Déconnexion

Avec le projet d’interdiction du téléphone dans les lycées, il y a beaucoup de débats, d’analyses, de radio-trottoirs… sur notre consommation d’écrans jugée d’emblée excessive. Après les jeunes, les enfants, on s’intéresse maintenant aux personnes âgées avec des ateliers de « bon usage » et à tout le monde en poussant le vice jusqu’à organiser des soirées payantes « sans portable ». Chacun y va de ses regrets de liens sociaux coupés, de la perte de relation au monde, de… de…
Ne disait-on pas la même chose de la télévision dans les années 70, 80… Les enseignants se plaignaient des enfants qui dormaient en classe pour avoir veillé tard devant le petit écran. La législation interdisait la diffusion de films le samedi soir pour inciter les personnes à sortir au cinéma ou ailleurs… Qu’importe. Je trouve ces débats globalement stériles car ils confondent allègrement l’outil et l’usage que l’on en fait.
Je suis déficiente visuelle, chacun sait. Sur la tablette, j’ai un temps d’écran moyen la semaine dernière de six heures par jour. C’est énorme ! En tête d’usage, il y a le navigateur, les mails, les textos et la lecture de livres numériques. À cela s’ajoutent deux heures trente de temps d’écran sur mon téléphone, avec les mails, le calendrier, les textos, et les notes en tête de palmarès…
J’ai pourtant un compte sur trois réseaux sociaux ; et suis quelques conversations sur WhatsApp. Mais il est clair que mes écrans me sont plus utiles à de nombreuses tâches, notamment parce qu’ils sont plus accessibles que n’importe quoi d’autre, sachant que je passe du téléphone à la tablette (et inversement) en recherche de la meilleure lisibilité.
J’utilise, par exemple, beaucoup mon navigateur car j’y affiche des informations qui proviennent d’applications qui, elles, ne sont pas accessibles : pour faire mes courses, par exemple, j’utilise le navigateur de la tablette et l’appli sur le téléphone pour réaliser différentes actions ; une forme moderne de jonglage ! J’utilise également une application de lecture parce que je ne peux pas lire en format papier. Quant à mon usage des mails, il correspond à mes engagements citoyens.
Les écrans sont donc avant tout un outil, que l’on soit d’ailleurs déficient visuel ou pas. Dans l’article sur ces soirées déconnectées, une dame raconte qu’ayant oublié son portable, elle s’est rendu compte qu’elle n’avait plus de numéros de téléphone, de GPS, de mails, de documents de travail… Elle en conclut que l’on donne trop de pouvoir à l’objet téléphone. Mais elle semble oublier que, sans lui, elle aurait un répertoire papier, un plan de Paris, et une sacoche remplie de documents et courriers reçus par la poste, qu’elle pourrait tout autant oublier !
Alors oui, le téléphone remplit nos vies par les tâches qu’il est en mesure d’exécuter. Si l’on estime recevoir trop de notifications, on peut les couper. Si l’on pense être absorbé par les réseaux sociaux, on peut ne pas charger les applis, etc. Nos téléphones permettent de tout configurer. Sommes-nous alors esclaves de notre téléphone ou de nos propres inconséquences ?
Je laisse chacun trancher.