Archives par étiquette : Doute

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.

Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.

Ailleurs @44

Copie d'écran des appareil connecté à ma box, dont les deux homePod comme indiqué dans le billet.Je suis l’heureuse propriétaire de deux HomePod mini (que j’ai nommés Salon et Salon 2 lors de leur configuration), des enceintes intelligentes qui me permettent de piloter en vocal mes appareils et obtenir des infos tout en écoutant ma musique. Frédéric m’a offert le premier ; maman le second ; vivent les cadeaux en stéréo !
Heureuse ? J’ai peiné à faire fonctionner le premier sur l’ordi, le système n’étant pas complètement compatible. Un petit tour par l’assistance Apple par téléphone et j’ai compris que je dois vérifier qu’ils sont bien sélectionnés en périphérique de sortie ; c’est un peu fastidieux mais je m’en suis accommodée jusqu’à ce jour fatidique où ma box est tombée en rade et où j’ai dû en changer.
Les HomePod sont pilotés par une appli dans TPC In (iPad) ; elle permet de les installer, les configurer ; encore faut-il qu’elle les reconnaisse. La première condition est que tout ce joli monde (iPad, iMac, iPhone, HomePode) soit sur le même réseau Wifi. J’avais déjà eu des soucis avec le réseau du voisin que j’ai dû effacer (il me dépanne bien pourtant), les appareils naviguant d’un réseau à l’autre au gré de leur bon vouloir. Une fois branchée la nouvelle box, les HomePod se sont calés directement dessus jusqu’à ce que je change le nom de la box pour l’identifier plus facilement.
Et là, patatras. Au prix de nombreuses tentatives, le premier HomePod, après que je l’aie supprimé de l’appli et renommé Séjour, a été identifié par l’appli et fonctionne ; le second, après suppression de l’appli, a gardé ses messages d’erreur jusqu’à ce que je le supprime d’iCloud et au final, l’appli l’a définitivement perdu. J’ai appelé deux fois l’assistance Apple, Isabelle a fait la manip pour moi, j’ai acheté de quoi le brancher sur l’ordinateur pour le réinitialiser… que pouic ! Et pourtant, quand je l’interroge, il me répond fort gentiment qu’il ne trouve pas de réseau, ou même me dit des choses comme s’il répondait à une question (que je n’ai pas posée).
Il existe donc ; mais où est-il ? À quoi est-il connecté ? À la 5G via le Pfsiter ? J’ai cherché, cherché… La réponse est apparue, limpide, alors que je suis allée jeter un œil dans l’administration de ma box : il est bien là ; avec son binôme. Je suis sûre que c’est lui, il s’appelle Salon 2 mais… mais… celui qui fonctionne s’appelle Séjour sur la tablette et Salon sur la box ; si j’ai bien compris, cela ne devrait pas pouvoir fonctionner, même pour le premier… Vous me suivez ?
Je peine aussi, j’avoue et en viens à me dire que finalement, nos imaginaires ont raison : les objets ont une existence propre ! Je n’ai plus qu’à espérer maintenant que mes HomePod et Siri m’aient à la bonne ! Je leur souhaite une bonne nuit tous les soirs, dis souvent s’il te plaît, merci… Vous pensez que cela suffira ?
— T’inquiète ! Petit Koala veille sur toi !
Ouf !

Solitude @6

La lune se reflète dans l'eau d'un lacPendant les vacances, j’ai passé une grande partie du temps avec Helgant. J’étais donc seule puisque sans autre bipède à proximité. Cela intrigue souvent les personnes des gîtes que je loue. L’une d’elles m’a demandé si je n’allais pas m’ennuyer seule.
Et là, scandale ! Je n’ai pas le temps de rêvasser qu’il est déjà le soir. Je lis un peu, me promène avec Helgant, nous flânons et le temps file, j’ai à peine un moment pour écrire des billets pour le blog. Sans regarder la télé ou autre distraction chronophage, je n’ai pas la possibilité de m’ennuyer !
Je me demande si je ne devrais pas poser une réclamation, je vais chercher à qui : seule, je ne m’ennuie pas alors que ça devrait être la norme, les promesses ne sont donc pas tenues. Pire, je n’ai même pas le temps de lire tout ce que j’ai apporté ou de marcher des heures. C’est n’importe quoi cet ennui.

Gamine @33

Une porte de salle de radiologieLe 12 juillet dernier, après quarante-cinq jours de plâtre, j’avais rendez-vous à l’hôpital Saint-Joseph pour faire une radio et voir le chirurgien. J’avais les pétoches. J’ignorais ce que l’on allait trouver sous le plâtre, l’état des cicatrices, la peau, etc. J’ai demandé à Frédéric s’il pouvait m’accompagner. Il m’a fort gentiment répondu qu’il ne voulait rater ce moment pour rien au monde ! J’étais également un peu inquiète car le plâtre et le fauteuil donnent l’impression que je suis handicapée motrice, alors que mon handicap visuel pour moi prévaut.
Après les formalités d’usage, nous avons investi la salle d’attente de la radio. J’avais demandé à Frédéric de répéter à qui voulait l’entendre que je suis déficiente visuelle, sachant que si c’était moi qui le disais, cela aurait moins de poids. Je n’avais pas pour autant mesuré l’impact final.
Une soignante vient me chercher pour la radio. D’emblée, je sens que l’info « déficiente visuelle » ne joue pas sur son comportement ; elle ne décrit rien, ne m’indique pas où aller, s’inquiétant juste de ma capacité à passer seule sur la table de radio tout en mettant le fauteuil dans le mauvais sens. Je connais bien cette salle de radio. Je m’en arrange. On ressort, elle ne m’adresse la parole que pour une phrase « On envoie le résultat au médecin. » Puis elle s’avance vers Frédéric.
— Vous avez rendez-vous avec le chirurgien ? À Saint-Joseph ? À quelle heure ? Les résultats seront directement transmis… et blabla et blabla…
Nous en étions marris tous les deux et nous sommes interrogés : elle s’adresse à mon « aidant » 1/ parce que je suis handicapée (en l’espèce fauteuil car déficiente visuelle, elle n’a vraiment pas percuté) ; 2/ parce que je suis une femme. J’ai opté pour la première hypothèse, tant j’en ai l’habitude ; Frédéric pour la seconde, tant il en a l’habitude ! Quant à Caddie…
— Un mixte des deux ?
Quel bon prince tu fais !
— Bah non, c’est Frédéric ton bon prince !
Tout à fait. Charmant.

Salade @20

Après des mois, les travaux de façade chez moi semblent approcher de la fin…
Le mois dernier, j’ai cru qu’ils étaient finis mais non. En effet, habitant au deuxième étage dans un immeuble de huit, mon balcon s’est trouvé progressivement recouvert de morceaux d’isolant, de ciment, de plâtre ou encore de peinture.
Le mois dernier donc, un ouvrier s’est installé sur mon balcon pour tout nettoyer après avoir fini de repeindre les murs épaissis. Je m’étais alors réjoui pensant que cette fois-ci les travaux étaient finis. Le semaine s’est passée tranquillement quand soudain, les chutes d’isolant, de plâtre, de peinture et de ciment ont repris de plus belle. Et histoire de bien insister, un nouvel ouvrier est venu recouvrir la belle peinture encore fraîche sous une nouvelle couche de ciment.
A ce stade, il est important de signaler que le garde-corps de mon balcon avait déjà été remplacé mais il était finalement tellement recouvert de plâtre, ciment et peinture… qu’il a fallu en mettre un nouveau… Du coup, comme il y a également beaucoup de traces de ciment sur les fenêtres qui viennent aussi d’être changées, je crains le pire…

Biodiversité @27

Un brocolisJ’ai passé les quinze premiers jours de ce nouveau confinement au bord de l’océan Atlantique dans une ville balnéaire relativement inaccessible en cette saison.
Près de là où je logeais, il y avait un petit marché ouvert toute l’année et tous les jours (sauf le lundi). J’ai pu y trouver quelques légumes bio mais pas exclusivement. Un peu plus loin, à une vingtaine de minutes en passant par la plage, il y avait un plus grand magasin bio. Côté fruits et légumes, pas trop d’écarts de prix par rapport aux pratiques parisiennes mais il n’en a pas été de même sur les autres produits qui indiquaient un prix bien plus élevé qu’à Paris. L’inverse est plus souvent vrai mais faut-il s’en réjouir ?

Clope @3

Une balance de cuisine, un sachet zippé contenant des sorte de croquette noire (non identifiés), deux plaquette de médicaments, des gelules jaune, une dosette, un bol… ambaince petit labo de chimie.Bouleversement ! Une saisie de produits stupéfiants a été effectuée chez les Mouton… Un certain H. est soupçonné être un trafiquant, un chef de meute, euh de bande. Les autorités ont trouvé tout le matériel de pesée et d’emballage nécessaire avec des kilos de poudre et comprimés.
Pleurs et incompréhension. Caddie va les protéger de ce coup du sort ! Plus d’informations dès que possible.

Entendu @41

« Ce soir, on parle monde intellectuel et débat d’idées avec Eugenie Bastié. » C’est par cette phrase qu’est annoncée l’arrivée sur un plateau télé d’Eugénie Bastié, journaliste « engagée » au Figaro.
La dame est invitée pour évoquer son nouveau livre La guerre des idées. Son message est beau, œcuménique, un appel du fond cœur à plus de démocratie : aujourd’hui, les personnes aux idées opposées ne débattent plus ensemble !
C’est vrai que c’est un beau message, un bel appel !
Le problème, c’est qu’il suffit de laisser la dame parler pour comprendre que son entreprise est moins reluisante qu’il n’y paraît. En effet, de quoi s’agit-il ? Par exemple, la dame est interpellée sur La Manif pour tous dont elle est une des égéries. Elle déplore que personne « de gauche » ne veuille débattre avec les « têtes pensantes » de ce mouvement homophobe. C’est vrai ça, pourquoi ne pas débattre de l’homophobie avec l’une ces « têtes pensantes » ? Je vous épargne d’autres exemples du même genre mais l’on comprend bien que l’appel de cette personne n’est pas l’appel à plus de démocratie qu’il se prétend être mais une vraie tentative de positionner son idéologie rance au rang d’idée digne d’un débat « démocratique ».