Archives par étiquette : Cannelé

Caviardage @13

Mon passeportÀ deux reprises la même semaine, je me suis retrouvée, lors de ma permanence pour le médiateur de la Ville de Paris, face à des femmes dont le prénom et son usage dans leur adresse mail différaient d’un « e » et d’un « a ». Les deux fois, je m’en suis inquiétée, craignant avoir mal retranscrit leur adresse mail. Les deux fois, elles m’ont expliqué qu’il n’en était rien, qu’elles utilisaient leur prénom de naissance dans leur mail mais m’avaient donné en prénom celui établi par l’état civil, la première lors d’une naturalisation, l’autre lors de l’établissement de l’acte de naissance.
C’est ainsi que Hayet était devenue Hayat et Hela, Hala. On ne peut pas dire que ce soit des prénoms difficiles à écrire et, quand on les prononce, on entend bien la différence. J’ai indiqué à ces deux femmes que la modification du prénom, surtout s’il s’agissait de corriger une erreur, n’était pas très compliquée sous réserve de toutes les démarches que cela entraînait ensuite pour faire correspondre tous les documents administratifs. Les deux ont soupiré et moi, cela m’a rappelé ce colis que j’ai peiné à récupérer car mon prénom d’état civil n’est pas mon prénom d’usage.
Quant à la fâcherie des services d’état civil avec les « a » et les « e », je n’ai jamais entendu dire qu’ils écrivaient « Leuranca » ou « Chentel ». Vous avez dit racisme (sous-entendu institutionnel) ? Vous avez vraiment l’esprit tordu !

Exposer @25

Vue sur "Le confident", casque audio de visite.Rectificatif !

Ce n’est pas le Musée de la marine que je suis allée visiter avec Sarah mais l’Hôtel de la marine ! Je me dois donc de présenter mes excuses au Musée ; et de modifier mon billet initial… ou presque. Je remplace la mention « Musée » par « Hôtel ». Et l’adresse du site Web. Par contre, les notions de grand et petit tour sont les mêmes, ainsi que les tarifs. Je mets à part mon couplet sur le défaut d’accessibilité du site qui s’appliquait au Musée. Celui de l’Hôtel est en effet facile d’usage, comme me l’avait indiqué Sarah.

Version corrigée (28 mars 2022)

Je suis allée visiter l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, avec une amie, le « petit tour » m’a-t-elle annoncé et je n’ai, comment dire, rien vu… Oui, c’est à peu près ça ; et pourtant. Pourtant ?
À l’arrivée, on nous distribue un casque audio en précisant à Sarah (moi, évidemment, on ne me parle pas, la canne blanche, ça ressemble tant à une arme létale) qu’il n’y a aucun texte dans le musée. Chouette non ? Le casque est inconfortable ; ce n’est pas grave la visite a duré vingt minutes. Je n’arrive pas à le manipuler ; les touches sont pourtant en relief ; je ne suis d’ordinaire pas manchote sur le relief… Je n’y arrive pas. Le son est trop fort, je baisse, et me retrouve avec deux messages en stéréo ; celui du casque et celui de Sarah qui me guide, avec une des deux oreilles sur la joue pour l’entendre elle ; compliqué.
Mais pourquoi elle me guide puisqu’il y a de l’audio partout ? Comment expliquer aux concepteurs de cette innovation s’ils ne l’ont pas déjà compris ? J’essaie. Dans le casque, on me raconte l’histoire du musée et de la marine, avec des voix de mauvais comédiens (un métier !) ; mais on ne me dit rien de ce que je vois (boiseries, œuvres, agencement, décors, etc.). Il faut donc bien que Sarah me le dise. Et quand je lui demande « C’est quoi ce tableau ? », elle n’en sait rien, le casque ne le dit pas et aucun cartouche n’est disponible (on nous avait prévenues !)
On se promène donc dans de jolis salons, avec vue imprenable sur la place de la Concorde. On passe dans une salle avec une table vidéo, grande, ronde, qui nous transforme en explorateurs autour d’un planisphère occidocentré… Sarah n’a pas réussi à faire circuler un bateau à partir de l’une des tablettes tactiles incrustées dans la table. Elle sait pourtant lire, écrire, dispose de plusieurs diplômes d’enseignement supérieur et de toutes ses facultés intellectuelles et sensorielles… Elle ne sera jamais marine de la conquête coloniale. Ouf !
Vingt minutes, donc ; et j’ai déjà trouvé ça long. Sarah veut retourner faire « le grand tour », misère ! Je regarde sur le site pour ce billet et m’y préparer, site qu’elle a qualifié de « très bien fait » ; il est facile d’usage pour moi mais sans déclaration de conformité RGAA ce qui augure mal de son accessibilité réelle. J’y découvre que le casque a un petit nom « Le Confident, casque connecté et véritable compagnon de visite, recourt à une technologie en son binaural permettant de redonner vie aux espaces et aux personnages qui ont habité ces lieux. Une expérience de médiation immersive et novatrice pour vivre une plongée au cœur de l’histoire du monument. » Il ne s’agit donc pas de rendre la visite accessible aux déficients visuels car on les immerge sans se demander s’ils savent nager (c’est une métaphore ; je précise, au cas où…).
Je conclus ma réécriture en invitant les concepteurs de cette merveilleuse innovation validiste à se plonger dans un milieu sans information visuelle sur ledit milieu. Noyade garantie… dispensable fonc (surtout si vous devez vous acquitter des 13 euros de la visite) !

PS. Elles sont où les toilettes ?

Copie d'écran du site du musée de la marine, un tel fatras que je suis incapable de vous le décrire.Version originale du dernier paragraphe consacré à l’accessibilité du site du Musée de la marine.
(…) Je regarde sur le site pour ce billet et m’y préparer, site qu’elle a qualifié de « très bien fait » ; c’est dire si elle est fortiche car moi, je ne comprends pas comment y naviguer (ah ! la marine ; je n’ai décidément aucun goût pour le pompon) au milieu de ce grand bazar. Je clique un peu au hasard (ça rime avec bazar) et arrive sur une page « Un grand musée maritime pour le XXIe siècle »… dispensable (surtout si vous devez vous acquitter des 13 euros de la visite) !

Résistance @18

Caddie est une passoire sur la tête, un blouson noir, des gants plein de peinture et des chaussures de rando.Je suis dans le 62, assise à l’avant. Il est 18 heures 30 ; il y a un peu de monde. Des éclats de voix arrivent du fond du bus et me font couper la musique dans le casque afin d’espérer comprendre ce qui se passe. Le ton monte. Deux hommes s’invectivent en arabe. Des voyageurs appellent au calme. Une voix de femme fuse…
— Faites ça chez vous !
Que comprendre ? Un long murmure monte ; les réprobations et les soutiens s’y affrontent. Le bus arrive fort à propos à son arrêt ; le va-et-vient des voyageurs calme le jeu. Je remets la musique dans mon casque. La scène a duré moins de trois minutes. Sale ambiance ! Et au vu des prochaines échéances politiques dans un contexte social tendu, cela ne va pas aller en s’arrangeant.

Agit-prop’ @41

Caddie, barré de tricolore, avec en slogan : 20222 avec Caddie, amour, gloire et roulettes !Mes chers compatriolettes !
L’heure est grave : je dois prendre ma part dans l’union ! Mon slogan de campagne sera « Ni noir ni blanc ; soyons tous vaches ! »
— Caddie ! Prés*iiiii*dent ! Caddie ! Priséd*eeee*nt !
— C’pas ça l’union, Copain Mouton !
— C’est quo*iiii* ?
— C’quand on n’garde qu’un candidat.
— Une seule équiiiipe ?
Non, Petit Mouton, un seul joueur.
— C’est pas ouafrigolo !
— Et puis les a*uuuu*tres ? Ils dev*iiii*ennnent quo*iiii* ?
— On leur ouafcroque le ouafos jusqu’à la ouafmœlle !
Non Helgant, je suis pas cannibale ; juste je reste, et les autres me donnent leur voix. Je suis le seul à incarner la France de toutes les couleurs…
— Et s‘rtout l’gouaille nationale !
— Ça se ouafmange ?
— Non, c’est une foooorme d’amooour !
— D’l’amour vache, l’truc qu’rumine à fond et qu’fait d’lait qui caille dès l’sortie du pie.
— Le p*aaaa*pe ?
— Le ouafnichon plutôt !
— T’connais ça Helgant, l’nichon, hein ?!
— C’est quo*iiii* ?
Rien Copain Mouton, on s’égare ; c’est comme un buuuut où les joueurs font cluster dans la surface de réparation. Et c’est pas le sujet ! Vous en pensez quoi de mon slogan ?
— C’t’ressemble à fond !
— Et puiiiis, c’est comme un baloooon de fooot !
Tu crois que ce serait mieux Petit Mouton, « Ni noir ni blanc ; soyons tous ballons ! » ?
— « Ni noiiiiiir ni blaaaaanc ; soyons tous vaaaaachement baaaalloooons ! »
— Hum, y a d’l’idée, mais mon Caddinounet va pas s’faire écraser par les autres qui veulent toujours rebondir, même quand l’sont cuits.
T’as raison, Petit Koala ; je suis un vainqueur !
— Oouep, Caddidounet, t’as vingt cœurs ! Et c’pour ça qu’t’aime !

« Ni noir ni blanc ; avec moi-Caddie, soyons tous vaches ! »

Tonton @16

Je ne sais pas trop ce qu’évoque le Panthéon pour les uns et les autres mais, à moi, il me fait à peu près le même effet que le tombeau de Napoléon soit l’idée d’un vieux truc moche qui fait partie de notre histoire mémorielle. Mais cela doit être plus que cela, Tonton lui-même s’y étant rendu après son élection en mai 1981. Mon bac que je passais à Montpellier était quelques semaines plus tard mais je m’étais débrouillée pour y être, près de lui ; je suis restée coincée rue Saint-Jacques, loin, très loin… Moins loin que Montpellier !
J’avais participé il y a trois ou quatre ans à une manifestation pour que Olympe de Gouge y entre au nom d’une parité qui y est totalement absente ; j’ai vu passer la candidature de Verlaine et Rimbaud retoquée par la famille qui ne souhaitait pas trop afficher leurs amours (c’est ça ?) ; et voilà que désormais, c’est le tour de Gisèle Halimi.
Je crains qu’elle n’y repose pas tant en paix tant ce tombeau national doit receler de machistes brutassons (c’est une hypothèse au vu de l’âge du capitaine et de la prégnance de la domination masculine) et surtout, je ne comprends pas bien la démarche. Certes, le Panthéon a « vocation à honorer de grands personnages ayant marqué l’Histoire de France hormis pour les carrières militaires » (Wikipédia).
Ils sont actuellement quatre-vingt-un ; la liste de ceux qui n’y sont pas est d’autant plus longue ! Alors bien sûr, on peut y installer des symboles, Gisèle Halimi comme tant d’autres, et les débats de qui-y-va-qui-n’y-pas pas avèrent que les oubliés sont tous légitimes à un titre ou à un autre. Je reste néanmoins assez dubitative sur le fait de mobiliser nos forces sur ces entrées, ce d’autant que les décideurs de cela sont de bons petits soldats de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste.
La question demeure : comment honorer celles et ceux qui ont « marqué l’histoire de France », surtout celles, depuis la Révolution ? En n’oubliant pas ce qu’elles (ou ils) ont dit et fait, déjà ; et ne pas réinventer l’eau chaude à chaque combat. En se levant chaque matin avec l’idée de poursuivre leur action plutôt que de se complaire dans un quotidien domestique.
— En pétant sa gueule à l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui nous opprime…
Caddie ! On ne parle pas comme ça sur le blogue, c’est important, la mémoire.
— Pas moins que la révolution !

Incyclicité @37

Il y a quelques jours, Frédéric faisait un billet sur un son et lumière aux Invalides, pointant un commentaire tendancieux à propos de Napoléon (le premier) et son tombeau, je cite : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… » J’ignore à quelles « controverses » il était fait référence, Frédéric a pensé au fait que l’Empereur était un esclavagiste ; c’était aussi un fou sanguinaire, à la pensée totalitaire, etc.
Cela dit, au moins pour l’esclavagisme, je ne sais pas en quoi ce serait une « controverse », euphémisme sans doute de la part des auteurs du son et lumière tant ce me semble un fait incontournable. Même en ignorant l’euphémisme, je ne vois pas trop comment ledit tombeau pourrait porter à la méditation. L’endroit est froid, tapageur, pompeux et, pour le moins, dans une esthétique qui m’échappe totalement.
J’avoue d’ailleurs que je n’aurais jamais eu l’idée de visiter ledit tombeau sans une envie urgente de faire pipi.
— T’as fait pipi sur le tombeau de Napoléon ?
Presque, Caddie, presque. Tu connais la chanson, « Pas pipi à Paris » ? Cette fois-là, j’étais également avec Sarah et, faute de trouver des sanisettes, nous sommes entrées dans le musée des Invalides dans lequel j’accède gratuitement avec ma carte d’invalidité. Nous en avons profité pour regarder vite fait une expo sur… je ne sais plus, il y a avait des uniformes et objets militaires ; et faire un crochet par le tombeau de Napoléon, puisque nous y étions.
Je garde un souvenir soulagé de ma miction, c’est tout. Pour ce qui est de ma méditation, chaque fois que je remonte l’avenue de Breteuil, je fais une triangulation « à plat » avec mes tours et on se régale d’apostropher le dôme des Invalides pour traiter l’esclavagiste qu’il héberge. Le dôme n’y est pour rien, bien sûr ; mais ça nous amuse, avec mes Tour, surtout quand il nous raconte qu’il fuit un peu et fait pipi sur le tombeau à la moindre occasion.
— Justice est faite !
Il faudrait plus que ça, Caddie ; mais c’est un bon début.

 

Dixit @15

Fin août, je me suis rendu nuitamment aux Invalides pour un spectacle en son et en lumière sur l’histoire du lieu au travers les âges.
Je n’insiste pas sur la beauté formelle de ce spectacle, elle était indéniable. Le fond du propos m’a semblé lui plus problématique, c’est le moins que l’on puisse dire.
Déjà, rapprocher graphiquement sur une même façade la fleur de lys de la monarchie (Louis XIV ayant fait bâtir les premiers bâtiments), l’aigle impérial de Napoléon et la croix de Lorraine de de Gaulle était audacieux quoi que l’on pense des uns et des autres mais entendre des propos comme : « Lorsque l’on entre en ces lieux (comprendre « pour visiter le tombeau de Napoléon »), on oublie toutes les controverses pour entrer dans une méditation profonde… », c’est un peu fort de café comme auraient pu dire les esclavagistes !

Pucer @40

Reprendre le métro après neuf semaines de grève, au-delà de la sensation de retrouver un vieil ami tout en me disant que je l’utiliserai avec modération pour le plaisir de marcher, réserve des surprises. Est ainsi apparue à la station Invalides une borne fort étrange.
J’envoie une photo à Isabelle qui me répond dans la foulée :
— C’est pour aspirer les données des téléphones et les revendre ?
C’est à peu près ce à quoi j’avais pensé. J’ai fait cinq minutes de recherches et n’ai rien trouvé sur le site de la RATP, juste cet article d’un blogue qui confirme qu’il s’agit d’une borne pour se connecter en Wifi et recharger son téléphone (et aucune n’est annoncée à Invalides). C’est donc bien secret, cette affaire ; et quand c’est secret… J’espère lancer là une nouvelle théorie du complot, celles qui entourent le 2019-nCoV devenant franchement insupportables, surtout quand elles portent à la discrimination et à l’exclusion des personnes qui auraient un lien quelconque avec la Chine et l’Asie.

Ailleurs @40

Alors que je fais des courses dans un supermarché de mon quartier, j’avise dans le congélateur de poissons une boîte de sushis. Sur cet emblème de la gastronomie japonaise est apposé un bel autocollant promotionnel. Il y a écrit dessus « Nouvel an Chinois » (sic).
Ah ! sans doute que pour ceux qui ont voulu profiter de cette aubaine de toutes les fêtes et de leur potentiel capitaliste tous les Asiatiques se ressemblent et ils sont si proches, juste une mer entre eux. N’est-ce pas un beau résumé d’un racisme latent ? Celui de certains qui sont prompts à hurler si on confond deux AOC de régions différentes et s’étrangleraient si on apposait sur une boîte de cassoulet « Fête de la bière Munichoise » (je reste dans le ton typographique) mais pour lesquels les « bridés » sont tous un peu pareil, pas de quoi en faire un fromage. De quoi surtout couper l’appétit.

Grand homme @28

Une grande femme est célébrée pour son courage : Rosa Parks. Elle incarne la lutte pour les droits civiques et contre la ségrégation raciale. Qu’une station de métro ou un collège portent son nom permet de le faire connaître aux plus jeunes et de rendre hommage à son action.
Récemment, en marchant dans Paris (activité très prisée ces derniers temps), je découvre une chaîne de restaurants Rosaparks. Quoi ? Oui, oui. Et le site l’assume « Savourer de délicieux burgers, dans un lieu inspiré par l’histoire, c’est ce que nous avons imaginé pour vous. Nous rendons hommage aux grands de ce monde et aux burgers! Un concept original, des burgers savoureux, une cuisine maison, saine et bio, un combo parfait! » (je laisse la typographie d’origine). Tout est à l’avenant, de la cuisine bio (issue de « l’Agriculture biologique » dont je vous laisse apprécier la majuscule), du fait maison, du zéro déchet alimentaire, l’éloge de l’authenticité factice du moment (inventons des lieux avec des objets du passé)… pour des hamburgers. Pauvre Rosa Parks, mise à toutes les sauces, avec son nom agglutiné pour devenir une marque.
Je privilégie le fait maison avec des produits bio, mais une telle démarche commerciale ne m’apparaît que comme une récupération lamentable. Aucune chance que je mange dans un tel endroit. Et bien sûr la livraison à domicile est vantée, avec Deliveroo. Ce n’est plus une question de place dans le bus, les livreurs sont en deux-roues à leurs risques et périls. Le combat pour les droits, sociaux cette fois, continue.