J’ai une voisine qui a passé 90 ans et que je croise régulièrement dans la rue : elle sort tous les jours, le matin pour aller chercher son pain, l’après-midi pour faire une promenade. C’est une petite dame toute chétive qui a toujours une tenue très stricte, l’hiver un manteau en laine grise, un petit sac à main noir à bout de bras et des chaussures à petit talon.
On ne se dit pas grand-chose mais, plus le temps passe, plus la conversation sur la météo et notre état de forme s’allonge. J’ai du plaisir à la croiser ; elle semble toujours de bonne humeur, souriante, ne se plaignant de pas de grand-chose, ni du chaud, ni du froid, ni de l’ascenseur en panne, ni du quartier, ni…
L’autre jour, pourtant, elle revenait de chercher son pain et j’allais chez le kiné. Elle s’en étonne. Je lui explique en deux phrases que la maladie requiert les soins d’un kiné. Elle me dit ne jamais y aller et ajoute :
— J’ai mes douleurs.
Elle n’a pas usé du ton de la plainte. C’était juste un constat, comme si finalement ces douleurs faisaient partie de sa vie sans qu’elle ne puisse y faire grand-chose ; comme si elle devait s’en accommoder.
J’ai trouvé cette phrase très juste car j’ai aussi mes douleurs ; et je n’ai pas envie de m’en plaindre, bien qu’elles prennent beaucoup de place. Je me rends compte d’ailleurs qu’elles en prennent de plus en plus aujourd’hui alors que je vais mieux et qu’elles sont sans doute moins prégnantes qu’il y a quelques mois.
La rançon de la rémission ? Sans doute.