J’ai découvert par hasard les enquêtes de l’inspecteur Chen, personnage atypique qui navigue dans le Shanghai des années 90 et qui voit la ville se transformer au fil des nouvelles orientations politiques du parti communiste chinois. Les intrigues policières ne sont pas l’essentiel de ces romans, au moins de l’intérêt que je leur porte.
Je ne connais rien de la Chine ni de la vie des Chinois·es. J’imagine volontiers que l’auteur, immigré aux États-Unis, n’a pas une vision objective de la gouvernance de ce grand pays. Une fois acquise sa subjectivité, on peut se laisser porter par ses romans au cœur de la vie quotidienne des habitants de Shanghai dans un processus de modernisation et de réintroduction du « capitalisme ».
La misère n’est pas décrite de manière misérabiliste ; et je suis très touchée de la manière dont l’auteur évoque la résistance des habitants face à un système totalitaire. L’alimentation y joue un rôle majeur. On a même l’impression que ces gens-là mangent tout le temps ! Et ça donne faim. Mais la nourriture est bien un mode de résistance, une manière de s’accrocher aux traditions, à la culture, à ce qui fait l’unité d’un peuple.
Ce qui me touche également, ce sont les rapports politiques au sein du parti, la manière dont les emplois, les logements et tout le reste font l’objet de décisions d’État qui, ce sera la leçon politique du jour, en dépit de tous les efforts de Mao et du parti communiste chinois, n’échappent ni à la corruption ni à l’entre-soi.
Tous les volumes ne sont pas disponibles à la bibliothèque numérique de la Ville de Paris ; je prends tellement de plaisir à lire Qiu Xiaolong que sans doute j’achèterai ceux qui n’y sont pas.