Brosse @47

Je suis à genou derrière mon partnaire de judo assi et fais un étranglement, okuri-eri-jimeJe croyais (à tort) vous avoir raconté ce cours de judo adultes où j’ai remplacé mon professeur et où la nouvelle a été accueillie par un « Ah ! bon ? » d’un nouveau judoka au club, « Ah ! bon ? » d’un ton si estomaqué que l’agente d’accueil du gymnase a dégainé plus vite que moi un « Ça vous gêne que le prof soit une femme ? » qui a mis l’ambiance. Le gars ne l’a pas emporté au paradis durant le cours ; vous imaginez bien ; le judo est un sport qui permet des petites compensations antisexistes dont je sais me régaler.
Hadaka jime !
Mon spécial, Caddie, en effet.
Je ne vous avais donc pas raconté cet épisode dont une nouvelle version s’est jouée juste avant les vacances. Je remplaçais de nouveau mon professeur. Quand j’arrive au gymnase, deux judokas sont là. L’agent d’accueil, un remplaçant qui ne me connaît pas, me demande si je viens pour l’aïkido, discipline où l’on trouve beaucoup plus de femmes qu’au judo. Un de mes camarades de club, rigolard, lui répond que non, je suis judoka. Sitôt, l’agent d’accueil me lance :
— Le prof n’est pas arrivé !
Sous-entendu, on attend dans le hall tant qu’il n’est pas là.
— Si justement, il est arrivé.
Il se décale pour regarder dehors.
— Non.
— Je vous assure que si, c’est moi.
Que du bonheur (qui ressemble fort à celui que j’exprime dans cet autre billet) !

Note. Sur la photo (2017), Okuri-eri-jime.

Incyclicité @41

Présentation d'un sas vélo avec ses deux lignes (une pour les véhicules motorisés, l'autre pour les vélos et autres engins à propulsion humaine)Je suis en vélo. M’arrêtant au feu rouge, je constate que la voiture à côté de moi est arrêtée sur le sas à vélo. C’est une voiture auto-école.
La jeune femme au volant, la stagiaire, est concentrée et attentive, l’air un peu triste et crispé. La femme sur le siège passager, la monitrice, est au téléphone, regardant par la fenêtre sans se préoccuper une seconde se son élève. À aucun moment, il est question de l’infraction qui est commise, et à laquelle il pourrait être mis fin en reculant puisqu’il n’y a personne derrière. En redémarrant, la monitrice ne fait même pas semblant de prêter attention à la jeune femme. Compassion.

Agit-prop’ @44

Caddie pose devant son drapeau anarchiste. Il porte un bonnet noir, des solaires, un masque fabriqué pendant le premier confinement, un bandana et une pancarte où on lit "Debout citoyens, le libéralisme est mort, tuons-le"— Chers amis, chers camarades ! À vos masques, prêts…
Qu’est-ce qu’il se passe, Caddie ? Tu es drôlement habillé !
— C’est toi qui demandes ? T’as oublié que c’est le 1er mai et qu’on va à la manif ?
Non, mais tu vas nous attirer des ennuis avec ton drapeau et ton look de vieil anar !
— Les keufs ? Je les attends ! J’ai la télescopique dans la manche, tu sais celle que…
Caddie ! On a passé l’âge de se faire casser la tête !
— On a toujours celui qu’on nous casse les roulettes !
Tu as raison, mais ce sont des méthodes de voyous.
— À voyou, voyous ennemis !
Tu n’en démordras pas ?
— T’as vu ce que ça fait quand on lâche la bride au Grand Capital allié des forces répressives de la gent épicière ? Moi, c’est fini ; je cogne.
Mais tu as toujours cogné, Caddie…
— Ah ? Oui. Je continue alors.
Allez, remballe ta quincaillerie et viens mettre du muguet à la boutonnière.
— Et si on se prend des gaz ?
On court Caddie, on court.
— Avec ton genou et mes roulettes qui grincent ?
Tu as raison, Caddie ; on s’assoit.
— Et on tient le pavé.
Ça oui, on le tient. Promis !

NB (le PS est mort, il va nous manquer) : rendez-vous à 14 heures 30 à Paris, place de la République.

Bigleuse @135

Copie d'écran du site du musée de la marine, un tel fatras que je suis incapable de vous le décrire.J’avais prévu un énième billet sur le défaut d’accessibilité des sites Internet et outils numériques. J’avais comme exemple le Musée de la Marine, que j’ai un temps confondu avec l’Hôtel de la Marine, où l’on trouve une déclaration d’accessibilité (fait rare) qui indique « une conformité globale au RGAA niveau AA de 37,5 % ». Le « AA » ici ne dit rien mais a dû plaire aux concepteurs du site ; le 37,5 % de conformité indique lui que 72,5 % du site n’est pas accessible ; autant dire qu’il ne l’est pas du tout, les besoins des personnes handicapées se situant forcément à cet endroit-là.
J’avais prévu de vous expliquer cela un peu mieux mais je suis fatiguée, fatiguée de répéter, fatiguée d’avoir passé une grosse demi-heure à tenter de récupérer des résultats sur le site de mon hôpital, fatiguée d’avoir dû expliquer au personnel dudit hôpital que la machine qui délivre des tickets et les écrans ne sont pas lisibles et devoir répéter l’histoire par mail au responsable accessibilité après le lui avoir déjà dit au téléphone, fatiguée d’avoir dû renoncer à une enquête conso car le zoom à l’écran rendait la navigation impossible, fatiguée d’avoir tourné en rond un quart d’heure sur un site public d’aide sociale, fatiguée de ne pas lire certaines info-images sur Twitter envoyées par des élus ou des institutions, fatiguée… et la journée n’est pas terminée quand j’écris ce billet.
Je vais aller faire du vélo. Cela me fatiguera moins.

Crédo @18

Bâche en plastique "40 jours pour revenir à Dieu" avec l'indication "Carême 2022" et les dates du Carême cette année.Le site de l’Église catholique en France indique que « Durant le temps du Carême, nous sommes invités à nous donner des moyens concrets, dans la prière, la pénitence et l’aumône pour nous aider à discerner les priorités de notre vie. » A voir des bâches plastiques imprimées spécialement pour le « Carême 2022 », je me dis que la priorité du développement durable par l’utilisation, par exemple, de bâches non datées n’est pas inscrite à l’agenda catholique.
« Le temps du Carême est un temps autre qui incite à une mise à l’écart pour faire silence et être ainsi réceptif à la Parole de Dieu. » Ah ! s’il pouvait glisser un mot à ses ouailles sur les enjeux écologiques.

Paris @72

Facsimile non lisible du courrier reçuIl y a quelques semaines, j’ai reçu un courrier personnalisé de mon bailleur et de celui de l’immeuble d’en face me proposant d’héberger des réfugiés ukrainiens en précisant les conditions légales de cet hébergement (accompagnement par le Centre d’action sociale, occupation à titre gratuit, etc.). Mon bailleur insiste sur sa « mobilisation » depuis « le début de la guerre ». C’est-y pas gentil ? Et généreux ?
Ma première réaction a été de me dire « Tiens, ils veulent vérifier les déclarations faites dans les enquêtes logements », considérant que ces déclarations bisannuelles permettent d’établir l’occupation du logement, les revenus des locataires, donc de mener des calculs savants sur le montant du loyer et le maintien (ou non) du droit au bail. Cette réaction témoigne de la confiance que j’accorde d’emblée à mon bailleur.
J’ai pensé ensuite à tous ces locataires qui réclament à mon bailleur (ou à un autre) qu’il fasse des travaux dans leur logement parfois insalubre, mal chauffé, mal isolé, infesté de nuisibles… Ce n’est pas bien de penser cela ; les réfugiés ukrainiens ont des problèmes autrement plus compliqués que les nôtres et les souris qui se promènent dans un logement ne sont rien face au vécu dans le métro de Kiev ; quant à ces locataires qui vivent dans des appartements parsemés de gouttières… cela leur rappellera les caves de Kharkiv.
Je sais, je ne devrais pas faire de l’humour noir avec un sujet si difficile ; il y a bien sûr des locataires dont les logements sont confortables (le mien, par exemple) dans des immeubles en bon état (le mien, si je fais exception de l’ascenseur, de ma cave ouverte quatre fois en six mois, des soirées deal et conso tous les soirs dans les parkings…). Il y a donc des locataires qui peuvent héberger des réfugiés ukrainiens et j’imagine que beaucoup n’ont pas attendu que notre bailleur le suggère pour le faire.
Ce qui achève de me porter à l’ironie pourtant c’est que, de mémoire (vous me dites si je me trompe), mon bailleur ne m’a jamais suggéré d’héberger des réfugiés syriens, libyens, somaliens… ; pourquoi donc ? Vous dites ? Ils sont noirs et pas très chrétiens ? Je ne peux imaginer que c’est la raison, le « racisme institutionnel » étant une vue de l’esprit gauchiste. Non ?
— Gauchiste !
Caddie !

Kendo @56

Une vue plongeante sur le square W. La bute herbée, en bas, un arbre devant une aitre de jeu où trône une pyramide de corde où les enfants peuvent grimper.Ces dernières semaines, je suis moins allée faire du sport au square le matin ; mon activité de professeure assistante de judo s’est intensifiée (plus de cours, plus de responsabilités), il a parfois fait un peu trop froid pour que je me décide ; il a un peu plu (pas assez, forcément) ; j’ai aussi eu la flemme de me lever ; et les fois où j’y suis allée, le malotru était là, gâchant mon plaisir de quelques uchi komi à l’élastique (un truc de judoka) avec sa musique de bourrin.
Ce matin de Pâques, pourtant, je n’ai pas hésité ; grand beau ; un petit frais comme il faut. J’ai sauté de mon lit à 7 h 05, avalé un café, sorti du beurre du frigo pour faire des sablés épeautre noisettes (tout effort a sa récompense), me suis préparée et me suis mise en route une petite demie-heure plus tard. Avec un peu de chance, le malotru ne serait pas arrivé à la fin de mon grand tour de machines… Suspense !
Le silence d’abord m’a saisie, même le long de la rue Vercingétorix où il n’y avait quasiment pas de circulation. Petit échauffement. Série de cinq minutes sur les deux machines au pied de la passerelle Alain (toujours fermée, jusqu’à quand ?) Petit salut à mes Tour (Bouddakarathaï). Trois minutes de course à vitesse réduite (un exploit !) pour rejoindre les quatre autres appareils. Nouvelles séries de cinq minutes. Et hop ! Je récupère l’élastique noué autour de ma taille et c’est parti : uchi komi par séries de 40 secondes.
Et le malotru ? Je ne l’ai ni vu ni entendu ! À la place j’ai eu quelques bagarres d’oiseaux dans les arbres, des chants que j’ai accompagnés, deux bonjours d’humains et, cerise sur mon gâteau, la mise en route de l’orgue de l’église Notre-Dame du Travail. J’ai poussé le plaisir jusqu’à faire des abdos et des étirements sur le ponton au soleil. Que du bonheur !

Note. J’ai raté le magnifique carillon de 9 heures ; même avec 1 h 10 de sport, il était encore tôt.

Gentil @6

Image brouillée du logo de Canal+ on lit quand même "anal+"J’ai eu de nouveau des problèmes avec mon fournisseur Internet. Je ne sais encore si je vous en ferai le récit par le menu dans un billet en mode feuilleton. Pour l’instant, je me contente d’une anecdote qui a égayé la longue marche vers le rétablissement de ma connexion.
Je suis allée en boutique chercher une clé 4G, la solution transitoire du partage de connexion épuisant mon téléphone. L’employé a tout fait bien comme il faut, avec courtoisie et empathie ; il a notamment recopié le mot de passe de connexion dans une note gros caractères sans que j’aie besoin de demander.
Quand j’allais partir, il m’a proposé de m’offrir « un mois et demi de Canal+ » ; je lui explique que je ne regarde la télé qu’en audiodescription. Je lui ai demandé si les films l’étaient sur Canal+. Il ne savait pas. Et les films X, il y en a toujours un par mois ? Il a ri. J’ai ajouté :
— En audiodescription, ça doit être terrible un film X !
Je l’ai senti pouffer sous son masque avant de ne plus pouvoir se retenir et éclater d’un rire franc et joyeux. J’ai dû assurer la blague de la semaine chez Bouygues. Je m’en réjouis.

Pauvres enfants ! @39

Plusieurs nouveaux risques d’intoxication ont été soulevés récemment dans l’industrie agroalimentaire suite à des manquements aux conditions sanitaires de production. Les victimes sont essentiellement des enfants.
Des pizzas infectées par une bactérie ont été pointées. Quelle ne fut pas ma surprise à lire l’âge des enfants touchés. Par exemple, un enfant de 4 ans a été malade après avoir mangé de la pizza surgelée 4 fromages. Outre le scandale qu’une très grande marque qui ne vend pas au rabais puisse laisser sortir des produits ainsi suspects, je suis encore stupéfaite que l’on puisse donner de la pizza 4 fromages à un gamin. Cela n’a pas l’air d’être un problème dans les articles que j’ai lus. La malbouffe a donc de toutes les façons de beaux jours devant elle.

À table ! @82

Un sandwich wrap dans son emballage dans ma main.J’ai vécu il y a quelques jours une expérience commerciale surprenante. Je rentrais du judo, faisant un bout à pied pour me détendre. J’avais à la maison de quoi dîner mais il m’arrive parfois d’avoir envie de manger quelque chose d’industriel trop-gras-trop-salé-trop-sucré (pléonasme), le tout en marchant. Je ne sais pas à quoi cela correspond à part rompre avec l’habitude de ma soupe maison et mes assiettes de crudités. Cela me permet aussi de me dire que je préfère ce que je fabrique moi-même et de lever l’illusion du bon-tout-prêt cher, calorique et contraires à mes idéaux.
Sur ma route, il y avait un Monoprix ouvert jusqu’à 22 heures… il était 20 h 55, une heure où d’ordinaire je me refuse à mettre les pieds dans un commerce… sauf pour manger. Ouf ! ma conscience syndicale était sauve. J’entre dans le supermarché et ma première surprise est de constater qu’il n’y a pas un client (au moins dans mon champ de vision, réduit, il est vrai). Je tombe directement sur le rayon des sandwichs. Après un long examen (je prends, je regarde de quoi il s’agit avec le zoom du téléphone, je cherche la DLC et le prix, je repose, prends le suivant…), je me décide pour un wrap. J’adore ! Ça ressemble à du carton sucré ; exactement ce qu’il me fallait.
Je cherche une caisse, les fais toutes : fermées et pas une caissière en vue (basse) ! Je m’inquiète et sors ma canne blanche (ça aide à se sentir moins égarée). Un chaland me double et fonce vers les caisses automatiques. Je le suis. Il a déjà payé le temps que je me gratte la tête. Que faire ? Partir sans payer ? Renoncer à mon sandwich ? Je vais à l’accueil et y trouve un humain en la personne du vigile. Il m’explique qu’il faut utiliser les caisses automatiques.
— Je ne peux pas, elles ne sont pas accessibles.
Je n’en sais en fait rien mais le suppose. Le vigile m’accompagne.
— C’est simple, vous scannez le code-barre.
Je pose mon sandwich sur le plateau devant le scanner. Le vigile insiste.
— Il faut scanner !
— Scanner quoi monsieur ? Avec quoi ?
Il soupire, prend mon sandwich et le tourne dans tous les sens pour trouver le code-barre caché sous la couture du plastique (le coquin !) Il scanne, une fois, deux fois… cinq fois ; ça ne passe pas. « Simple » as-tu dit mon gars ? Je rigole sous mon masque en taisant toute remarque. Le vigile attrape l’espèce de pistolet qui permet de scanner ; il tente ; en vain. Il se met alors à saisir le numéro sur la machine ; perdu. Il active enfin un moteur de recherche où il recopie consciencieusement le nom du produit.
— 4,39 euros ! [de mémoire]
Pour 180 g de carton… Je lui tends un billet de 10 euros. Il commence une phrase…
— Il faut mettre le…
Il s’arrête net, prend mon billet, paie et me rend la monnaie. On se dit au revoir et je m’en vais manger mon wrap en marchant, troublée par cette expérience d’un magasin sans caissières. C’est ça le progrès dans la grande distribution ? La prochaine fois, je testerai la nouvelle sandwicherie à quelques pas ; c’est compliqué car je ne vois pas ce qu’ils proposent mais qui sait, peut-être auront-ils l’amabilité de tout me décrire ?