Archives par étiquette : Forêt

Pauvres enfants ! @39

Plusieurs nouveaux risques d’intoxication ont été soulevés récemment dans l’industrie agroalimentaire suite à des manquements aux conditions sanitaires de production. Les victimes sont essentiellement des enfants.
Des pizzas infectées par une bactérie ont été pointées. Quelle ne fut pas ma surprise à lire l’âge des enfants touchés. Par exemple, un enfant de 4 ans a été malade après avoir mangé de la pizza surgelée 4 fromages. Outre le scandale qu’une très grande marque qui ne vend pas au rabais puisse laisser sortir des produits ainsi suspects, je suis encore stupéfaite que l’on puisse donner de la pizza 4 fromages à un gamin. Cela n’a pas l’air d’être un problème dans les articles que j’ai lus. La malbouffe a donc de toutes les façons de beaux jours devant elle.

Pauvres enfants ! @38

Mon passeportJe reviens sur ce billet où je raconte ma rencontre avec cette petite fille qui considérait son acte de naissance comme « une page de son livre ». Cela m’a rappelé une autre histoire, celle d’un enfant de 5 ou 6 ans que j’ai rencontré alors que sa maman d’adoption faisait face à des difficultés administratives et avait besoin d’aide.
Cette maman, sans enfants, l’avait ramené de son pays d’origine (membre de l’Union européenne) pour le « sauver ». De qui ? De quoi ? Je n’ai jamais bien compris ni cédé à la belle histoire qu’elle racontait car cet enfant, aux dires de ses papiers, avait des parents vivants. Je ne m’en suis pas mêlée mais il y avait (il y a) quelque chose qui me chagrinait (chagrine) sans que je ne susse (sache) quoi.
Lors de cette première rencontre où il s’agissait de mettre en œuvre une procédure d’adoption, cette dame a sorti la carte d’identité du petit à l’en-tête de la République européenne d’où il venait. À peine l’a-t-elle eu au bout des doigts que le garçon la lui a arrachée des mains, l’a mise contre son cœur, pleurant quand elle a voulu la lui reprendre.
Sans doute que le fait que mes origines n’ont jamais été bafouées participe de ma surprise face à cet attachement à un acte de naissance ou une carte d’identité. Je ne suis attachée ni à l’un ni à l’autre : je n’en possède d’ailleurs pas et fuis autant que faire se peut tout contrôle de mon identité que je ne rattache pas à ces « papiers ». Mais la détresse de ces deux enfants était telle que je ne peux en ignorer le caractère essentiel.
J’espère que cette petite fille saura forcer la France à lui faire la place qu’elle doit faire à chacune. Quant à ce petit garçon, il a 25 ans aujourd’hui. Il vit dans une souffrance absolue, faisant de nombreux séjours en hôpital psychiatrique à la demande de ses parents adoptifs. Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas ? Parce que j’ai lu le remarquable Une poupée en chocolat, d’Amandine Gay ? Pour cela, et parce que j’ai encore l’image de ce petit garçon criant et pleurant « C’est moi ! » accroché à cette carte avérant l’identité que d’aucuns étaient en train de lui voler.

Princesse @13

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.Lors de l’une de mes permanences pour le Médiateur de la Ville de Paris, j’ai reçu une maman et sa petite fille de 6 ans. Elles sont toutes deux assises face à moi. La petite fille a un pistolet à la main ; je lui dis que je n’aime pas les pistolets. Elle le range et joue avec des pièces de monnaie. Après une discussion que la petite fille écoute attentivement (elle en est le sujet), la maman me présente l’extrait d’acte de naissance de sa fille et un certificat d’inscription dans une école. Je scanne ces documents et les repose devant elles deux. La petite fille s’en empare et me dit :
— C’est mon livre ; mais ça a plus d’une page un livre ?
Je défaille.
— Oui, un livre, cela a beaucoup de pages mais il faut commencer par une, deux, et plus on grandit, plus il y a de pages.
La maman récupère les documents. L’extrait d’acte de naissance établi en Italie est un peu élimé. Elle lisse le bord ; un petit morceau de papier se détache. La petite fille réagit sitôt !
— Tu déchires mon livre !
La maman la rabroue et range le document. La discussion continue. J’explique à mon interlocutrice que je ne vais pas traiter sa demande, que je suis juste un passeur. La petite fille m’interpelle de nouveau.
— C’est quoi un passeur ?
Je lui explique que sa maman me confie une demande et que je vais la faire passer à un monsieur qui va pouvoir l’aider ; que le passeur, c’est celui qui aide juste à passer un moment difficile, une démarche, un fleuve, une frontière…
— Tu vas mettre une page dans mon livre ?
J’en aurais pleuré !

NB. Si mon émotion vous échappe, c’est que vous n’avez pas lu Kito Katoka ; je vous y invite.

Vérité syndicale @41

L'image montre l'affiche décrite dans le métro. Cécyle m’envoie une photo d’une affiche dans le métro. Il s’agit d’une affiche sur fond rose où il est marqué « Devenez Sylvie. Une auxiliaire de vie à domicile qui ne court plus après son métro » puis « rejoindre.petits-fils.com ». Elle m’explique que Petits-fils est le nom d’une société d’auxiliaires de vie.
Je regarde le site. Le sous-titre au nom de la société est « Services aux grands-parents ». Des photos émaillent les pages : des personnes âgées des deux sexes (en pleine forme, on les reconnaît à leurs cheveux gris) et des auxiliaires de vie (les plus jeunes), qui sont essentiellement des femmes. D’ailleurs, si à un endroit il est écrit « Nous recherchons les meilleur∙e∙s auxiliaires de vie. » ou à un endroit « Nos auxiliaires de vie qualifié(e)s (…) Toutes et tous justifient d’une formation qualifiante d’auxiliaire de vie », sur la page d’accueil, il est indiqué « Toutes nos auxiliaires de vie justifient d’une formation qualifiante et d’un minimum de 3 ans d’expérience. », sur une autre « Les auxiliaires de vie Petits-fils sont toutes équipées d’un masque, de gants et de gel hydroalcoolique. », et sur encore une autre, on parle d’« auxiliaires de vie professionnelles »…
Et qui a créé cette société ? Deux hommes. On nous dit sur une page « C’est auprès de leurs grands-parents que les fondateurs, Damien Tixier et Pierre Gauthey, ont identifié des besoins pas ou mal satisfaits. » et sur une autre « La genèse de Petits-fils », « Petits-fils est une entreprise qui a été créée en 2007 par Damien Tixier et Pierre Gauthey qui, constatant le manque de professionnalisme dans le métier de l’aide à domicile, ont décidé de créer un service susceptible de convenir à leurs propres grands-parents. », quand par ailleurs, une actualité présente la création d’une agence locale… par un homme.
Le tout est présenté avec « … L’esprit d’une famille » : « Petits-fils garantit des conditions de travail optimales à ses collaborateurs et aux auxiliaires de vie. Tout le monde est gagnant ! »
Bref, que conclure ? Qu’heureusement que les hommes se sont là pour organiser et professionnaliser l’aide aux personnes âgées. Qu’heureusement que les hommes paient des femmes pour s’occuper de leurs grands-parents et exigent d’elles ce qu’ils ont approuvé comme critères. Comme ils l’indiquent « En dernier lieu, nous nous posons toujours la question suivante : enverrais-je cette auxiliaire de vie chez mes propres grands-parents ? » : envoyer les femmes faire le boulot, les payer et contrôler, voilà donc la vocation des hommes de la famille, cette famille où la vocation des femmes est le fameux « care ».
Misère.

Kendo @55

Photo de dos, mon prof et moi.J’ai des journées plus difficiles que d’autres, comme tout un chacun. L’autre mardi, j’étais à la peine, triste, apeurée. Il faisait froid. J’étais fatiguée et enrhumée, aussi. Après être passée chez une amie qui m’a proposé de verser ma larme au chaud d’un café et d’une brioche maison, je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi, me caler sous un plaid, tablette sur les genoux, musique, et bouquiner. Des enfants m’attendaient sur un tatami ; mon professeur que j’aide serait en retard ; il me fallait y aller, être à l’heure, passer mon kimono dans la fraîcheur des vestiaires (16° environ), salut, échauffement…
J’ai pressé le pas entre la porte de Pantin et la place des Fêtes, senti dans la rue d’Hautpoul les larmes guetter l’instant où le souffle serait le plus court, monté le son dans le casque laissant Dana Kerstein me fendre le cœur (une vieille histoire qui fait encore mal) et me suis présentée à la porte de mon dojo en me demandant comment j’allais ne pas m’effondrer. J’étais (presque) en retard. Un seul enfant pourtant était arrivé : il était en kimono et chaussettes, avec sa maman et la dame qui accueille nos jeunes judokas.
On se dit bonjour. Fier, il me dit « Je suis arrivé avant toi ! » (la ponctualité fait partie des apprentissages du judo) ; je me suis sitôt excusée, fonçant me changer dans le vestiaire des filles. En cinq minutes, quatre autres enfants sont arrivés et je leur mettais du gel sur les pieds et les mains à l’entrée du tapis. Encore deux minutes, et nous étions prêts pour le salut. Ma tristesse était encore bien là, avec une boule dans la gorge. Je les regarde.
« Re.
« Rtisu.
« Re.
« Aujourd’hui, on travaille debout. Vous courrez dans tous les sens… »
Cinq judokas de quatre et cinq ans auront-ils suffi à me faire oublier ma peur et ma tristesse ? Je cours avec eux, enchaîne les exercices, leur montre un déplacement qu’ils ne connaissent pas et où ils s’emmêlent joyeusement les pieds. Mon professeur arrive et prend la relève. Nos rôles sont désormais bien répartis. On se concentre sur nos élèves et notre enseignement en se faisant des blagues. Les cours s’enchaînent. À la fin du troisième, ma tristesse et ma peur ont repris le chemin du tréfonds, là, présentes sans m’empêcher d’agir, de rire, de savourer l’amitié de Isabelle avec qui on partage en soirée un sandwich les mardis.
Une journée difficile ? Oui. Mais une journée heureuse. Je comprends ce matin que j’ai senti comme une obligation de ne pas faillir avec les enfants et que je me suis prise à mon propre jeu. Décidément, les enfants… des lutins malins !

Pauvres enfants @36

Helgant au parc regarde la photographe.Je suis au parc de La Courneuve avec Helgant. Nous apercevons une femme à notre droite et une petite fille à notre gauche. La mère est énervée car sa fille ne répond pas à ses appels et ne la rejoint pas. Nous bifurquons avec Helgant sur notre gauche pour contourner la gamine qui se décide à avancer.
La maman s’exclame « Pourquoi tu attends que je m’énerve pour bouger ? »
Helgant passe près de la petite fille qui crie alors « Ah ! Il est beau ! »
La mère réplique alors d’un ton ferme « Oui, lui, il est beau parce qu’il écoute. »
Pauvre Helgant d’être ainsi instrumentalisé. Alors qu’il sait qu’il est beau même quand il ne m’écoute pas. Si, si, ça arrive…

Vroum @27

Avec l’arrivée de Helgant, beaucoup de choses ont changé dans ma vie. Les Hétéronautes le savent bien. Pour pouvoir partir en vacances ou se promener dans la forêt, Lamoto était partante, mais ce n’était pas très raisonnable pour Helgant de voyager poils au vent.
Après réflexion, j’ai acheté une voiture puis j’ai permis à Lamoto de trouver un propriétaire pouvant rouler plus souvent. Acheter une voiture… je ne pensais pas faire cela un jour. Et je n’aurais jamais pensé que cela soit aussi pertinent. La voiture ne sort que pour des sorties qui ne me sont pas possibles avec un autre moyen de transport. Avec Helgant, nous pouvons partir facilement en forêt pour de bonnes promenades, qui nous font du bien à lui et moi.
Reste à savoir si le confinement nous bloquera. En tous les cas, Helgant et moi sommes prêts pour ces petites aventures en forêt francilienne, allez vrouuuum !

À table ! @71

Un flacon en forme de gourde de compote.Je lis toujours l’article « produits au rappel » dans Que Choisir ; non que je pense avoir acheté l’un d’eux, mais parce que le motif du rappel est souvent édifiant sur les dérives de la société de consommation. Ce gel nettoyant pour les mains en est un bel exemple.
D’abord, je ne sais pas trop ce qu’est un « gel nettoyant » ; pour se laver les mains, je connais le savon et le savon liquide. Il y a aussi le gel hydroalcoolique dont la fonction est de désinfecter, pas de laver. La fiche produit a disparu puisque le produit a été rappelé. L’image sur le site de Que Choisir est de mauvaise qualité ; je comprends néanmoins qu’il doit s’agir d’un gel pour se laver les mains sans eau.
En ce temps de pandémie, il me semble que la confusion avec du gel hydroalcoolique peut exister, mais ce n’est pas la cause du rappel : « L’emballage de ce gel nettoyant pour les mains peut prêter à confusion. Les consommateurs (notamment les enfants ou les personnes malvoyantes) pourraient penser que le produit peut être mangé comme une compote. » Le gel se présente en effet exactement comme une gourde de compote, mais il est bleu layette et non aux couleurs pétantes d’une fiole de compote.
Les deux peuvent-ils être confondus ? J’ignore tout des mœurs alimentaires des enfants et je veux bien croire qu’ils peuvent faire la confusion, ne serait-ce que parce qu’aucun ne tique quand on lui donne à manger des « fruits » inodores et insipides dans une gourde en plastique alors que cela frise la tromperie, un peu comme le poisson carré. La société de consommation prend les enfants pour des abrutis sans odorat ni goût ; ou plutôt forme nos enfants à être des abrutis sans odorat ni goût. Je laisse les parents assumer cette responsabilité-là.
Et j’en reviens au motif de confusion, pour « les personnes malvoyantes » cette fois ; donc moi. Il est très très rare que nous fassions l’objet d’attention de la part de Que Choisir : jamais rien sur les modes d’emploi et notices de montage illisibles ou non disponibles en format numérique accessible ; jamais rien sur les écrans des appareils ni sur les fonctions tactiles ; jamais rien sur l’étiquetage en LED, l’absence de braille, etc. Et là ! Enfin… on nous protège en nous prenant pour des abrutis sans odorat ni goût (des enfants, donc).
J’exagère ? Je vous invite à faire le test : prenez plusieurs déficients visuels, toutes catégories confondues ; mettez-les au milieu d’un verger de gourdes en plastique, certains contenants de la compote, d’autres du gel nettoyant ; et vous comprendrez peut-être que nous ne sommes pas des enfants… pardon, que nous sommes pas des abrutis sans odorat ni goût, les enfants n’en étant pas, bien sûr.

Exposer @19

Quand j’ai préparé ce billet souvenirs, j’ai cherché une photo prise à l’école Frédéric Mistral, dans ces années-là. Je n’en avais pas. J’ai demandé à maman si elle en avait ; elle n’en avait pas non plus. J’ai regardé les photos de mon album prises à Avignon autour de l’année 70 ; j’en ai cinq ; sur les trois, je suis en slip de maillot de bain ; deux au bord d’une piscine et une allongée à plat ventre sur un lit sans drap ; sur les deux dernières, je suis en robe dans ce bac à sable.
D’emblée, je n’ai pas eu envie de choisir celle où je suis allongée sur ce lit. Je l’ai trouvée trop intime, et « voyeuse » ; idem pour les deux prises au bord de la piscine. C’est étrange. Une enfant de quatre ans en culotte de maillot de bain au bord d’une piscine n’a rien de tendancieux ; et sur la photo où je dors, j’ai une culotte sur les fesses. Pourquoi quelque chose m’a gênée pour choisir celle dans le bac à sable où je suis plus habillée ?
La tendance est à la mise en lumière des crimes et atteintes sexuelles sur les enfants ; je n’ai pas souvenir d’en avoir subi ni ne peux identifier dans ma vie d’adulte des indices indiquant que j’ai refoulé quelque chose de cet ordre. J’en conclus que cela ne m’est pas arrivé mais je sais depuis longtemps que cela arrive à plein d’enfants (maman m’en parlait car elle prenait en charge des enfants victimes de toutes sortes de violences). Je m’oppose par exemple à la publication de photos d’enfants sur les réseaux sociaux, comme la page de mon club de judo. Au club, je suis très attentive, à mes gestes, à ceux des autres adultes et au respect de l’intimité et du corps des enfants.
Est-ce dans ce contexte que je n’ai pas envie de diffuser une photo de moi à demi nue sur un lit en train de dormir ? Cette photo, particulièrement, me semble un pousse-au-crime. Je ne vous la montrerai donc pas ; on ne pourra pas en discuter même si ce serait intéressant. Quoi qu’il en soit, si vous avez le moindre doute sur des faits de violences sur des enfants, agissez !

 

Forêt @13

Je suis dans une file d’attente. Une mère et sa fille, d’environ huit ans, arrivent derrière moi. Elles parlent de religion, la mère expliquant différentes fêtes. La fillette demande alors « Et Halloween ? »
La mère lui explique alors que ce n’est pas une tradition en France, mais qu’elle le fêtait tous les ans quand elle habitait au Canada. La fillette dit qu’elle aimerait le fêter cette année.
La mère explique alors qu’elle et le père de la petite fille manquent d’énergie. Ils sont trop fatigués pour une telle fête.
L’échange était calme et je n’ai pas tout entendu. J’ai trouvé très serein, intelligent et affectueux cet échange. Pas festif, mais l’époque ne l’est pas, et bien moins sereine, intelligente et chaleureuse.