Archives mensuelles : août 2019

Ailleurs @37

Cela fait longtemps que je veux vous parler de la maladie d’Alzheimer. Pour en dire quoi ? J’ai déjà évoqué la maman d’une amie qui en est atteinte (ici). Je lui rends désormais visite une fois par semaine, un peu plus quand sa fille prend quelques jours de vacances. On pourrait croire que c’est l’Ehpad qui est difficile, ou cette dame. Non, c’est la maladie ; et la manière dont je l’appréhende. J’aurais tant de choses à en dire ! Mais les émotions sont brûlantes. Trop brûlantes. J’ai pu écrire une nouvelle, elle est là.
J’avais noté à Pâques de vous parler de mon envie de lui apporter une cocotte en chocolat. Je m’attache à ce point avec l’idée que petit à petit il me permette d’évoquer la suite. Nous étions donc le lundi de Pâques. Je vais la voir à pied, j’ai une heure de marche sur un parcours agréable. Durant cette heure, j’espérais croiser une boulangerie où lui acheter ladite cocotte. Je n’en ai pas trouvé et suis arrivée les mains vides.
— Je voulais vous apporter une cocotte en chocolat. Je suis désolée, je n’en ai pas trouvé.
— Tu es gentille. Mais pourquoi ?
— Nous sommes le lundi de Pâques.
Nous nous sommes installées pour bavarder et elle a cherché un mouchoir dans la poche de son gilet. Elle sort autre chose qu’un mouchoir.
— Mais c’est quoi ça ?
Je prends ce qu’elle me tend. C’est un petit sachet en plastique avec des friandises de Pâques. Je le lui dis.
— Mais d’où cela vient ?
— Nous sommes le lundi de Pâques. Quand je suis arrivée, il y avait un goûter. On vous l’a donné à ce moment-là.
— Un goûter ? Mais je n’y étais pas. Je viens juste d’arriver…
Elle rit, comme si je lui racontais des crasses. Il est inutile que je lui dise qu’elle est là depuis deux mois et présente à ce goûter. Elle m’offre un œuf, en prend un, et pose le sachet sur la petite table. Nous lisons ensemble le programme télé. Elle repose le Télé 7 jours sur la table et prend le sachet de friandises. Elle me le tend derechef.
— C’est à toi ?
— Non, c’est un cadeau de la maison de retraite.
— Ah ? C’est gentil ; mais pourquoi ?
— Nous sommes le lundi de Pâques.
— Mais je n’ai vu personne aujourd’hui.
Et ainsi va la maladie d’Alzheimer.
En rentrant, j’ai songé que cela n’aurait pas servi à grand-chose de lui offrir une cocotte en chocolat. Tiens donc, et pourquoi ? Parce qu’elle l’aurait oubliée dans les cinq minutes ? Il y a de ça. Je lui avais apporté un tricot. En moins d’une heure, elle avait découvert le cadeau quatre fois, et m’avait remerciée quatre fois, comme si c’était la première. Alors, justement, qu’est-ce qui fait l’intérêt du cadeau ? D’abord le sien propre, celui de le faire. Et puis, pour cette dame, ce qui a de la valeur, c’est l’instant. Qui, pourquoi, comment… qu’importe ! L’instant, juste l’instant où il se passe quelque chose, où l’on prononce une phrase, où l’on donne le cadeau que l’on a apporté.
L’instant, sans passé, sans futur. Le présent. N’est-ce pas cela l’essentiel aussi pour nous, être (au) présent ? Sacrée question. Foutue maladie !

Colère @13

Monsieur et Madame C. sont en vacances.
Monsieur et Madame C. pourraient tout à fait aussi s’appeler Monsieur et Madame A. ou encore Monsieur et Madame D. mais Monsieur et Madame C., c’est quand même le nom qui leur va le mieux.
Monsieur et Madame C. sont sympas. Et en plus, Monsieur et Madame C. aiment la nature. La preuve : pendant leurs vacances, ils découvrent la Corse et plus précisément, les magnifiques lacs des montages nichés entre les sommets de l’île de beauté. Ils aiment d’ailleurs tant la nature que Madame C. ne peut retenir un cri du cœur en découvrant les pozzines, ces épaisses pelouses gorgées d’eau vieilles de 10 000 ans : « Il faut préserver ça, c’est clair. C’est tellement beau, on ne peut pas détruire ça ».
Bon, évidemment, il faut préciser que Monsieur et Madame C. lancent ce cri du cœur depuis les pozzines eux-mêmes… et tant pis si marcher sur les pozzines, c’est les détruire. Car comme le dit Monsieur C en piétinant bien le trésor naturel : « Il serait probablement opportun de rester sur le chemin mais c’est tellement tentant. On se sent tellement bien là à marcher en souplesse. C’est spongieux, c’est tout mou. On sent que c’est extrêmement  fragile. »
Pas de doute, Monsieur et Madame C. portent vraiment bien leur nom !

Découvrez Monsieur et Madame C. en action (à 4 minutes 50 pour les plus impatients)

Écrivaine @44

L’an dernier, début août, j’avais été réveillée à 5 heures du matin par une femme disant avoir été violée. Mon billet est ici. Ce 15 août, il est 23 heures quand j’entends des bruits de voix inhabituels. Un homme vocifère. D’autres semblent vouloir le calmer. Il y a une femme qui crie aussi, mais sa voix exprime la colère. Une dizaine de personnes sont en bas. J’identifie rapidement des bruits de bagarre. Le quartier est d’un naturel un peu chaud. J’appelle le 17, craignant que cela ne dégénère. On me demande le nombre de protagonistes (une dizaine de voix), s’ils sont armés (je l’ignore, j’ai le son, pas l’image). L’appel est très rapide.
Une demi-heure passe. Le silence est revenu, entrecoupé de vociférations, toujours du même homme. Puis soudain, une femme crie comme quelqu’un qui a peur ou mal. Je me redresse dans mon lit. Je vais ouvrir la fenêtre. Il a beaucoup d’agitation, des bruits sourds, la femme crie en boucle « Arrête ! » Je fais de nouveau le 17. À l’annonce d’une femme qui se fait agresser, le ton change ; l’opérateur ne me demande pas de patienter, il appelle sitôt le commissariat et m’écoute en même temps qu’il répète à son interlocuteur. Puis un policier me demande de préciser le lieu, demande si elle appelle au secours. Il me dit engager une intervention.
On raccroche. J’ai besoin de faire quelque chose ; je décide de noter ce que j’entends. Je m’installe avec la tablette. L’exercice m’apaise ; il me met à distance alors que la tension en bas, monte ; la femme hurle en suppliant que l’on appelle la police ; je compose une troisième fois le 17. On m’indique qu’un équipage arrive ; je raccroche et me concentre sur mes notes. Je vous passe leur contenu sordide. Je comprends que l’agresseur serait le même que l’année dernière, sa victime itou. Cinq minutes plus tard, l’ambiance change, la police est arrivée.
Une bonne demi-heure passe ; je note ce que la femme dit dans un mélange de pleurs et de cris. Pas d’ambulance en vue ; cela me rassure un peu pour elle. Le silence se fait. J’en conclus qu’il faut j’aille dormir. J’envoie mes notes à notre élu en charge de la sécurité, un élu dévoué comme on en fait peu. Je sais qu’il en fera bon usage. De mon côté, je me surprends à m’endormir vite et, même si la nuit a été courte, elle a été réparatrice.
Je crois que le fait de me concentrer sur la retranscription de ce que j’entendais m’a été particulièrement salutaire. L’écriture, toujours ! Elle met à distance et donne le sentiment de faire quelque chose là où je ne peux rien. Elle m’a permis de décompresser en temps réel, ce d’autant que j’avais eu une journée émotionnellement difficile. Si vous êtes témoin contraint à la passivité, je ne peux que vous conseiller de prendre des notes. Votre témoignage y gagnera en outre en véracité.
Et merci la police ! Dès qu’il a été question de l’agression d’une femme, l’intervention a été très rapide. J’en ai été touchée.

Hétéronomie @26

Dans Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, Nicolas Marquis enquête sur ce que les livres de développement personnel apportent à leurs lecteurs. Dans son introduction, il écrit « D’abord, il est frappant de constater que, dans les sciences sociales, il semble particulièrement malaisé de parler du succès des ouvrages de développement personnel sans le dénoncer (bien qu’une infime minorité d’auteurs semble s’en féliciter). Qui plus est, le ton inquiet et parfois dramatisant employé dans les analyses qui portent sur le développement personnel tranche fortement avec le discours réjoui des lecteurs dont on a donné un trop rapide aperçu. En général, une perspective de dénonciation inquiète fait très peu de cas de l’allégresse des consommateurs de tels contenus culturels, quand elle n’y voit tout simplement pas la meilleure raison de confirmer son inquiétude, en invoquant volontiers l’hétéronomie des individus, naïvement satisfaits mais incapables de cerner les logiques objectives à l’œuvre dans cette pratique qui est tout sauf innocente. »
Oh ! l’hétéronomie prise comme un travers des personnes… L’auteur va leur donner la parole pour ne pas les laisser à une hétéronomie qui rendrait tout dialogue impossible entre chercheurs et « consommateurs de tels contenus culturels ». D’ailleurs, Caddie ajoute que dans le développement personnel, le but est que le consommateur soit ensuite producteur, comme sa ménagère quand elle cuisine les produits cultivés qu’il a transporté dans sa poche. L’hétéronomie est donc potentiel d’autonomie en déduit Petit Koala. Nos chercheurs en sciences sociales à LVEH savent prolonger le débat. C’est à vous, chers hétéronautes.

Régis @24

Je n’ai chez moi, à part quelques photos de Sarah au mur, aucun « objet de déco ». Outre que visuellement, ils me sont inutiles, je n’aime pas faire la poussière. Je trouve donc la dépense inutile et les rares fois où l’on m’a offert des objets dont la seule fonction était de décorer, ils ont alimenté les finances de mon association de locataires via nos ventes en vide-grenier.
Par contre, je suis cernée par les fétiches qui donnent à mon appartement la sérénité dont j’ai besoin pour être au monde. Sur ma table de chevet, il y a Boudhakarathai, dont je vous parle dans ce billet, qui renvoie à d’autres où vous pourrez retrouver un certain nombre de mes fétiches. Il berce mon sommeil aujourd’hui accompagné d’une calebasse remplie de fleurs de lavande. En surplomb de mon bureau règne l’autel, celui qui accueille les plus vieux fétiches. Autour de mon écran, c’est le paradis de la Cocotte avec mes Tour, l’incarnation de Petit Mouton, le couteau et le drapeau ZAD. À ma droite depuis peu, il y a l’espace tatami qui s’est enrichi d’une Japonaise en kimono rouge, clin d’œil estival de Johnny de retour du Japon.
Me voilà donc bien entourée. Quand je sors, j’ai un gri-gri dans la poche avant droite de mon pantalon. C’est un petit sac en tissu qui renferme des objets collectés avec le temps. Tous ont une histoire. Il y a par exemple une médaille de Lourdes que m’a rapporté d’un pèlerinage une vieille dame aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer et dont j’aurai l’occasion de vous reparler. Ce gri-gri ne s’ouvre pas, sauf nécessité de changer le sac en tissu ou d’incorporer un élément. C’est très rare. Cette médaille de Lourdes est donc là, invisible.
Et voilà qu’à l’aube du 15 août, Frédéric m’offre une médaille qu’il a ramenée de ses vacances dans les Pyrénées. Et quelle médaille ! La première était toute simple. Celle-ci a sa chaîne, son image pieuse et sa goutte d’eau bénite, le tout bien protégé dans un mini pochon en plastique transparent. Elle est là, posée sur mon bureau en attente d’être prise en photo. Je la prends, la regarde, lui parle, la repose. Je suis très touchée par ce cadeau qui semblera dérisoire à beaucoup. Cette médaille est comme une résurrection de celle qui est dans ma poche, le symbole que le pèlerinage toujours continue, une boucle qui se forme. L’eau bénite n’a pas sauvé cette vieille dame de la malade d’Alzheimer, et elle ne me sauvera de rien. Elle me dit simplement que la vie est là, quoi qu’il advienne, là, forte, puissante.
Merci Frédéric. La médaille peut rejoindre mon autel. Quand je ne saurai pas, elle me dira.

Note. Pendant que la médaille cherche sa place, je déballe mon sac où Isabelle a glissé des cure-dents. C’est elle qui me fournit depuis que j’ai arrêté de fumer. Et là, surprise ! Un cœur gomme qui rejoint sitôt le clan de la Cocotte ! Quelle fiesta !
Merci Isabelle.

A table @56

Billet prémonitoire (ici) ? Vengeance des papiers à fleurs ? Simple coïncidence ? Lundi 12 août, dîner estival avec Cécyle et Isabelle. Rendez-vous chez moi pour parler de (et à) nos iPad, MacBook Air et autres Apple trucs. La faim finissant par nous tenailler, direction une pizzeria Vegan du quartier où nous avons nos habitudes. Cécyle et Isabelle prennent les mêmes pizzas, moi j’en prends une différente. Un régal.
Pour finir la soirée, nous buvons un verre ensemble avant de rentrer les unes et l’autre (bibi) dans nos pénates respectifs. Nuit paisible mais réveil barbouillé : nausées, mal au cœur… Je me dis que ça va passer… et puis non, ça ne passe pas. Je vous épargne les détails mais le diagnostic entériné par un bon 39°C de fièvre était clair : intoxication alimentaire. Après l’implacable enquête de Cécyle, la coupable est toute désignée : la fameuse pizza que j’ai été le seul à manger…
Le lendemain, après une nette amélioration, je me décide à écrire au restaurant : plutôt bienveillant, je leur signale l’incident et les invite à vérifier l’ensemble des ingrédients et produits utilisés de façon à ce que cela ne se reproduise plus…. Pas de réponse à ce jour. Ah si : une réponse automatique indiquant qu’ils reçoivent trop de messages et que la réponse risque de prendre du temps avant d’arriver… J’attends encore mais j’espère que la pizza avariée est, elle, partie bien loin.

Cuisine @33

Il n’est pas rare que je note des sujets de billets et que je me rende compte à l’usage que je n’ai pas grand-chose à dire. Alors je les supprime de ma liste. Mais, pour cette fois, je tiens à mon billet : je râle trop contre les applis illisibles et notamment celle de la RATP pour ne pas saluer et applaudir quand enfin celle-ci devient lisible parce qu’elle s’adapte à la taille des caractères que j’ai choisie sur Petit 6 !
Je salue donc, applaudit, et fais remarquer dans un message à la RATP que je reçois désormais les notifications en double (bogue réparé depuis) et que le plan des stations, très pratique pour se repérer, a disparu. Et la RATP me répond. Elle n’a pas de solutions mais note ; c’est déjà ça. Et mon billet est terminé. Il est toujours plus court de féliciter que de râler ; je le regrette bien. Alors j’ajoute un autre sujet de félicitations : l’affichage numérique sur les portes de quai de la 4 en cours de mécanisation est un petit bonheur de lisibilité.
Décidément, la RATP ! Seriez-vous en train de vous améliorer pour de vrai ? Chiche !

Exposer @17

En ce mois d’août, j’ai visité Citéco, la cité de l’économie. L’hôtel Gaillard est situé place du Général Catroux, que je connais, car il est dans mon périmètre de compétence professionnelle et mon bus préféré y passe. C’est un étrange bâtiment, conçu selon les souhaits de son propriétaire. Il a été racheté par la Banque de France et a longtemps été une succursale. Cette année, il a accueilli cette fameuse cité.
Un musée de l’économie ? Il y a de quoi être intrigué et… sceptique.
Pourtant, quelle réussite ! Certes, je m’intéresse à l’économie et connais assez bien les bases de la matière. Pour autant, j’y aurais passé bien plus d’heures que je ne suis restée (car j’avais un rendez-vous dont j’ai appris dans le bus qu’il tombait à l’eau). J’y retournerai.
Pourquoi ? Il y a d’abord un bâtiment étonnant très bien restauré. Extérieurement et intérieurement, la mise en valeur patrimoniale a été pleinement prise en compte. Le lieu vaut le détour. Ensuite, pour le fond, il y a un travail pédagogique remarquable avec beaucoup de moyens variés d’approche. Panneaux, films, jeux. Les supports interactifs sont nombreux et pertinents avec des intervenants de grande qualité. Si les courants idéologiques qui sous-tendent des choix économiques ne sont pas toujours frontalement exposés, la diversité des approches est évoquée et les choix néolibéraux interrogés. Et il y a de nombreux médiateurs, disponibles et sympathiques, pour accompagner les visiteurs qui le souhaitent.
La visite se termine par la salle des coffres. Elle est impressionnante, avec ses douves et son système de grilles et de portes renforcées et, à l’époque de son utilisation en tant que telle, un pont se rétractant lorsque l’employé fermait la salle.
À ce moment de ma visite, l’émotion a pris le dessus. Je m’y attendais, car je connais ce lieu pour y être venue il y a plus de vingt ans. Mes parents travaillaient à la Banque de France et après le décès de ma mère, j’avais accompagné mon père à leur coffre, dans cette salle. Il s’était présenté et l’employé avait accepté que nous assistions à la fermeture de la salle et la rétractation du pont. Les douves étaient alors pleines d’eau, ce qui n’est pas le cas en ce moment, car l’humidité n’est pas compatible avec la conservation préventive des pièces et billets exposée dans la salle. De ce passage à la banque, il me reste des souvenirs et cette visite a ravivé des émotions qui y sont liées. Pour cela aussi, j’y retournerai.

Bigleuse @111

Ce billet fait suite à mon billet « Bigleuse @110 », ici. Il est essentiel de le lire pour comprendre celui-ci.
Je voulais revenir sur cette visite dans cette bibliothèque où j’allais pour la première fois pour deux raisons :
* Parce que le microbillet de Marguerite m’a profondément blessée en ce qu’il me fait porter la responsabilité des conséquences sociales de ma déficience visuelle là où c’est le manque de formation à l’inclusion qui est la cause directe de ce qu’il s’est passé (je rappelle que j’ai interpellé sur Twitter Marguerite où je vais d’habitude en blaguant pour leur suggérer d’aller former leurs collègues de cette autre bibliothèque). Je n’en peux plus que les personnes, des fonctionnaires de la Ville, ignorent qu’un déficient visuel a besoin d’informations précises et qu’avant de devoir « expliquer clairement ses besoins », encore faudrait-il qu’il existât des interlocuteurs qui seraient en capacité de les entendre.
Je n’aurai pas d’excuses, pour ce microbillet que je ne considère pas comme maladroit, mais comme validiste, inacceptable de la part d’une bibliothèque qui se targue, je cite, c’est cocasse, d’avoir « été formée à recevoir des personnes mal-voyantes et non-voyantes ». Je pourrais aligner plusieurs exemples au sein de cette bibliothèque où la formation ne s’est pas sentie, mais est-ce utile ? Cela m’amène à la deuxième raison de ce second billet.
* Quand j’ai parlé de cette histoire à une amie que j’ai vue le jour de l’échange de microbillets, elle m’a dit « Ah ! Twitter. » En effet, Twitter… D’aucuns accusent les réseaux sociaux d’envenimer les relations sociales et je crois que j’en ai là un bel exemple. J’ai aussi succombé au « ton Twitter » avec mon « Vous me conseillez quoi, l’immolation ? » J’aurais pu le dire à l’oral, mais l’effet n’aurait forcément pas été le même.
Si Twitter n’avait pas existé, je n’aurais d’ailleurs pas fait le premier microbillet à Marguerite ; j’en aurais peut-être blagué avec ceux des bibliothécaires avec qui je blague à la réouverture. Mais peut-être aurais-je alors oublié. Il m’en arrive dès que je quitte mon domicile des histoires comme ça, plus ou moins prononcées. Celle-ci était pas mal, dans le genre ; mais j’aurais pu m’asseoir dessus, comme le plus souvent. Le sentiment d’abandon et d’impuissance est si prégnant, dans sa répétition, si excluant… Vous comprenez pourquoi parfois j’ai l’impression de ne pas être de ce monde, celui de la suprématie valide ?
Faire mon microbillet, et encaisser la réponse qui m’a été faite, puis les suivantes, m’ont permis d’exprimer cela mais au final, qu’est-ce que j’y gagne ? De la colère ? Un plus fort sentiment d’exclusion ? L’envie de pleurer et d’aller vivre sur l’île de Robinson Albinoé ? Oui, tout ça, car j’ai l’intime conviction que ces échanges, et les billets qui font échos, ne serviront à rien, que les Bibliothèques de la Ville continueront à se considérer comme accessibles parce qu’elles mettent à disposition des fichiers Daisy, parce que le validisme, à l’instar du sexisme, du racisme et de l’homophobie, est un des systèmes d’oppression qui font tourner l’ordre qui nous gouverne.
Oh là là ! Encore des gros mots. Je sais, les pauvres agents de la Ville ne sont pas coupables de leur propre oppression ni de la mienne. Mais ne pourraient-ils pas, de temps en temps, se considérer comme responsables de leur propre humanité ? Je ne demande rien de plus, juste qu’on me parle, que l’on me dise « à gauche », « à droite », « tout droit », « Venez, je vous accompagne » voire « Ne faites pas chier, je bosse » ; est-ce si compliqué ? Il semble. Alors, monsieur Nordman, s’il faut une formation de x heures pour apprendre aux agents de la Ville que les déficients visuels ont besoin d’une information sonore avec des adverbes signifiants, faites-la ! Déjà vous pouvez faire circuler ces consignes (moins de vingt lignes à lire) ou ces vidéos, c’est gratis pour le contribuable. Quand tous ces gens seront vieux avec une DMLA, une cataracte et j’en passe, ils vous remercieront.
Quant à savoir si je tenterai d’autres fois de témoigner de ce genre de situation envers des interlocuteurs que je croyais acquis à la cause de l’inclusion, blessée comme je suis, je vais laisser passer un peu de temps ce d’autant que ma réputation d’emmerdeuse est définitive. Quoi d’autre que mon envie d’emmerder le monde pourrait en effet justifier de si longs billets ?
Je vous laisse deviner.

Princesse @10

Affiche de la protection WC Protect avec une illustration d’une jeune fille jeune et jolie assises sur les toilettesUn après-midi de début août sur une plage ensoleillée de Royan, au bord de l’Atlantique. Je lézarde au soleil avec une amie qui me dit soudain : « Tiens, des témoins de Jehovah qui font la tournée des plages ! ». Je regarde sur ma droite et, effectivement, je vois deux jeunes filles s’arrêter à chaque petit groupe d’estivants. Toutes deux sont habillées de la même façon : short rose et t-shirt blanc. Elles ont la même sacoche en bandoulière avec le même sigle inscrit dessus que je n’arrive pas à lire à cette distance. Je prépare une phrase pour les accueillir et couper court à la conversation mais à leur approche, nous comprenons qu’elles ne viennent pas nous vendre Jésus-Christ mais tout autre chose.
L’une d’entre elles nous présente donc « WC Protect ». Il s’agit d’une feuille prédécoupée aux motifs fleuris comme on en voyait sur les nappes en plastique. La chose vient se poser sur la lunette des toilettes de façon à accomplir la mission ad hoc sans risquer de se faire agresser par un microbe lambda.
Ce que je retiens au-delà de l’argument sanitaire, c’est que ce produit est spécifiquement destinée aux femmes. En écoutant le discours rodé de la jeune fille, je me dis qu’à mon avis, ce genre de produit pourrait être autant sinon plus utile aux hommes au regard de l’état dans lequel ils laissent les toilettes publiques (et je ne parle même pas de leur WC privé) après avoir uriné en mode « lance de pompier » incontrôlable !

Photo du papierWC Protect avec ses motifs dessinés de fleurs souriantes jaunes et oranges@