’l’amour ! Caddie l’sait !
— On parle de moi sa Seigneurerie Caddie ?
— V’là qu’tu tombes bien mon Caddinounet ! Les Mouton s’inquiètent…
— De ma campagne ?
— Non, ça, c’fichu ! Q’tu sois fâché à cause d’sous-marins.
— Je ne suis jamais fâché quand le Grand Capital se prend une roulette dans les commissions ! Vive l’internationale des banettes chaudes !
— C’est fooot !
— F*oooo*t ! Mais pourqu*oooo*i tu p*aaaa*rles des boul*aaaa*ngers ?
— C’pas lié au pain, c’t’une expression pour dire qu’l’marins partagent leur lit. Enfin, pour pioncer à tour d’rôle, pas en même temps.
— Comme moi le ouafcanapé ?
— Pareil !
— C’est un bon thème de campagne, ça ! Électeurs de tous les pays, alitez-vous !
— Caddie ! Présiiiiident ! Caddie ! Prisédeeeent !

Exposer @22

Logo de PharosLa page Facebook de l’association des albinismes dont je suis l’animatrice reçoit régulièrement des demandes de diffusion de castings pour des émissions télé, des reportages, des œuvres de fiction voire du mannequinat. Je n’en suis pas fan tant la plupart recherchent des « freaks », de préférence en souffrance. D’un autre côté, certaines personnes albinos peuvent avoir envie de partager leur expérience, notamment dans les émissions télé ou les reportages. Je diffuse donc ces derniers quand ils émanent de chaînes ayant pignon sur rue.
Pour les castings comédiens, figurants ou de mannequinat j’ai tendance à considérer que si des personnes souhaitent épouser ces métiers, ils peuvent s’inscrire dans des agences ad hoc. Quand la demande émane d’une source non identifiée et/ou recrute des mineurs, j’avoue, je sors mon revolver. C’est arrivé très récemment. Nous avons reçu un message émanant d’une page Facebook nouvellement créée, sans aucune coordonnée, qui indique chercher « une adolescente de 16 ans noire ou afro descendante très particulière. (…) l’idée que le personnage principal soit interprété par une jeune fille albinos apparaît de plus en plus pour la réalisatrice comme une évidence. »
Une telle formulation me gêne ; est-ce parce que j’ai récemment lu Chavirer de Lola Laffon (que je vous recommande) ? J’ai indiqué à mon interlocuteur anonyme que je ne relaierais pas son annonce et que les signaler à Pharos me démangeait. La réponse n’a pas tardé : cris indignés, nom de la société de production, numéro de téléphone pour « en discuter »… et cette phrase « Si vous pensez à une jeune fille, ce serait vraiment dommage de ne pas lui permettre cette formidable opportunité ! »
Une « formidable opportunité » ? La formule m’a mise en colère tant elle est l’expression d’un monde qui exploite les personnes et s’assoit sur leur dignité en leur faisant miroiter luxe, gloire et beauté. Bien sûr, une personne peut avoir envie de faire une carrière de comédien ou de mannequin ; mais si elle est recrutée uniquement sur son physique, en l’espèce de noir albinos, est-ce vraiment de création artistique dont on parle ? En plus de ne pas diffuser cette annonce, j’ai programmé sur la page une publication informant nos internautes de l’existence de Pharos.

Extravagance parisienne @69

La photo montre la boite d'emballage en carton avec le slogan "Artisan du vivant".Je suis retournée à la boulangerie végétale, même si j’y vais sans doute moins que cela me dirait en raison de l’employée désagréable. Elle n’y était pas, mais il y avait un jeune homme que j’avais vu lors d’un de ses premiers jours.
Il était seul, très gentil, très aimable, enthousiaste. À la caisse, alors qu’une personne arrivait derrière moi, il m’a demandé si j’avais senti le changement d’atmosphère en rentrant dans la boutique. Je n’ai pas trop compris, car il n’y a pas de climatisation… Puis il a continué sur sa lancée : oui, l’atmosphère, l’ambiance. Il s’y sent bien. Il avait d’abord choisi cette boulangerie pour les animaux, puis il a trouvé les produits très bons, très digestes. Et il aime venir à son travail… Il a continué sur sa lancée encore un peu puis j’ai laissé ma place à l’autre cliente.
C’était un plaisir de rencontrer un jeune homme enthousiaste et heureux de son travail. Un joli moment.

Agit-pro’ @38

Caddie, barré de tricolore, avec en slogan : 20222 avec Caddie, amour, gloire et roulettes !Franchais, Franchaises,
— D’d’jà vu, mon pote !
Mes chers compatriollettes !
— C’est fooooot !
Faut être clair : c’est la chienlit ! On peut pas laisser faire sans réagir ! Il nous faut des ballons qui visent le but !
— Trop f*oooo*rt !
— Caddie ! Présiiiiident ! Caddie ! Prisédeeeent !
Mes amis ! C’est si bon de sentir votre soutien pour bâtir ensemble un monde où la roulette sera reine et le foooot fera la loi ! Hardi ! retirons la moelle de l’os !
— Ouafnon ! C’est si ouafbon !
Oui, Helgant ! Mais le bon nuit au bien et le bien, c’est le végan ! On te laisse ta balle, la forêt et on construit un monde de roulettes et de courgettes !
— T’es un peu confus, mon Caddinounet ! R’sserre ton propos, être moins ambitieux pet’ête, plus près d’gens.
— Des ouafcroquettes !
— Du fooooot !
— Et de l’amo*uuuu*r !
Bah ! je ne dis pas autre chose.
— P’être faut dire autr’ment ?
J’peux pas dire que je vais leur mettre la roulette dans la gueule tellement ils me les brisent avec leur consommation de masse et leur pollution du cul !
— Yep, t’n’peux pas.
Mes chers compatriollettes ! Je vous promets amour, gloire et roulettes tellement vous êtes tous extraordinaires et…
— Faut paaaaaas mentiiiiir, Caddie !
— C’est p*aaaaaa*s b*iiiii*en !
J’sais plus quoi faire…
— Un ouafpartie de ouafcommission ?!
T’as raison, Helgant ; on descend faire pipi. Ça peut pas nuire à la France.

Métro @28

Je n’ai jamais trop aimé prendre le bus : il est difficile de s’y repérer (trouver les arrêts, voir le bus arriver, savoir quand on descend) ; les trajets sont longs et soumis aux aléas de la circulation ; il faut attendre (parfois longtemps) dans le froid. Le retour progressif à la marche après la fracture de ma cheville m’a porté à les utiliser plus pour éviter les marches du métro (qui me font encore très peur). Sur certains trajets, cela s’est révélé une très bonne solution ; sur d’autres, la galère m’a vite découragée !
En matière d’accessibilité, des progrès ont été faits : les arrêts « parlent » (quand cela fonctionne) et de plus en plus de bus également. Par contre, les plans RATP et les informations de circulation (notamment les arrêts reportés) sont une gageure. Pour ce qui est du temps de trajets, au mois d’août, c’était parfait ; dès septembre venu, les durées annoncées sont devenues erronées. Quant à l’attente, un peu longue, toujours ; il fait encore beau mais cela ne va pas durer !
J’ai néanmoins persisté, ma peur contraignant mes descentes dans le métro. Et puis il y a eu ce samedi où aucun bus ne pouvait me ramener chez moi avec un laconique « arrêt non desservi » sur l’appli sans solution alternative ; Sarah m’a mise sur le quai de la 4 et je suis remontée seule par un Escalator à Alésia. Ouf ! S’en est suivi la reprise des cours de judo. J’avais décidé d’y aller en bus et de rentrer en PAM. La RATP en a décidé autrement.
Après avoir attendu un quart d’heure le 91 à son terminus, le voilà qui annonce qu’il s’arrête Gare de Lyon. Il ne pouvait pas le dire plus tôt ? Bah non. Les diverses simulations que j’ai faites sur l’appli me mettaient à plus d’une heure quinze de Jourdain (sans garantie, bien sûr) alors que j’étais déjà partie de chez moi depuis plus d’une demi-heure. Près de deux heures pour aller donner un cours de judo : de la pure gourmandise !
Je me suis ainsi rabattue sur le métro, la trouille au ventre. J’ai pris la 5 devant la Salpêtrière (au cas où, l’hôpital n’était pas loin) et fait mon changement à République. En gérant les flux de voyageurs (plus délétères encore que les marches), je suis arrivée à destination aussi fière que si j’avais gravi l’Everest ! Quand je pense à tous ces gens qui traversent la planète en quête d’aventure ! Réduisez votre acuité visuelle et cassez-vous la cheville, la RATP fera le reste à prix modique avec un taux d’émission de CO2 tout à fait raisonnable !

Anniv’ @49

— Un ouafanniv’ !
— Chouuuuuuette un tréééééébonziiiiiiversaireeeeee !
— C’est ç’s’fait quel âge ?
— 11 ans !
— Il *eeeeee*st b*iiiiiii*zarre le gâtea*uuuuuu* !
— C’est qu’c’est un cake aux croquettes.
— Aaaaaah ????!!!
— *Aaaaaa*h *????**!!!*
— C’est mon ouafgâteau ouafmaison, ça vous plaît ?
— Y a des coooooourgetteeees ?
— Oui ! C’est moi, Caddie, votre serviteur et maître des commissions, et du monde pour faire simple, qui ait acheté les ingrédients, que des légumes, à la place de Poussette, qui est parti pour un long voyage. Et, je vous assure qu’il y a des courgettes et…
— Ell*eeeee* est parti*eeee*e en Estomac ?
— Euh, en quelque sorte. Avec des petits hommes verts, dans leur grand camion !
— Oh !!! non, il fait trop ouafpeur ce ouafcamion !
— Bon, ben, il était peut-être petit, ou bleu. Enfin, bref, y a des courgettes !
— Choueeeeette, c’est la fêêêêête !
— Bon, on va c’l’manger avant que Caddie parle encore d’roulettes qu’font peur à Helgant. Enfin, après souffler l’bougies pour sûr !

Extravagance parisienne @68

La photo montre la boite d'emballage en carton avec le slogan "Artisan du vivant".J’ai découvert une boulangerie récemment ouverte pas loin de mon travail. J’ai depuis appris que c’était une boutique d’une chaîne. Les produits y sont vegan.
L’enseigne joue sur de nombreux codes branchouilles : nom anglais, slogan comme « boulangerie d’hôtes » (qu’est-ce donc ?), la boulangerie se vantant d’être « végétale »… Le site est dans le même esprit parsemé d’anglais pour faire branché et de formules visant l’avant-garde et frisant le ridicule. Les produits sont très bons et je les digère bien alors j’y vais de temps en temps, malgré une bien peu agréable des employés.
Je pense que le ponpon est un slogan sur une boîte « Artisan du vivant ». Outre que c’est vague, je trouve que cela tombe particulièrement à plat et est maladroit voire ridicule pour un artisan végétalien.
Certes, il s’agit sans doute de souligner que le végétal est du vivant, mais je ne pense pas qu’en jouant sur l’apparence et donnant l’impression que le végétalien est l’apanage de la branchitude, on vise à défendre une idée et des principes, mais bien plutôt du marketing et de la stratégie commerciale. Même ceux qui ne partagent ni les tics de langage ni les codes bobos peuvent manger végétalien, les y inviter plutôt que les exclure serait une véritable démarche politique d’artisan défenseur du vivant. On en est assez loin.

Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.