Il n’est pas rare que je cite l’arrêt du Conseil d’État sur le lancer de nains quand je dois défendre la notion de dignité humaine ; et parfois ses conséquences contradictoires. D’un côté, on peut considérer comme acquis qu’organiser un spectacle où on lance des personnes de petite taille pour amuser la galerie est une atteinte flagrante à la dignité humaine. De l’autre, les victimes de cette atteinte ont perdu leur travail, voire leur reconnaissance sociale. Dans un monde où le validisme porte grandement atteinte au droit à l’emploi, ce n’est pas rien.
Je pensais que l’interdiction de cette activité relevant du cirque de l’ancien temps avait mis fin aux atteintes à la dignité des personnes de petite taille. L’interview dans Libération de Violette Viannay, présidente de l’association des personnes de petite taille, m’a sidérée. Elle demande la suppression de l’usage du terme « nain » pour désigner les personnes de petite taille avec pour argument principal qu’il renvoie à une somme impressionnante de situations indignes.
J’ai ainsi appris que l’on peut louer un nain pour son anniversaire ; ou que les personnes de petite taille sont photographiées à leur insu dans la rue pour alimenter certains comptes sociaux. Violette Viannay précise que cela n’existe pas pour les autres handicaps. Je la crois volontiers. Je n’ai jamais entendu dire qu’on louait un aveugle pour animer une soirée entre amis ou que l’on filmait une personne en fauteuil dans la rue. C’est d’ailleurs surprenant car, si l’on regarde bien nombre de personnes handicapées, on se rendra compte que la société validiste les met dans des situations qui peuvent être considérées comme cocasses. Mais c’est un autre sujet.
Je laisserai le dernier mot à Violette Viannay : « On ne réglera pas la problématique du regard de l’autre et du respect de la dignité humaine si on ne politise pas le sujet. Le handicap est une cause politique. » Pas moins.