Archives par étiquette : Nouille

Canette @38

Cinq bouteilles de produit cosmétiques. Ils sont décrits dans le billet.Au moment de troquer ma bouteille de shampoing vide (Dessange) contre une pleine (Cien), j’ai cru un instant m’être trompée de produit en l’achetant : le flacon, jaune prononcé, ressemble plus par sa couleur à du lait solaire bronzant. J’ai dû sortir de ma salle de bains peu éclairée et chausser des lunettes pour vérifier, les mentions de la marque (Cien, en blanc sur jaune) et « Nature’s Beauty » (je viens juste de voir l’apostrophe) en marron sur jaune étant nettement plus lisibles que la mention shampoing en rouge police fine et plus petite sur fond jaune.
Intriguée, j’ai regardé les autres produits que j’avais sous la main. La bouteille de shampoing vide d’abord ; c’est encore une fois la marque qui est la plus lisible, puis les « atouts » du produit « Anti-désèchement » (la mention « nutri-extrême » m’est peu lisible verticalement) ; quant au fait qu’il s’agit de shampoing, je dois chercher pour le trouver. Pour mon lait pour le corps, « Nourrissant » est écrit plus gros que « Lait Corps », et le logo de la marque reste le plus visible. Pour ma crème de jour, la marque est très lisible et si « crème visage jour » est plus gros que les allégations nourrissantes, le jaune sur blanc me la rend totalement illisible. Enfin, pour le spray d’eau de mer, j’ai cherché longtemps. La marque est omniprésente, les qualités santé aussi, l’eau de mer apparaît en écriture incurvée avec un « 100 % » dont la force masque le texte autour !
Je racontais cela à Isabelle qui m’a fait remarquer que les cosmétiques sont choisis pour leur marque et leurs supposés effets beauté ou santé. Je les choisis pour leur objet principal (laver les cheveux, laver le corps, hydrater la peau, laver le nez) et pour leur prix. Je suis décidément perdue pour la consommation du tape à l’œil ! J’en suis ravie.

Note. Pour la petite histoire, je compile dans un fichier mes sujets de billets. Pour celui-ci, j’avais écrit « Lecture produits d’entretien » en lieu et place de « produits cosmétiques » ; tout est dit.

Pucer @52

Les nouvelles technologies ne sont pas toujours les alliées de nos libertés même si on a l’impression parfois qu’elles nous facilitent la vie. Il en est ainsi de la biométrie et je crains qu’après les éternuements de circonstances, il ne soit de plus en plus difficile d’échapper aux identifications par nos empreintes (digitales ou autres), nos rétines, notre visage ou nos crottes de nez. Dans ce contexte, le débat s’intensifie aujourd’hui autour de la reconnaissance faciale. On nous vante son efficacité en matière de sécurité publique en doublant avec des arguments de vie quotidienne : plus besoin de papiers, de codes ou autres : on sourit au terminal de paiement et hop ! les courses sont payées.
Avec la généralisation du port du masque, il semble pourtant que le sujet marque le pas. Nous sommes tous des imbéciles aux yeux de certains décideurs mais on est quand même en mesure de comprendre qu’avec un masque sur le nez, cela ne marche pas. On peut tous espérer que cela ne va pas durer mais le temps que ça dure, il faut bien faire progresser ces technologies fructueuses pour les entreprises qui les développent. Sur quel argument ? Les déficients visuels, bien sûr ! N’est-ce pas une population qui serait ravie d’avoir une oreillette qui lui glisse à l’oreille le nom de la personne qui s’approche et s’apprête à dire bonjour ?
Cela le serait, en effet, et j’ai dans mon téléphone intelligent une appli qui fait cela, ou du moins qui le tente. C’est une appli qui dit clairement qu’elle n’est pas au point, et qui compte sur moi pour s’améliorer, je suppose. Je suis médisante bien sûr, c’est pour aider les (pauvres petits) handicapés que ces technologies se développent à grands frais. Un exemple ? Facebook ! Non ? Eh bien si ! Facebook, qui n’est pas spécialement accessible basse vision, ni sur navigateur ni sur appli, vient aujourd’hui au secours des déficients visuels avec ses lunettes connectées. Quel altruisme ! J’en reste baba.

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».

À table ! @71

Un flacon en forme de gourde de compote.Je lis toujours l’article « produits au rappel » dans Que Choisir ; non que je pense avoir acheté l’un d’eux, mais parce que le motif du rappel est souvent édifiant sur les dérives de la société de consommation. Ce gel nettoyant pour les mains en est un bel exemple.
D’abord, je ne sais pas trop ce qu’est un « gel nettoyant » ; pour se laver les mains, je connais le savon et le savon liquide. Il y a aussi le gel hydroalcoolique dont la fonction est de désinfecter, pas de laver. La fiche produit a disparu puisque le produit a été rappelé. L’image sur le site de Que Choisir est de mauvaise qualité ; je comprends néanmoins qu’il doit s’agir d’un gel pour se laver les mains sans eau.
En ce temps de pandémie, il me semble que la confusion avec du gel hydroalcoolique peut exister, mais ce n’est pas la cause du rappel : « L’emballage de ce gel nettoyant pour les mains peut prêter à confusion. Les consommateurs (notamment les enfants ou les personnes malvoyantes) pourraient penser que le produit peut être mangé comme une compote. » Le gel se présente en effet exactement comme une gourde de compote, mais il est bleu layette et non aux couleurs pétantes d’une fiole de compote.
Les deux peuvent-ils être confondus ? J’ignore tout des mœurs alimentaires des enfants et je veux bien croire qu’ils peuvent faire la confusion, ne serait-ce que parce qu’aucun ne tique quand on lui donne à manger des « fruits » inodores et insipides dans une gourde en plastique alors que cela frise la tromperie, un peu comme le poisson carré. La société de consommation prend les enfants pour des abrutis sans odorat ni goût ; ou plutôt forme nos enfants à être des abrutis sans odorat ni goût. Je laisse les parents assumer cette responsabilité-là.
Et j’en reviens au motif de confusion, pour « les personnes malvoyantes » cette fois ; donc moi. Il est très très rare que nous fassions l’objet d’attention de la part de Que Choisir : jamais rien sur les modes d’emploi et notices de montage illisibles ou non disponibles en format numérique accessible ; jamais rien sur les écrans des appareils ni sur les fonctions tactiles ; jamais rien sur l’étiquetage en LED, l’absence de braille, etc. Et là ! Enfin… on nous protège en nous prenant pour des abrutis sans odorat ni goût (des enfants, donc).
J’exagère ? Je vous invite à faire le test : prenez plusieurs déficients visuels, toutes catégories confondues ; mettez-les au milieu d’un verger de gourdes en plastique, certains contenants de la compote, d’autres du gel nettoyant ; et vous comprendrez peut-être que nous ne sommes pas des enfants… pardon, que nous sommes pas des abrutis sans odorat ni goût, les enfants n’en étant pas, bien sûr.

Princesse @12

Vous avez aimé passer les Fêtes de fin d’année sous le signe de la liberté à Dubaï (par ici) ? Alors vous aimerez forcément en être la princesse (par là) !
Enfin, comble du bonheur, les télésièges des stations de ski sont ouverts cet hiver… et même l’été ! (re par ici)

Pauvres chéris @15

L’été indien de ce mois de février et le ras-le-bol du masque en extérieur m’ont portée à retourner faire du sport au square. J’ai pu ainsi savourer la caresse du soleil et la douceur de l’air sur la peau de mes joues ; un tel bonheur que je me suis retenue de ne pas finir en maillot de bain ! Blague à part, il a bien fallu un nouveau malotru pour venir gâcher mon plaisir et nourrir ma réflexion sur les effets délétères de la testostérone sur le genre humain.
Après une bonne demi-heure sur les différents appareils de muscu, je suis allée dans mon coin préféré, l’aire de jeux où trône une pyramide en corde parfaite pour accrocher ceinture de judo et élastique et simuler des uchi komi. Je n’y étais pas depuis plus de dix morote qu’un gars que j’avais repéré courir en boucle dans le square W se radine. Il me tourne un peu autour puis s’installe de manière à être dans mon axe de vision (le pauvre, s’il savait !), lance la musique sur son téléphone portable et entame une série de pompes verticales.
L’exercice est difficile ; il en fait cinq, s’arrête, se trémousse un peu sur la musique, et recommence. D’emblée, on s’en doute, sa musique a eu le don de m’exaspérer, une espèce de daube très rythmée. Le vent m’a aidée à ne pas trop l’entendre. Merci. En rentrant, j’ai demandé à Johnny pourquoi les gars qui ont un quart de biscotos à exhiber mettent de la musique dont le son est d’autant plus pourri qu’il est émis par des appareils qui ne sont pas faits pour les concerts en extérieur. Est-ce pour attirer l’attention ?
Johnny rigole : sans doute que oui. En tout cas, les corneilles étaient bien d’accord avec moi que sa musique avait aussi peu d’intérêt que sa paonaison (sic) ; elles se sont mêlées au vent pour faire taire les BPM. Les bienheureuses ! Et, si une autre hypothèse est que cela les encourage à pomper en rythme, force est de constater qu’ils n’ont pas grand-chose à mettre dans le piston !

Gamine @31

J’ai découvert sur un réseau social local un nouveau « service » de restauration à domicile. Le concept est simple : une personne fait à manger chez elle, vous avez faim, vous commandez sur l’appli et vous venez chercher votre plat. N’est-ce pas une bonne idée ? Quand je dois faire deux litres de soupe parce qu’il y a urgence à cuire des invendus et que mon congélateur est plein, ce serait pratique, non ? Et elle est si bonne ma soupe !
— Vrai de vrai !
Merci Caddie. Mais tu sais, parfois, les idées simples sont particulièrement délétères. Pour celle-ci, j’y vois d’emblée de nombreux biais.
* Une communication sexiste et âgiste. Bah oui, c’est une femme qui fait à manger, on la nomme « mamy » alors même que dans la vidéo elle est plus quadragénaire (c’est quand même plus sexy !), il s’agit de valoriser vos talents de « cuisinière » (et non de cuisinier) et la personne qui vient chercher à manger est un homme, bien sûr. Regardez au passage les quatre « mamy » proposés : deux hommes, deux femmes ; la parité ? De façade, car quoi qu’on en dise, qui n’aurait pas choisi spontanément « mamy Juliette », pardon, son bœuf bourguignon ?
* Une « rémunération » sous forme de « récompense ». Voilà la version moderne de Elle est bonne ta poule, ma poule ; une bonne claque sur les fesses et un pincer (une pincée ?) de nichon et « mamy Juliette » est contente d’avoir régalé Édouard. Une petite pipe pour le dessert ? C’est une autre qui s’en charge au vu de la promiscuité de la femme qui apparaît déjeuner avec Édouard, qui garde sa posture dominante devant l’ordinateur… J’exagère, bien sûr, mais comme il n’est nulle part fait mention de la forme fiscale de cette « rémunération » et que le verbe « récompenser » n’est pas neutre, on peut imaginer que les pires systèmes d’exploitation sont au menu.
Voilà exactement le genre de concept que les confinements et autres couvre-feux sont en train de produire, un mélange de high-tech, de retour aux sources et de déréglementation tous azimuts sous couvert de nécessité économique. On est mal barrés, c’est sûr !

Noël @47

Depuis quelques années, la période de « Noël » est l’occasion pour la société marchande de valoriser la famille en tant que garantie d’amour et de sécurité. C’est d’autant plus pathétique que la famille est le premier lieu des violences faites aux femmes et aux enfants, premier lieu de leur exploitation aussi. J’avais fait, sur ce thème, un édito au moment du vote de la loi sur le « mariage pour tous » et multiplie depuis les mises en garde pour que les personnes prennent soin d’elles et ne se sentent pas obligées de succomber à l’hystérie collective.
Cette année, j’ai publié une nouvelle qui dit bien le fond de ma pensée. Je l’avais écrite l’hiver dernier suite à un appel à textes de mon éditeur canadien. Je n’imaginais pas alors combien le covid-19 allait marquer ce « Noël 2020 », exacerbant un peu plus les « valeurs familiales », chacun y allant de son couplet sur ces retrouvailles (extraordinaires) qui n’auront pas lieu, sur ces repas (pantagruéliques) que l’on partagera en visio, sur ces étreintes (surjouées) que l’on ne pourra se faire, sur ces cadeaux (fabriqués en Chine) que l’on sera obligés d’envoyer par porteur (précaire) spécial, etc.
J’écris ce billet le 25 décembre et j’avoue que je suis au bord de la rupture. En plus des tartes à la crème médiatique(s) qui veulent nous faire pleurer misère face à ces situations (insupportables) de familles qui ne peuvent se rassembler, à ce Noël dont les messes se déroulent dans des gymnases (mieux chauffés que les églises, et sur deniers publics), à ces personnes obligées de faire le choix de la solitude pour se prémunir du virus (quelle veine !), je surprends quelques amis, « pas Noël du tout », qui cette année crient famille… justement parce qu’ils en sont privés ? Quant à tous ces mails misérabilistes que je reçois, si vous saviez comme je me retiens de les envoyer se faire f… avec leurs vœux de m… qui, par leur suffisance c(h)rétino-familialiste (le h pour chrétien, bien sûr), ne respectent ni mes convictions ni mes choix.
Caddie ! sors de mon billet !
— Assume !
Caddie…
J’ai passé le réveillon seule, avec une délicieuse soupe d’orties cultivées dans le jardin partagé et me suis couchée de bonne heure, ravie que mes voisins aient décidé de rejoindre leur famille loin de Paris. C’est effectivement un choix de ma part : je ne crois pas en Jésus fils de Dieu qui ressuscitera à Pâques et ne fréquente pas ma famille au profit de mes amis ; je vis en mode décroissance en combattant autant que faire se peut la société de consommation ; je fais des cadeaux quand bon me semble ; et j’ai plus de plaisir à une balade à pied dans Paris qu’à n’importe quelle tablée alcoolisée.
— Allez ! viens… on a un panier récup’ à aller chercher.
Tu as raison Caddie. On y va ; les poubelles du monde recèlent tant de trésors.


Dans ce panier récup’ (en photo) pris chez un primeur à proximité le 25 décembre, deux ananas, 750 g de figues, trois pommes, sept clémentines, cinq tomates, trois blancs de poireau, une pomme de terre, une barquette de champignons découpés, trois champignons, 250 g de petits poivrons jaunes, deux mini concombres, deux avocats et trois gros oignons blancs. 4,99 euros.

Pucer @50

On se plaint beaucoup du complotisme dans les parages alors qu’on y trouve de nombreux avantages.
La preuve : je me suis fait dépister à la Covid-19 avant de rejoindre mes parents pour Noël. Un long coton-tige dans le nez, un œil qui pleure un peu mais surtout je capte désormais très bien la 5G.
Joyeuse année 2021.

Féminité @7

Samedi 12 décembre 2020, huit commerçants ont organisé un mini marché de Noël sur une place de mon arrondissement. L’objectif était de mettre en valeur des commerces locaux et le point commun des huit est ce que je nommerais volontiers un « engagement politique » pour une consommation plus vertueuse, plus bio, plus durable. Je connais la plupart de ces commerçants même si je n’en suis pas forcément cliente. Je suis donc allée faire un tour, par solidarité, pour dire mon attachement à la vie de mon arrondissement.
Comme souvent dans ce genre de configuration, chaque exposant sous son barnum pratique l’entre-soi quand plusieurs personnes sont derrière la table ; ou s’occupe sur un livre ou un téléphone quand il n’y a qu’une personne. Notre mini-marché n’a pas échappé à la règle. J’ai ainsi dépassé six exposants (sur huit) sans un bonjour, et sans savoir de quoi il s’agissait, l’accessibilité basse vision n’étant jamais une priorité commerciale (à croire que les 1,2 million de déficients visuels sont des consommateurs négligeables…)
Arrivée devant l’avant-dernier stand, une jeune femme interrompt sa conversation avec sa voisine de table pour me saluer.
— Bonjour monsieur !
Je souris sous mon masque et réponds.
— Bonjour monsieur.
— Oh ! pardon madame.
— Je vous en prie…
Et passe mon chemin. J’entends derrière moi la plus âgée « Avec le masque et le chapeau, tu ne pouvais pas savoir. » Je reviens sur mes pas.
— Excusez-moi mais, pour une fois, je porte un chapeau acheté dans un rayon femme, un masque fleuri et une écharpe que porteraient peu d’hommes. Je mesure 1,60 m ; c’est petit. Je vous accorde que je n’ai pas les hanches d’une femme qui aurait fait quelques enfants ; je n’en ai pas fait.
La plus jeune des deux bafouille je ne sais quoi. La plus âgée me rétorque qu’il y a des hommes qui portent des masques fleuris et que c’est à cause du chapeau. Elle oublie la veste de rando, le jean et les croquenots qui ont sans doute emporté sa décision. Je leur souhaite une bonne soirée et rentre chez moi.
Je précise que le stand en question était tenu par une entreprise d’insertion qui recycle des jouets en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Ce n’est pas gagné. J’ai vu Pierre le lendemain ; il les connaît très bien. Ma réplique lui a plu ; il m’a expliqué que pour être une femme « c’est de pis en pis » ; il faut obligatoirement se maquiller pour passer comme telle. Et montrer mes yeux ? Même pas en rêve !