Le protoxyde d’azote fait aujourd’hui des ravages sous l’appellation familière de « proto ». On parle également beaucoup de « gaz hilarant », sous-entendant par là qu’il suffit d’en inhaler pour rire.
J’ignore d’où vient cette idée mais, pour avoir inhalé du protoxyde d’azote plusieurs fois depuis trois ans, je ne peux pas l’avaliser. C’est peut-être parce que je me contente de sa version médicale, j’ai nommé le Meopa, où il est mélangé avec de l’oxygène et utilisé pour ses fonctions anxiolytiques et analgésiques.
La présence d’oxygène permet de le respirer en continu dans un dosage strictement contrôlé. Que se passe-t-il alors ? Pour bénéficier d’une bonne partie de ses effets, il est essentiel de se focaliser sur quelque chose de positif, de se transporter loin de ce qui est en train de se passer. On aura compris, le Meopa accompagne le patient lors de soins ou d’examens plutôt douloureux sans qu’une anesthésie ne soit envisageable.
Au bout de deux ou trois minutes, on se sent partir tout en ayant une conscience assez nette de ce qui est en train de se passer. On entend et comprend les personnes qui nous parlent, on peut leur répondre en toute cohérence. Le Meopa n’empêche pas la douleur ; il permet simplement d’en avoir une conscience moindre.
La sensation de flottement qu’il donne sans forcément permettre de se détendre est, je l’avoue, assez agréable. Mais j’ai constaté que tout cela ne fonctionne que si l’on y met du sien, c’est-à-dire si l’on participe à son action, par la mobilisation de son esprit et de son imaginaire.
C’est peut-être là que le protoxyde d’azote tire son lien avec l’hilarité. Je ne l’ai pas testé en mode festif ; et les quelques fois où j’y ai eu droit, je n’avais pas franchement envie de rigoler. Mais si j’avais utilisé pour ricaner l’énergie que j’avais mise à ce moment-là pour partir le plus possible loin de la douleur, aidée par un peu de shit ou d’alcool… qui sait ?
Mon prochain shoot est programmé pour la fin de ce mois de janvier. Allez ! soyons honnête : même si j’aime bien les quelques minutes de vol libre, je vous laisse volontiers ma place. Et si vous aviez encore des doutes sur l’intérêt du « proto », sachez que la descente est tellement rapide que l’on oublie sitôt la montée !