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Noël @49

Le formulaire de Logue de Soldarité transport, illisible n basse visionIl y a quelques années, je disposais d’un « ticket guide RATP SNCF » qui me permettait d’être accompagnée gratuitement dans les transports franciliens. Je l’utilisais peu, les personnes m’accompagnant disposant pour la plupart de leur propre titre de transport. Avec la généralisation du Navigo, je n’ai plus entendu parler de ce ticket. Je ne me suis pas renseignée. Récemment, j’aurais eu besoin d’un accompagnateur gratuit, la personne m’accompagnant fonctionnant aux tickets ; j’ai donc cherché de l’info sans en trouver ; parce que le ticket de métro disparaît en 2022 ? L’explication ne me satisfaisait pas car ce guide est de droit.
J’en discute avec Isabelle qui, la veille même de Noël, ouvre la boîte de pandore. Non ? Si si. Je vous raconte (installez-vous confortablement, boisson chaude et carré de chocolat obligatoire).
24 décembre. Isabelle m’envoie un mail avec un lien sur « Solidarité transport » qui gère désormais l’octroi d’un guide gratuit (ci-contre le site très accessible basse vision de cet organisme).
25 décembre. Je vais sur le site. Je remplis les critères. Je lance une demande en ligne. 1/ Je renseigne ma situation. 2/ Je télécharge ma CMI et un justificatif de domicile. 3/ Je remplis un formulaire qui se termine par ce message : « Informations concernant l’accompagnant. Votre situation vous permet d’être accompagné par une personne circulant gratuitement. Votre accompagnant, qui peut changer à chaque voyage, devra se munir du passe Navigo « accompagnant » à votre nom et devra impérativement voyager en votre compagnie. Vous ne pouvez associer qu’un seul passe Navigo « accompagnant » à votre dossier. (…) »
Et comment je fais pour disposer d’un Navigo « accompagnant » ? Le site n’en dit rien ; celui de la RATP non plus. Je fouille le Net et tombe sur un article de Handirect.fr qui m’explique tout (merci !) et m’en vais sur le site de Navigo pour faire une demande en ligne. Je commence par me créer un compte… qui ne se crée pas car « aucune coordonnée n’est associée » à mon passe. Il s’est passé plus d’une heure, je lâche l’affaire.
27 décembre. Je vais dans ma station de métro demander ce qu’il se passe avec mon Navigo. La dame ajoute mon téléphone et mon mail. Elle ne peut rien faire pour le Navigo accompagnant (dont elle ignore tout) et m’invite à faire la demande en ligne ou à revenir la voir.
28 décembre. Je crée mon compte Navigo. Je cherche comment demander un Navigo accompagnant. Je ne trouve pas. Je sollicite Isabelle qui ne trouve pas. Je me résous à appeler Solidarité transports qui commence à me proposer une demande en ligne… la conversation coupe. Je rappelle. Mon nouvel interlocuteur me parle comme à une demeurée et me renvoie sur Navigo. J’appelle. Ce n’est pas le bon numéro. Je cherche et rappelle. Je suis bien chez Navigo, cette fois. Un monsieur ne sait pas de quoi je parle. Il me renvoie à un « guichet club RATP » en m’indiquant que je les trouve en ligne. Je cherche. Je ne trouve pas. Je rappelle Navigo. Une dame m’écoute, me fait patienter et me donne la liste des guichets club RATP près de chez moi. Ma station en fait partie. Il s’est encore passé plus d’une heure.
29 décembre. Je retourne à ma station de métro. L’agent au guichet ignore tout du Navigo accompagnant. Il appelle une collège qui sort un carnet car elle a « déjà vu ça » ; elle trouve la page où elle a noté que je dois me rendre à Châtelet ou Gare de Lyon. Je commence à saturer. Je dois déjeuner avec Isabelle le 31. Je lui propose une brasserie à Châtelet ; à ce stade, je crains le pire.
30 décembre. Isabelle me suggère de vérifier les heures d’ouverture de l’agence commerciale RATP de Châtelet. J’appelle la RATP : service téléphonique hors service. Je pose la question sur Twitter à Clients RATP. Réponse (rapide) : l’agence est fermée le 31…
3 janvier. Je décide d’aller à Châtelet. Cela me fera ma balade. J’appelle la RATP : « — Je suis déficiente visuelle, je dois aller à l’agence commerciale de Châtelet, quelle est l’entrée la plus proche ? » ; « Bah, vous entrez où vous voulez… » J’explique que je vais me perdre dans la station. Le monsieur finit par comprendre et me dit que c’est aux Halles, porte Berger*.
Mon GPS me guide de chez moi jusqu’au à la porte Berger via le Pont-Neuf (jolie balade). Une fois là, je sors ma canne et descends un premier Escalator, tourne un peu avant de trouver l’Escalator pour descendre dans le métro. Je repère la lumière verte de machines RATP. J’y vais. Un guichet est là, fermé. À cet instant, j’ai envie de pleurer. Un chaland me bouscule. Cela me réveille. Je tourne en cercles concentriques (comme un chaton qui découvre son territoire) et finis par arriver devant l’agence commerciale. J’attends mon tour dehors avec d’autres gens. J’entre. La configuration des lieux m’échappe. J’entends un « Monsieur ? » ; je ne bouge pas. Puis « Madame ? » J’y vais. Un agent est là. Je formule ma demande en deux phrases. Il prend mon Navigo et s’active sans un mot. Puis me demande de retirer mon masque et mon chapeau…
— Regardez la caméra.
— Je ne sais pas où elle est.
Il soupire et s’agite. Il fait glisser mon Navigo et un autre jusqu’à ma main posée sur son comptoir. Je prends le tout. Je lui fais alors remarquer que j’ai eu du mal à trouver l’agence, qu’aucune info n’est disponible sur le site de la RATP, etc.
— Vous pouviez aller dans les clubs RATP…
— J’y suis allée, mais on m’a dit que non.
— Avec le covid, on manque d’agents.
Je lui dis à peine au revoir. À la vue de la photo, je fais un microbillet Twitter en rentrant chez moi. Elle dit tout de mon désespoir. N’aurait-il pas pu me dire de sourire ? Me préciser quand il prenait la photo ? Où était la caméra ? Non, je suis malvoyante ; pour cet agent, un poids.
Dès que je suis chez moi, je vais sur le site de Transports solidarité et fais ma demande en ligne. Je reçois un accusé de réception. Suis-je arrivée au bout de la route ?
5 janvier. Je reçois un mail avec un mot de passe. J’essaie de me loguer, cela ne fonctionne pas. Un second mail m’indique « Après vérification, le nom et prénom du porteur de cette carte ne correspondent pas strictement au nom et prénom figurant sur l’attestation ou dans les fichiers de l’organisme social. » avec une série de recommandations. J’appelle Navigo. Les informations sur le Navigo accompagnant correspondent à celle de mon Navigo. J’appelle Solidarité transport. La dame regarde mon dossier (quelle peine à trouver, ce qui me vaut un « Vous n’existez pas. » merci madame) et me dit que je me suis trompée dans mon formulaire de demande, mettant mon prénom à la place de mon nom. Elle corrige : cela n’aurait-il pas pu être fait avec les justificatifs que j’ai envoyés ? Passons. Elle me confirme en direct que le guide gratuit m’est accordé pour trois ans (ma CMI, elle, est à perpétuité). Je lui indique que je n’ai pas réussi à me loguer. Il semble que ce soit parce que je suis blonde (le système refuse les copier-coller). Je me fâche. Elle finit par m’envoyer un mail de logue que je peux utiliser. Encore une heure de passée…
J'essaie de lire l'écran de la machine. 6 janvier. Je reçois un mail indiquant que je peux aller charger mon Navigo accompagnant au guichet de mon choix. Je dîne le soir même avec Isabelle, lui demande de m’accompagner au cas où…
Au cas où quoi ?
Je pose mon Navigo accompagnant sur la machine, Isabelle lit l’écran pour moi, et mon Navigo accompagnant se charge. Mais de quoi je me plains ?

* La station Châtelet-Les Halles voit se croiser trois lignes de RER et cinq lignes de métro. La circulation en sous-sol m’y est impossible. Je n’y fais jamais aucune correspondance ni n’y prends jamais le métro.

Galère @17

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épilogue ?
Il est important de lire l’Épisode 1, puis l’Épisode 2 pour bien comprendre ce feuilleton.

J’attendais donc la réponse de ma banque à mon message « Certicode défaut d’accessibilité » pour désactiver ce système de certification que je ne pouvais pas utiliser. Elle a mis quelques jours à venir. En voici les trois premières phrases :

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez activer le service Certicode Plus.
« Nous vous informons que nous ne sommes pas en mesure de prendre en charge cette demande depuis la messagerie.
« Nous tenons toutefois à vous préciser que ce service n’est obligatoire que si vous souhaitez consulter vos comptes via l’application mobile. »

J’ai donc confirmation que l’activation de ce service n’est pas obligatoire pour l’utilisation de mon compte et des paiements en ligne contrairement à ce que laissait supposer le message initial et les insupportables fenêtres intruses (français de l’angliscisme « pop up ») qui s’activent à chacune de mes connexions. Je lis néanmoins la longue suite du message, espérant y trouver un mot sur la question de l’accessibilité qui était au centre de mon message d’origine. Il n’en est pas question, bien au contraire ! On me ressert la procédure pour activer Certicode+ sans tenir compte de mes remarques initiales.
Je me fends donc d’une réponse, un peu colère.

« Bonjour, Je crois que vous n’avez pas bien lu mon message… Ce n’est pas très grave ; le juge administratif sera sans doute plus attentif à mes demandes. Bonne journée ! »

Pour cette fois, la réponse vient dans l’heure…

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez obtenir des informations concernant le service Certicode Plus. (…) Pour vous assurer toujours plus de sécurité dans la gestion de vos comptes en ligne, La Banque Postale propose le service : Certicode Plus. Ce service gratuit vous donnera un accès simplifié à toujours plus de fonctionnalités (ajout de bénéficiaires, virements, gestion de vos cartes…) depuis votre Espace Client… »

Blablabla blablabla… Je remarque que l’on me sert cette fois un « accès simplifié » alors que mon souci est que ce service n’est pas accessible ; la notion de « simplification », dans ce contexte, m’échappe. Ignorant sans doute ce que signifie « basse vision », cette réponse pousse le vice validiste à m’inviter à me rendre dans mon bureau de poste si « Si vous ne voyez pas ce cadenas » ; à chaque opération ? Mais non, juste parce que ça voudrait dire que mon téléphone n’est pas le bon.
Je réponds encore, plus pédagogique.

« Non, je ne souhaitais pas d’information sur Certicode+ ; je souhaitais dénoncer le défaut d’accessibilité RGGA [je mets le lien] de votre application ce qui m’empêche de l’utiliser (ce qui constitue une discrimination). Je vous invite à continuer à répondre à côté de ma question, le juge administratif va s’en régaler.
« Très bonne fin d’année !
« Je souhaite à la banque postale pour 2022 d’appliquer la loi en matière d’accessibilité numérique. »

Cela fait dix jours ; je n’ai pas de réponse… Je n’en aurai sans doute pas.

Rencontre @10

Une trappe de désemfumage avec un skydome, et une vue partielle du pallier du 7e étage avec son échelle de secours et ses dispositifs incendie.Maintenant que ma cheville cassée-réparée va mieux, j’utilise de nouveau les escaliers de mon immeuble, en montée uniquement ; en descente, j’ai encore peur, ce d’autant que les marches sont souvent humides sur les deux premiers étages : pipis de chiens, lies de chaussures mouillées, lavures de l’homme de ménage… Je m’accroche bien à la rampe et je monte, espérant me refaire un peu de ce souffle perdu depuis le premier confinement.
Ce lundi-là, il pleut à seaux. Je fais attention. Je passe le troisième. Des gouttes tombent sur ma main ; je ralentis. Quelques marches encore et la rampe est trempée. Je m’arrête et touche le mur ; l’eau y ruisselle, il est trempé ! Je connais la cause de ce déluge intérieur. J’appelle sitôt mon gardien, il ne répond pas. Je lui envoie un texto « Il y a de l’eau qui ruisselle sur le mur de la cage d’escalier ». J’arrive chez moi. Cinq minutes passent. J’entends un bruit strident et grinçant de rouages ; je monte jusqu’au septième.
Mon gardien est là, ruisselant de pluie et de sueur. Il mouline pour refermer l’extracteur de fumée qui s’est ouvert après que la fumée d’une cigarette a chatouillé le détecteur de fumée. Un classique. On blague. Je l’encourage. On va pour reprendre l’ascenseur. En sort le gamin du premier. Mon gardien soupire ; nous savons lui et moi qu’il va fumer sous le fameux détecteur et que dans cinq minutes, il va falloir mouliner encore.
Le gamin en question n’est pas d’un abord facile ; mon gardien le suit ; je reste près de l’ascenseur. Il lui explique le principe de la trappe de désenfumage, lui dit qu’il sait que ses grands-parents chez qui il vit ne veulent pas qu’il fume, qu’il comprend son besoin d’un coin tranquille…
— Ouais, quand je vais dans les parkings, je me fais engueuler ; là, je suis tout seul ; j’embête personne.
Je les laisse discuter. Le gamin se laisse convaincre (pour cette fois) et revient vers l’ascenseur. On blague de nouveau, en mode pédagogique. Je le remercie d’avoir renoncé à sa cigarette (euphémisme, bien sûr) pour garder les escaliers secs. Il me demande des nouvelles de ma cheville ; je lui réponds qu’elle va bien, qu’elle est solide avec la ferraille dedans mais que l’autre est fragile…
— Ce s’rait mieux de pas vous casser l’autre !
Oui gamin, ce serait mieux.

Galère @16

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épisode 2
Pour lire l’épisode 1
J’installe donc l’appli et… bingo ! Impossible de m’en servir. Je zoome, j’active la lecture à l’écran, je sors le compte-fils ; je n’y arrive pas. Sitôt, je fais un microbillet Twitter, très agacée (au sens où chaque fois que je suis face à des configurations physiques et numériques qui me disent que je suis déficiente visuelle i.e. plusieurs fois par jour, j’en suis blessée et ai besoin d’exprimer la colère qui s’en ensuit).
Je dégaine donc un microbillet Twitter, en même temps que j’envoie un message intitulé « Certicode défaut d’accessibilité » via mon compte en ligne, indiquant la rupture d’égalité et mon intention de saisir le juge administratif (il y a bien un moment où je vais m’y résoudre !) La réponse ne traîne pas et me renvoie à une conversation en message privé. Les réponses toutes faites s’y succèdent mais, en insistant un peu, il m’est clairement indiqué que je peux désactiver Certicode+ et pourrai toujours consulter mon compte et faire des paiements…
Mais pourquoi m’avoir fait croire le contraire ?
Je n’ai pas de réponse sur le sujet.
Au passage, je tombe sur une page du site de ma banque « L’accessibilité sur le site Labanquepostale.fr » avec un contact dédié (le reste de la page dit tout du caractère compliqué de l’accessibilité). Très vite de nouveau, un monsieur m’appelle ; il me confirme que Certicode+ n’est pas obligatoire, convient que la vocalisation sur l’appli est difficile (il est déficient visuel et utilise Voice over) mais n’en dit pas plus, obligation de réserve oblige.
Je décide donc d’attendre la réponse officielle sur mon compte avant de désactiver l’appli… Suspense !

Exposer @24

Docteur Mouton masqué pique Copain Mouton.Mon kiné me raconte l’histoire suivante en s’activant sur ma cheville cassée-réparée qu’il couve de ses bons soins apaisants en compensation de tous les exercices que je lui inflige.
La veille (nous sommes le 29 décembre), un ami l’appelle pour lui proposer de venir au théâtre le soir même.
— Ma femme est covid+, j’ai une place en rabe…
— Désolé, je travaille tard ce soir.
La conversation s’arrête là. Mon kiné reprend ses activités puis, dix minutes plus tard, rappelle cet ami.
— Dis, si ta femme est covid+, tu es cas contact ; c’est 17 jours d’isolement quand on vit avec la personne malade.
— Ah ? Mais j’ai fait un test en même temps qu’elle et j’étais négatif.
Mon kiné renvoie cet ami sur les recommandations de la sécurité sociale. Est-il allé au théâtre ? Mon kiné l’ignore.
Prenez soin de vous ; l’inconscience rôde.

Galère @15

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP – Épisode 1
Depuis quelque temps, mon banquier affiche à chaque connexion sur mon compte en banque que je dois souscrire à « Certicode+ », un système de protection de mes transactions financières (paiement CB, virements, etc.) supérieur à celui déjà activé, « Certicode ». Jusqu’à présent, je recevais à chaque transaction (ou presque) un SMS avec un code unique ; le « + » consiste à utiliser l’appli téléphone ou tablette pour saisir un code unique sur un pavé numérique aléatoire (les chiffres changent de place à chaque connexion).
Mon petit doigt me disant que l’appli ne serait pas accessible (pavé aléatoire + taille de police), surtout sur le téléphone que je devais forcément privilégier (un seul appareil peut être associé et je ne me trimballe pas avec ma tablette), je résistais, agacée par ces avertissements sur mon compte et les quelques messages reçus. Et puis, est venu ce message…
Son titre : « Activez Certicode Plus pour accéder à vos comptes »
Je m’inquiète sitôt, le ton a changé ; il semble que si je ne le fais pas, je ne pourrai plus accéder à mon compte en ligne (ce pour quoi je paie cher pourtant) ni payer en ligne. Je lis avec attention le message.

« Pour plus de sécurité, la Directive européenne relative aux Services de Paiements (DSP2) impose une nouvelle étape d’authentification forte pour accéder à vos comptes et réaliser vos paiements en ligne.
« Cette authentification forte deviendra obligatoire dès 2022 et l’accès à votre Application mobile ou votre Espace Client Internet vous sera refusé si vous ne disposez pas d’une solution d’authentification forte.
« La Banque Postale met à votre disposition des solutions que vous devez activer au préalable pour continuer à accéder à vos services en ligne.
« N’attendez plus et équipez-vous gratuitement dès maintenant ! »

« Gratuitement » ? À ce stade de ma lecture, je comprends que la Banque postale va m’offrir de quoi faire une « authentification forte »… non, je ne crois pas au Père Noël et la suite ne me surprend pas.

« Vous avez un smartphone ou une tablette ?
« Téléchargez l’application mobile La Banque Postale puis Activez Certicode Plus. En savoir plus.
« Vous avez un téléphone mobile (hors smartphone) ?
« Rendez-vous en bureau de poste pour Enregistrez votre Numéro de téléphone sécurisé auprès de votre conseiller. En savoir plus.
« La Banque Postale vous remercie de votre confiance. »

Je comprends que si je n’ai pas de smartphone, cela fonctionnera quand même avec peut-être le système dont je dispose déjà. Mais quand je cherche des infos sur mon compte en ligne (elles ne sont pas en lien dans le message, ce serait trop simple), je ne trouve que des infos sur « Certicode+ »… Je demande à Isabelle qui m’indique le pratiquer sans souci. Cela m’inquiète toujours ; pure expression de ma résistance au changement ? J’invite toute personne qui souhaite avancer cet argument à s’adapter au quotidien à ce monde conçu par des valides pour des valides et on en reparle.
Oui, on en reparle ; ce billet est déjà long. Je passe en mode feuilleton…

Bigleuse @134

Une photo de moi, à 6 ans, devant un gateau. Je souris largement.Un soir de la semaine, je reçois un texto de ma cousine avec une vieille photo, rephotographiée au téléphone avec d’autres. Je ne connais pas cette photo. Si ma cousine me l’envoie, je suppose qu’y figure elle, moi, sa mère, la mienne… ? Je ne sais pas. Je lui pose la question. Elle me répond sitôt que c’est moi, à 6 ans, en train de manger un gâteau.
Le lendemain, je télécharge la photo sur mon ordinateur. Je grossis l’image. Non seulement je ne me reconnais pas sur la photo mais en plus, je n’arrive pas à imaginer que c’est moi. J’en suis terrifiée. Je sais bien que je ne reconnais pas les gens, que dans mon album j’ai demandé à maman de tout légender car je ne savais pas trop qui sont mon père, ma mère, mon frère, moi et d’autres mais…
Je le sais.
Cela me peine, pourtant. Beaucoup.
Et vous qui faites la lippe ou me considérez comme bégueule car je n’ai pas la bonté de vous reconnaître, ça vous inspire quoi ?

Bigleuse @133

Canne blanche d'appui avec une sonette de patinette sous la poignéeDans le cadre de ma revue du Web pour Genespoir, j’ai croisé cet article qui lie les mots « résilience » et « handicap ». Quelle bonne idée ! Comment imaginer, en effet, « faire quelque chose de ce qui arrive » (ma définition préférée de la résilience) sans accepter ce qui arrive, le nommer, avoir conscience que l’on ne peut y échapper et qu’il va falloir s’adapter ? Les valides gagneraient également quelque chose à penser le handicap ainsi, et non pas à être « 64 % [… à] estime[r] que le handicap est un obstacle au bonheur et à une vie épanouie » et à associer le handicap à une « souffrance » [Enquête CNCDH 2021].
Il est vrai que toute personne handicapée qui place son adaptation dans une démarche de résilience va très vite comprendre que le problème, ce n’est pas son handicap, mais la société validiste. C’est sans doute là où le bât blesse, avec cette nouvelle question à propos de la manière dont la société privilégie l’assistance plutôt que de permettre l’autonomie via l’accessibilité, remarquable : « (…) celui que l’on plaint (ou que l’on « sauve ») devient immédiatement inférieur ». J’ignore si vous mesurez la portée de cette équation ; je la vis chaque instant.

 

Paris @68

Un troittoir assez étroit, à un carrefour, avec un poteau pile dans la diagonale empêchant tout passagePendant les quarante-cinq jours que j’ai passés en fauteuil roulant, et le mois qui a suivi où j’ai continué à sortir en fauteuil de moins en moins au fur et à mesure de la récupération de la motricité de ma cheville, j’ai signalé un certain nombre d’« anomalies » (c’est le terme de la Ville) entravant la circulation fauteuil via l’application Dans ma rue. J’ai remarqué un accueil toujours rapide et bienveillant des agents au bout de l’appli ce qui n’est pas l’habitude de la DVD sur des questions ne touchant pas à la mobilité PMR.
On voit mon fauteuil avec ma jambe dans le platre coincé par un poteau au milieu du trottoir.J’ai notamment signalé ce carrefour où un panneau de sens interdit entravait le passage d’un fauteuil sur le trottoir, signalant également l’absence de plaque de rue. J’avais eu un échange par mail, mon interlocuteur s’inquiétant de pouvoir trouver une solution. J’avais suggéré l’accrochage du panneau sur le bâtiment… trois mois plus tard, j’ai été avertie que l’anomalie avait été résolue. Je suis allée voir et ô ! miracle : le panneau a été déplacé et collé au bâtiment, et la plaque de rue installée.
Le même carrefour, le poteau a été collé contre le pur libérant ainsi le passage.Pour une fois, je suis très fière d’avoir « contribué à l’amélioration de l’espace public », comme le disent les mails de Dans ma rue et je remercie chaleureusement les services de la Ville d’avoir agi avec zèle et intelligence. M’est avis que cette amélioration-là, durable, va faciliter le passage à beaucoup. Cela m’encourage à poursuivre mes signalements et à ne pas laisser décourager par des réponses à deux balles, ou hors délais ; globalement l’appli permet vraiment d’améliorer les choses ; Parisiennes, Parisiens, servez-vous-en !
— Tu oublies un truc !
Quoi Caddie ? Ah ! oui. Je demande depuis trois ans par des canaux différents que l’appli soit conforme RGAA avec des polices proportionnelles. Emmanuel Grégoire m’a promis sur Twitter « d’y travailler » il y a quelques jours ; ai-je un espoir ? Quel suspense monsieur le maire adjoint !

Note. Ceci étant, c’est quand même invraisemblable qu’en 2021 je sois en position de me réjouir aussi sincèrement qu’un trottoir soit libre de tout passage à Paris. Cela devrait être la norme, sans que je n’aie besoin d’y contribuer ; comme il devrait être inutile de multiplier les potelets et autres croix de Saint-André pour éviter que les véhicules motorisés bloquent le passage. Qu’est-ce qu’il est ringard le monde dans lequel on vit !

Pauvres enfants ! @37

Affiche 119 enfant en dangerLes vestiaires, dans mon club de judo, sont constitués de trois espaces à l’intérieur d’une grande pièce, espaces délimités par des cloisons en bois et des rideaux. Il y a deux vestiaires pour les garçons, afin que les groupes d’âge ne s’y croisent pas ; et un pour les filles (elles sont peu nombreuses). Les parents y circulent allègrement, certains enfants ayant besoin de leur aide, d’autres… ? Nous y prêtons toujours attention, sortant gentiment les parents qui n’ont rien à faire là.
Cela a été le cas jeudi dernier. Une maman, qui attendait son fils, était à côté d’un rideau qu’elle avait soulevé, offrant ainsi le spectacle d’une dizaine de gamins en slips à qui tournait la tête par là : des parents, d’autres enfants, des adultes du cours de Aikido… Je lui ai demandé de fermer le rideau, invoquant le droit à l’intimité des enfants. Elle l’a fait, un peu de mauvaise grâce. Une autre maman a appuyé bruyamment ma démarche. Comme nous étions à quarante-huit heures du rapport (sic) Sauvé, j’ai enfoncé le clou (celui laissé vacant par le Christ, bien sûr).
Je vous passe les détails de la conversation, mais j’ai expliqué que tous les adultes intervenant dans le club se voient contrôler leur casier judiciaire (et ce bien avant que ce ne soit une obligation légale) et, à la remarque d’une maman sur le judo sport de contact, j’ai expliqué que nous n’attrapions que le kimono et que cela faisait une sacrée différence (si vous en doutez, je vous en fais la démonstration dans l’heure). Sur les cinq parents présents, trois n’ont rien dit, une a approuvé bruyamment, la dernière a fait des petites remarques genre « Franchement, vous en faites trop. »
C’est sans doute la même qui ira pleurer misère s’il arrivait quoi que ce soit à son enfant ; j’imagine aussi qu’elle publie allègrement des photos sur les réseaux sociaux, sans contrôle sur qui les voit. Vous avez dit protection de l’enfance ? Un enfant sur deux est agressé par un membre de sa famille, et 94 % des enfants le sont par des proches. Victime ou témoin, appelez le 119 !