Archives par étiquette : Nouille

À table ! @72

Je suis rentrée de l’hôpital dans des conditions optimales, grâce à la mobilisation de mes amis et voisins (j’y reviendrai sans doute) ; à ma capacité d’anticipation autant qu’à ma maîtrise de l’outil Internet et téléphone ; et à mon assureur militant. Celui-ci a sitôt mandé une aide-ménagère et la livraison de repas. J’ai choisi un repas par jour, craignant que cela ne soit trop copieux, et l’option « menus végétariens »…
— Strict ?
— Pas végétalien, végétarien.
— ?
— Cela peut comporter des sous-produits animaux.
— Du poisson alors ?
J’ai opté pour le poisson, je sentais que ç’aurait été compliqué d’expliquer le statut non végétal du poisson et ne suis pas végétarienne ; juste je voulais équilibrer avec ce que m’apporte ma cohorte de voisins et m’éviter les charcuteries et autres gourmandises délétères pour mon métabolisme que l’on m’avait servies à l’hôpital.
La conversation continue. On en arrive à la livraison.
— Vous serez livrée le mercredi matin, entre 8 h 30 à 13 heures.
Je précise que les repas sont sous vide et livrés une fois par semaine.
— Le 9 juin, cela va être compliqué, je tiens une permanence téléphonique… Vous pouvez me donner un créneau plus réduit ?
— Non, madame. Il a cent cinquante repas à livrer !
— Il a donc un circuit…
— Il fait ce qu’il peut !
Une barquette de repas avec une étique écrit en tout petitJe n’ai pas insisté, c’était inutile. La même scène s’est reproduite avec le service d’aide ménagère dont les jours ne sont négociables qu’en cas de rendez-vous médical. Faire entendre à ces braves gens que la personne handicapée a une vie qui ne se résume pas à leur bon vouloir de prestataires (grassement) payés par mon assureur est une gageure. Je le savais, pour avoir fréquenté pas mal de personnes utilisant ces services. Je pensais que les choses évoluaient. Perdu.
Ah ! j’allais oublier. Les menus sont imprimés dans un format texte que je ne peux pas lire, le contenu des boîtes itou. Le site est à l’avenant. C’est pour qui, déjà, la livraison de repas ? Pas pour les déficients visuels actifs, en tout cas !

Entendu @42

Au premier plan, mes doigts de pieds enermé dans un platre, au fond, l'hopital saint Joseph.Suite à un accident domestique, comme on dit, j’ai été hospitalisée quatre jours dans mon hôpital préféré. J’y suis repérée comme « patiente déficiente visuelle » (PDV en code administratif) ce qui me facilite souvent la vie en matière d’assistance et de prise en charge. Pour cette hospitalisation, cela a été le cas : chambre seule, infirmières et aides-soignantes attentives à mes demandes (comme ne pas allumer la lumière en entrant dans la chambre, c’est tout bête, mais qu’est-ce que c’est bien), délai de sortie rallongé pour me permettre d’organiser une sortie en toute sécurité, etc. Je pense que le soin est identique pour tous, la différence se situe sur le fait que je ne suis pas obligée d’expliquer ou de me justifier. C’est énorme.
Cela a aussi des conséquences assez drôles comme celle-ci. Avant de descendre au bloc, il faut se laver. L’aide-soignante est là. Elle me propose la douche ou la « toilette au lit ». J’opte pour la première. Elle emballe ma jambe plâtrée aux urgences d’un sac en plastique et m’accompagne à la salle de bain. Elle en ressort.
— Je fais le lit pendant ce temps. Si vous avez besoin.
Sur un pied, l’autre très douloureux et encombré, je retire avec difficulté mon caleçon, puis mon tee-shirt et m’installe. Elle revient, teste la température de l’eau, pose la douchette dans le lavabo, me colle un gant savonneux dans les mains et repart.
C’est la procédure me dira Sarah, pour respecter l’intimité du patient ce qui n’a pas empêché l’anesthésiste de venir m’interroger en pleine douche. Elle était plus gênée que moi, je m’en suis amusée en la jouant vestiaire des filles. Je me lave, me rince, réponds à l’anesthésiste qui repart, clopine pour attraper ma serviette, récupère la blouse stérile dans son sac en plastique, l’enfile, me rassois pour virer le sac en plastique et reviens à l’aide du déambulateur m’installer sur mon lit refait.
Tout ce temps, l’aide-soignante est restée dans la chambre, ne m’a à aucun moment interpellée pour savoir si tout allait bien, ni n’a vérifié que je me lavais et me séchais correctement ni ne m’a aidée à passer la blouse ni… ce que toutes les autres aides-soignantes ont fait. Pourtant, alors que je suis en train de m’essuyer, je l’entends, sans doute au téléphone.
— Bah non, là, je suis débordée, j’ai une patiente DV, je dois tout faire !

Gamine @32

J’ai assisté à plusieurs formations ou séminaires en ligne, tous avec des « slide » (so chic !) tout à fait illisibles (so ringard !) le plus souvent envoyés après la formation alors qu’en les envoyant avant, j’aurais pu les agrandir… Passons.
À deux reprises, j’ai été confrontée à l’introduction d’une interface participative entre l’intervenant et son public. Il s’agissait de se loguer sur un site où l’intervenant avait prévu des questions à réponses prédéfinies, comme une sorte de test des connaissances de son public tout à fait inutile car la conférence à suivre n’en tenait pas compte. Je suppose que l’idée est d’impliquer les participants, d’en faire des acteurs de ces interventions.
Dans les faits, les questions posées étaient si pointues bien que touchant au quotidien que les participants ne pouvaient répondre sauf à avoir déjà suivi la formation. Cette ignorance avérée érigeait par conséquent l’intervenant en celui sachant dans un rapport d’emblée infantilisant avec son public.
L’outil de participation se transforme alors en outil de valorisation des intervenants dans une suffisance qui m’a chaque fois été insupportable tant ceux-ci s’en sont gratté la prostate. Je n’ai pas besoin que l’on me dise que je suis une nouille pour que j’accepte d’être formée ou informée, ce d’autant moins que c’est en toute liberté que j’ai suivi ces formations.
Je crains que l’outil ne soit pas pour grand-chose dans cette dérive ; à moins qu’il ait été créé pour ça ! La branchouille est sans limites dans sa capacité à nous prendre pour des naïfs et la domination masculine si friande de technologie… Le monde d’après ? C’est mal barré.

Biodiversité @28

Des pieds de céleri tel que décrits dans le billetJe crois l’avoir déjà dit sur le blogue, je ne consomme pas de produits bio, sauf quand il s’agit de produits qui n’existent pas en non-bio, comme certaines graines ou farines. La raison principale est que je trouve cela trop cher et que j’ai toujours considéré que, depuis quelques années, le bio relève plus de la branchouille commerciale que d’une véritable démarche écoresponsable.
À l’occasion d’un billet de Frédéric remarquant que les prix du bio ne sont pas moins chers en province qu’à Paris, une Hétéronaute, Sandrine, relevait dans un commentaire : « Le marché du bio est volontairement élitiste pour se faire une clientèle car il a été créé à un moment où l’argument « santé » était peu pris en compte. Il y a le bio haut de gamme magasins bio, AMAP etc et le bio bas de gamme supermarché. Ça n’a rien d’une démarche altruiste, ça reste un business. »
En passant faire mes courses dans un supermarché de hard discount qui a développé son rayon bio, j’ai repensé à ce commentaire quand ces pieds de céleri m’ont interpellée depuis leur cagette (en bois, tout de même !) La première chose qui m’a arrêtée, ce sont des tiges vertes sans feuilles que je peinais à identifier ; j’étais le nez dans la cagette d’à-côté en train de prendre une botte de radis (non bio). J’ai pris en main et j’avoue avoir été choquée de voir un pied de céleri sans feuilles, coupé ras le plastique ; j’ai vécu cela comme une amputation et me demande comment on peut acheter cet ersatz de céleri branche sous prétexte qu’il serait bio !
Car s’il est présenté ainsi, c’est bien que le « consommateur » le veut ainsi, non ? C’est aussi sans doute parce que les feuilles jaunissent plus vite que les branches et sont globalement plus fragiles en dépit d’une protection en plastique. Cela prend de la place aussi, pendant le transport depuis l’Espagne. Une question demeure : à qui profitent les 3,73 euros de ce pauvre céleri ? Je paie le mien plus de deux fois moins cher et le choisis toujours très touffu.
— Un truc de lesbiennes ?
Caddie !

Canette @38

Cinq bouteilles de produit cosmétiques. Ils sont décrits dans le billet.Au moment de troquer ma bouteille de shampoing vide (Dessange) contre une pleine (Cien), j’ai cru un instant m’être trompée de produit en l’achetant : le flacon, jaune prononcé, ressemble plus par sa couleur à du lait solaire bronzant. J’ai dû sortir de ma salle de bains peu éclairée et chausser des lunettes pour vérifier, les mentions de la marque (Cien, en blanc sur jaune) et « Nature’s Beauty » (je viens juste de voir l’apostrophe) en marron sur jaune étant nettement plus lisibles que la mention shampoing en rouge police fine et plus petite sur fond jaune.
Intriguée, j’ai regardé les autres produits que j’avais sous la main. La bouteille de shampoing vide d’abord ; c’est encore une fois la marque qui est la plus lisible, puis les « atouts » du produit « Anti-désèchement » (la mention « nutri-extrême » m’est peu lisible verticalement) ; quant au fait qu’il s’agit de shampoing, je dois chercher pour le trouver. Pour mon lait pour le corps, « Nourrissant » est écrit plus gros que « Lait Corps », et le logo de la marque reste le plus visible. Pour ma crème de jour, la marque est très lisible et si « crème visage jour » est plus gros que les allégations nourrissantes, le jaune sur blanc me la rend totalement illisible. Enfin, pour le spray d’eau de mer, j’ai cherché longtemps. La marque est omniprésente, les qualités santé aussi, l’eau de mer apparaît en écriture incurvée avec un « 100 % » dont la force masque le texte autour !
Je racontais cela à Isabelle qui m’a fait remarquer que les cosmétiques sont choisis pour leur marque et leurs supposés effets beauté ou santé. Je les choisis pour leur objet principal (laver les cheveux, laver le corps, hydrater la peau, laver le nez) et pour leur prix. Je suis décidément perdue pour la consommation du tape à l’œil ! J’en suis ravie.

Note. Pour la petite histoire, je compile dans un fichier mes sujets de billets. Pour celui-ci, j’avais écrit « Lecture produits d’entretien » en lieu et place de « produits cosmétiques » ; tout est dit.

Pucer @52

Les nouvelles technologies ne sont pas toujours les alliées de nos libertés même si on a l’impression parfois qu’elles nous facilitent la vie. Il en est ainsi de la biométrie et je crains qu’après les éternuements de circonstances, il ne soit de plus en plus difficile d’échapper aux identifications par nos empreintes (digitales ou autres), nos rétines, notre visage ou nos crottes de nez. Dans ce contexte, le débat s’intensifie aujourd’hui autour de la reconnaissance faciale. On nous vante son efficacité en matière de sécurité publique en doublant avec des arguments de vie quotidienne : plus besoin de papiers, de codes ou autres : on sourit au terminal de paiement et hop ! les courses sont payées.
Avec la généralisation du port du masque, il semble pourtant que le sujet marque le pas. Nous sommes tous des imbéciles aux yeux de certains décideurs mais on est quand même en mesure de comprendre qu’avec un masque sur le nez, cela ne marche pas. On peut tous espérer que cela ne va pas durer mais le temps que ça dure, il faut bien faire progresser ces technologies fructueuses pour les entreprises qui les développent. Sur quel argument ? Les déficients visuels, bien sûr ! N’est-ce pas une population qui serait ravie d’avoir une oreillette qui lui glisse à l’oreille le nom de la personne qui s’approche et s’apprête à dire bonjour ?
Cela le serait, en effet, et j’ai dans mon téléphone intelligent une appli qui fait cela, ou du moins qui le tente. C’est une appli qui dit clairement qu’elle n’est pas au point, et qui compte sur moi pour s’améliorer, je suppose. Je suis médisante bien sûr, c’est pour aider les (pauvres petits) handicapés que ces technologies se développent à grands frais. Un exemple ? Facebook ! Non ? Eh bien si ! Facebook, qui n’est pas spécialement accessible basse vision, ni sur navigateur ni sur appli, vient aujourd’hui au secours des déficients visuels avec ses lunettes connectées. Quel altruisme ! J’en reste baba.

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».

À table ! @71

Un flacon en forme de gourde de compote.Je lis toujours l’article « produits au rappel » dans Que Choisir ; non que je pense avoir acheté l’un d’eux, mais parce que le motif du rappel est souvent édifiant sur les dérives de la société de consommation. Ce gel nettoyant pour les mains en est un bel exemple.
D’abord, je ne sais pas trop ce qu’est un « gel nettoyant » ; pour se laver les mains, je connais le savon et le savon liquide. Il y a aussi le gel hydroalcoolique dont la fonction est de désinfecter, pas de laver. La fiche produit a disparu puisque le produit a été rappelé. L’image sur le site de Que Choisir est de mauvaise qualité ; je comprends néanmoins qu’il doit s’agir d’un gel pour se laver les mains sans eau.
En ce temps de pandémie, il me semble que la confusion avec du gel hydroalcoolique peut exister, mais ce n’est pas la cause du rappel : « L’emballage de ce gel nettoyant pour les mains peut prêter à confusion. Les consommateurs (notamment les enfants ou les personnes malvoyantes) pourraient penser que le produit peut être mangé comme une compote. » Le gel se présente en effet exactement comme une gourde de compote, mais il est bleu layette et non aux couleurs pétantes d’une fiole de compote.
Les deux peuvent-ils être confondus ? J’ignore tout des mœurs alimentaires des enfants et je veux bien croire qu’ils peuvent faire la confusion, ne serait-ce que parce qu’aucun ne tique quand on lui donne à manger des « fruits » inodores et insipides dans une gourde en plastique alors que cela frise la tromperie, un peu comme le poisson carré. La société de consommation prend les enfants pour des abrutis sans odorat ni goût ; ou plutôt forme nos enfants à être des abrutis sans odorat ni goût. Je laisse les parents assumer cette responsabilité-là.
Et j’en reviens au motif de confusion, pour « les personnes malvoyantes » cette fois ; donc moi. Il est très très rare que nous fassions l’objet d’attention de la part de Que Choisir : jamais rien sur les modes d’emploi et notices de montage illisibles ou non disponibles en format numérique accessible ; jamais rien sur les écrans des appareils ni sur les fonctions tactiles ; jamais rien sur l’étiquetage en LED, l’absence de braille, etc. Et là ! Enfin… on nous protège en nous prenant pour des abrutis sans odorat ni goût (des enfants, donc).
J’exagère ? Je vous invite à faire le test : prenez plusieurs déficients visuels, toutes catégories confondues ; mettez-les au milieu d’un verger de gourdes en plastique, certains contenants de la compote, d’autres du gel nettoyant ; et vous comprendrez peut-être que nous ne sommes pas des enfants… pardon, que nous sommes pas des abrutis sans odorat ni goût, les enfants n’en étant pas, bien sûr.

Princesse @12

Vous avez aimé passer les Fêtes de fin d’année sous le signe de la liberté à Dubaï (par ici) ? Alors vous aimerez forcément en être la princesse (par là) !
Enfin, comble du bonheur, les télésièges des stations de ski sont ouverts cet hiver… et même l’été ! (re par ici)

Pauvres chéris @15

L’été indien de ce mois de février et le ras-le-bol du masque en extérieur m’ont portée à retourner faire du sport au square. J’ai pu ainsi savourer la caresse du soleil et la douceur de l’air sur la peau de mes joues ; un tel bonheur que je me suis retenue de ne pas finir en maillot de bain ! Blague à part, il a bien fallu un nouveau malotru pour venir gâcher mon plaisir et nourrir ma réflexion sur les effets délétères de la testostérone sur le genre humain.
Après une bonne demi-heure sur les différents appareils de muscu, je suis allée dans mon coin préféré, l’aire de jeux où trône une pyramide en corde parfaite pour accrocher ceinture de judo et élastique et simuler des uchi komi. Je n’y étais pas depuis plus de dix morote qu’un gars que j’avais repéré courir en boucle dans le square W se radine. Il me tourne un peu autour puis s’installe de manière à être dans mon axe de vision (le pauvre, s’il savait !), lance la musique sur son téléphone portable et entame une série de pompes verticales.
L’exercice est difficile ; il en fait cinq, s’arrête, se trémousse un peu sur la musique, et recommence. D’emblée, on s’en doute, sa musique a eu le don de m’exaspérer, une espèce de daube très rythmée. Le vent m’a aidée à ne pas trop l’entendre. Merci. En rentrant, j’ai demandé à Johnny pourquoi les gars qui ont un quart de biscotos à exhiber mettent de la musique dont le son est d’autant plus pourri qu’il est émis par des appareils qui ne sont pas faits pour les concerts en extérieur. Est-ce pour attirer l’attention ?
Johnny rigole : sans doute que oui. En tout cas, les corneilles étaient bien d’accord avec moi que sa musique avait aussi peu d’intérêt que sa paonaison (sic) ; elles se sont mêlées au vent pour faire taire les BPM. Les bienheureuses ! Et, si une autre hypothèse est que cela les encourage à pomper en rythme, force est de constater qu’ils n’ont pas grand-chose à mettre dans le piston !