Archives par étiquette : Lesbienne @

Écrivaine @49

Copie d'écran de l'ordre du jour du conseil de Paris et liste des oratrice sur cette délibération : Mme Alice COFFIN (GEP) Mme Raphaëlle PRIMET (GCC) Mme Douchka MARKOVIC (GEP) Mme Anne BIRABEN (Changer Paris)À l’occasion d’un débat au Conseil de Paris sur la pose d’une plaque en mémoire à Simone de Beauvoir dans le 5e [2022 DAC 482], des oratrices l’ont expressément désignée comme « lesbienne ». Je m’interroge. À ma connaissance (vous me dites si je me trompe), elle n’a jamais utilisé ce terme pour se désigner et, si elle a pu évoquer des amitiés particulières et un certain goût pour les jeunes filles, n’a jamais renié son hétérosexualité. Bisexuelle donc, peut-être ; lesbienne… ?
Par ailleurs, je me demande s’il est raisonnable de qualifier une personne au-delà, en deçà, de ce qu’elle se dit elle-même (même si cela sert un certain activisme ; ou un goût prononcé pour la polémique ; ce n’est pas la même chose). La notoriété de ladite personne ne le justifie pas, chacun devant, à mon sens, garder la liberté de se nommer. Pour un artiste, une écrivaine, on peut, bien sûr, interroger son œuvre ; ou reprendre des propos tenus ; en tirer des conclusions sur son identité trahit l’intimité, porte atteinte à la liberté du sujet et ouvre des débats oiseux.
En tant qu’écrivaine, la démarche me dérange d’autant que cela m’amène à imaginer la manière dont on pourra me dire lors de la pose d’une plaque sur mon HLM des décennies après ma mort : hétérosexuelle car j’évoque parfois mon plaisir à avoir pratiqué des fellations il y a quarante ans ? libertine car mes romans font une large place à des pratiques que la morale réprouve ? sodomite car cette pratique sexuelle est appréciée par quelques-unes de mes héroïnes ? … J’en frémis.

Féminité @11

Je pose devant un arbre du jardin des Tuillerie. Ma couette, bien droite, se détable sur le marron de l'arbre.Depuis quelque temps, j’avais envie d’une couette sur la tête, comme Hoshi, et comme Johnny quand il fait du judo ; j’y associe une idée de force ; peut-être mon côté sumo ? Il n’était pas pour autant question de me laisser pousser les cheveux au-delà de deux ou trois centimètres pour amorcer la mèche. Je m’y suis attelée avant de courir chez Isabelle en lui indiquant bien mon souhait d’une couette tout en gardant mon toupet, bien sûr.
L’opération était délicate. Après plusieurs essais pour isoler la mèche dans une zone d’implantation qui allait bien (qu’elle soit pile au milieu de mon crâne m’importait peu), Isabelle a opté pour une pince à sac de chez Ikea et a joué de la tondeuse sous l’oeil inquiet des Mouton qui préfèrent garder leur laine. Helgant, pour sa part, est allé se cacher au fond de la cuisine craignant une apparition inopinée du toiletteur !
Me voilà donc avec un toupet et une couette, que je fais tenir avec un élastique. J’ai eu peu de réactions dont deux remarquables. Sarah m’a dit que c’est « déroutant », appréciation qui m’a permis de comprendre que cette simple mèche augmente mon étrangeté d’albinobutch, ce qui me plaît beaucoup et me permet d’en jouer. B, qui accueille et prend soin des enfants au judo, me regarde arriver et lance :
— Vous avez changé de coiffure ?
J’en rigole encore.

Lesbienne @25

Quatre photo de la marche des fierté, où je défile avec madame H, avec David et Jonahtan, en SO du centre LGBT, et avec les Gamme'ellesJ’ai croisé, je ne sais plus où, un argumentaire contre l’homophobie à l’occasion de l’Idaho, reprenant le slogan antiraciste « L’amour n’a pas de couleur ». Il s’agissait là, à partir des six couleurs du « rainbow flag », de prôner la tolérance en égrainant les différentes configurations amoureuses au gré du sexe, du genre et du choix d’objet.
Je suis toujours surprise de ce genre d’arguments tarte à la crème tant les luttes antiracistes ont montré leur inefficacité tout simplement parce que l’hétérosexisme, le racisme ou encore le validisme ne sont pas affaire de tolérance et tant, surtout, se situer sur ce terrain nie la dimension politique de l’exclusion, fondement de l’ordre qui nous gouverne (avec notre consentement au moins implicite).
Croire encore aujourd’hui que les personnes qui excluent, dénigrent, harcèlent, agressent le font par méchanceté, ignorance ou bêtise, c’est céder à la culture judéo-chrétienne qui nous porte à aimer notre prochain pour mieux cautionner le libéralisme, la ségrégation, l’exploitation de la planète et des peuples au profit d’une minorité qui sait profiter de toute situation, même les pires comme les guerres, les pandémies et les génocides.
Si d’aucuns se demandent pourquoi je n’ai pas cédé au slogan marketing de la dernière Marche des Fiertés pas plus que je ne cède à un discours protestataire qui ne rompt pas avec les logiques de domination, vous avez dans ce billet, comme ici, une part de la réponse.

Bééé @21

Nous discutons volontiers avec mon kiné. Il est intelligent et blagueur, c’est agréable. Ce matin, je lui raconte comment un voisin, alors que nous prenions l’ascenseur ensemble, a défendu d’emblée le port du masque avec un argument… charmant ?
— Ce que je sais, c’est que quand je mets un préservatif, je n’ai pas de risque de MST…
Trois phrases plus tard, il précisait que c’était également un bon moyen contraceptif et nous nous sommes quittés sur le trottoir alors que je lui suggérais de s’en mettre un sur la tête pour se prémunir du covid, précisant qu’un modèle lubrifié ne serait sans doute pas nécessaire. Mon kiné était aussi sidéré que moi quant à la fatuité nécessaire pour avancer ce genre d’argument dans un ascenseur à l’encontre d’une voisine que l’on ne connaît pas tant.
Sur le mode du second degré, nous engageons alors une série de répliques visant à dénoncer le fait que je ne fais aucun effort pour me conformer à la norme sociale. Je précise que mon kiné, en plus de mesurer l’impact de mon albinisme et de ma déficience visuelle sur mon rapport au monde, sait que je suis lesbienne. Je le précise car, lors de cet échange, il lance :
— Il faut rentrer dans le moule !
Sitôt, en m’excusant, je lui fais remarquer que sa réplique à mon encontre ne manque pas de saveur… Il a bafouillé puis éclaté de rire, cherchant quelque chose à répondre avant d’être sauvé par un patient le réclamant à l’autre bout du cabinet. À son retour, nous avons parlé d’autre chose. C’était mieux ainsi mais j’en ris encore.

Lesbienne @24

J’ai beaucoup fréquenté les réseaux de rencontre sur Minitel à la fin des années 90. Grâce à des accès en 3614 (pas cher), j’y ai passé des nuits dans des discussions qui ont nourri mon désir lesbien, y ai fait de chouettes rencontres avec plus ou moins d’affinités à la suite. Et puis, le Minitel a été supplanté par Internet. J’ai suivi et ai fréquenté les premiers sites de rencontre lesbiens avant de très vite les abandonner : du règne du texte (quatre lignes) on est passé au règne de l’image, celle qui permet, en un clin d’œil de savoir si on a envie de discuter ou non.
Les textes de présentation sur Minitel étaient souvent tarte mais on les dépassait très vite pour engager des conversations sans aucun support visuel. Sur le Net, les conversations me semblaient appauvries et le fait que l’autre « se fasse une image » à partir d’une simple photo me plaçait d’emblée en porte-à-faux. Je me « faisais une image » aussi, bien sûr, considérant que je vois quelque chose de l’autre ; mais il y avait tout de même une certaine rupture d’égalité. En écho, ma vie sexuelle s’est appauvrie sans que ma vie sentimentale n’en pâtisse.
Plusieurs fois, j’ai tenté d’y revenir, en vain. Encouragée à écrire une nouvelle en [e-criture] sur le sujet, j’ai tenté de nouveau l’expérience en mode mobile le week-end dernier avec l’aide de Isabelle, la navigation dans les applis étant plus compliquée que sur le Net (un comble). C’est sans doute l’expérience de rencontre la plus courte de ma vie ; moins de dix minutes, je pense. Téléchargement de l’appli. Saisie de mes mail et téléphone. Téléchargement de « trois photos minimum ». et là, la photo plein écran d’une femme apparaît, avec des informations incrustées peu lisibles et des boutons d’action que je ne comprends pas. Je m’exclame.
— Je suis gâtée !
Je montre la photo à Isabelle qui fait la lippe. Elle m’explique qu’il faut balayer l’écran. Je ne comprends toujours pas trop ce que je suis en train de faire mais me rends compte que je mate des femmes et, qu’à la seule impression visuelle, je vais pouvoir dire que j’aime ou non… et réciproquement. Déjà, je ne m’arrête pas à l’emballage au supermarché devant les tablettes de chocolat : je prends chaque tablette, sort Petit 6 pour lire les caractéristiques voire la composition et me fie plus aux données textes qu’à la représentation commerciale sur le paquet. Alors avec des femmes…
Trois minutes plus tard, j’étais déprimée pour un moment et ai supprimé mon compte. Je vais me débrouiller autrement pour renseigner la nouvelle que je veux écrire et tenter de m’ouvrir un peu plus à mon désir même si mes réserves habituelles demeurent. Qui sait, si je lève quelques barrières, ce n’est pas le covid-19 qui m’attrapera ?

Note. Je précise que mon aversion spontanée n’est pas une condamnation des personnes qui utilisent les applis. Je comprends leurs mobiles et respecte leur désir. Il s’agit juste de dire mon rapport à l’image et aussi, peut-être, mon incapacité présente à aller au charbon.

Pauvres enfants @34

En balade dans les rues d’Avignon, je passe devant une terrasse de café sans remarquer plus que ça deux très jeunes gens attablés. Dix mètres plus loin, j’entends.
— … celle-là ? Casquette, solaires, oreillette et même une matraque dans la poche. …
Je n’ai pas entendu le début ni la suite mais pressens que ce n’était pas à mon avantage et que ma butchitude était en cause. Je fais demi-tour et m’avance posément vers eux. J’ai une quinzaine de mètres à parcourir. Je prends mon temps. Je ne leur donne pas 18 ans, ils boivent un cocktail dont l’odeur d’alcool remonte jusqu’à moi quand je m’arrête près de leur table. Il est à peine 18 heures.
— Bonjour messieurs. Vous aviez quelque chose à me dire ?
Le plus vaillant des deux est très mal à l’aise. L’autre n’existe déjà plus.
— On plaisantait entre nous, madame !
— Vous parlez trop fort pour que vos propos restent confidentiels.
Je sors ma canne.
— D’abord, la matraque…
— Ah, c’est une lampe !
— Non monsieur, c’est une canne blanche [je la déplie], vous savez, le truc pour identifier un déficient visuel.
— Ah ! Je…
— Et l’oreillette est branchée sur un GPS qui me guide. La casquette basse sur les yeux, c’est pour augmenter l’ombre sur les solaires car la lumière me gêne. Vous vouliez savoir autre chose ?
Il hésite et, en bafouillant.
— On se posait juste des questions. Excusez-nous.
— Vous auriez pu me les poser directement. Bonne soirée messieurs.
Et je suis repartie sans leur laisser le temps de me dire au revoir. Ils ne s’abstiendront évidemment pas d’autres commentaires sur des passantes. Au moins, ils savent que l’impunité n’existe pas. J’espère.

Élections @32

Dimanche dernier, j’ai passé ma journée en tant qu’assesseur titulaire à mon bureau de vote. Je précise que mon bureau est en plein centre du futur ex-3e arrondissement de Paris, à la frontière du Marais.
Malheureusement, peu de votants mais un résultat si net qu’il ne laisse pas de place aux traditionnels procès en légitimité du camp perdant. Je dis « du » malgré la triangulaire car le troisième larron s’est vu totalement mis hors-jeu par le peu de votes reçus.
Au-delà du résultat, ce qui m’a frappé, c’est la diversité de formes des noms et prénoms des listes électorales : à côté de ce qu’on avait l’habitude d’appeler pour les femmes leur nom de jeune fille, toujours beaucoup de nom d’épouse mais aussi de nombreuses femmes et autant d’hommes avec leur nom de naissance (c’est ce qui fait référence dans les listes électorales) suivi cette fois d’un nom composé reprenant leur nom de naissance et un autre nom, celui de leur épouse ou de leur époux, le tout dans un ordre aléatoire. Du côté des prénoms, cela semble plus compliqué. En effet, deux jeunes femmes nous ont précisé que nous les trouverions dans les listes avec leur ancien prénom de garçon…

Gamine @ 29

Je regarde un peu les applications de mon téléphone et farfouille à la découverte dans Santé, appli de l’iPhone. Il y a des conseils et des possibilités de mesures. Dans les nombreux items, l’un est « Activité sexuelle » avec des applis suggérées.
On me propose :
– Clue – Calendrier des règles
– Cycles – Suivi des règles
– Flo : Suivi Règles & Ovulation
– Period Tracker – Eve
Me voilà réduite à la dimension procréative de ma sexualité. Que vais-je devenir quand je serai ménopausée ? L’activité sexuelle n’est pas déterminée par le cycle menstruel, mais peut-être que les concepteurs ne le savent pas. Est-ce que ce sont que des hommes ou y avait-il des femmes qui ont effectué ce choix ? Quels préjugés se glissent derrière cette catégorisation ? De fait, elle impose cette catégorisation aussi. En offrant des possibilités pré-construites, elle formate l’utilisation de l’application donc conduit à des biais quant à la manière de penser la relation entre sexualité et règles.
Cela me fait penser à un article que m’a montré récemment Cécyle. L’auteure, une chercheuse, affirme que la ménopause renvoie à une construction globale de la femme comme déterminée dans ses périodes de procréation. Les arguments historiques sont intéressants (naissance du mot ménopause), mais qu’en conclure ? C’est un autre débat que Cécyle voudra peut-être lancer.
J’ai eu ces choix, car j’ai indiqué que je suis une femme. Est-ce qu’un homme pourrait me dire ce qu’il a comme choix d’app ? Celles de bilans de mesures de la fertilité ou de don de sperme ?
Plus globalement, l’appli justifie de proposer l’activité sexuelle, car elle « a une influence sur notre santé physique et émotionnelle ». En l’occurrence pour le cycle menstruel, c’est plutôt les hormones qui jouent. Et vont-ils proposer de compter son nombre de « coups », leur effet sur l’émotionnel (« Trop bonne, top ! ») ? Ce serait l’aboutissement logique d’une société patriarcale où des individus sont au service sexuel d’autres, les femmes utiles pour « l’hygiène » et la satisfaction des besoins « physiques et émotionnels », quand ce n’est pas pour procréer.
Misère.

Lesbienne @22

En rentrant chez moi en fin d’après-midi, je fais plusieurs aller-retour entre la loge du gardien, l’escalier de deux voisines, le mien, passant plusieurs fois devant deux gars qui discutent. Je les connais mais n’y prête pas attention. À un moment, un m’interpelle.
— Vous ne dites plus bonjour ?
Je m’arrête, viens le saluer. C’est un gars qui m’a interpellée il y a quelques semaines pour me dire qu’il me trouve belle. Gentil. Bavard. En sortant ma canne blanche de ma poche, je lui dis.
— Je vais vous montrer quelque chose.
Je déplie la canne. Il s’excuse sitôt, me demande si je perds la vue ; je lui explique que je suis albinos, blablabla, et l’invite à m’interpeller quand je passe sinon je ne le reconnais pas. Il promet, et part dans une longue tirade pour me dire que je suis une « belle femme qui a du cœur », qu’il est fier d’être mon voisin, … Je le remercie. Il lance.
— Je peux vous embrasser ?
Je recule d’un pas en disant non. Il sourit.
— Je sais, seulement les filles…
S’il sait… Ça fait quand même bizarre de l’entendre.

Va chez l’gynéco @37

Vous aurez compris entre les lignes de Caddie, Petit Koala et les Mouton (ici) que j’ai eu la grande surprise d’avoir mes règles en dépit d’une ménopause avérée, taux de FSH à l’appui. Cela m’a fait rire, moi qui ne les avais pas eues depuis une bonne quinzaine d’années suite à un traitement hormonal de l’endométriose. Heureusement que je reçois des filles à la maison pour pouvoir parer au plus pressé !
Je n’étais donc pas inquiète, tous les symptômes étant là : mal de ventre, mal de tête, seins qui ont gonflé et prise de poids deux semaines plus tôt ; libido au taquet. Deux cycles sont ainsi passés. J’avais rendez-vous chez ma gynéco mi-avril. Tout allait bien. À l’occasion d’un rendez-vous chez ma généraliste, je lui en glisse un mot, amusée. Sa réaction m’a laissée pantoise. Du tac au tac, elle me dit que ce n’est pas drôle et m’envoie manu militari faire une échographie pelvienne. Ouille !
En dépit de mes protestations (la sonde et moi, on n’est pas très copine), elle insiste et je prends rendez-vous dans un centre mutualiste. J’ai la surprise d’y être reçue par une gynécologue qui pratique les échographies. Autant dire que ça change tout : mon médecin avait indiqué sur l’ordonnance que je souhaitais éviter la partie endo-vaginale de l’examen. La gynéco-échographe m’interroge.
— Vous avez déjà eu des rapports… ?
Petit silence. Elle poursuit.
— …des pénétrations hétérosexuelles ?
C’est bien la première fois, en quarante ans de consultations gynéco et une petite dizaine de praticiens que mon homosexualité est d’emblée envisagée comme faisant partie des éléments à prendre en compte, ou plus exactement que l’hétérosexualité n’est pas posée comme incontournable. Cela dit, on peut ne pas apprécier ni les pénis ni les sondes endo-vaginales tout en appréciant la pénétration vaginale. Mais ça, c’est une autre histoire, une que la médecine ignore. Comme tant d’autres !