Archives par étiquette : Libertés

Pucer @52

Les nouvelles technologies ne sont pas toujours les alliées de nos libertés même si on a l’impression parfois qu’elles nous facilitent la vie. Il en est ainsi de la biométrie et je crains qu’après les éternuements de circonstances, il ne soit de plus en plus difficile d’échapper aux identifications par nos empreintes (digitales ou autres), nos rétines, notre visage ou nos crottes de nez. Dans ce contexte, le débat s’intensifie aujourd’hui autour de la reconnaissance faciale. On nous vante son efficacité en matière de sécurité publique en doublant avec des arguments de vie quotidienne : plus besoin de papiers, de codes ou autres : on sourit au terminal de paiement et hop ! les courses sont payées.
Avec la généralisation du port du masque, il semble pourtant que le sujet marque le pas. Nous sommes tous des imbéciles aux yeux de certains décideurs mais on est quand même en mesure de comprendre qu’avec un masque sur le nez, cela ne marche pas. On peut tous espérer que cela ne va pas durer mais le temps que ça dure, il faut bien faire progresser ces technologies fructueuses pour les entreprises qui les développent. Sur quel argument ? Les déficients visuels, bien sûr ! N’est-ce pas une population qui serait ravie d’avoir une oreillette qui lui glisse à l’oreille le nom de la personne qui s’approche et s’apprête à dire bonjour ?
Cela le serait, en effet, et j’ai dans mon téléphone intelligent une appli qui fait cela, ou du moins qui le tente. C’est une appli qui dit clairement qu’elle n’est pas au point, et qui compte sur moi pour s’améliorer, je suppose. Je suis médisante bien sûr, c’est pour aider les (pauvres petits) handicapés que ces technologies se développent à grands frais. Un exemple ? Facebook ! Non ? Eh bien si ! Facebook, qui n’est pas spécialement accessible basse vision, ni sur navigateur ni sur appli, vient aujourd’hui au secours des déficients visuels avec ses lunettes connectées. Quel altruisme ! J’en reste baba.

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».

Vroum @26

Entendu lors d’une manifestation de motards à Paris ce samedi 6 février pour protester contre l’expérimentation du stationnement payant des deux-roues motorisés :  » Rouler en moto, c’est être libre et mobile. »
Libre de quoi ? De ne pas respecter le Code de la Route et les autres modes de déplacement ?

Noël @48

Après le Nouvel An, le journal télévisé a proposé un reportage sur ces Français qui ont choisi de partir célébrer la nouvelle année à l’étranger pour éviter les contraintes sanitaires. L’une des villes les plus prisées était Dubaï dans les Émirats arabes unies. Une famille française explique son choix : « Ici, on est libre : pas de masques à porter, pas de distanciation sociale et pas de limitation du nombre de personnes. À Dubaï, c’est la liberté. »
À chacun son idée de la « liberté » manifestement.

Agit-prop’ @33

Comme le disait pour ses vœux Frédéric, on parle beaucoup de complotisme avec cette inévitable question posée à un « analyste » sur France info : a-t-il augmenté ou est-ce que l’on en parle plus ? Il a répondu que l’on en parle plus mais il me semble que cela revient au même. Je ne referai pas le débat sur « Si l’on parle de l’extrême droite, on fait son lit ; si on n’en parle pas, on la laisse gonfler au chaud sous la couette. » ; ce débat-là n’a pas de fin. Je remarque simplement que le sujet ne m’intéresse pas au sens où, sachant que le complotisme est un moyen politique au service de l’extrême droite, je préfère agir en étant au monde là, avec mes convictions en étendard, valorisant mes solutions, plutôt que m’arcbouter sur celles des autres.
C’est un choix, et il peut être contesté. Il n’est d’ailleurs pas « total » car je surveille du coin de l’œil quelques réseaux dont l’objet est de démonter les thèses complotistes, afin de me tenir au courant des idées et des fausses informations auxquelles je peux être confrontée. J’en ai d’ailleurs fait deux communiqués [+7], un sur le premier point, l’autre sur le second. Cette « surveillance » ne va pas jusqu’à lire ou regarder ce qui circule de complotiste, les rares documentaires que j’ai vus me faisant penser à de la (très) mauvaise science-fiction et je n’ai jamais été adepte du genre. Il y a aussi beaucoup de délires à l’évidence paranoïaques et je ne suis pas psychiatre ; face aux dérives de santé mentale, je ne sais que prendre soin et m’interroger sur pourquoi on en est arrivé là.
C’est dans ce contexte que j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres (celle qui est dans le hall de mon immeuble) deux petits bouts de papier perdu au milieu des publicités pour des féticheurs que je garde ; ils protègent ma boîte, vous l’aurez compris. Pour le coup, cela n’a pas très bien fonctionné (je remarque aussi que les courriers « désagréables » n’ont jamais diminué et les « agréables » augmenté ; rien ne vaut une bonne sorcière albinos pour se protéger, en voilà la preuve). Les deux petits bouts de papier, à l’évidence découpés à la main (les soirées sont longues pour certains), proposent des textes courts : le premier dénonce l’air de rien un « fichier géant » sur les personnes vaccinées ; le second donne juste le nom d’un « collectif » avec une URL de site.
J’avais vu passer la création d’une base de données sur la vaccination qui ne me paraît pas plus contestable que d’autres autant que très utile pour mesurer, s’il y a lieu, les effets négatifs du vaccin ; je ne connaissais pas l’existence du collectif. Je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, ce d’autant que l’usage des majuscules m’a fait lire « reniflo covid » ; une histoire d’écouvillon ? L’in-accessibilité basse vision nuit à tous, c’est couru. Je ne me suis pas plus concentrée sur ce collectif une fois que je l’ai identifié ; cela ne m’intéresse toujours pas. Par contre, le fait qu’il ait des petites mains pour glisser des petits bouts de papier à l’air de rien dans les boîtes aux lettres me rappelle que nous avons dans le quartier une cellule active de « bons petits fachos », comme on dit.
L’air de rien, c’est le plus efficace en matière d’action politique. C’est d’ailleurs mon air préféré. Allez viens, Caddie ; je mets mon chapeau de pluie Monop’ et on se balade ?
— N’oublie pas la canne blanche, ça fait encore plus rien.
Je n’oublie pas.

Agit-prop’ @32

Début novembre, j’ai lancé ma première pétition en ligne. J’en suis surprise moi-même ; j’en signe beaucoup, le droit de pétition me semblant une liberté fondamentale mais c’était la première fois que j’en lançais une moi-même. J’étais convaincue, forcément, que ça allait faire un tabac, ce d’autant que je l’avais partagée sur Facebook et Twitter. Eh bien, comment dire…
— T’as fait un bide !
C’est ça Caddie, pire même, un bide total ! J’avais pourtant mis une belle image, un texte soigné, revendicatif mais pas agressif, mais seules sept personnes l’ont signé avec moi.
— T’as vu que j’ai signé, moi !
Oui. Caddie, merci.
— Remarque, c’était compliqué ! Frédo a dû s’y reprendre à trois fois…
Tu crois que c’est pour ça qu’il y a eu si peu de signataires ?
— Forcément, oui !

Question @9

Lundi dernier, le ministère de l’Intérieur annonçait la glaçante augmentation de 16 % des violences conjugales en 2019. 142 000 victimes dont 88 % de femmes. Et tout porte à croire que ces violences seront encore plus nombreuses cette année en raison des deux périodes de confinement.
Ce même lundi midi, je regarde les infos et ces chiffres sont repris. Étant en train de préparer mon déjeuner, je prends moins de dix secondes pour m’assurer que rien ne brûle sur le feu et me retourne vers les infos pensant y trouver un reportage sur cette augmentation… Et effectivement, il y avait bien un reportage sur les violences mais pas du tout sur les violences conjugales : il s’agissait d’un reportage sur les violences à l’encontre des forces de l’ordre (par ici la police). Alors surtout, pas de méprise : je suis aussi révolté par les violences à l’encontre des forces de l’ordre que par les violences conjugales mais je me suis retrouvé bien circonspect en me demandant comment (et pourquoi) en moins de 10 secondes, on avait pu d’une part passer de l’un à l’autre (en cliquant ici à 4’26 de la vidéo) et d’autre part consacrer aussi peu de temps aux premières pour, du coup (si j’ose dire), en passer autant aux secondes.

Couperet @17

On a tous remarqué que les pouvoirs publics naviguent à vue dans la gestion de l’épidémie du covid-19 alignant au fil du temps des « mesures » dont le sens nous échappe souvent. Pour expliquer cela, on peut arguer du peu d’informations scientifiques et médicales fiables à disposition. On peut aussi considérer que la « logique » des pouvoirs publics vise prioritairement à préserver les intérêts économiques de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste dans lequel nous vivons et que le sens se trouve dans la prospérité de l’ordre. C’est ce que je pense. Je ne développe pas, il y aurait d’autres Fragments d’un discours politique à écrire. Ce n’est pas ma priorité, ce qui me mène à cette conclusion se trouve en germe dans les premiers.
Une « mesure » pourtant me semble emblématique de cette logique censée nous échapper ; elle a été prise fin septembre, quand certaines zones sont passées en rouge rouge quand d’autres étaient cramoisies : « La diffusion de musique sur la voie publique ou audible depuis la voie publique est interdite entre 22h et 6h à compter du lundi 28 septembre. » Quand j’ai vu cela, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai répondu à un microbillet Twitter de la Ville en ces termes :

À ma grande surprise, je n’ai pas du tout été suivie sur ce point. Les proches à qui j’ai pu en parler m’ont tous répondu quelque chose comme « Mais non ! Ce n’est pas la même chose… » pour ensuite venir justifier cette « mesure » soit comme étant légitime (éviter les rassemblements sur la voie publique), soit comme appartenant au lot de mesures qui ne peuvent émouvoir parce que, de toute façon, c’est déjà le cas même hors période de Covid (réglementation sur le tapage).
Eh bien non, je refuse de céder à ces arguments : couper la musique n’est pas une mesure comme les autres ; cela porte un sens, dans l’histoire, dans l’actualité ; c’est une mesure phare commune à tous les systèmes totalitaires. Fermer les estaminets et interdire les rassemblements de plus de dix personnes suffit à se prémunir des rassemblements sur la voie publique. Oublie-t-on qui interdit la musique dans le monde, dans l’histoire ? Il semble que oui et j’en suis abasourdie : notre démocratie s’enfonce chaque jour un peu plus dans le totalitarisme sous couvert de « sécurité sanitaire », argument particulièrement tendancieux au vu des politiques menées en matière d’agriculture, d’alimentation, de médicament, d’hôpitaux, d’environnement.
Le mouvement a commencé, à mon sens, un certain 11 septembre et a été accentué au fil des attentats islamistes, la « sécurité » justifiant les atteintes à nos libertés sans que l’on puisse même en faire la simple remarque. Le covid-19 met un coup de massue supplémentaire. Plutôt que d’interroger nos modes de vie, de consommation, de production en tant que causes de la violence politique ou virale, et d’agir en conséquence à court et long terme, on contraint celles et ceux qui en sont les victimes, réduisant chaque jour leurs libertés au profit de leur capacité à produire et à consommer.
Ce qui me peine le plus dans cette affaire, c’est la passivité avec laquelle chacun regarde notre démocratie être vidée de sa substance. Que l’on ne vienne plus me parler d’une adhésion générale à « un autre monde » ! J’ai mis du temps mais j’ai compris que seule une démarche révolutionnaire peut nous y mener. Je n’ai pas peur du désordre. J’ai peur de l’ordre et de notre capacité individuelle et collective à nous y soumettre sans même prendre la peine de nous indigner.

Paris @60

Les nuits des 13 et 14 juillet ont été le théâtre de feux d’artifice assortis d’incendies de deux roues et de face-à-face avec les forces de l’ordre. Un policier et un pompier ont été blessés par des « jets de mortier » ; pour ce qui est des incendies, j’ai compris qu’ils étaient plus la conséquence des feux d’artifice que volontaires, « la belle bleue » montant souvent au-dessus des toits.
Tout cela a fait du bruit surtout entre 1 heure et 4 heures du matin. Cela a pu aussi faire peur. Les chiens ont aboyé dans les appartements. La fumée a pu obliger les riverains à fermer leurs fenêtres (cela a été mon cas). Je comprends l’indignation générale mais force est de dire que je ne la partage pas. J’ai fait remarquer à mes voisins que d’ordinaire ils se plaignent du bruit des scooters, pourquoi se plaindre aujourd’hui qu’ils brûlent ? Cela a fait rire, et vite désamorcé les propos de comptoir comme si finalement, tout cela (hormis le fait que deux personnes ont été blessées ce dont aucun « riverain excédé », comme on dit, n’a d’ailleurs parlé) ne casse pas trois pattes à un canard.
La maire du 14e, Carine Petit a organisé des rencontres de rue dans trois quartiers de l’arrondissement afin d’entendre les fameux riverains. Je suis allée à celle près de chez moi. J’en suis ressortie en colère, quelques crieurs ayant monopolisé la parole au nom de comités poujadistes et autres « paroles des habitants » qui devraient être poursuivis pour incitation à la haine et diffamation (notamment à l’égard des élus et de la Ville). Mais la police, présente, est déjà bien occupée à courir après de très jeunes gens (14 ou 15 ans) qui fêtent à leur manière le 14 juillet faute de trouver leur place dans la « nation » si chère à ces femmes blanches venues en découdre avec la représentation municipale.
Des femmes blanches en effet (pas plus de 10 % d’hommes) qui « ne sont pas racistes », bien sûr, mais qui considèrent que les « bronzés » (je croyais le mot passé de mode) ne devraient plus être admis dans nos immeubles. J’avoue avoir été surprise par ce constat sociologique. Il m’interroge. J’en ai d’ailleurs croisé une autre en rentrant du sport ce matin (19 juillet). Elle prenait en photo une épave calcinée de patinette, les épaves de scooter ayant été enlevées. Je l’interpelle en riant, la prenant pour une photographe de passage.
— Bonjour madame, vous voulez la date d’incinération pour votre album photo ?
Et paf ! elle part au quart de tour, sur un ton très agressif et dans un français qui n’a rien à envier à celui de quelques-uns de mes voisins « bronzés » de la première génération, m’indiquant qu’elle va faire un tweet pour que la mairie de Paris voie ce qu’est devenu Paris…
— Je crois qu’elle le sait… Ce n’est qu’une patinette…
Elle monte d’un ton, et part cette fois en vrille sur Paris qui n’est plus Paris avant de m’inviter à « passer mon chemin ». J’ai vu aussi sur les réseaux sociaux locaux le terme d’« émeute », quelques femmes, toujours, indiquant qu’elles allaient partir.
— Eh bien, cassez-vous !
Caddie ! Tais-toi.
Notre quartier a toujours été en proie à des faits de délinquances parfois graves (entendre relevant des assises) liés à des trafics qui, en l’espèce, vont vite faire cesser les amusements de ces jeunes gens qui aiment les feux d’artifice (qui ne sont pas bons pour le petit commerce). N’est-ce pas paradoxal ? Cela l’est autant que j’aime vivre dans ce coin de 14e pas toujours fréquentable même si cette nuit, deux olibrius ont discuté sous ma fenêtre jusqu’à 3 heures du matin.
Discuter n’est pas un délit, même si ça contraint mon sommeil. J’aime à ne jamais l’oublier.