Préméditation

À Sanary-Sur-Mer, un collégien a poignardé sa professeure. Le lendemain, je lis lis dans la lettre d’info de France Info : « La piste de la préméditation privilégiée ». Dans la journée, cela est confirmé par le procureur sur foi des déclarations rapportées par les policiers suite à l’audition de ce garçon de 14 ans.
Je ne peux pas juger des faits ; je m’intéresse simplement à ce que je lis.
L’article 132-72 du Code pénal indique que « La préméditation est le dessein formé avant l’action de commettre un crime ou un délit déterminé. » Le Robert, lui, définit le dessein comme l’ « Idée que l’on forme d’exécuter qqch. ; mode déterminé suivant lequel on se propose de la réaliser. » Cela implique donc d’en avoir l’idée mais également d’en établir un « mode déterminé ».
Nous avons donc un collégien de 14 ans qui arrive au collège avec l’idée de tuer sa professeure, couteau à l’appui. C’était déjà arrivé une fois mais il n’était pas passé à l’acte, « par peur ». On apprend aussi qu’il en avait le mobile : « la haine ». Cela suffit-il à établir la préméditation ? En droit, je l’ignore ; en fait… ?
Mardi soir, sur France Info, Hélène Romano a expliqué que le passage à l’acte obéit à deux logiques (qui peuvent se superposer) : l’existence d’une pathologie psychiatrique ; ou l’impossibilité de gérer une émotion, notamment par la parole. Elle a également parlé de la perte de l’empathie dans la construction psychique des enfants (jeux vidéo, réseaux sociaux, éloignement des adultes…), empathie qui permet à chacun de dire que l’autre lui est semblable. On peut donc tuer cet autre en toute humanité, puisqu’il n’est pas nous. Elle dit tout ça beaucoup mieux que moi mais c’est ce que j’ai compris ; j’espère le restituer à peu près correctement.
Je reviens au titre proposé par France Info. D’abord la question de « la piste »… Comme si la préméditation était l’auteur (un coauteur) qu’il faudrait pister. On pourra me contester cette analyse.
Par contre, ce qui me semble incontestable, c’est qu’à 14 ans, on puisse avoir réellement envie de tuer sa professeure, de ces sortes d’envie que nous avons tous d’exterminer ce prochain qui nous pourrit la vie. Mais parce que nous faisons preuve d’empathie, parce que nous n’avons pas une maladie psychiatrique, parce que nous avons le langage, nous ne passons pas à l’acte.
Je suis surprise sur l’insistance qui a régné pour qu’une préméditation soit établie sans doute pour éviter que ce collégien soit absous sans jugement, pour qu’il soit considéré comme un assassin qui ne mérite pas autre chose que la prison. Je reste néanmoins convaincue que la préméditation, au sens que lui donne le Code pénal, n’a pas lieu d’être ce qui ne change rien aux faits : une professeure a reçu plusieurs coups de couteau ; sa vie est jeu ; et l’auteur est un enfant.
Oui, c’est ça : un enfant.
Et ce sera mon argument principal pour m’indigner de cette quête effrénée de ce fait pénalement aggravant.

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