Archives par étiquette : Unions

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.

Chouette ! @43

Cela fait plusieurs années que je fréquente le moins possible Facebook et sa messagerie Messenger. Tous les deux ou trois mois, je me rappelle que ce réseau social existe et je vais voir s’il s’y passe des choses intéressantes (rien à signaler depuis des mois) ou si j’ai reçu un message. Bien m’en a pris ce samedi car quatre messages m’annonçaient le meilleur pour ce week-end dans une gradation de promesses inattendues.
Le premier message était d’une certaine Rina Adalgisa. Juste un lien vers une page Facebook que je ne suis pas allé visiter et une photo de profil sans ambiguïté à base de bikini et de piscine bleue. Simple et efficace.
Le deuxième message était lui envoyé par Ebony Arellano. Le mystère est total car pas de photo de profil. La déclaration laconique et directe constituant l’unique message en est d’autant plus percutante : « Je veux sortir avec toi. Contactez-moi ici. », émoji téléphone, émoji doigt qui pointe vers un lien Facebook.
Le troisième message a franchi un nouveau cap. Toujours pas de photo de profil mais le style direct de Bruce Douglas y était tout à fait adapté au propos : « Site de rencontre, salope coquine. », émoji bikini, émoji flèche qui pointe vers un lien Facebook.
La quatrième message envoyé par Jeremy Tapia cachait bien son jeu puisque sans photo de profil mais avec un message à la syntaxe non équivoque : « Je suis excitée et j’ai besoin de toi. Tu veux me baiser ? Chambre privée. Cliquez ici. », émoji bikini, émoji aubergine, émoji interdit aux moins de 18 ans, émoji flèche qui pointe vers un lien Facebook.
J’avoue avoir attendu avec un brin de curiosité un cinquième message qui n’est jamais arrivé. Quelle déception. Emoji qui pleure d’un oeil mais le sourire en coin.

Grand homme @36

Je ne crois pas avoir encore évoqué ici la disparition de Juliette Greco.
J’ai rencontré Juliette Greco en 1993… musicalement parlant bien sûr. A l’époque, elle traversait un long passage à vide depuis plus de dix ans mais venait de sortir un nouvel album, Rubans rouges et toiles noires, qui allait la remettre sur le chemin du succès, chemin qu’elle ne quitta plus jamais. Moi non plus je ne la quitterai plus…

 

 

 

 

 

Rigolo @14

Vite, il me faut un billet pour demain !
Pas d’idée ou de temps pour en développer une ? Pas d’inquiétudes, les emails indésirables sont une source inépuisable de bonnes idées de sujet. Ah ! En voici justement un qui devrait plaire à tout le monde : juste un visuel, une image avec du texte dedans. Les adeptes de l’accessibilité adorent déjà.
Il présente une femme de trois quart dos, très mince, portant un string et un soutien-gorge, tous deux rouges. La dame chevauche un homme torse nu, en jean. Les deux personnes s’embrassent.
Le texte vient heureusement nous expliquer de quoi retourne cette scène insolite et tellement originale : «  Garantie (en rouge) d’une érection complète – même pour un homme de 85 ans ! » Ouf !
La suite : « Vous en avez assez de la peur (brrrr), si votre pénis va vraiment relever le défi ? Vous ne voulez plus entendre dire que quelque chose fonctionnera « peut-être », vous voulez juste avoir la certitude à 100% (le concept du « plus blanc que blanc » fait toujours des émules). Désormais, vous pouvez ! ».
Au cas où on n’aurait pas compris : « Grâce à cette méthode simple, naturelle et totalement sûre (puisqu’on vous le dit !), vous bénéficiez d’une garantie complète d’obtenir une érection pleine, solide et dure comme de l’acier (bon ben adeptes de la pénétration, désolé mais ça risque de faire un peu mal du coup…). Si vous cherchez une méthode qui ne vous décevra jamais : Commandez. »
Comment résister ?

Lu @25

Les noms propres de certains professionnels sont parfois assez drôles relativement à leur métier. Le Dr Papa gynécologue par exemple. Récemment, je suis tombée devant la plaque de Alix Chaudière, spécialiste de thérapie de couple, conseil conjugal et familial.
Voilà de quoi raviver la flamme pour relancer et entretenir la chaleur du foyer. Mais, comme tout équipement, attention au réglage, l’asphyxie au monoxyde de carbone et l’incendie guettent. L’entretien est nécessaire, coûteux et parfois le changement est irrémédiable. Bref, c’est un nom parfait pour exprimer toutes les nuances thermiques des vies familiales et conjugales.

Pauvres enfants @35

Une boutique près de chez moi a une devanture qui me gêne. Il est écrit sur la vitrine ce qui est proposé « Robes de cocktail, fillettes, robes de mariées, accessoires ». Je ne doute pas une seconde qu’il ne s’agit pas de vendre des fillettes, mais bien de proposer des robes pour les petites filles.
Cette présentation de robes pour les fillettes au même titre que celles pour des femmes qui vont participer à des cocktails ou se marier participe pour moi à une sexualisation de petites filles. Elle est pleinement dans une conception patriarcale de la société qui cantonne les filles et les femmes à un rôle sexuel, entre cocktail et mariage, entre la femme et la putain ? Misère.

Jardinage @26

À propos de resucé (mon billet de mercredi), à l’occasion de deux paniers de récup dans des supermarchés, j’ai fait l’expérience de la nourriture ultratransformée. C’est un peu comme la musique finalement : les aliments portent des noms différents qui sont de belles promesses (en l’espèce « Taboulé au poulet », « Sandwich œuf crudités », « Poulet tandori ») et, au final, tout a la même saveur voire la même consistance (c’est-à-dire pas de goût au point qu’on ne peut pas dire si c’est bon au nom ; et mou). C’était assez étrange : sandwich le midi, taboulé le soir, poulet le lendemain et j’ai vraiment eu l’impression de manger la même chose. Seul le riz accompagnant le poulet avec un bon goût de riz. Ouf.
Cette pause faite, je me suis remise à la cuisine que j’aime avec une véritable bénédiction en point d’orgue. Ma cousine, pardon « mes cousines », habitent une maison avec un jardin où elle cultive des tomates. À l’occasion d’une soirée parisienne où nous nous retrouvons toujours avec joie, je lance :
— Tu m’as apporté des tomates ?
Elle s’en est excusée, désolée de n’y avoir pas pensé et a suggéré que ma cousine (bah oui, deux cousines dans la même maison, ça peut égarer le lecteur) qui travaille à La Défense m’en apporte. À peine une semaine plus tard, me voilà en route en métro avec Cabas (délégué par Caddie) chercher mes tomates à La Défense « en face de la tour EDF ». La tour EDF… un truc de valide, je pense et je partais exactement dans le sens inverse quand un policier m’a arrêtée : il était en train d’installer un périmètre de sécurité pour un « objet suspect ». Mes tomates ? C’est vrai qu’elles y étaient fort incongrues.
Bon prince, il m’a désigné ladite tour sans se formaliser que je lui dise que j’étais malvoyante et ne comprenais pas en quoi c’était si évident qu’il s’agissait de la tour EDF.
— C’est écrit dessus… Vous voyez les tours ?
— Oui.
— Vous allez sur la rangée de droite, la plus haute.
C’était parfait. J’ai donc retrouvé ma cousine, récupéré les tomates, une énorme courgette, deux poivrons, une aubergine et une petite boîte de fraises. Il était l’heure de déjeuner. J’ai mangé la tomate qui avait un peu souffert du voyage (un pur bonheur de tomate) et j’ai cru mourir en ouvrant la boîte de fraises : des bonbecs que j’ai boulottés tel quel. J’ai fait des beignets type tempura avec une partie de la courgette, mangé les poivrons en salade avec les tomates, cuisiné l’aubergine au gingembre et cardamome.
Merci mes cousines. Non seulement je me régale mais je suis très touchée de ce cadeau qui vaut tous les diamants du monde. Merci !

Élections @32

Dimanche dernier, j’ai passé ma journée en tant qu’assesseur titulaire à mon bureau de vote. Je précise que mon bureau est en plein centre du futur ex-3e arrondissement de Paris, à la frontière du Marais.
Malheureusement, peu de votants mais un résultat si net qu’il ne laisse pas de place aux traditionnels procès en légitimité du camp perdant. Je dis « du » malgré la triangulaire car le troisième larron s’est vu totalement mis hors-jeu par le peu de votes reçus.
Au-delà du résultat, ce qui m’a frappé, c’est la diversité de formes des noms et prénoms des listes électorales : à côté de ce qu’on avait l’habitude d’appeler pour les femmes leur nom de jeune fille, toujours beaucoup de nom d’épouse mais aussi de nombreuses femmes et autant d’hommes avec leur nom de naissance (c’est ce qui fait référence dans les listes électorales) suivi cette fois d’un nom composé reprenant leur nom de naissance et un autre nom, celui de leur épouse ou de leur époux, le tout dans un ordre aléatoire. Du côté des prénoms, cela semble plus compliqué. En effet, deux jeunes femmes nous ont précisé que nous les trouverions dans les listes avec leur ancien prénom de garçon…

Anniv’ @41

Un peu plus de quinze jours avant le confinement, j’ai été invitée à une « surprise d’anniversaire ». Prenez une salle destinée à des activités multiples décorée à la va-vite, alignez des chaises contre un mur et en face quelques tables, recouvrez-les de nappes en papier et de plats débordant de charcuteries et autres quiches (je ne suis pas gentille, il y avait un saladier de carottes râpées et un autre de salade), de bouteilles dont je vous laisse deviner le lien avec le gel hydroalcoolique, une trentaine de convives et une maîtresse de maison qui ne lâche pas son portable.
— Il arrive ! Éteignez !
On éteint, on s’éloigne des fenêtres, on ricane… et le voilà. On applaudit, on chante, on s’embrasse, on trinque et c’est parti pour une soirée d’anniversaire que je quitte avant l’arrivée du gâteau. Mais qu’est-ce que je fais là ? J’ai beaucoup d’affection et de tendresse pour le grand garçon qui fête ses cinquante ans. C’est mon seul mobile. Pour le reste… Je viens de dresser le portrait de tout ce que j’exècre dans une fête d’anniversaire, dans une soirée tout court d’ailleurs avec, en point d’orgue, la notion de « surprise ».
À qui cela fait-il plaisir, finalement ? À celle ou celui à qui on fait la surprise, j’imagine, à moins qu’il ne s’agisse d’une convention sociale que d’apprécier de se trouver comme une gourdasse, passant d’un pied sur l’autre, tout benêt devant ces gens qui chantent  « Joyeux anniversaire » et avec qui on n’avait pas prévu de passer la soirée. Il y a bien sûr le plaisir de celui qui organise, fomentant sa farce, dissimulant les préparatifs, les invitations, craignant à chaque instant que la surprise ne soit découverte… quel suspense ! Il y a enfin les invités, impatients sans doute, de voir la tête du contraint du jour, eux qui ont été contraints un jour.
La « surprise d’anniversaire », comme toute autre surprise, ne serait-elle pas en fait un moyen de coercition (une décision prise à la place de l’autre, un ingérence dans ses choix) sous couvert de « faire plaisir », impliquant que l’un sait ce qui plaît à l’autre  ? Voici donc rassemblés tous mes arguments contre la vie de famille ou de couple qui se résument à un seul : l’hypocrisie que représente le fait de présenter à l’autre ce que l’on veut soi comme si c’était son désir-plaisir à lui. C’est un mélange de toute-puissance et de contrainte qui m’afflige. Je me souhaite de ne jamais y succomber !