Depuis quelque temps, j’ai le sentiment que mon rapport à la maladie évolue. Je ne saurais pas donner un fait majeur, plus des sensations, des petits pas-grand-chose qui ont l’air de marquer une forme de désengagement, comme si je me décentrais par rapport à l’impératif de me soigner. Je ne me soigne pas moins ; je me soigne avec un peu plus de distance, ce qui me permet de savourer l’évolution positive qui fait dire à mon hématologue que « statistiquement » je ne devrais pas avoir de récidive avant un certain temps, voire un temps certain.
« Statistiquement ».
Je savoure mais ne suis pas moins triste ou dépitée voire angoissée quand la maladie se rappelle à moi par un effet secondaire ou par un fait nouveau que je dois traiter comme un risque : un virus, une infection, une grosse fatigue… Je suis donc moins en alerte, moins sur le qui-vive ; mais je ne peux pas me permettre de perdre totalement ma vigilance et ma réactivité. Finalement, ce qui change, ce n’est pas tant mon état général, même s’il s’améliore, ni mes soins qui vont rester sur le même rythme une petite année encore, mais c’est la manière dont je les considère.
Cela me rappelle un rendez-vous récent avec un requérant qui souhaitait saisir le médiateur de la Ville de Paris. Ce vieux monsieur avait des problèmes avec une agente municipale avec laquelle il a des contacts quotidiens. J’ai essayé de lui faire comprendre qu’il n’est pas possible de faire changer cette personne ; mais que sa vie à lui serait améliorée s’il arrivait à la regarder différemment.
À l’aube de cette année nouvelle, je crois que cela peut s’appliquer à nous tous : sans renoncer à changer le monde, ne peut-on pas déjà essayer de le regarder sous un autre angle pour moins souffrir, pour diminuer nos angoisses, pour tirer le maximum de joie de chaque instant ? C’est difficile. J’en sais quelque chose. Mais je crois que c’est possible et surtout que c’est la voie que nous devons suivre pour tirer la vie du côté de notre bien-être.
Je vous souhaite une belle année 2026, nous sommes tous capables d’être heureux.