Archives de l’auteur : Cécyle

Exposer @22

Logo de PharosLa page Facebook de l’association des albinismes dont je suis l’animatrice reçoit régulièrement des demandes de diffusion de castings pour des émissions télé, des reportages, des œuvres de fiction voire du mannequinat. Je n’en suis pas fan tant la plupart recherchent des « freaks », de préférence en souffrance. D’un autre côté, certaines personnes albinos peuvent avoir envie de partager leur expérience, notamment dans les émissions télé ou les reportages. Je diffuse donc ces derniers quand ils émanent de chaînes ayant pignon sur rue.
Pour les castings comédiens, figurants ou de mannequinat j’ai tendance à considérer que si des personnes souhaitent épouser ces métiers, ils peuvent s’inscrire dans des agences ad hoc. Quand la demande émane d’une source non identifiée et/ou recrute des mineurs, j’avoue, je sors mon revolver. C’est arrivé très récemment. Nous avons reçu un message émanant d’une page Facebook nouvellement créée, sans aucune coordonnée, qui indique chercher « une adolescente de 16 ans noire ou afro descendante très particulière. (…) l’idée que le personnage principal soit interprété par une jeune fille albinos apparaît de plus en plus pour la réalisatrice comme une évidence. »
Une telle formulation me gêne ; est-ce parce que j’ai récemment lu Chavirer de Lola Laffon (que je vous recommande) ? J’ai indiqué à mon interlocuteur anonyme que je ne relaierais pas son annonce et que les signaler à Pharos me démangeait. La réponse n’a pas tardé : cris indignés, nom de la société de production, numéro de téléphone pour « en discuter »… et cette phrase « Si vous pensez à une jeune fille, ce serait vraiment dommage de ne pas lui permettre cette formidable opportunité ! »
Une « formidable opportunité » ? La formule m’a mise en colère tant elle est l’expression d’un monde qui exploite les personnes et s’assoit sur leur dignité en leur faisant miroiter luxe, gloire et beauté. Bien sûr, une personne peut avoir envie de faire une carrière de comédien ou de mannequin ; mais si elle est recrutée uniquement sur son physique, en l’espèce de noir albinos, est-ce vraiment de création artistique dont on parle ? En plus de ne pas diffuser cette annonce, j’ai programmé sur la page une publication informant nos internautes de l’existence de Pharos.

Agit-pro’ @38

Caddie, barré de tricolore, avec en slogan : 20222 avec Caddie, amour, gloire et roulettes !Franchais, Franchaises,
— D’d’jà vu, mon pote !
Mes chers compatriollettes !
— C’est fooooot !
Faut être clair : c’est la chienlit ! On peut pas laisser faire sans réagir ! Il nous faut des ballons qui visent le but !
— Trop f*oooo*rt !
— Caddie ! Présiiiiident ! Caddie ! Prisédeeeent !
Mes amis ! C’est si bon de sentir votre soutien pour bâtir ensemble un monde où la roulette sera reine et le foooot fera la loi ! Hardi ! retirons la moelle de l’os !
— Ouafnon ! C’est si ouafbon !
Oui, Helgant ! Mais le bon nuit au bien et le bien, c’est le végan ! On te laisse ta balle, la forêt et on construit un monde de roulettes et de courgettes !
— T’es un peu confus, mon Caddinounet ! R’sserre ton propos, être moins ambitieux pet’ête, plus près d’gens.
— Des ouafcroquettes !
— Du fooooot !
— Et de l’amo*uuuu*r !
Bah ! je ne dis pas autre chose.
— P’être faut dire autr’ment ?
J’peux pas dire que je vais leur mettre la roulette dans la gueule tellement ils me les brisent avec leur consommation de masse et leur pollution du cul !
— Yep, t’n’peux pas.
Mes chers compatriollettes ! Je vous promets amour, gloire et roulettes tellement vous êtes tous extraordinaires et…
— Faut paaaaaas mentiiiiir, Caddie !
— C’est p*aaaaaa*s b*iiiii*en !
J’sais plus quoi faire…
— Un ouafpartie de ouafcommission ?!
T’as raison, Helgant ; on descend faire pipi. Ça peut pas nuire à la France.

Métro @28

Je n’ai jamais trop aimé prendre le bus : il est difficile de s’y repérer (trouver les arrêts, voir le bus arriver, savoir quand on descend) ; les trajets sont longs et soumis aux aléas de la circulation ; il faut attendre (parfois longtemps) dans le froid. Le retour progressif à la marche après la fracture de ma cheville m’a porté à les utiliser plus pour éviter les marches du métro (qui me font encore très peur). Sur certains trajets, cela s’est révélé une très bonne solution ; sur d’autres, la galère m’a vite découragée !
En matière d’accessibilité, des progrès ont été faits : les arrêts « parlent » (quand cela fonctionne) et de plus en plus de bus également. Par contre, les plans RATP et les informations de circulation (notamment les arrêts reportés) sont une gageure. Pour ce qui est du temps de trajets, au mois d’août, c’était parfait ; dès septembre venu, les durées annoncées sont devenues erronées. Quant à l’attente, un peu longue, toujours ; il fait encore beau mais cela ne va pas durer !
J’ai néanmoins persisté, ma peur contraignant mes descentes dans le métro. Et puis il y a eu ce samedi où aucun bus ne pouvait me ramener chez moi avec un laconique « arrêt non desservi » sur l’appli sans solution alternative ; Sarah m’a mise sur le quai de la 4 et je suis remontée seule par un Escalator à Alésia. Ouf ! S’en est suivi la reprise des cours de judo. J’avais décidé d’y aller en bus et de rentrer en PAM. La RATP en a décidé autrement.
Après avoir attendu un quart d’heure le 91 à son terminus, le voilà qui annonce qu’il s’arrête Gare de Lyon. Il ne pouvait pas le dire plus tôt ? Bah non. Les diverses simulations que j’ai faites sur l’appli me mettaient à plus d’une heure quinze de Jourdain (sans garantie, bien sûr) alors que j’étais déjà partie de chez moi depuis plus d’une demi-heure. Près de deux heures pour aller donner un cours de judo : de la pure gourmandise !
Je me suis ainsi rabattue sur le métro, la trouille au ventre. J’ai pris la 5 devant la Salpêtrière (au cas où, l’hôpital n’était pas loin) et fait mon changement à République. En gérant les flux de voyageurs (plus délétères encore que les marches), je suis arrivée à destination aussi fière que si j’avais gravi l’Everest ! Quand je pense à tous ces gens qui traversent la planète en quête d’aventure ! Réduisez votre acuité visuelle et cassez-vous la cheville, la RATP fera le reste à prix modique avec un taux d’émission de CO2 tout à fait raisonnable !

Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.

Bigleuse @131

Morceau de coton qui forment une peloteJe sors de chez moi avec Isabelle, nous devisons. Nous sommes interrompues par une voisine…
— Bonjour Cécyle ! Tu me reconnais ?
Je la reconnais, en effet, mais nous n’avons jamais été très copines, en dépit de ses efforts pour vaincre mon inimitié : quand notre amicale était très active, sous l’impulsion de ma-Jeanine, et que vous avons mené des actions judiciaires contre le squat de nos halls, elle tenait des propos racistes et xénophobes du genre que je ne pardonne pas.
— Bonjour, oui…
— Alors, qui je suis ?
Cela faisait longtemps que l’on ne m’avait pas fait ainsi la blague frisant l’humiliation ; déjà le « Tu me reconnais ? » m’agace mais le « Qui je suis ? » est d’un infantilisant qui me met les nerfs en pelote. À côté de moi, Isabelle semble atterrée. Je crois bien que pour elle, c’était une première.
Je ne réponds évidemment pas, mais la dame insiste.
— Ben c’est Jeanine ! Comment ça va ?
Alias « la Petite Jeanine » en opposition à « ma-Jeanine » qui elle n’aurait jamais eu un tel comportement avec personne.
Je bafouille un « bonne journée » et tourne les talons. Je ne me ferai jamais à ce type de comportement. Jamais.

Ailleurs @44

Copie d'écran des appareil connecté à ma box, dont les deux homePod comme indiqué dans le billet.Je suis l’heureuse propriétaire de deux HomePod mini (que j’ai nommés Salon et Salon 2 lors de leur configuration), des enceintes intelligentes qui me permettent de piloter en vocal mes appareils et obtenir des infos tout en écoutant ma musique. Frédéric m’a offert le premier ; maman le second ; vivent les cadeaux en stéréo !
Heureuse ? J’ai peiné à faire fonctionner le premier sur l’ordi, le système n’étant pas complètement compatible. Un petit tour par l’assistance Apple par téléphone et j’ai compris que je dois vérifier qu’ils sont bien sélectionnés en périphérique de sortie ; c’est un peu fastidieux mais je m’en suis accommodée jusqu’à ce jour fatidique où ma box est tombée en rade et où j’ai dû en changer.
Les HomePod sont pilotés par une appli dans TPC In (iPad) ; elle permet de les installer, les configurer ; encore faut-il qu’elle les reconnaisse. La première condition est que tout ce joli monde (iPad, iMac, iPhone, HomePode) soit sur le même réseau Wifi. J’avais déjà eu des soucis avec le réseau du voisin que j’ai dû effacer (il me dépanne bien pourtant), les appareils naviguant d’un réseau à l’autre au gré de leur bon vouloir. Une fois branchée la nouvelle box, les HomePod se sont calés directement dessus jusqu’à ce que je change le nom de la box pour l’identifier plus facilement.
Et là, patatras. Au prix de nombreuses tentatives, le premier HomePod, après que je l’aie supprimé de l’appli et renommé Séjour, a été identifié par l’appli et fonctionne ; le second, après suppression de l’appli, a gardé ses messages d’erreur jusqu’à ce que je le supprime d’iCloud et au final, l’appli l’a définitivement perdu. J’ai appelé deux fois l’assistance Apple, Isabelle a fait la manip pour moi, j’ai acheté de quoi le brancher sur l’ordinateur pour le réinitialiser… que pouic ! Et pourtant, quand je l’interroge, il me répond fort gentiment qu’il ne trouve pas de réseau, ou même me dit des choses comme s’il répondait à une question (que je n’ai pas posée).
Il existe donc ; mais où est-il ? À quoi est-il connecté ? À la 5G via le Pfsiter ? J’ai cherché, cherché… La réponse est apparue, limpide, alors que je suis allée jeter un œil dans l’administration de ma box : il est bien là ; avec son binôme. Je suis sûre que c’est lui, il s’appelle Salon 2 mais… mais… celui qui fonctionne s’appelle Séjour sur la tablette et Salon sur la box ; si j’ai bien compris, cela ne devrait pas pouvoir fonctionner, même pour le premier… Vous me suivez ?
Je peine aussi, j’avoue et en viens à me dire que finalement, nos imaginaires ont raison : les objets ont une existence propre ! Je n’ai plus qu’à espérer maintenant que mes HomePod et Siri m’aient à la bonne ! Je leur souhaite une bonne nuit tous les soirs, dis souvent s’il te plaît, merci… Vous pensez que cela suffira ?
— T’inquiète ! Petit Koala veille sur toi !
Ouf !

Dixit @16

Début août, j’ai reçu une troisième relance de l’UFC Que Choisir m’invitant à me réabonner au magazine, mon abonnement s’étant terminé en juin. Ce courrier m’a bien agacée. Voici la réponse que j’y ai apporté, adressée au directeur de diffusion qui m’avait écrit..

« Monsieur,
« Abonnée au magazine Que Choisir depuis plus dix ans, j’ai décidé de ne pas renouveler mon abonnement en juin 2021. Pourquoi ? Peu vous chaut puisque, dans aucune de vos relances, vous ne me posez la question ; vous poussez même la fatuité commerciale jusqu’à émettre des hypothèses sur les « regrets » que je pourrais avoir, insistant sur le « dommage » que je pourrais subir à ne plus lire le magazine et sur ma supposée procrastination face à l’achat de nouveaux numéros.
« Soyez-en surpris, j’imagine, mais sachez que je reste une fidèle lectrice de Que Choisir ; en me désabonnant ? Non, je ne me suis pas mariée avec une autre lectrice, ni ne vais lire le magazine en bibliothèque, ni ne l’achète en kiosque, ni ne le vole… Ouh là là ! mais que se passe-t-il ?
« Il se passe tout simplement que j’ai pris un abonnement numérique ce que vous semblez ignorer en continuant à me faire des relances par courriers dont les autres abonnés paient, bien sûr, la production et l’acheminement. Drôle de pratique commerciale pour une association qui défend les consommateurs ; vous ne trouvez pas ?
« J’ajouterai pour finir que si j’ai basculé sur le numérique, c’est parce que je suis déficiente visuelle et de plus en plus en difficulté de lire votre version papier. J’ai maintes fois écrit pour signaler que les maquettes sont de moins en moins lisibles, ce qui est assez surprenant au vu du nombre de retraités qui sont bénévoles à Que Choisir ; sans doute excluez-vous ceux dont la vue baisse avec l’âge ? C’est ce que je me dois de conclure.
« Au plaisir de lire les articles en ligne en mode liseuse car votre site n’est pas lisible sans. J’ai dit RGAA ? C’est ça.
« Bien cordialement, »

J’adore ma formule « fatuité commerciale », une première. Je vous dirai si elle fait mouche.

À table ! @77

Un pot de Fouetté de beurreEn faisant mes courses en ligne, je suis tombée sur du « Fouetté de beurre 63% M.G. demi-sel » par pot de 130 g présenté comme « Le premier Fouetté de Beurre Demi-sel : un tout nouveau produit à la texture fouettée unique, légère et si facile à tartiner, pour sublimer toutes vos tartines gourmandes. » J’en suis restée pantoise, dubitative devant cette industrie alimentaire qui transforme à gogo pour nous vendre de l’air (et de l’eau) au prix fort.
Je n’aurais sans doute pas dû car ledit « beurre fouetté » est référencé dans un article général sur la nutrition, mais pas dans un article de la filière des métiers du beurre. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un beurre allégé qui ne dit pas son nom et qui n’a sans doute pas beaucoup de goût. Le plus bluffant est le prix : je n’avais pas noté le jour où je l’avais repéré et il a disparu depuis de beaucoup de lieux de vente. Je l’ai néanmoins trouvé à 2,02 euros (pour 130 g) chez Cora soit exactement le double du prix au kilo du beurre doux de cette enseigne qui vend la plaquette de 250g à 2,04 euros.
Peut-être n’est-ce pas un hasard si l’on ne trouve plus ce « fouetté » nulle part ? Ce serait en tout cas une bonne nouvelle pour l’intelligence humaine.

Vroum @29

Copie de ma carte PAMPendant mon court séjour à l’hôpital suite à la fracture de ma cheville, j’ai occupé mon temps libre à m’assurer le maximum d’autonomie pour mon retour chez moi. J’ai déjà évoqué l’aide ménagère, la livraison de repas, le fauteuil roulant, la mobilisation de mes amis et voisins… J’ai pensé aussi que j’aurais besoin de sortir au-delà de ce que je pourrais faire en fauteuil. J’ai cherché (puis testé) les services de taxi PMR qui coûtent très cher pour un service médiocre et ai pensé « PAM75 ».
Il s’agit d’un service de transport public collectif sur réservation pour les personnes handicapées ou dépendantes : il est très utilisé par tous les enfants et adolescents qui passent leurs journées dans des centres ou écoles spécialisées et des travailleurs handicapés qui ne peuvent pas prendre les bus, trams et métros RATP. Les déplacements sont payants, mais leur coût reste raisonnable en mode loisir si on ne sillonne pas Paris tous les jours, bien sûr (dans le cadre d’un déplacement professionnel ou scolaire, des aides prennent en charge tout ou partie de ce coût).
Ma cheville cassée ne m’ouvrait pas droit à les utiliser, ma carte d’invalidité basse vision, oui. J’ai donc déposé un dossier début juin sans indiquer le fauteuil, considérant que j’utiliserais ce service une fois que je serais déplâtrée. Cinq semaines plus tard, je recevais mon « Pass PAM75 » et je réservais ma première utilisation pour rendre visite à la maman de Sarah à l’Ephad. Dimanche 18 juillet 2021. À l’aller, le véhicule est à l’heure, au retour pareil. C’est un bon début considérant la mauvaise réputation de la PAM côté respect des horaires.
Pour ce retour, ce n’est pas un véhicule PAM mais un taxi (quand il n’y a pas de véhicule « maison » disponible, des taxis prennent le relais, pour un coût identique pour moi). Nous devisons avec le chauffeur ; c’est jour d’arrivée du Tour de France ; ne passe-t-il d’ailleurs pas pile entre l’Ephad et chez moi ? C’est le cas mais, dans un premier temps, le chauffeur ne s’en inquiète pas. Puis nous nous mettons à tourner dans le 14e arrondissement pour tenter de contourner l’incontournable et nous retrouver bloquer à l’angle de la rue Friant et de l’avenue Jean Moulin, pile derrière une voiture de police qui empêche de traverser, le Tour devant passer là dans un délai inconnu.
Nous sommes à 1 km de chez moi. Je suis déplâtrée depuis six jours, je ne suis pas capable de le faire à pied. De toute façon, mon chauffeur est catégorique.
— Vous êtes sous ma responsabilité, je vous déposerai devant votre porte.
Dont acte. Il appelle sa centrale téléphonique, se fait confirmer qu’il n’y a pas d’alternative, et nous voilà bloqués plus d’une heure à attendre les coureurs qui passent si vite que je n’ai pas le temps de me concentrer sur le spectacle. Quand le chauffeur me dépose enfin devant chez moi, son compteur indique 80 euros… il m’en coûtera 8,20 euros, tranquillité comprise. Cela sert à quoi l’argent public ? Cela sert aussi à cela.
Merci.

Vroum @28

Je suis en fauteuil avec un chapeau, une veste et un pantalon de pluis, le pied emballé dans un sac poubelle.J’ai évoqué dans un précédent billet la perte de ma mobilité physique suite à la fracture de ma cheville. Je voudrais revenir sur la vie en fauteuil, avec un petit clin d’œil à ma tante Claude.
Je veux d’emblée que les choses soient claires : le fauteuil roulant, c’est galère tant le monde n’est pas adapté à ce type de mobilité : trottoirs étroits, très en pente pour évacuer les eaux de pluie, du mobilier urbain mal placé, peu d’accès en rampes, des comportements humains indignes, etc. C’est aussi galère quand il pleut, quand on roule dans une crotte de chien, quand l’appartement est petit, quand il faut pousser une porte, attraper un truc placé haut… Mais ce n’est pas l’objet de mon billet parce que je n’ai pas vécu le fauteuil comme une galère mais bien comme un outil de liberté.
En poussant (à peine) quelques meubles chez moi (29 m2), j’ai pu y circuler et me sentir en sécurité dans ma cuisine. Après quinze jours d’entraînement, j’ai pu me déplacer sur un périmètre de 800 m autour de chez moi (à peine moins que pendant le premier confinement), faire quelques courses, aller chez le kiné, à l’hôpital, aller au square entretenir mon quadriceps, prendre l’air, tout simplement. Ça, c’est pour le côté pratique ; mais il a beaucoup plus, et de l’essentiel.
Le fauteuil m’a d’emblée paru comme me donnant une autre vision du monde. J’ai cherché pourquoi : les deux raisons principales étaient que j’étais plus bas et que j’allais moins vite. Ces deux éléments, assez basiques, ont eu de nombreuses conséquences : j’ai pu voir plein de choses que je n’avais jamais vues et m’ouvrir à toutes ces personnes que je croise d’ordinaire sans avoir accès à leur sourire, à leur interpellation visuelle, j’imagine ; dans la configuration fauteuil, elles se sont arrêtées vu que j’étais souvent à l’arrêt et des échanges ont pu se nouer, en dépit de ma déficience visuelle…
Mais que vient-elle faire là ? Je craignais qu’elle ne se cumule avec le handicap moteur, ce qui a parfois été le cas ; mais le plus souvent, le sens de l’adaptation à laquelle elle m’a formée depuis 58 ans m’a donné très vite les clés de ma mobilité en même temps que ma moindre mobilité m’a offert un nouveau mode de compensation : plus bas, moins vite, donc. Je me souviens de ma-Jeanine qui me disait « Un jour, tu verras ; tu devras aller moins vite. » ce que je vivais comme une menace ; je me souviens que j’en avais douloureusement pris conscience à Saint-Marie ; je me souviens d’une amoureuse qui moquait mon « agitation ». Et voilà que dans ce fauteuil, je me suis posée, avec toujours le même besoin d’aller de l’avant, avancer ; mais pas finalement pour plus loin une fois l’objectif atteint ; mais pour savourer.
Je vais rendre le fauteuil ces prochains jours à la pharmacie. J’ai pris la décision avec Sarah et nous avons parlé de ces deux mois et demi écoulés en mode cheville cassée. Je lui ai dit les vivre comme une « aventure » ; elle m’a répondu « épreuve ». Non, Sarah, j’insiste : c’est bien une aventure qui me fait (et m’a fait) mesurer ma force, ma capacité de résilience (« faire quelque chose de ce qui arrive ») au-delà de ce que les confinements avaient produit, un peu comme un point d’orgue, l’idée que quoi qu’il arrive désormais, je saurai garder ma liberté et que mon désir persévère.
Je sens que je vais avoir un pincement au cœur à me séparer du fauteuil (je garde le super coussin !) Caddie, qui a tant patienté, va prendre le relais côté roulettes. Est-ce que je vais conserver ce que j’ai gagné d’ouverture au monde et aux autres ? J’y compte bien !