Archives mensuelles : septembre 2020

Dixit @15

Fin août, je me suis rendu nuitamment aux Invalides pour un spectacle en son et en lumière sur l’histoire du lieu au travers les âges.
Je n’insiste pas sur la beauté formelle de ce spectacle, elle était indéniable. Le fond du propos m’a semblé lui plus problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.
Déjà, rapprocher graphiquement sur une même façade la fleur de lys de la monarchie (Louis XIV ayant fait bâtir les premiers bâtiments), l’aigle impérial de Napoléon et la croix de Lorraine de de Gaulle était audacieux quoi que l’on pense des uns et des autres mais entendre des propos comme : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… », c’est un peu fort de café comme auraient pu dire les esclavagistes !

Crédo @17

Depuis presque un an, je suis représentante remplaçante du médiateur de la Ville de Paris. J’assure ainsi des permanences au gré des congés et absences d’autres représentants, dans des mairies d’arrondissement, un Point d’accès au droit, une Maison de la justice et du droit. Après quatre mois d’interruption pour cause de covid, j’ai repris cet été, toujours ravie de cette fonction qui me permet d’accueillir des personnes en difficulté et de participer à la résolution de leur problème.
Il y a quelques jours, j’ai eu un appel de la responsable de la médiation qui m’a proposé de devenir la titulaire de l’une de ces permanences. Ma fierté est immense et dépasse certainement ce que d’aucuns peuvent en percevoir. Elle est à l’identique de ce que j’ai ressenti le jour où j’ai eu mon PSC1, le sentiment d’être une citoyenne à part entière.
— Mais pourquoi ? Ne l’étais-tu déjà pas ?
Ce n’est pas Caddie qui pose la question, car lui sait combien la déficience visuelle exclut à chaque instant, comment l’empilement des petits riens qui humilient et fragilisent quelle que soit la détermination que l’on a parce qu’ils viennent dire à la personne handicapée que je suis d’aller jouer ailleurs que dans la cour des grands, parce qu’à 19 ans l’administration de mon pays m’a déclarée « inapte » et que je crois bien que je ne m’en suis jamais vraiment remise. Cette question c’est un peu tout le monde qui se la pose, parce que ce que je ressens est si intime que je n’aurai jamais assez de billets ou de textes pour l’exprimer, parce que je déploie tant d’efforts pour être à votre monde que l’illusion de mon appartenance est rarement levée.
Alors oui, je suis fière, tellement fière qu’en prenant ma douche le lendemain m’est venue une idée fort saugrenue. Comme ça, entre le shampoing et le savon, j’ai pensé « Aujourd’hui, je peux mourir. » Oui, je peux mourir. Car ma Ville, en reconnaissant ma compétence en toute connaissance de mon handicap, vient de me faire citoyenne ? Oui, cela tant mon émotion est intarissable mais bien au-delà. Cette citoyenneté nouvelle résonne comme une cerise sur un gâteau que j’ai confectionné de mes mains et, à le savourer, me donne le sentiment que j’ai accompli quelque chose qui dit ma vie. Je me réalise ; et ma joie est totale.

Note. Entendez bien mon propos ; je n’ai pas l’intention de mourir ; je n’en ai aucun désir. J’ai simplement accompli quelque chose de tellement immense que… Rassurez-vous, pour vous, ça ne change rien. Quoique. Vous verrez bien.

Note 2. Les représentants du médiateur sont des bénévoles.

Pauvres chéris @13

Depuis que j’ai un compte Twitter, j’ai remarqué qu’interpeller publiquement ou en messages privés, des élus, des institutions, des commerçants, permet parfois de résoudre des problèmes rapidement : des arbres arrachés par le vent dans un square, le défaut d’accessibilité d’une manifestation, une coupure de gaz, un achat qui mérite réclamation… D’autres fois, cela ne fonctionne pas. Cela dépend de la manière dont les uns et les autres gèrent leur compte Twitter.
J’ai ainsi interpellé deux élus de mon arrondissement en août, un sur l’arrosage d’un square en alerte sécheresse, le second sur le port du masque pendant d’autres activités sportives extérieures que la course à pied. Aucun des deux ne m’a répondu. Je les ai croisés à la commémoration de la libération de Paris, le 25 août ; je leur en ai parlé. Leur réponse a été catégorique (sur un ton que j’ai trouvé agressif) : jamais ils ne répondront à une interpellation sur Twitter, ils ont « trop de notifications » ; l’un me conseille le mail, l’autre le téléphone.
Mais pourquoi avoir un compte Twitter alors, ce d’autant qu’il est évident qu’ils ne répondraient pas plus sur d’autres canaux ? Je connais des élus qui n’en ont pas, d’autres qui ont un compte privé. Je connais surtout des élus intéressés par les infos qu’on peut leur transmettre même si on le fait en râlant ; d’autres qui n’ont que faire de leurs électeurs et ont déjà oublié, à deux mois de leur élection, à qui ils doivent de se la péter en écharpe tricolore.
J’ai trop de sujets en cours pour perdre mon temps avec ceux-là. Tant pis pour eux : qu’ils barbotent dans leur suffisance ; j’ai quelques atouts pour les contourner et ne me priverai pas de les habiller pour l’hiver. Je ne voudrais pas qu’en plus ils attrapent froid !

Corps @28

Depuis l’arrivée de Helgant, je sillonne mon quartier pour ses promenades quotidiennes. D’un coup, les chiffres de mon relevé d’activités quotidien ont bien augmenté. Alors que je n’arrivais pas tous les jours à atteindre mes objectifs, c’est maintenant sans aucun problème que je les dépasse.
C’est à tel point que l’application m’a proposé d’augmenter l’un d’eux. Merci Helgant !

Objectivement @54

Durant la dernière campagne des élections municipales, je me suis abonné à la version numérique du Journal du Dimanche.
La campagne (enfin !) terminée, je me suis vite lassé et ai entrepris de stopper cet abonnement. La chose fut faite après avoir un peu cherché où faire ma demande.
Quinze jours après, j’ai reçu un mail confirmant mon désabonnement : « Après ces années de fidélité, je regrette d’apprendre votre décision d’interrompre votre abonnement au magazine Le JDD Version numérique. »
Je sais que la campagne a été longue, mais de là à paraître « des années ».

Paris @63

Ce matin (dimanche 13 septembre 2020), je suis allée faire ma séance de sport au square W option « utilisation des machines de musculation » et « renforcement musculaire à l’élastique ». Il y avait là, installés sur une table de ping-pong et les chaises longues en bois, des jeunes gens qui, à l’évidence, y avaient passé la nuit. Ils se disaient au revoir sur un fond musical pourri (entendre mauvais son produit par un haut-parleur indigne de toute partition).
Pendant que j’étais sur le rameur, l’un d’eux s’est approché en parlant à ses camarades expliquant que les transats étaient, je cite ,« de la merde » ; il s’est arrêté à vingt mètres derrière moi, face contre le bosquet, pour uriner sachant que des toilettes publiques sont à cent mètres. À quelques pas, le cantonnier ramassait consciencieusement les ordures qu’ils avaient éparpillées au cours de la nuit.
Et je ramais.
Ils sont assez vite partis, faisant ronfler le deux-roues motorisé garé près d’eux à l’intérieur du square. Je ne saurais dire de quel genre de jeunes gens il s’agissait (je ne les ai pas « vus », dans le sens courant de ce verbe) mais la première pensée qui m’est venue était que c’était des couillons de merde. J’ai ensuite songé que me concentrer sur mon activité valait mieux, activité sportive que je pratique dans ce square trois à six fois par semaine, profitant une heure durant d’installations municipales (appareils de muscu, structure pour accrocher mes élastiques, sol sécurisé, point d’eau, toilettes, verdure) entretenues par des agents municipaux (nettoyage, arrosage, taille…)
Je bénéficie donc d’un cadre idéal pour mes activités sportives et ce, gratuitement. Ces jeunes gens, ils en ont tout autant profité : salle à ciel ouvert toute la nuit, tables, sièges, pissotière dans les fourrés, nettoyage au petit matin, verdure…) ; et ce serait « de la merde » ? Je n’ai pas envie, à partir de là, de produire un discours moral cher aux mouvements populistes et aux vieilles gens désabusés. J’ai juste envie de remercier publiquement ma Ville d’accueillir avec la même bienveillance ma joie et leur merde. J’espère ne jamais renoncer à faire de la première une arme contre la seconde. Jamais.

Objectivement @53

Pour les travaux chez moi, j’avais prévu que la salle de bains soit transformée en salle d’eau, donc avec une douche à la place de la baignoire. Le miroir au-dessus du lavabo devait rester, mais à la dépose, il a été abîmé par les ouvriers. Du coup, j’ai cherché de quoi le remplacer, en optant pour une armoire avec miroir. Je choisis un modèle, l’indique et précise ses mesures aux ouvriers en montrant bien comment il se présente, alors ils me disent comment il va être installé et le valident.
Un soir, je rentre chez moi et l’armoire est posée, sans la porte-miroir. Sur ce modèle, clairement, celle-ci ne va pas jusqu’en bas de l’armoire. Tout de suite, je me dis qu’il y a un souci, car je ne suis pas très grande. Je prends les mesures et bingo ! : le bas du miroir m’arrive… sous le nez, mais vraiment juste sous le nez. Le miroir est très haut, je vois donc bien le plafond, mais pas mon menton.
J’indique ça le lendemain aux plombiers, en indiquant avoir trouvé entretemps sur le site du magasin un nouveau modèle qui correspond mieux à la disposition, notamment à la hauteur de la faïence entre armoire et lavabo que je n’avais pas les moyens de bien prendre en compte lors de mon premier choix. Ouf ! aujourd’hui, je me vois donc en entier.

Réclamation @80

Dans les feuilletons de l’été, il y a ce casque à conduction osseuse que je n’ai pas acheté chez Boulanger dont le service commercial s’est moqué de moi en droite ligne de l’attitude de ses employés en magasin. Après confirmation par le constructeur que Siri fonctionnerait, j’ai acheté le casque en ligne chez Darty, avec retrait en magasin.
Je passe sur l’accueil avant tout désagréable par un employé (peut-être le chef, il avait une chemise blanche là où les autres était en « tenue Darty ») d’une suffisance qui, j’avoue, me hérisse le poil (comme je ne me rase pas, je ne vous dis pas l’effet produit). Par contre, une partie de nos échanges m’a semblé mériter une information immédiate de la DGCCRF, que voici.

« Bonjour,
« Je suis allée chercher un casque audio (119 euros) dans ce magasin (Clik&Collect). Au moment de ce retrait, le vendeur m’interpelle
« — Vous voulez garantir votre produit ?
« — Garantir ?
« — Oui, garantir pour… [j’ai entendu 9,80 mais avec le masque je ne suis pas sûre].
« — Il ne l’est pas ?
« — Non.
« — Et la garantie légale de 2 ans ?
« — Ah ! ça c’est la garantie de base…
« — Qui me va très bien.
« La manière dont ce vendeur a insinué que mon produit ne disposait d’aucune garantie me choque, ce d’autant que je suis déficiente visuelle (canne blanche et solaires foncées), j’ai 57 ans, le portrait type de la personne vulnérable. Il me semble qu’il s’agit de vente forcée, voire de tromperie ; je voulais donc vous signaler cela, pour votre information.
« Merci à vous de votre vigilance précieuse dans la défense des droits des consommateurs.
« Bonne fin de soirée. »

Je n’aurai pas forcément de réponse, la DGCCRF étant très occupée ; je n’en ai pas eu de Darty que j’ai pourtant interpellé sur Twitter il est vrai en les dispensant de me répondre.

« Bonsoir Darty, comment ça s’appelle quand un vendeur essaie de me faire croire que mon produit n’est pas sous garantie pour me vendre je ne sais quoi ? Tromperie ? Vente forcée ? Ne prenez pas la peine de me répondre ; j’ai déjà posé la question à la DGCCRF. »

Cela dit, il est génial ce caque ! Cela fera au moins une suite à ce feuilleton.

 

Anniv’ @44

– Oulalaaaaaalalalalaaaaaaaaaaaaaaa ! Un trébonziversaire, c’est suuuuuper ! Et on a ééééééécrit une chaaaaaanson.
– On pourrait signer le billet « Qui c’est ? » ou « L’invité surprise » ou « L’auteur anonyme » ? Vous croyez qu’ils vont trouver de qui ça parle nos Hétéronautes ?
– C’est sûûûûûûûûr que c’est duuuuuuur !
– En tous les cas, on reconnait bien la patte des Mouton, le style de Petit Koala et mon immense talent.
– Ben noooooon, Caddie, t’as pas de talooooooooon, puisque t’aaaaaaas des rooooooooulettes !…
– Petit Mouton, du talent, du génie, de l’incroyable…
– Euh, ouais, bon, on s’la chante ?!

J’ai diiiiiiiix ans
Je sa*iiiiiiiiii*s que c’est vra*iiiiiiiiii*, j’ai d*iiiiiiiiii*x ans
V’nez rêver avec moi pour mes diiiiiiiix ans
Ça fait du bien d’fêter ces diiiiiiiix ans,
Ça parait biz*aaaaaaaa*rre mais
Si tu viens p*aaaaaaaa*s hé
Caddie cass’ta gueule à la récré

J’ai diiiiiiiix ans
J’suis un beau bloooooooog et je lance
De belles paroooooooles, doucement
Moi je rigooooole, fièrement,
Je rêve, je voooooole…
Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Caddie t’pète ta gueule à la récré

Sur la toile, je m’balade,
Avec ma paille recycl*aaaaaaaa*ble.
Je vais embêter les qui pas m*aaaaaaaa*lines
Et les gars qu’j’aime p*aaaaaaaa*s !

J’ai diiiiiiiix ans
Je vis avec l’roi des roulettes et Helgant
Les Mouton que je vois soooooouvent
Au fooooot, c’sont des géants
Pas des petits hommes verts
Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Roul’ dans ta gueule à la récré

J’ai diiiiiiiix ans
Des billets plein les pooooooches, j’ai diiiiiiiix ans
Les filles, c’est des cloooooches, j’ai diiiiiiiix ans
Laissez-moi rêver pour mes diiiiiiiix ans
Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Caddie s’occupe d’ta gueule à la récré

Bien c*aaaaaaaa*ché avec Cabas
Je suis le roi des coups b*aaaaaaaa*s !
J’envoie des dentifrices dans toutes les dents
J’ai des prix chez le march*aaaaaaaa*nd

J’ai diiiiiiiix ans
Je sais que c’est vrai que j’ai diiiiiiiix ans
V’nez rêver avec moi pour mes diiiiiiiix ans
Ça fait du bien d’fêter ces diiiiiiiix ans,
Ça parait biz*aaaaaaaa*rre mais
Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Paf ! dans ta gueule à la récré

Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Boum ! dans ta gueule à la récré
Si tu n’viens p*aaaaaaaa*s hé
Hop ! dans ta gueule
A la récré
Caddie t’tape ta gueule

– C’t’pt’êt’un peu violent pour d’chanson d’trébonziversaire… Et ça parle beaucoup d’toi !
– Non, c’est que je manie l’allégorie avec virtuosité tant je suis Caddie l’incroyable, le…
– V*eneeeeeeee*z, y a le g*âââââ*teau et les boug*iiiiii*es !!!
– Moi, Caddie, un incontournable manieur de rimes, moi… ben, ils sont où ?… Ouh ouh ! les Mouton ? Petit Koala ?…

Couple @1

J’ai profité de mes vacances pour lire King kong théorie, de Virginies Despentes, un livre tout à fait délicieux qui a fait du bien à ma fibre féministe. Comble de bonheur, j’avais face à moi un couple hétérosexuel qui me permettait d’avoir l’illustration à dîner de ce que j’avais lu à l’apéritif. Un pur bonheur ! Et une bonne introduction à cette tranche d’écriture consacrée à l’Hétéronomie cette planète aussi étrange et convenue dans laquelle je vis, pauvre que je suis.
Je n’en dirai pas plus sur ce livre — je préfère le prêter à Isabelle en espérant qu’elle aura ensuite envie de vous en dire le meilleur — à part une remarque : dans ce texte, Virginie Despentes ne parle pas d’homosexualité ; ce n’est pas son sujet. Par contre, elle n’omet pas de joindre très régulièrement l’adjectif « hétérosexuel » quand elle utilise le mot « couple », indiquant par là que son commentaire vise le « couple hétérosexuel » et non le « couple » que d’aucuns considèrent comme hétérosexuel par nature.
Le Petit Robert est à ce titre édifiant. Il définit d’emblée le couple comme « Un homme et une femme réunis », évoquant quelques lignes plus loin des « homosexuels vivant en couple », sous-entendu « comme un homme et une femme ». Ça vous évoque quelques clichés ? Si besoin était de raviver les mémoires voici la définition du XMLittré qui situe elle, de fait, le « couple homosexuel » dans un autre âge de la littérature ou dans un présent très prosaïque « Le mari et la femme, l’amant et l’amante, ou deux personnes vivant ensemble dans des relations d’amitié ou d’intérêt. »
Sachons enfin qu’au féminin, « couple » est un « Lien pour attacher ensemble deux ou plusieurs choses pareilles. » (XMLittré) avec ces usages « Une couple pour trois ou quatre chevaux » ou encore « Où est la couple de ces chiens ? » Serait-ce à dire que l’on est passé du féminin au masculin par pure métonymie ? Ah ! Despentes… Elle nous mène déjà loin !