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J’ai décidé d’aller lire les différents programmes en ligne des candidats à la mairie de Paris et d’en extraire la part « handi ». Je ne cite pas leur nom car je souhaite m’épargner le déferlement de commentaires hargneux dans cette campagne à forte violence ajoutée.
Je vous soumets ces programmes dans l’ordre où je les ai lus. C’est un peu long ; je sais.

Madame D propose trois mesures :
* L’instauration d’un guichet unique à la MDPH ; proposition que je ne comprends pas bien car c’est déjà un guichet unique.
* Des investissements pour la mise en accessibilité du métro, en priorité la ligne 6 ; c’est une compétence Île-de-France mobilité et peut-être que l’accessibilité réelle des arrêts de bus serait un bon début.
* Plus de créneaux pour le sport adapté : c’est effectivement comme cela que la droite envisage historiquement l’inclusion : chacun chez soi.

Je passe à madame K. Dans le cadre de la révision des critères d’attribution des logements sociaux, le handicap reste un critère. Elle précise par ailleurs que les subventions des associations d’aide aux personnes handicapées seront maintenues alors que les « subventions politiques » sont dans son viseur.
Voilà, c’est tout.

À l’instar de Madame K, Madame C nous propose un véritable livre pour présenter son programme. Cette identité de méthode vous surprend ? Pas moi. Le livre en question est disponible en ligne. Je dois me rabattre sur mon ordinateur pour faire une recherche systématique car je vous avoue que je n’ai pas spécialement envie de le lire dans son intégralité.
Dans l’introduction, elle marque un point car elle parle d’emblée de « droits des personnes en situation de handicap » (c’est la position de la convention internationale des droits des personnes handicapées), approche rare s’il en est, avant de parler d’accessibilité.
Ensuite, c’est tout un chapitre qui est consacré à l’accessibilité universelle. Je n’ai pas grand-chose à y redire car tout y est, même les quartiers à accessibilité augmentée qui n’ont pourtant guère de sens ni de réalité. Elle parle d’emploi aussi, fait également rare.
Madame C a pour elle de ne pas devoir assumer vingt-cinq ans de bilan de la loi Handicap. Cela lui permet de baser ses propositions sur ce qui n’a pas été fait ; il y a matière. C’est dommage que je n’aie pas du tout l’intention de voter pour elle ni la coalition qu’elle représente. La gauche, c’est un programme ; ce sont aussi des méthodes ; le point d’achoppement est là.

J’en viens à monsieur B.
Il propose sur son site ses « engagements » mais le menu horizontal ne défile pas… Je n’en vois que quatre et rien qui pourrait se rattacher au handicap. Dommage. Oh ! Par acquit de conscience, j’y retourne une dernière fois. Il y a un programme en téléchargement.
Il est question de séjours adaptés aux enfants handicapés, d’une exclusion des PSH par un espace public anxiogène. Il est fait mention des bus sans réelle proposition, de trottoirs abaissés pour « les PSH et les poussettes » (je serais en fauteuil, cet amalgame systématique m’énerverait !), de feux sonores pour les « malvoyants », donc moi ; les aveugles, alias les non-voyants, repasseront… Il est question aussi de manque d’autonomie (un constat encore sans proposition).
Monsieur B évoque aussi le nouveau formulaire MDPH rejeté par les associations du Collectif Handicap… et du recrutement d’AESH (qui dépend de l’État). Il propose enfin une ville 100 % inclusive en évoquant le logement et la PAM (qui dépend de la Région, non ?)
Je remarque donc que, pour un homme de droite, monsieur B se distingue notamment parce qu’il égraine ses mesures tout au long de son programme.

Je termine par monsieur G.
D’emblée, l’accessibilité universelle est requise en tant qu’« axe transversal ». C’est une excellente idée qui ne s’appuie malheureusement pas sur une approche par les droits ; cela en limite drastiquement la portée, même si ce programme, à toutes les pages, évoque les personnes handicapées.
En matière de logement d’abord ; fait rare ; avec un soutien à la mise en accessibilité des habitations dans le public et le privé. Je salue cette nouveauté quand l’adjoint en charge du logement depuis plusieurs années à Paris, et cinquième sur la liste, n’en a jamais fait publicité.
Je dois le dire ici ; le programme du candidat G souffre de sa représentation d’une majorité qui gère la Ville depuis vingt-quatre ans, soit un de moins que la Loi handicap. Comment lire son programme, assez complet, autrement que comme un aveu de ce qui n’a pas été fait ? Par exemple, il est question de vélos adaptés aux PMR. De quand datent, déjà, les premiers contrats entre la Ville et Vélib ?
En matière de droits, il est proposé un renforcement des permanences de la MDPH dans les arrondissements, ce qui, contre exemple, sera achevé en 2026.
En matière de transport, il est proposé 100 % des arrêts de bus accessibles. Je rappelle que l’adjointe en charge du handicap (deuxième sur la liste) nous vend depuis les JO une accessibilité en conformité avec la loi, c’est-à-dire 75 % des arrêts accessibles aux personnes en fauteuil. Il est également proposé des transports plus accessibles en partenariat avec l’État. Comme la ville n’est pas décisionnaire, on peut se demander ce que vient faire là cette proposition qui se retrouve d’ailleurs chez plusieurs candidats. Enfin, il est proposé plus de places de stationnement réservé ; leur respect n’est pas évoqué.
En matière de service public, il est proposé une application 100 % accessible qui regroupe les services numériques de la ville. Ce n’est pas du luxe. Il est précisé que tous les handicaps sont concernés ; ils sont même listés : visuel, moteur, cognitif. Les personnes sourdes auraient sans doute apprécié qu’à la place de « visuel » soit écrit « sensoriel ».
Le terme autonomie apparaît pour la première fois page 13 quand il est question des résidences autonomie pour les personnes âgées. Quid des personnes handicapées enfermées dans des foyers parce qu’il n’y a pas de logements accessibles et d’aide à l’autonomie de qualité ?
En matière d’aménagement de l’espace public, il est question de signalétique plus accessible ; c’est-à-dire ? Je me méfie…
En matière de protection contre le dérèglement climatique, les toits aménagés devront être accessibles… Chic ! Déjà que de nombreux rez-de-chaussée ne le sont pas ! C’est bien d’innover ; jusqu’à un certain point et il me semble qu’il y a plus urgent : accorder aux personnes handicapées l’intégralité de leurs droits, par exemple.
Le reste du programme est riche de beaucoup d’autres propositions ; je vous y renvoie. Je remarque néanmoins que le chapitre sur la citoyenneté oublie les PSH et que l’accessibilité de la communication municipale est absente (comme celle de la campagne).
Enfin, le dernier chapitre intitulé « Paris Fier·es » parle (entre autres) de lutte contre les discriminations et oublie que la première cause de discrimination est le handicap, le validisme n’étant pas cité aux côtés du sexisme, du racisme, de l’antisémitisme et de l’homophobie. Dommage. Le point sur les droits des femmes oublie d’ailleurs que les femmes handicapées sont les premières victimes des violences conjugales.
Quant aux trois dernières pages consacrées à la culture, au développement économique du Grand Paris et au sport, elles ne font aucune mention du handicap. Une forme d’épuisement ?

Si j’ai raté des choses, les commentaires sont ouverts (aux personnes bienveillantes).