Archives mensuelles : septembre 2016

Galère @4

pongisteSamedi 10 septembre 2016, vers 22 heures, je regarde les Jeux paralympiques. Après un détour par le vélo sur piste avec une seule jambe et un bras (ça dépote, surtout au démarrage), on nous montre les images d’un pongiste sans bras qui tient sa raquette dans sa bouche. Pour servir, il lance la balle avec le pied (il joue pied nu). Quand il a besoin de la ramasser, il se met à quatre pattes et la gobe.
Avec un garçon pareil, les services sociaux vont pleurer : comment concevoir tant d’autonomie de la part d’un si grand handicapé ? Gageons que ce ne soit pas l’occasion de réduire les aides au handicap (les restrictions budgétaires sont déjà bien suffisantes !) car, même si nous sommes tous exceptionnels, nous ne sommes pas tous des pongistes sans bras !
Sur le plateau, d’ailleurs, l’exception est à l’honneur.

Animateur valide. — C’est quand même tellement spectaculaire !

En effet, ça l’est. Quelques minutes plus tard.

Animateur valide. — On joue contre lui, il nous met une tôle.

Ah ! la belle référence, l’homme blanc quadra en pleine santé. On est aux Jeux paralympiques, tout de même, et il s’agit d’athlètes confirmés, leur handicap ne leur retirant pas (j’espère) cette qualité-là.

Autre animateur valide. — Là, on a quand même affaire à des courageux, en général, quand l’athlète décide, il le fait, même si ça prend beaucoup de sacrifices. De sacrifices, il y en a énormément. Le monde du handisport, c’est quand même ça, on a affaire à des courageux. Et quand ils décident de faire, ils font. La preuve.

Un ancien pongiste handisport répond…

— La volonté de réussir et de performer est la même en handisport qu’en valide. Un athlète valide, quand il a décidé d’être champion, il y met une détermination terrible. Après, il a des moyens qu’on n’a pas. Mais nous, on a des armes qu’il n’a pas non plus.

Et toc !
Et merci.

Déo @19

Candice RenoirJ’aime bien regarder les séries pour me détendre. Pour l’une d’elles, c’est une recommandation qui m’a poussée à m’y intéresser. Passé les premiers étonnements, j’ai bien apprécié. Candice Renoir dépeint une commissaire de police assez loufoque. Son style très personnel mélange les clichés (femme, elle aime le rose…) et un anticonformiste réjouissant.
Las, au fil des saisons, cette part d’originalité, qui lui vaut des moqueries, est moins assumée. Elle en vient à être totalement déstabilisée en raison de critiques liées à à son utilisation d’un procédé un peu déroutant, avec succès, lors d’un interrogatoire. Elle en vient à être déprimée et à changer de couleur de cheveux pour ressembler à une nouvelle commissaire aux méthodes plus orthodoxes. Une vraie renonciation à son identité.
Parallèlement, elle en vient à avoir (enfin !) une relation avec un de ses subordonnés dont elle est amoureuse depuis plusieurs saisons, et réciproquement. Mais étant tous les deux en couple, ils vivent une liaison adultèrine qu’ils cachent aussi à leurs collègues avec les mauvais clichés qui vont avec.
Voilà comment une femme assumant son originalité se retrouve à vivre dans le conformisme et la mascarade. Dommage.

Souvenirs @10

MiradorCela ferait presque le titre d’un roman, La cloche et le mirador
Pour visiter les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, nous avons décidé de loger à Cracovie. Les camps sont ensuite à une heure trente de route en car.
À Cracovie, nous avons pris un hôtel douillet en plein centre avec l’idée qu’un peu de confort et de facilité de transport ne nuiraient pas à notre capacité à encaisser l’épreuve. Nous sommes arrivées un jeudi, en début d’après-midi. Cela nous a permis de bien repérer les lieux, de trouver le départ du car, d’acheter un billet pour l’aller… pas le retour. On a mangé de bonne heure dans une cantine polonaise délicieuse puis, dodo. Il nous fallait nous lever à 6 heures pour prendre le car à 7 heures 45.
Dès la sortie de l’avion, nous avons eu toutes les deux mal à la gorge. La nuit, le mal a empiré. L’angoisse de la visite montait. Autrement dit, j’ai mal dormi et ai été définitivement réveillée à 5 heures par un bruit de cloche. J’ai pensé que c’était l’ascenseur. Sarah m’a indiqué que c’était les trams qui passaient sous nos fenêtres.
La nuit suivante, j’ai mieux dormi mais me suis encore réveillée à 5 heures. La cloche. J’ai pu me rendormir cette fois, la cloche dans le sommeil. Et nous avons repris l’avion pour Paris. Je suis arrivée chez moi vers 20 heures. J’étais fatiguée. Je me suis couchée tôt et ai sombré dans un lourd sommeil jusqu’à ce que mon réveil me dise d’aller dérouler. Il était 7 heures. Je me suis levée, me suis préparée et… j’ai entendu sonner une cloche, la même qu’à Cracovie.
Il n’y avait pourtant pas de tram qui passait sous mes fenêtres.
Après une petite heure de déroulé, je suis rentrée et ai commencé ma gym, debout face à la fenêtre. Un quart d’heure plus tard, je m’installai au sol pour un peu de musculation, des étirements, des abdos. J’étais alors dans l’axe de la fenêtre et j’ai fait un bond ! En mon absence, ils avaient construit un mirador ! C’était impossible.
Je me rallongeai. Me rasseyai.
Oui, il y avait un mirador sur l’immeuble d’en face ! Je coupai le chrono, allai chercher mon monoculaire et observai cette cheminée qui avait toujours été là et qui ce matin s’était transformée en mirador.
Pendant quelques jours encore, j’ai entendu la cloche sonner. Là, je ne l’entends plus. Mais le mirador, lui, y est toujours. À jamais ? Oui. À jamais.

Hétéronomie @11

imagesPhilosophie magazine a publié un article parfait pour LVEH et Cécyle. C’est un texte sur Anton Wilhelm Amo, premier noir docteur en philosophie d’une université européenne au XVIIIe. Un extrait de ce texte a sa place sur ce blog : « (…) pour l’auteur de la Critique de la raison pure [Kant, NDLVEH], né vingt ans après Amo, en 1724, les Lumières correspondent à un mouvement d’émancipation. Elles désignent « la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle » intellectuelle, le passage de l’hétéronomie (la soumission mécanique et consentie à un maître) à l’autonomie comme « résolution » à penser par soi-même. Si l’on retient cette conception, force est de le constater : Amo cadre. Tout chez lui témoigne de ce processus d’affranchissement : (…) »

Miam ! @13

SimplyJe prends goût à écrire à ma supérette préférée. Voici le dernier message que j’ai envoyé.

Bonsoir,
J’aime beaucoup vos pâtisseries au rayon frais mais en achète fort peu pour une raison un peu bête : elles sont vendues par deux. Je vis seule et, comme leurs délais de péremption sont brefs pour cause de décongélation, je suis contrainte si j’en achète d’en manger deux jours de suite. C’est déjà un petit écart d’en manger une, alors deux ! J’y renonce donc.
Ne pourriez-vous pas prévoir des emballages individuels pour les personnes seules ou pour les personnes qui sont plusieurs mais ne voudraient pas manger le même gâteau ?
En vous remerciant de l’attention que vous porterez à ma demande,
Bonne soirée !

Il n’a pas fallu que j’attende trois jours pour avoir la réponse, délicieuse.

Bonjour Madame,
Merci d’avoir pris le temps de nous écrire.
Nos produits tels que la pâte à choux arrivent en conditionnement x2.
Il est très difficile de demander un nouveau format à l’unité au risque de voir le prix du produit augmenter.
Notre acheteur a néanmoins consigné votre remarque.
Je suis navrée de ne pas pouvoir œuvrer dans le sens d’une moindre consommation.
Peut-être pouvez-vous partager avec votre voisine ? 🙂
Je vous remercie pour votre confiance.
Cordialement
Je vais leur répondre que justement, ma voisine Danielle, a bien mérité un gâteau car elle est bénévole à l’Épicerie solidaire qui récupère les invendus de ladite supérette pour venir en aide aux personnes démunies.

Il est décidément très chouette ce magasin ! Ce n’est pas une raison pour que je succombe à un excès de consommation. Cela me fait plaisir quand même !

Paris @38

RucheLors des Journées du Patrimoine 2016, je suis passée devant le bâtiment du PCF place du Colonel Fabien. Cela m’a permis de visiter quelques salles de cette énorme construction d’Oscar Niemeyer, mais surtout d’accéder à la terrasse. J’ai profité d’une vue impérissable dans une lumière de fin de journée sur Paris.
Cela a aussi été l’occasion de voir des ruches de près, enfin pas trop. C’est une bien belle activité collective une ruche, mais néanmoins avec une domination royale, certes matriarcale, mais tout de même… En tous les cas, je veux bien goûter au miel… camarade !

Exposer @9

CampÀ chaque pas fait dans les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, l’horreur s’ajoute à l’horreur. Sans répit. Il y a la voix du guide qui raconte l’histoire d’un ton neutre et dans un français qui attire la sympathie. Il y a quelques photographies, des vitrines avec des documents administratifs que je ne peux lire, des listes de déportés, de ce que me raconte Sarah, et d’autres choses. Il y a les présentations avec des cheveux, des vêtements, des valises, des objets personnels, trop loin finalement pour que je puisse réellement les appréhender. Il y a un plan des fours, une maquette des chambres à gaz, une caisse de zyclon ; une carte d’Europe.
Il n’y a pas de mise en scène, pas de « reconstitution ». Les bâtiments dans lesquels on entre gardent de nombreuses pièces vides où l’on circule tous l’air de plus en plus hagards au fil de la visite. Seuls quelques bâtiments de Birkenau ont été reconstruits à l’identique, avec pour l’un les paillasses superposées. Les nazis avaient tout fait sauter avant de quitter les lieux, tentant d’éliminer les traces de leur forfait. Il ne reste que les rails, les ruines d’un four, un wagon posé sur une voie. Sur le camp d’Auschwitz, les bâtiments sont intacts, alignés comme à la parade. Des potences. Un mur pour les fusillés. Une belle herbe verte qui pousse entre les bâtiments en brique rouge. Il fait une chaleur douce en cette fin de matinée du 26 juillet 2016.
— On se croirait sur un campus américain ou suédois…
C’est moi qui dis cela à Sarah.
Quand on arrive à Birkenau, on est accueillis par cette grande prairie à l’herbe jaune et ces rails qui la fendent jusqu’à l’orée d’un bois, elle me prend le bras.
— Là, ça fait moins campus.
En effet. C’est la fin de la route.
Cette idée de « campus » bucolique ne m’a pas quittée depuis l’entrée sous l’enseigne « Arbeit macht frei » ; je me suis même surprise à m’y accrocher pour encaisser l’horreur, tant tout ce je ressentais là à travers la terre sous mes pieds, les bâtiments tout autour, les lourdes portes en bois de la prison, les barbelés, les miradors, tant tout cela avait quelque chose d’irréel, d’impensable, de tellement incroyable. J’étais en totale sidération. Pensez ! Comment peut-on imaginer six millions de personnes exterminées sciemment et industriellement dans un laps de temps si court ?
On ne peut pas, même quand on l’a sous les yeux, jusque dans la chair à travers les énergies du lieu. L’intelligence peut comprendre les fats, les admettre. La conscience peut les éprouver jusque dans la chair. Mais la raison ne peut pas. De là à se protéger en considérant que c’était un charmant campus dans la campagne polonaise, il n’y a qu’un pas que les négationnistes franchissent allègrement ; « Un détail de l’histoire », a dit Jean-Marie Le Pen. Cette phrase, en fin de compte, dit combien l’horreur dont témoignent ces camps est insupportable, à lui comme à tout autre. Malheureusement, le déni, même à des fins politiques, n’efface pas sa propre souffrance face à l’horreur. Au contraire ! Voilà aussi pourquoi je veux la regarder en face, écrire, et encore écrire, pour vivre avec, témoigner.
Six millions de personnes.
Six millions.

Chouette @24

bienvenue-petit-panda— Ouiiiiiiiiiiii !
— On a un nouve*aaaaa*u copa*iiiiii*n !
— C’eeeeeeest Petit Panda, qui viiiiiiient de Chine.
— Pour un’fois, « Made in China » est pas un truc d’mondialisation.
— Petit Panda est biiiiiien un Ch*iiii*nois !
— L’l’classe le nouv’copain avec son cool gilet jaune.
— Ben, c’eeeest une fêêêêêêête à la couuuuuurgette.
— Ah ! ouais, c’est clair, forcément…

Cliché @8

tee-shirtsJ’ai beaucoup de choses à écrire sur ma visite en Pologne. J’espère que vous aurez remarqué que j’essaie d’alterner les billets plus « futiles », pas dans l’importance du sujet (quoi que le prix de câpres), mais plus dans l’émotion que le sujet peut susciter. Je ne veux pas vous assommer d’horreurs. Mais cette horreur, elle est là. Je ne peux pas non plus vous l’épargner.
Un sujet futile, donc, pour ce matin. Ou presque.
« Fort comme papa », « Jolie comme maman » ; tels ont été floqués deux tee-shirts (un rose, un bleu, bien sûr) en vente dans une grande enseigne du Finistère. L’énormité de ces inscriptions m’a d’abord fait sourire. Elles sont sexistes, à l’état pur, en ce qu’elles assignent à chaque sexe un rôle social précis, être « fort » pour papa, et « jolie » pour maman. Rien à dire là-dessus.
Par contre, l’article qui relate l’anecdote, contre le sexisme par un titre « Joli comme papa, forte comme maman » qui m’amène une question (même si je n’ai pu le lire en entier ; je me concentre sur le titre). N’est-ce pas tout aussi sexiste dans la mesure où cela assigne à chaque sexe un rôle précis, cette fois « joli » pour papa et « forte » pour maman ? Certes le « beau rôle » revient cette fois à maman si tant est qu’il ne soit pas également sexiste de considérer comme tel la force au détriment de la joliesse.
Verdict ? Inverser les rôles n’est pas déconstruire la domination masculine car cela n’interroge pas la catégorisation des personnes, encore moins ce qui serait socialement valorisant ou non. Et pour ma part, je n’ai envie pas d’être jolie ou forte, j’ai juste envie d’être.

Paris @37

blog-verreRécemment, les services de la Ville ont changé un container à verre dans la rue. Des services sont venus enlever l’ancien, mais le nouveau n’a été installé que plusieurs jours après. Entre-temps, par manque de coordination peut-être, un cercle marquant l’emplacement est resté jonché de petits morceaux de verre.
Les Mouton ont été outrés pour leurs copaiiiins chiens, même si ce sont des chiens, quand même les mettre en danger ainsi, quel scand*aaaaaa*l ! Cette ville est dangereuse.