Archives par étiquette : Survie

Décroissance @77

Page du site montrant le stock dans le magasin où les produits ne sont pas car ils ont été placés en entrepôt pendant la saison basse.En suivant scrupuleusement la procédure décrite par Isabelle, j’ai réussi à sortir les lampes de leur « hibernage », après une tentative avortée de récupération un samedi (trop de monde), et une seconde réussie le lundi suivant. Je suis donc désormais à la tête d’une armée de quatre lampes de camping rechargeables que complète la lampe solaire (la première), une seconde couplée à un panneau et une batterie achetée au printemps avec un autre panneau sur les conseils de Vincent, le panneau solaire du ventilo, et deux batteries externes pour téléphones et tablettes. Tout ça ?
J’ai constaté que j’étais en surproduction électrique avec mes trois panneaux solaires. La petite batterie externe se charge en une journée et recharge mon téléphone et le casque la nuit. La grosse batterie externe installée dans la cuisine et la batterie-panneau-lampe (tout intégré), mettent une bonne semaine à se charger mais y recharger des lampes de camping passe inaperçu dans leur temps de charge. Quand elles sont pleines, la tablette en profite mais il faut attendre longtemps pour renouveler l’opération. Quant à la lampe solaire, elle ne tient pas la charge très longtemps.
J’en ai conclu que les panneaux sont idéals pour charger des petites batteries, par exemple celles de lampes de camping ou celle équivalente à une charge et demie de téléphone. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de compléter mon équipement ajoutant à celle dans mon coin-salon, suffisante le soir pour manger et lire sur la tablette rétroéclairée et à celle dans la salle de bains qui est parfaite pour ma toilette, une dans la cuisine et une dernière près de mon lit ; me voici désormais parée ! Ce n’est pas sûr que ma facture baissera en euros, mais grâce à Linky, je constate sur quinze jours que ma consommation a baissé de 7,8 % ; ce n’est pas significatif, quinze jours… je surveille.

Vroum @28

Je suis en fauteuil avec un chapeau, une veste et un pantalon de pluis, le pied emballé dans un sac poubelle.J’ai évoqué dans un précédent billet la perte de ma mobilité physique suite à la fracture de ma cheville. Je voudrais revenir sur la vie en fauteuil, avec un petit clin d’œil à ma tante Claude.
Je veux d’emblée que les choses soient claires : le fauteuil roulant, c’est galère tant le monde n’est pas adapté à ce type de mobilité : trottoirs étroits, très en pente pour évacuer les eaux de pluie, du mobilier urbain mal placé, peu d’accès en rampes, des comportements humains indignes, etc. C’est aussi galère quand il pleut, quand on roule dans une crotte de chien, quand l’appartement est petit, quand il faut pousser une porte, attraper un truc placé haut… Mais ce n’est pas l’objet de mon billet parce que je n’ai pas vécu le fauteuil comme une galère mais bien comme un outil de liberté.
En poussant (à peine) quelques meubles chez moi (29 m2), j’ai pu y circuler et me sentir en sécurité dans ma cuisine. Après quinze jours d’entraînement, j’ai pu me déplacer sur un périmètre de 800 m autour de chez moi (à peine moins que pendant le premier confinement), faire quelques courses, aller chez le kiné, à l’hôpital, aller au square entretenir mon quadriceps, prendre l’air, tout simplement. Ça, c’est pour le côté pratique ; mais il a beaucoup plus, et de l’essentiel.
Le fauteuil m’a d’emblée paru comme me donnant une autre vision du monde. J’ai cherché pourquoi : les deux raisons principales étaient que j’étais plus bas et que j’allais moins vite. Ces deux éléments, assez basiques, ont eu de nombreuses conséquences : j’ai pu voir plein de choses que je n’avais jamais vues et m’ouvrir à toutes ces personnes que je croise d’ordinaire sans avoir accès à leur sourire, à leur interpellation visuelle, j’imagine ; dans la configuration fauteuil, elles se sont arrêtées vu que j’étais souvent à l’arrêt et des échanges ont pu se nouer, en dépit de ma déficience visuelle…
Mais que vient-elle faire là ? Je craignais qu’elle ne se cumule avec le handicap moteur, ce qui a parfois été le cas ; mais le plus souvent, le sens de l’adaptation à laquelle elle m’a formée depuis 58 ans m’a donné très vite les clés de ma mobilité en même temps que ma moindre mobilité m’a offert un nouveau mode de compensation : plus bas, moins vite, donc. Je me souviens de ma-Jeanine qui me disait « Un jour, tu verras ; tu devras aller moins vite. » ce que je vivais comme une menace ; je me souviens que j’en avais douloureusement pris conscience à Saint-Marie ; je me souviens d’une amoureuse qui moquait mon « agitation ». Et voilà que dans ce fauteuil, je me suis posée, avec toujours le même besoin d’aller de l’avant, avancer ; mais pas finalement pour plus loin une fois l’objectif atteint ; mais pour savourer.
Je vais rendre le fauteuil ces prochains jours à la pharmacie. J’ai pris la décision avec Sarah et nous avons parlé de ces deux mois et demi écoulés en mode cheville cassée. Je lui ai dit les vivre comme une « aventure » ; elle m’a répondu « épreuve ». Non, Sarah, j’insiste : c’est bien une aventure qui me fait (et m’a fait) mesurer ma force, ma capacité de résilience (« faire quelque chose de ce qui arrive ») au-delà de ce que les confinements avaient produit, un peu comme un point d’orgue, l’idée que quoi qu’il arrive désormais, je saurai garder ma liberté et que mon désir persévère.
Je sens que je vais avoir un pincement au cœur à me séparer du fauteuil (je garde le super coussin !) Caddie, qui a tant patienté, va prendre le relais côté roulettes. Est-ce que je vais conserver ce que j’ai gagné d’ouverture au monde et aux autres ? J’y compte bien !

 

Décroissance @76

Je surveille ma consommation d’eau et demande à qui passe chez moi de relever mon compteur tous les deux mois. Cela permet d’identifier rapidement la présence d’une fuite invisible. Cela me dit aussi si je garde (ou non) un comportement vertueux.
Le hasard a voulu que l’intervalle entre deux mesures corresponde à mes six semaines de plâtre plus les deux premières semaines de convalescence. Une douche avec un plâtre est compliquée et périlleuse. En dépit des aménagements nécessaires, j’avoue que j’en ai limité le nombre, même après retrait du plâtre (les pieds mouillés, ça glisse !)
Dans le même temps, je n’ai pas cuisiné, et fait donc très peu de vaisselle. Ma consommation d’eau aurait donc dû baisser, ce d’autant que j’ai pu garder mes habitudes de récupération de l’eau du lavabo pour alimenter mes toilettes. Selon les périodes, elle oscille entre 2 m³ et 3 m³ (je ne relève pas les chiffres rouges) pour un total de 16 m³ annuel. Pour celle-ci, elle était à 3 m³ ; elle n’a donc pas baissé et se trouve même dans la fourchette haute. Mais pourquoi ?
Les quatre premières semaines, une aide-ménagère a été mandée par mon assureur militant pour venir m’aider, deux fois par semaine. En juillet, on est passé à une fois, avec un arrêt au bout de trois semaines, la dame venant chez moi étant en arrêt maladie et la société ayant « oublié » de la remplacer au-delà d’une fois. Les deux dames que j’ai vues étaient gentilles, plus ou moins efficaces, de bonne volonté, mais à l’évidence pas formées ni à la déficience visuelle ni au ménage durable.
L’une a tiré six fois la chasse d’eau de mes toilettes pour les nettoyer (la cuvette est neuve et entretenue) ; l’autre lavait ma vaisselle à jet continu et changeait l’eau du seau entre ma cuisine et ma salle d’eau, les deux sols (3 m² l’un, 2 m² l’autre) étant faits suffisamment régulièrement pour qu’elle reste claire entre les deux. Aucune des deux ne connaissait le recyclé ni le seau à compost. Après m’avoir demandé si j’avais des lingettes jetables, l’une utilisait une vingtaine de chiffons (qu’elle ne faisait pas sécher) pour nettoyer ma cuisine et ma salle d’eau, chiffons que je devais ensuite passer à la machine à laver…
J’ai essayé de dire un peu, surtout pour les poubelles mais j’avoue, je n’ai pas eu l’énergie d’aller au-delà. Entre ça et la nutrition du malade, j’en conclus que l’aide à domicile souffre d’un archaïsme délétère ! Puis-je tirer cette conclusion sur cette seule expérience ? Non, bien sûr ; mais ne comptez pas sur moi pour en avoir de nouveau besoin afin de compléter mon analyse !

Aïe ! @38

Je finis le premier semestre de l’année 2021 sur les rotules, pas tout à fait au figuré, car le genou participe comme il peut à mon état de petite forme. Après des travaux dentaires, j’ai eu mi-avril une infection dentaire, dont la douleur a duré une semaine. Une semaine à attendre de pouvoir prendre le prochain médicament qui me soulagera. Je notais toutes les prises pour éviter le surdosage et parfois, j’ai attendu avec de la glace sur la joue, montre en main, de pouvoir alléger la souffrance.
On dit que les douleurs dentaires sont parmi les pires. Je suis assez d’accord. On dit aussi que la souffrance fatigue. Encore d’accord.
Mi-juin, quand j’ai eu ma seconde injection de vaccin anti-covid, j’avais un peu récupéré, mais j’étais encore faible, d’autres éléments de mon contexte quotidien me pesant. Quelques jours après, des effets indésirables du vaccin se font fait sentir, dont une douleur que j’ai découvert : celle d’un zona, installé le long d’un nerf intercostal. Une douleur permanente plus ou moins forte et la nuit tellement intense à me réveiller, avec à la clé près d’une heure pour arriver à calmer la douleur à coup de codéine.
J’évite cette fois autant que possible de prendre des médicaments, la douleur étant plus supportable que la précédente. Je me reconnais une certaine endurance, tant à la souffrance qu’à la fatigue. Mais cela ne peut pas durer beaucoup plus longtemps. Heureusement, les vacances prévues sont sous le signe du repos. Je n’aspire qu’à dormir, me poser, me reposer, avec Helgant à mes côtés. Helgant, le symbole d’un bonheur costal pour contrer la douleur intercostale.

Changement @29

Je suis en fauteuil avec un chapeau, une veste et un pantalon de pluis, le pied emballé dans un sac poubelle.J’ai suffisamment de proximité avec le monde des handicapés (un monde mis à part par le validisme ordinaire), par mon handicap visuel, bien sûr, mais aussi pour avoir fréquenté des handicapés physiques, pour savoir combien la vie en fauteuil roulant nécessite d’adaptations voire de renoncements. Couplé au handicap visuel, c’est un pur bonheur… c’est tout du moins ainsi que j’ai envie de le vivre durant ces six semaines de plâtre ; et le mois ou deux de marche compliquée à suivre.
J’ai un gros atout dans ma manche : je sais m’adapter. Je ne le mesure pas toujours vis-à-vis de ma déficience visuelle mais les trois confinements sont venus me le rappeler. La rupture a été plus brutale cette fois : je partais prendre un train ; en une fraction de seconde, j’ai perdu cette mobilité de proximité qui fait ma fierté et une bonne part de ma qualité de vie. J’ai tout de suite réclamé un fauteuil plutôt que les cannes qui m’étaient proposées : descendre d’un cran ne me pose pas de problème d’ego (l’image de soi, vous savez) et c’était le gage de pouvoir utiliser à fond ce qui me reste : deux bras, une jambe, un genou… et un cerveau au taquet.
Dès mon lit d’hôpital, j’ai commencé à faire des abdos dans mon lit, des pompes verticales sur le déambulateur, profitant de la moindre occasion pour adapter ma musculature de judoka. Rentrée chez moi, l’objectif a été d’aller chez le kiné en fauteuil : 500 mètres en faux plat montant sur la moitié. Il m’a fallu dix jours pour trouver le bon trajet, vaincre mes appréhensions. Aujourd’hui, ma position sur le fauteuil de location a changé. Mes abdos poussent les roues en même temps que mes bras ; et je fais le plus difficile en marche arrière avec la jambe valide en propulseur. Je ne vois pas où je vais, certes ; mais en fait, cela ne me change guère !
Je me prépare désormais à la reprise de la marche ; multipliant les exercices pour ne pas (trop) perdre de musculation dans la jambe immobilisée tout en ménageant mon genou. En même temps, j’ai pris soin de me garantir une alimentation riche en fibres, calcium et vitamines en dépit de l’insistance des repas livrés à me faire manger du trop gras trop salé. Je limite ma consommation de sucres ajoutés. J’espère ne pas avoir pris de poids et ce régime me garantit un transit que l’immobilité et le riz servi à gogo menacent.
Mon moral, forcément, suit le mouvement. J’ai des bons et mauvais jours, comme tout un chacun. Je crains la reprise de la marche. Être active physiquement et intellectuellement me dope ; mes amis et mes voisins me font un bien fou ! Je peux ainsi prendre prétexte de chaque chose pour mener une nouvelle expérience, qu’il s’agisse de faire ses courses en ligne, de vaincre un trottoir trop incliné latéralement, ou d’observer le monde à hauteur et vitesse de fauteuil. Je sors parfois uniquement pour cela tant cette observation est passionnante, tant les personnes sont des mines d’humanité dont je me délecte, que celle-ci me réjouisse ou me révolte.
Il est encore un peu tôt pour en faire le bilan mais je sais déjà que ma vision, déjà assez optimiste de la vie, vire au ravissement, dans mes joies comme dans mes colères. Mon écriture, forcément, s’en ressentira. Ma relation aux autres, aussi. Je ferai sans doute encore moins de cadeaux mais suis désormais en capacité d’accepter la moindre offrande avec l’idée de prendre le temps d’être à l’autre et l’aimer. N’y voyez aucun altruisme de ma part ; c’est juste que je mesure combien le moindre souffle d’air est une joie à qui sait s’en ouvrir les poumons.

Galère @11

Une roue de CaddieN’hésitez pas à lire au préalable, l’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 3.

Épilogue.
L’homme est donc allé au commissariat déclarer la perte de ses papiers, j’imagine. Comment est-il arrivé là ? Spontanément ? Guidé par l’homme avec qui j’ai parlé à la sanisette puis l’agent à la mairie ? Je ne saurai jamais.
Au téléphone, la dame me demande s’il y a bien un passeport dans le sac, me demande le nom du gars. Je lui dis combien je suis rassurée ; que j’ai laissé plusieurs messages sur le répondeur. Elle a l’air aussi ravie que moi de ce dénouement et me demande si je peux fixer un rendez-vous à ce monsieur.
— S’il peut attendre, dans 25 minutes devant le commissariat ?
L’idée m’est venue spontanément, c’était l’endroit le plus sécure !
Elle me décrit le monsieur ; je lui explique que je suis déficiente visuelle et que j’aurai une canne blanche à la main. Elle me dit « Très bien ! Il ne pourra pas vous manquer. » Je laisse Caddie dans la cuisine, pas mécontent de se poser un peu, et repars. L’homme me repère, en effet. Je l’observe ; il a l’air fatigué. Je lui donne le sac ; il le met tout de suite dans son dos. Il m’explique qu’il sortait de l’hôpital et qu’il est allé aux toilettes, qu’il a accroché son sac car il a été greffé d’un rein et cela lui faisait mal de le laisser sur son dos. Tout ça en deux phrases.
Je me souviens alors que l’allocation demandée est accordée aux personnes handicapées. Je lui suggère de garder ses papiers à la maison ; il me répond qu’il a peur de les y laisser. Je n’insiste pas. J’ai fait ma part pour aujourd’hui, et 15614 pas. Je ne sais pas si j’ai pris les bonnes décisions à chaque étape de cette aventure et l’écrire me permet de mesurer combien les choix que j’ai fait ont évolué en fonction des informations dont je disposais. L’issue est heureuse. C’est à l’instant l’essentiel ce d’autant que cette histoire me donne la satisfaction d’avoir pu aider mon prochain en dépit de pas mal d’obstacles. Vous avez dit « handicap » ?
— T’es belle comme une jument de course !
Caddie !

Galère @10

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien et le second sur celui-là.

Épisode 3. De la mairie à chez moi.
On marche à petits pas avec Caddie vers le commissariat, bien embêtés de devoir livrer des papiers tunisiens sans savoir si l’homme est en situation régulière même si la présence de documents du centre d’action sociale pourrait avérer trois ans de résidence à Paris puisque c’est une condition pour bénéficier d’aides. Faut-il être en situation régulière ? Je l’ignore. Il n’en est pas besoin pour payer des impôts, alors…
Arrivée rue Boulard, je décide de me poser sur un accroche vélos et mieux étudier les papiers contenus dans la pochette en plastique. Je passe les feuilles d’impôts, le bail et retombe sur un document du bureau d’aide sociale. En gros, en haut « Demande d’attribution »… J’en ai rempli un il n’y a pas longtemps et on m’y demandait mon téléphone. Bingo ! Je sors Cousin Smarty, je lance Seeing all qui me lit le document… avec un numéro de téléphone ! Je le repère sur la page, fais une photo, zoome et le recopie dans Note (bah oui, les procédures de bigleux, c’est toujours un peu complexe).
Je mets mon téléphone en numéro masqué (sait-on jamais…) et appelle. À la cinquième sonnerie, répondeur. Je laisse un message, indiquant à ce monsieur que j’ai son sac avec tous ses papiers et que je le rappelle dans cinq minutes pour que nous fixions un rendez-vous. J’attends. Je rappelle. Répondeur. Avec Caddie (qui commence à trouver le Vrac un peu lourd), on décide de rentrer à la maison ; ce monsieur va bien finir par décrocher ! Quand j’y arrive, vingt minutes plus tard, j’ai appelé cinq fois, sans succès.
N’aurais-je pas dû aller au commissariat ? Je me pose de plus en plus la question. Je sors le document sur lequel j’ai trouvé le numéro de téléphone. Je vérifie sur le site de la Ville les conditions d’attribution de l’allocation visée : il faut bien être en situation régulière pour en bénéficier. Le temps de rentrer, je me suis demandé où je pourrais donner rendez-vous à cet homme sans risque pour ma propre sécurité. Dans le sac, j’ai trouvé un briquet sans cigarettes et du Lexomyl… L’heure du couvre-feu approche. Je dois prendre une décision, pestant un peu contre l’esprit de chevalerie de Caddie.
Je pense à mon voisin qui pourra m’aider mais qui part en week-end demain tôt. Je dois régler cette affaire ce soir. Je décide d’appeler une dernière fois et si personne ne décroche, je laisserai un message en indiquant que je déposerai le sac le lendemain au commissariat du 14e. À la troisième sonnerie, un homme décroche ; je me présente ; il me dit quelque chose que je ne comprends pas et j’entends alors la voix d’une femme :
— Bonjour, madame, c’est le commissariat du 14e…

Galère @9

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien.

Épisode 2. De la sanisette à la mairie
Je suis assise sur ce banc devant la sanisette avenue René Coty, le sac avec la vie d’un monsieur au chaud dans Caddie posé sur mon Vrac, et je cherche une solution pour trouver son numéro de téléphone. Je demande d’abord à Siri, qui ne le trouve pas dans l’annuaire. Je songe alors que j’ai vu des documents de la mairie et du centre d’action sociale. Il doit être possible de le retrouver par cette voie ?
Il est 16 h 35. La mairie est à dix minutes et l’accueil ferme à 17 heures ; j’espère y trouver de l’aide pour mieux lire ces documents et peut-être y dénicher un numéro de téléphone. Je me lève, attrape Caddie et remarque un monsieur à la porte de la sanisette. Mon gars ? Je m’approche.
— Bonjour, monsieur, vous n’auriez pas perdu un sac ?
— Oui !
Il s’agit à l’évidence d’un homme vivant dans la rue ; j’ai vu un bail dans les documents ; ça ne colle pas. Je lui demande son nom. Il me donne un prénom qui n’est pas le bon. Il n’insiste pas. Je lui explique que j’ai trouvé le sac dans la sanisette. Il me suggère d’aller le porter au commissariat. Je lui réponds, sans réfléchir que je ne préfère pas ; il y a un passeport et ne sais pas si l’homme a des papiers, que je veux juste lui rendre son sac, pas qu’il se retrouve en centre de rétention administrative. Je pars en lui indiquant que je vais à la mairie, qu’il le dise s’il croise un homme qui cherche son sac.
Je sprinte avec Caddie. On arrive à moins dix à la mairie. J’ai sorti ma canne blanche pour m’éviter trop d’explications sur pourquoi j’ai besoin d’aide pour trouver un numéro de téléphone dans les documents. Un agent de surveillance barre la porte. Je lui explique la situation. Il me répond que l’accueil a fermé plus tôt, nous sommes veille d’Ascension… et me dit d’aller au commissariat qui est… « par là ».
Il tend le bras en conséquence, ce qui ne m’aide guère. Pour corser l’histoire, il faut que je précise que le commissariat du 14e est en travaux et qu’il a déménagé de l’avenue du Maine à ? « Par là, tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper. »* J’explique à cet agent que ce bras tendu dans le vide n’est pas un bon indicateur, qu’il me donne une adresse ; il ne sait pas ; à côté de La Poste, avenue du général Leclerc.
Ça m’embête toujours d’aller au commissariat… mais j’y vais. Avec ce passeport dans le sac, je n’ai guère le choix.

Un extrait de plan du 14e arrondissement* Je vous mets ci-contre le plan du quartier avec indication de où se trouvait cet agent par rapport au commissariat afin que vous appréciiez la qualité de ses indications.

Galère @8

Une roue de CaddieJ’ai le grand privilège (que je me suis moi-même accordé) d’être disponible à ce qui survient. Cela me permet de vivre des aventures sans même sortir de mon arrondissement. Voici celle qui m’est arrivée mercredi 12 mai, et que je vous raconte en plusieurs épisodes.

Épisode 1. Du Vrac à la sanisette.
J’ai rendez-vous à 15 heures à l’épicerie associative Vrac, porte de Vanves. J’avais prévu de faire l’aller-retour puis de retrouver Sarah, comme chaque mercredi, à l’Ehpad. En milieu de matinée, Sarah s’invite à déjeuner et c’est donc avec elle, et Caddie, que je vais chercher mon vrac avec l’idée de l’accompagner jusqu’au tram porte d’Orléans puis de rentrer en faisant le détour nécessaire pour avoir mes dix mille pas quotidiens. Caddie n’est pas si lourd et tellement heureux de se balader avec moi !
Nous marchons finalement jusqu’à l’arrêt Montsouris et je reprends la direction de chez moi, à l’autre bout de l’arrondissement, via l’avenue René Coty. Arrivée au niveau de la rue Dareau, une sanisette me tend les bras pour une salvatrice pause pipi. J’y entre, toujours avec Caddie. Il me tourne le dos, pudique, et me désigne un sac suspendu au porte-manteau. C’est un petit sac en toile avec une longue ficelle que l’on peut porter en sac à dos. Je n’ose pas trop y toucher, pensant que personne n’y mettrait des choses précieuses.
Je sors des toilettes et m’interroge le temps du cycle de nettoyage. Peut-être devrais-je vérifier qu’il n’y a rien d’important dedans ? J’entre de nouveau dans la sanisette et mets la main sous le sac pour le soupeser. Un bruit de clés fait écho à mon geste. Je prends alors le sac, le fourre dans Caddie et vais m’asseoir sur le banc à proximité. J’ai besoin de réfléchir et peut-être que la personne qui a oublié ses clés dans ce sac va vite revenir.
J’attends un peu. Personne ne vient. Je me résous à jeter un œil dans le sac. J’y vois une pochette transparente contenant des documents administratifs et des enveloppes contenant d’autres documents. Je ne vois pas les clés mais les entends. Je plonge la main et les trouve dans un sac en plastique sans qu’elles ne soient reliées entre elles par un anneau. Étrange. Je sors le gros paquet de documents : il y a des feuilles d’impôt, des courriers à en-tête Ville de Paris, d’autres de l’hôpital Cochin qui n’est pas loin.
Je commence à me dire que tout cela est très précieux, que le propriétaire n’aura pas ses clés et que tous ces documents vont lui manquer. Je songe que je pourrais lui poster le tout… Je fouille encore un peu, sans savoir ce que je cherche et trouve un passeport tunisien, ainsi qu’un permis de conduire international. L’affaire se corse. Je ne peux pas simplement réexpédier ces documents à cet homme ; il faut que je le retrouve lui. Je refais un petit inventaire du contenu de la pochette plastique. Aucun document ne me semble pouvoir contenir son numéro de téléphone.
J’ai besoin d’aide pour mieux lire. Que faire ? À qui demander ?

Extravagance parisienne @64

Un blo de blender, avec de la poudre de noisette et, au milieu, une noisette entière.Je fais régulièrement des sablés aux noisettes et farine d’épeautre ; les deux se marient à merveille. Je n’utilise ni poudre de noisette ni noisettes achetées décortiquées (j’ai remarqué qu’elles sont souvent rances). La première étape de ma recette est donc de casser des noisettes (une cinquantaine) ; puis de les broyer avec le blender ; ni trop ni trop peu ; quand il reste des petits morceaux, cela ajoute au caractère goûteux de ces biscuits.
Dans le blender, il se passe un phénomène (physique ?) assez surprenant : quels que soient la vitesse que j’utilise, et le temps (aléatoire mais toujours moins d’une minute), il reste toujours une noisette entière, fière comme Artaban au milieu des autres réduites en quasi-poudre. Je m’en amuse à chaque fois, et la croque. Est-ce la part de la cuisinière qui résiste ainsi ? Si vous une explication technique compréhensible pour la néophyte des lois physiques que je suis, je prends !