Archives par étiquette : Principe

Chouette ! @44

L'image représente le papier apposé sur la porte évoqué dans le billet.Avec les consignes sanitaires, la société de relevé d’eau dans mon immeuble privilégie le moins de contact et incite à afficher ses données de consommation sur la porte de l’appartement un jour donné. C’était avant le cas par défaut quand quelqu’un était absent le jour dit, mais maintenant l’entrée de l’agent dans les appartements est limitée.
Je mets donc un papier sur ma porte avec des chiffres encadrés de « Bonjour » et « Bonne journée ». Cela fait plusieurs fois que c’est le même agent qui passe. Il fait une croix, comme sur les papiers de mes voisins, puis ajoute un « Merci » suivi d’un smiley souriant.
Même si la pandémie a distendu les relations interpersonnelles, il est toujours possible d’ajouter un petit plus dans le quotidien. Je suis contente de ne pas afficher juste quelques chiffres, il est content de l’attention et je m’en réjouis.
Et bonne journée à vous les Hétéronautes !

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».

Agit-prop’ @36

Le débat suite à l’annonce par la mairie de Lyon de proposer uniquement des « repas sans viande » dans les cantines scolaires pour gérer plus facilement leur distribution en ces temps de mesures sanitaires accrues a fait ressurgir un argument massue par ses contradicteurs : « C’est une position idéologique ! » Oh ! le vilain gros mot, « idéologique » dont les écologistes sont régulièrement affublés. Un dictionnaire s’impose.
Il y a la définition philosophique de Destutt de Tracy et celle, qui est celle que je donnerais, « Système d’idées, de croyances, de doctrines propres à une époque, à une société ou à un groupe social. » [Antidote]. Je (re)découvre au passage les définitions péjoratives, celle qui fait de l’idéologie un dogme, ou celle qui considère comme idéologie toute « Philosophie vague et nébuleuse, basée sur des idées creuses » [Antidote].
J’avoue que ces deux dernières me sont totalement étrangères tant, pour moi, les idéologies sont des systèmes d’idées indispensables à la compréhension du monde donc à l’action politique ; mais qu’importe ! J’imagine que l’argument de la « position idéologique » s’oppose au pragmatisme, comme si celui-ci était exempt de toute idéologie qu’il s’agisse de défendre un choix politique, ou de le contester.
À force que les uns et les autres décrient la dimension idéologique de l’action politique, celle-ci se vide de sens et ouvre la porte à des idées politiques sur fond d’un « bon sens » qui renvoie à la réaction et aux populismes (de droite comme de gauche). Il me vient à l’instant une sentence dont j’ignore d’où elle vient : Il faut avoir le courage de ses idées. Je cherche dans mon navigateur et tombe sur…

« Il faut toujours avoir le courage de ses propres idées, et ne pas craindre les conséquences, parce que l’homme est libre uniquement quand il peut exprimer sa propre pensée, sans se plier aux conditionnements. » Charlie Chaplin.

Ça me va très bien !

Note. Je ne suis pas parvenue à sourcer correctement cette citation. Vous savez ?

 

Agit-prop’ @35

La magie du rangement est un best-seller. Je peux dire que je l’ai parcouru, car je l’ai plus que feuilleté mais pas entièrement lu, sautant quelques passages. Son auteure, Marie Kondo, explique qu’elle s’est passionnée toute petite pour le rangement et a mis peu à peu au point une méthode. Car comme le dit le slogan « La vie commence après avoir fait le tri. » Donc, le tri, c’est la vie. Elle a une clientèle en tant que consultante et a publié cet ouvrage où elle explique comment procéder.
Premier point : l’essentiel, la base de tout, est de faire du vide en… jetant. Oui, il faut jeter, des vêtements, des livres, des papiers administratifs, etc. Certes trier passe effectivement pas le fait de séparer ce que l’on veut ou doit garder du reste, mais réemploi, recyclage, don sont anecdotique voire considérer comme négatif quand c’est se débarrasser sur quelqu’un de proche de ce dont on ne veut plus. Elle indique qu’il est d’ailleurs bien de jeter tous ses papiers comme les feuilles de paie une fois que l’on a touché son argent. C’est peut-être tout à fait acceptable au Japon mais en France, cela peut être problématique, car « Les bulletins de salaire, contrat de travail et certificats de travail doivent être conservés jusqu’à la liquidation de la retraite. » (site du ministère de l’Économie et des Finances). En cas de perte, il est possible de réclamer des doubles à son employeur, si ce n’est pas une boite qui a depuis fermé. Considérer que tout est à prendre littéralement pour l’ensemble du monde me semble un peu problématique.
Mais, il y a aussi des perles sur la vision du monde de Marie Kondo, assez normative quant à la manière de s’habiller. Je ne citerai qu’un extrait :

« Le véritable gaspillage n’est pas de jeter des vêtements que vous n’aimez pas, mais de les porter alors que vous vous efforcer de créer l’espace idéal pour votre mode de vie rêvé. C’est justement parce que personne ne vous voit qu’il faut renforcer l’image de soi en portant des vêtements qui vous plaisent.
« Idem pour les pyjamas. Une femme devrait porter pour la nuit quelque chose de féminin ou d’élégant. Le pire serait de mettre un survêtement débraillé. Il m’arrive de rencontrer des gens qui traînent tout le temps dans cette tenue, de jour comme de nuit. Si le jogging est votre tenue de tous les jours, vous allez finir par ne plus faire qu’un avec lui, ce qui n’aura rien de séduisant. Ce que vous portez à la maison influe sur l’image de soi. »

Voilà qui me donne d’un coup envie d’une vie rêvée en jogging débraillé.

Lu @26

On connaît Vélib’ et Autolib’. La Mairie de Paris a aussi eu Burolib’, système de bureaux avec ordinateur en libre accès à disposition de ses agents, mais ça, c’était avant la pandémie.
L’autre jour à la pharmacie, j’ai découvert « Nausélib ».
C’est un complément alimentaire qui contribue au fonctionnement normal du système digestif. Il contribue à diminuer la sensation d’inconfort en cas de nausées dues au mal des transports (avion, bateau, voiture…) ou à un début de grossesse, et ce à grand renfort de gingembre.
Je ne sais pas qui a eu l’idée de cette appellation, mais pour qui se méprendrait, il pourrait croire à des comprimés de nausée en libre-service. Achat inutile, il suffit de regarder le plus souvent de regarder les actualités pour avoir la nausée, ou, pour certains, de monter sur un Vélib’. La boucle est bouclée ou comme dirait Caddie, la roulette a roulé. La Roulettelib ?

Ouf ! @4

Je me suis amusée, le 6 décembre, alors que je rédigeais le premier épisode du feuilleton « Paris Habitat au pays des hackers », à aller voir si le site de mon bailleur, rétabli depuis quelques jours après un mois d’interruption (c’est long, un mois), disait quelque chose de cette attaque, et de la protection des données des locataires.
La liste des actualités ne donne de prime abord pas l’impression qu’il s’est passé un incident aussi important. 3 décembre 2020, un tuto sur le Triple play social ; 2 décembre 2020, le résultat d’un appel à projets ; 1er décembre 2020 l’utilisation de matériaux biosourcés dans les nouvelles constructions : 30 novembre 2020 « [Info locataires] » : ma souris se précipite…

« L’avis d’échéance du mois de novembre sera distribué à partir du 2 décembre
« Exceptionnellement, l’avis d’échéance du mois de novembre sera distribué à partir du 2 décembre. [oui, on nous le dit deux fois, une pour le titre, une pour le chapeau ; on est un peu dur de l’entendement dans le parc social, c’est connu !]
[Logo de Paris Habitat vous informe]
« Pour rappel, jusqu’à rétablissement du paiement du loyer en ligne via notre site, nous invitons les locataires à régler leur loyer par les moyens mis à leur disposition : (…) »

La suite est la même que dans le mail reçu le 25 novembre 2020, à cette différence que le numéro du RIB est reproduit là où le mail invitait à contacter son gardien ; ce que j’avais fait ; il ne l’avait pas. Pour remarque, j’écris ce billet le 6 décembre 2020, mon avis d’échéance n’a pas été distribué.
Je continue à remonter le fil d’actualité sur le site… Protection civile, réhabilitation, magazine des locataires, travaux, « Continuité des services : À vos côtés » ! Date : 23 novembre 2020. Je lis le chapeau.

« Être à l’écoute des besoins des locataires et assurer une continuité de service sont au cœur de la démarche de Paris Habitat. Une priorité qui guide, au quotidien, notre action et celles de nos services proximité, directions territoriales, agences et gardiens, et prend d’autant plus de sens dans un contexte difficile. »

Un « contexte difficile » ? L’attaque du site, l’impossibilité de travailler normalement pour les agents de Paris Habitat, les travaux d’entretien bloqués par l’absence de bons de commande, les mails perdus, … « En dépit de ce second confinement, Paris Habitat, en tant que service public de proximité, reste aux côtés de ses locataires… » Perdu ! Il y en a deux paragraphes qui nous expliquent combien notre bailleur est proche de nous… Troisième (et dernier paragraphe).

« Par ailleurs, Paris Habitat a été victime, le 27 octobre 2020, d’une attaque informatique. Détectée aussitôt, elle a nécessité de couper l’intégralité du système informatique afin d’empêcher toutes (sic) pertes et vols de données avant une remise en marche progressive. Dans cet intervalle, l’ensemble des équipes de proximité sont restées présentes et accessibles pour répondre aux sollicitations. L’établissement a également continuer (sic) à informer via ses réseaux sociaux et répondre aux questions. Parmi les plus récurrentes figure le paiement du loyer. Cliquez sur ce lien pour accéder aux informations relatives au paiement du loyer. »

C’est donc ça ! Ce sont les locataires qui réclament de payer leur loyer, d’où une communication centrée sur ce point ! Quant aux données perdues, cet article y fait référence mais il s’agit d’une publication rétroactive puisque le 23 novembre 2020, le site était toujours hors service. Cela me ramène au mail que j’ai envoyé… et à la drôle de réponse que j’ai reçue.
À bientôt pour le troisième épisode…

Couperet @17

On a tous remarqué que les pouvoirs publics naviguent à vue dans la gestion de l’épidémie du covid-19 alignant au fil du temps des « mesures » dont le sens nous échappe souvent. Pour expliquer cela, on peut arguer du peu d’informations scientifiques et médicales fiables à disposition. On peut aussi considérer que la « logique » des pouvoirs publics vise prioritairement à préserver les intérêts économiques de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons et que le sens se trouve dans la prospérité de l’ordre. C’est ce que je pense. Je ne développe pas, il y aurait d’autres Fragments d’un discours politique à écrire. Ce n’est pas ma priorité, ce qui me mène à cette conclusion se trouve en germe dans les premiers.
Une « mesure » pourtant me semble emblématique de cette logique censée nous échapper ; elle a été prise fin septembre, quand certaines zones sont passées en rouge rouge quand d’autres étaient cramoisies : « La diffusion de musique sur la voie publique ou audible depuis la voie publique est interdite entre 22h et 6h à compter du lundi 28 septembre. » Quand j’ai vu cela, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai répondu à un microbillet Twitter de la Ville en ces termes :

À ma grande surprise, je n’ai pas du tout été suivie sur ce point. Les proches à qui j’ai pu en parler m’ont tous répondu quelque chose comme « Mais non ! Ce n’est pas la même chose… » pour ensuite venir justifier cette « mesure » soit comme étant légitime (éviter les rassemblements sur la voie publique), soit comme appartenant au lot de mesures qui ne peuvent émouvoir parce que, de toute façon, c’est déjà le cas même hors période de Covid (réglementation sur le tapage).
Eh bien non, je refuse de céder à ces arguments : couper la musique n’est pas une mesure comme les autres ; cela porte un sens, dans l’histoire, dans l’actualité ; c’est une mesure phare commune à tous les systèmes totalitaires. Fermer les estaminets et interdire les rassemblements de plus de dix personnes suffit à se prémunir des rassemblements sur la voie publique. Oublie-t-on qui interdit la musique dans le monde, dans l’histoire ? Il semble que oui et j’en suis abasourdie : notre démocratie s’enfonce chaque jour un peu plus dans le totalitarisme sous couvert de « sécurité sanitaire », argument particulièrement tendancieux au vu des politiques menées en matière d’agriculture, d’alimentation, de médicament, d’hôpitaux, d’environnement.
Le mouvement a commencé, à mon sens, un certain 11 septembre et a été accentué au fil des attentats islamistes, la « sécurité » justifiant les atteintes à nos libertés sans que l’on puisse même en faire la simple remarque. Le covid-19 met un coup de massue supplémentaire. Plutôt que d’interroger nos modes de vie, de consommation, de production en tant que causes de la violence politique ou virale, et d’agir en conséquence à court et long terme, on contraint celles et ceux qui en sont les victimes, réduisant chaque jour leurs libertés au profit de leur capacité à produire et à consommer.
Ce qui me peine le plus dans cette affaire, c’est la passivité avec laquelle chacun regarde notre démocratie être vidée de sa substance. Que l’on ne vienne plus me parler d’une adhésion générale à « un autre monde » ! J’ai mis du temps mais j’ai compris que seule une démarche révolutionnaire peut nous y mener. Je n’ai pas peur du désordre. J’ai peur de l’ordre et de notre capacité individuelle et collective à nous y soumettre sans même prendre la peine de nous indigner.

À table ! @65

Je faisais un tour dans un supermarché avec Isabelle qui cherchait à faire l’achat de quelques produits frais. Ce n’est pas une enseigne que je fréquente ; trop chère. Isabelle jette son dévolu sur un melon « type charentais » (à ne pas confondre avec les charentais en personne), sans regarder le prix.
— Il vaut combien ?
— Je ne sais pas, je m’en fous. Avec ce que je bosse, j’ai juste envie d’un melon.
— Sauf que si tu achètes un melon trop cher, tu encourages un prix que je ne pourrai pas payer.
Elle revient en arrière et m’indique qu’il vaut 1,50 euro (elle est patiente, Isabelle, vous aurez remarqué !) Vu le calibre, c’est moins que le prix en cours. J’avais vu les mêmes la veille dans mon enseigne à 1,70 euro et je ne l’avais pas acheté, attendant qu’il baisse. D’aucuns diraient que j’ai les moyens de payer un melon 1,70 euro. C’est vrai, même si à force de 20 centimes, cela grève un budget. Mais je pense aux personnes qui vivent avec deux ou trois euros par jour, elles ne peuvent pas.
La question devient : est-ce que le prix que chacun accepte de payer pour tel ou tel produit conditionne son prix bien au-delà des coûts de fabrication et de distribution ? J’en ai la conviction. Avec Caddie, on a, sur cette base, défini notre politique d’achats : si c’est « hors de prix », même si on a envie, on ne prend pas. Et franchement, on mange très bien chez moi. Les rares qui en profitent vous diront.

Pucer @42

J’ai entendu sur France info un reportage sur les « brigades de cas contacts » (ici) instaurées récemment dans le cadre de la lutte contre le covid-19. L’accent était mis sur la réactivité dès qu’un médecin signale un « cas » et la participation heureuse des « cas » à qui l’ont demande les noms et cordonnées des personnes qu’elles ont pu fréquenter. On entend des bribes choisies de conversations téléphoniques pour faire la démonstration du bon fonctionnement de l’enquête. Tout était fait pour que l’auditrice que je suis comprenne que répondre à ces questions est de l’ordre de l’évidence sans discussion possible. Notre santé est en jeu !
D’emblée j’ai été mal à l’aise, me demandant ce que je ferais si l’on m’enjoignait de balancer (c’est le verbe qui me vient) ainsi les personnes que j’ai vues ces quinze derniers jours. Je pense d’abord que je serais plus réactive que la Sécu (qui se donne vingt-quatre heures hors week-end et jours fériés, je suppose) et appellerais sitôt les personnes concernées, les invitant à appeler leur médecin. Et quand on m’appellera pour me poser ces questions, je répondrai que c’est déjà fait. Serais-je une mauvaise citoyenne ?
Je suis surtout très attachée aux libertés individuelles et collectives et sature de ce gouvernement qui privilégie la répression et l’infantilisation dans la gestion de crise. Il n’est pas le premier à proposer des mesures liberticides sous prétexte d’état d’urgence ni le premier à pratiquer l’autoritarisme dans la gestion des conflits sociaux ou politiques. Je trouve néanmoins particulièrement inquiétant qu’il joue sur la peur et la culpabilité pour pallier les insuffisances de l’État et les inconséquences de ses propres décisions.
Je vous donne rendez-vous le 28 juin pour voter et bouter hors de nos conseils municipaux les suppôts de ce gouvernement antisocial, liberticide et productiviste. Ce sera déjà cela de pris !

Entendu @36

Une caisse de magasin alimentaire début mai.
Une première personne en train de régler ses achats à une seconde derrière elle : « Pouvez-vous vous reculer, s’il vous plait. Vous êtes trop proche de moi. »
Le seconde personne recule en bougonnant.
Le première personne : « C’est pour vous que je dis ça. »
La seconde personne : « Mais je suis en bonne santé. »