Archives par étiquette : Bienveillance

Cuisine @39

Affiche électorale de Olivia Polski ; sa photo, et les mentions habituelles (présentation, partenaires, etc.)Mes camarades, mes camaradettes,
Ma grande conscience politique, mon immense sens des responsabilités, ma remarquable finesse d’analyse, mon extraordinaire esprit de clairvoyance, mon incroyable sensibilité, mon exceptionnelle capacité de maîtrise…
— Sûr qu’il l’parle pas d’lui.
— Laaaaa maîtriiiiise de Caddie ?!!!
— C’est exceptionn*eeeeeee*ll*eeeeee*ment ab*eeeee*nte qu’*iiiii*l veut dire.
— Aaaaaah ! Lààààà, ouiiii !
— C’qu’est sûr qu’pour l’modestie, c’est bien d’mon Caddinounet qu’il l’parle.
Mais, je n’ai pas fini !
— On a bien capté l’début.
Bon, bien, donc, je voulais dire qu’après d’intenses réflexions, j’ai pris une décision sage mais déchirante, proportionnée mais difficile, juste mais…
— Bien capté c’point là aussi.
Le blogue va être un temps suspendu.
— C’est duuuuuuuuur
— Sn*iiiiiiii*ff…
— On va r’venir, pour sûr l’Mouton !
Nous devons soutenir les engagements militants politiques de ma ménagère albinos et soutenir la Principalate du repos dont elle a encore besoin… surtout qu’elle soutient ma ménagère, ce qui n’est pas toujours de tout repos. Je suis indispensable et accepte ce sacrifice qui n’en est pas un, tant est fort mon amour pour ma ménagère et la Principalate. Enfin, moi et vous, bien sûr.
— L’est attachée hors classe, mais c’t vrai qu’Classette, c’est pas l’classe.
— Ouiiiiiii, on soutiiiiient !!! On les aiiiiiime !
— C’t’l’engagement de toute l’bande ! Tout l’monde derrière l’cheffes d’bande qu’on a*iiiii*me.
— Ouafoui ! Ouafengagement ! Ouafrepos ! Ouafamour !
— Et du f*ooooo*t !
— Exact, ç’va ensemble.
Le blogue reprendra après cette période de réserve électorale, réserve énergétique, pour que la bande puisse pendant ce temps-là dépenser sans compter en amour, foooot et tasse de thé.
— On vous les aime l’Hétéronautes. Ç’va pas durer bien longtemps.
— A trèèèèèèès bientôôôôt !
— Ouiiiii bient*ôôôô*t !
— Ouafbisous !

Agit-prop’ @45

La fin d'un feu sur la chaussée, sans doute une poubelle ; Je voulais absolument participer au défilé du 1er Mai ; une semaine après la réélection du président ni social ni très démocrate, il me semblait important de défiler aux côtés des organisations syndicales pour pousser à une union des forces de gauche aux législatives. J’avais un peu les pétoches, mon dernier 1er Mai s’étant achevé au milieu des lacrymogènes même si j’avais pu quitter in extremis le cortège avant que les forces de l’ordre ne nassent complètement les manifestants pour mieux les réprimer.
Depuis que je suis ado, je n’ai jamais frappé personne (hormis un gars qui avait fait preuve de violences à l’égard d’une copine en cité U) ni détérioré un bien public (hormis un camion militaire et une route nationale sur le plateau du Larzac en 1980). Par contre, j’ai participé à de très nombreuses manifestations, j’en ai organisé (des autorisées et des plus interlopes) pour défendre mes droits, mes idées, la liberté. Je n’ai jamais reçu un coup de matraque, j’ai inhalé beaucoup de lacrymogènes, j’ai quelques fois été portée à bras de policiers casqués et bottés alors que je refusais d’évacuer un bâtiment public.
Jusqu’à il y a une dizaine d’années, j’estimais que la police était là pour me protéger ; si je respectais les règles, je ne risquais rien. Les manifs sur les retraites (et d’autres) m’ont contrainte à changer d’avis et à désormais chercher systématiquement la protection des services d’ordre de la CGT. Que l’on ne s’y trompe pas ! Ce n’est pas des « casseurs » dont j’ai peur ; mais de la police de mon pays ; celle de Charonne qui ressurgit à chaque mouvement social et politique que les gouvernements ne savent pas gérer autrement que par une répression policière qui instrumentalise la violence de certains mouvements politiques.
Ce 1er Mai 2022 n’a pas échappé à la règle. Je suis passée avec le cortège après les feux et les cassages : je n’ai pas senti de lacrymogènes mais beaucoup de shit ! J’en ai conclu que la police avait des ordres pour que cela ne se passe pas « trop » mal. J’ai vu le reste du fameux « feu de palettes » qui a déclenché tant de passions. J’ai vu la vitrine de l’agence immobilière pleurée par la gent épicière. J’ai vu les Abribus. J’ai fait quelques microbillets Twitter que vous pouvez lire. Et j’ai vu, lu, les « retours médias » de cela mais pas un mot sur la sortie au compte goutte de la place de la Nation, les centaines de policiers en rangs serrés, la démonstration de force d’un pouvoir qui ne sait pas gérer la contestation sociale au point d’en solliciter la violence.
J’ai été fouillée à la sortie de la place de la Nation, si bien d’ailleurs que ma canne blanche qui, repliée, a un air de matraque, n’a pas été trouvée. Je n’ai pas eu peur. J’étais prête à affronter la violence policière avec les méthodes que je connais : s’asseoir, se protéger la tête avec les bras, serrer les dents. Et j’y retournerai. Je ne veux plus avoir peur. Je ne veux plus donner raison à l’autoritarisme d’un ordre public au service du libéralisme en restant chez moi. J’ai le droit de manifester. L’État à l’obligation de me protéger et de protéger ce droit. Peut-être vais-je prendre des coups ? Je m’y prépare.

Paris @72

Facsimile non lisible du courrier reçuIl y a quelques semaines, j’ai reçu un courrier personnalisé de mon bailleur et de celui de l’immeuble d’en face me proposant d’héberger des réfugiés ukrainiens en précisant les conditions légales de cet hébergement (accompagnement par le Centre d’action sociale, occupation à titre gratuit, etc.). Mon bailleur insiste sur sa « mobilisation » depuis « le début de la guerre ». C’est-y pas gentil ? Et généreux ?
Ma première réaction a été de me dire « Tiens, ils veulent vérifier les déclarations faites dans les enquêtes logements », considérant que ces déclarations bisannuelles permettent d’établir l’occupation du logement, les revenus des locataires, donc de mener des calculs savants sur le montant du loyer et le maintien (ou non) du droit au bail. Cette réaction témoigne de la confiance que j’accorde d’emblée à mon bailleur.
J’ai pensé ensuite à tous ces locataires qui réclament à mon bailleur (ou à un autre) qu’il fasse des travaux dans leur logement parfois insalubre, mal chauffé, mal isolé, infesté de nuisibles… Ce n’est pas bien de penser cela ; les réfugiés ukrainiens ont des problèmes autrement plus compliqués que les nôtres et les souris qui se promènent dans un logement ne sont rien face au vécu dans le métro de Kiev ; quant à ces locataires qui vivent dans des appartements parsemés de gouttières… cela leur rappellera les caves de Kharkiv.
Je sais, je ne devrais pas faire de l’humour noir avec un sujet si difficile ; il y a bien sûr des locataires dont les logements sont confortables (le mien, par exemple) dans des immeubles en bon état (le mien, si je fais exception de l’ascenseur, de ma cave ouverte quatre fois en six mois, des soirées deal et conso tous les soirs dans les parkings…). Il y a donc des locataires qui peuvent héberger des réfugiés ukrainiens et j’imagine que beaucoup n’ont pas attendu que notre bailleur le suggère pour le faire.
Ce qui achève de me porter à l’ironie pourtant c’est que, de mémoire (vous me dites si je me trompe), mon bailleur ne m’a jamais suggéré d’héberger des réfugiés syriens, libyens, somaliens… ; pourquoi donc ? Vous dites ? Ils sont noirs et pas très chrétiens ? Je ne peux imaginer que c’est la raison, le « racisme institutionnel » étant une vue de l’esprit gauchiste. Non ?
— Gauchiste !
Caddie !

À table ! @82

Un sandwich wrap dans son emballage dans ma main.J’ai vécu il y a quelques jours une expérience commerciale surprenante. Je rentrais du judo, faisant un bout à pied pour me détendre. J’avais à la maison de quoi dîner mais il m’arrive parfois d’avoir envie de manger quelque chose d’industriel trop-gras-trop-salé-trop-sucré (pléonasme), le tout en marchant. Je ne sais pas à quoi cela correspond à part rompre avec l’habitude de ma soupe maison et mes assiettes de crudités. Cela me permet aussi de me dire que je préfère ce que je fabrique moi-même et de lever l’illusion du bon-tout-prêt cher, calorique et contraires à mes idéaux.
Sur ma route, il y avait un Monoprix ouvert jusqu’à 22 heures… il était 20 h 55, une heure où d’ordinaire je me refuse à mettre les pieds dans un commerce… sauf pour manger. Ouf ! ma conscience syndicale était sauve. J’entre dans le supermarché et ma première surprise est de constater qu’il n’y a pas un client (au moins dans mon champ de vision, réduit, il est vrai). Je tombe directement sur le rayon des sandwichs. Après un long examen (je prends, je regarde de quoi il s’agit avec le zoom du téléphone, je cherche la DLC et le prix, je repose, prends le suivant…), je me décide pour un wrap. J’adore ! Ça ressemble à du carton sucré ; exactement ce qu’il me fallait.
Je cherche une caisse, les fais toutes : fermées et pas une caissière en vue (basse) ! Je m’inquiète et sors ma canne blanche (ça aide à se sentir moins égarée). Un chaland me double et fonce vers les caisses automatiques. Je le suis. Il a déjà payé le temps que je me gratte la tête. Que faire ? Partir sans payer ? Renoncer à mon sandwich ? Je vais à l’accueil et y trouve un humain en la personne du vigile. Il m’explique qu’il faut utiliser les caisses automatiques.
— Je ne peux pas, elles ne sont pas accessibles.
Je n’en sais en fait rien mais le suppose. Le vigile m’accompagne.
— C’est simple, vous scannez le code-barre.
Je pose mon sandwich sur le plateau devant le scanner. Le vigile insiste.
— Il faut scanner !
— Scanner quoi monsieur ? Avec quoi ?
Il soupire, prend mon sandwich et le tourne dans tous les sens pour trouver le code-barre caché sous la couture du plastique (le coquin !) Il scanne, une fois, deux fois… cinq fois ; ça ne passe pas. « Simple » as-tu dit mon gars ? Je rigole sous mon masque en taisant toute remarque. Le vigile attrape l’espèce de pistolet qui permet de scanner ; il tente ; en vain. Il se met alors à saisir le numéro sur la machine ; perdu. Il active enfin un moteur de recherche où il recopie consciencieusement le nom du produit.
— 4,39 euros ! [de mémoire]
Pour 180 g de carton… Je lui tends un billet de 10 euros. Il commence une phrase…
— Il faut mettre le…
Il s’arrête net, prend mon billet, paie et me rend la monnaie. On se dit au revoir et je m’en vais manger mon wrap en marchant, troublée par cette expérience d’un magasin sans caissières. C’est ça le progrès dans la grande distribution ? La prochaine fois, je testerai la nouvelle sandwicherie à quelques pas ; c’est compliqué car je ne vois pas ce qu’ils proposent mais qui sait, peut-être auront-ils l’amabilité de tout me décrire ?

Exposer @26

Fragment d'une œuvre de charles Ray, une grande sculputre avec une dame allongée, le corps revouert de dessins de fleurs, sa main à son pubis.Je continue dans la rubrique musée, cette fois à partir d’une expo qui m’a touchée : Charles Ray au centre George Pompidou (jusqu’au 20 juin 2022). J’y suis allée avec Sarah, tout à fait par hasard ; nous devions nous balader ; il pleuvait dru ; nous sommes entrées à Beaubourg nous abriter ; et nous avons savouré ces sculptures et pas uniquement parce que « la dame se touche le zouzou ».
Oui, Sarah parle comme ça, parfois ; surtout quand elle veut attirer mon attention ! Il y a beaucoup de choses à voir dans un musée ; j’ai le zoom photo de mon téléphone pour m’aider (cela n’a pas toujours été le cas) ; mais si je suis occupée à gérer mon environnement et à chercher à voir (« savoir ce qui est où ») l’essentiel (la beauté ?) m’échappe. Notre rituel de visite est calé sans être véritablement explicité : elle me lit les présentations générales, puis je marche au centre des salles pendant qu’elle en fait le tour ; je m’imprègne et capture ce que je peux au passage.
Et puis, une main s’abat sur mon col ; Sarah me chope et me déplace (mieux qu’un judoka), me plante devant une œuvre, en dit ou non quelque chose et me laisse là. Parfois, je l’interroge, lui demandant des explications sur fond de « Qu’est-ce que c’est ? » ; il y a eu par exemple cette petite sculpture de Charles Ray, un petit tas grège au sol ; je n’étais même pas sûre que c’était une œuvre ; Sarah décrit, en toute subjectivité, s’aidant parfois des cartouches.
Et on repart… Parfois, on y revient ; le même jour ; ou un autre si cela nous a semblé important de revoir. Quand je m’ennuie, c’est que l’émotion ne passe pas. Je laisse à Sarah le temps de regarder, sans (trop) protester. Elle n’est pas du genre à s’appesantir devant les œuvres. Cela me va. Pour cette expo ce n’est pas le zouzou qui m’a le plus fasciné, mais la voiture et le pied que j’ai vu en nain. On y retournera.
À force de musées et visites, j’ai fini par demander à Sarah si le fait de nourrir mon œil ne portait pas préjudice à sa propre visite, ne contraignait pas ses émotions.
— Non, c’est un partage.
Oui, mais quand même. J’ai pris l’exemple de notre « visite » du camp d’Auschwitz-Birkenau, quand l’émotion est telle que parler est impossible. Ne la privé-je pas du plus intime en l’obligeant à me décrire ce qu’elle voyait ? Ma question l’a laissée dubitative, presque sans réponse tant cela ne lui était pas venu à l’esprit. Quant à moi, j’ai appris à voir ce que je ne vois pas à partir de descriptions qui m’ont été faites du monde et ce média ne gâche pas mes émotions ; je le raconte dans Tu vois ce que je veux dire. Que j’aime le monde de ceux qui aiment partager le leur ; une joie en cinq dimensions (trois pour l’autre, deux pour moi) ; pauvres sont ceux qui se privent de cela.

Anniv’ @51

Pour ses dix ans, Cécyle a fait un dessin d'anniversaire à Helgant.Le délire ! Ah ! Oui, le délire. Pour l’anniversaire de notre cher grand ami Helgant, nous chantons, dansons, chantons, jouons de la musique, chantons… Je vais vous interprèter ma version de l’hymne du jour, car je suis un chanteur exceptionnel, un grand talent, un…
Mon Caddinounet, c’est Helgant l’roi d’l’fête, alors vas-y, chante !

J’ai dix ans
Je sais que c’est vrai, j’ai dix ans
V’nez manger avec moi pour mes dix ans
Ça fait du bien d’fêter ses dix ans,
Ça parait normal,
Si tu viens pas hé
J’vais pleurer à la récré

J’ai dix ans
J’suis un beau chouchou et j’rattrape
De belles balles, rapidement
Moi je caracole, fièrement,
Je rêve, je vole…
Si tu n’viens pas hé
J’vais gémir à la récré

Dans la forêt, je m’balade,
Je suis l’roi d’l’promenade.
Je vais pisser sur les jonquilles
C’est si bon, j’aime ça tant !

J’ai dix ans
J’suis copain avec l’roi des roulettes, épatant !
Les Mouton que je vois souvent
Au fooooot, c’sont des géants
Pas des petits hommes verts
Si tu n’viens pas hé
J’serai tout triste à la récré

J’ai dix ans
Des balles plein les poches, j’ai dix ans
Les croquettes, c’est l’top, j’ai dix ans

Laissez-moi rêver pour mes dix ans
Si tu n’viens pas hé
J’serai malheureux à la récré

Bien au chaud dans HelCar
Je dépasse les autocars.
J’ai du dentifrice sur toutes les dents
Contre le tartre, c’est barbant !

J’ai dix ans
Je sais que c’est vrai que j’ai dix ans
V’nez rêver avec moi pour mes dix ans
Ça fait du bien d’fêter ces dix ans,
Ça parait normal,
Si tu n’viens pas hé
J’vais pleurer à la récré
Si tu n’viens pas hé
J’avais gémir à la récré
Si tu n’viens pas hé
Snif pour moi
A la récré
Dur pour moi
A la récré

Grand homme @45

Caddie sous la neigeCaddie a appris que « La loi simplifie le changement de nom de famille (…). Chacun, à ses 18 ans, pourra demander en mairie de choisir son nom de famille pour garder celui de sa mère, celui de son père, ou les deux. » Cette nouvelle l’a complètement excité mais aussi dépité. Les Mouton ont compris que c’est parce que Caddie n’a pas de nom de famille et ne connait ni son papa ni sa maman. Ils ont essayé de lui en trouver un avec les mots qui lui tiennent le plus à cœur : Président ? Dentagueule ? Couderoulet ?
Après concertation, il a été décidé de lui laisser son seul, son vrai nom. Pour le rassurer, la bande lui a expliqué que son caractère unique, sa grandeur, sa magnificence, son talent incomparable permettait de l’identifier avec ce seul nom. Il n’y a pas à dire, Petit Mouton est un amour, car supporter Caddie dans une grande séance de flatterie est un exercice épuisant. Ah ! le dévouement des amis…

Noël @50

Le balai décrit dans le billet posé sur le sol de ma cuisine. J’ai toujours cultivé des réserves à l’égard de ce qui serait « magique » au sens de ce qui « tombe sous le sens » ou qui agit sans que l’on ne fasse grand-chose. Inversement, je ne suis pas opposée à un certain progrès et j’aurais, en son temps, d’emblée adopté la roue plutôt que de traîner mon fardeau. C’est dans ce contexte que ma voisine, passée boire un café, me suggère d’investir dans un « balai magique » alors qu’elle voit au milieu de la cuisine ma serpillière, le seau et le balai-brosse qui vont avec.
Je résiste, peu encline à investir « moins de 5 euros » dans du plastique chinois ; elle argumente sur fond d’expérience millénaire en matière de ménage, me montre l’endroit où je pourrai le ranger ; je ne dis pas oui mais, quelques jours plus tard, elle sonne et brandit, victorieuse, ledit balai acheté un dimanche, « en promo » (3,99 euros) ! Comment résister, même si elle m’a un peu forcé la main ? J’aime beaucoup ma voisine et, qui sait ? Peut-être que le balai magique fonctionne ?
Sur le pas de la porte, elle le déballe et me montre comment déplier le manche télescopique.
— Il faut tirer d’un coup sec.
Ce que elle, et se retrouve avec les deux morceaux en main.
— Mon mari le fait bien…
Elle s’arc-boute sur le manche, le replace, va pour le replier ; je l’arrête, préférant qu’il reste en un seul morceau. Elle ouvre la partie balai, me montre l’espèce de lavette « qui prend aussi les miettes », et qui « dure longtemps ». Pour faire sécher, on laisse tout en place. Magique !
Un dimanche matin, je tente l’expérience ; ma cuisine (5 m2) n’est pas très sale ; ça me semble un bon test. Je récupère le balai magique dans la salle de bains, sors difficilement la lavette, la mouille à jet continu, peine à l’essorer, mets du produit sur le sol et attaque mon carrelage à bon train (et bonne humeur). Au premier mouvement, le manche se recroqueville en lui-même. Je tire un coup sec… et me retrouve avec deux morceaux. Je ne tente pas longtemps de le reconstituer et poursuis mon ménage courbée sur la partie restante.
Le balai virevolte sur mon carrelage, tournant dans tous les sens à une vitesse et dans des directions que je ne maîtrise pas. J’essaie tant bien que mal de parcourir toute la surface puis me mets à genou pour regarder le résultat ; mon carrelage est passé de l’état sec-sale à l’état mouillé-sale. Je reste calme (et joyeuse). Je remise la magie ménagère dans la douche, reprends ma serpillière, adopte la posture de Cendrillon (avant le carrosse), passe un coup en frottant les taches (que je ne vois que dans cette posture), rince dans le seau, repasse un coup cette fois debout avec le balai-brosse, puis un dernier avec un chiffon pour essuyer.
Voilà, c’est réglé. Reste maintenant à expliquer à ma voisine que la magie et moi… sans la froisser, ça va être compliqué ! Je pense que je vais arguer que comme je vois mal, il ne faut pas un truc qui tourne dans tous les sens car je ne sais pas trop ce que je fais… Elle en sera désespérée, c’est sûr, sa compassion à l’égard de ma déficience visuelle étant aussi sincère qu’absolue ; mais c’est toujours mieux que de tenter de lui dire que ce balai en plastique est un produit inutile et délétère. J’ai acheté mon balai-brosse en quittant ma cité U en 1988 ; la serpillière, elle, a au moins dix ans ; le seau (dont l’eau sale me sert ensuite de chasse d’eau) est un seau à compost mis au rebut pour avoir perdu son couvercle ; et mes chiffons, ce sont des taies d’oreiller élimées ; les meilleurs !

Extravagance parisienne @76

L'image montre des en-têtes de diplômesEn janvier 2022, je me suis aperçue que je n’avais jamais demandé mon diplôme de maîtrise de Philosophie, j’ai juste une attestation qui devait être échangée contre le diplôme comme c’est écrit dessus. Je n’avais pas non plus mon diplôme de DEA (diplôme d’études approfondies, qui était la première partie du 3e cycle donc de la formation doctorale) de Sciences cognitives, mais un relevé exhaustif des notes par matières. J’ai passé la première en 1994 et le second en 1997. Je ne sais plus trop ce qui s’est passé pour que je ne demande pas ces diplômes, sachant que j’ai arrêté ma formation initiale universitaire après le DEA.
Je me suis demandé s’il était possible de les récupérer des années après. Pour m’en assurer, j’ai envoyé un lundi soir un courriel à des destinataires trouvés sur les sites de la faculté de Tours (secrétariat de philosophie) pour la maîtrise et à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), service des thèses pour le DEA.
Le lendemain matin, j’avais des réponses des deux institutions. À 8 heures 20, la secrétaire des études doctorales de l’EHESS m’a répondu qu’il y avait bien un diplôme de DEA de Sciences cognitives à l’époque, imprimé à la demande écrite de l’étudiant. Elle a pris note de ma demande et me recontactera à l’issue des quelques mois de délai pour obtenir le document.
À 9 h 30, la secrétaire à Tours m’écrivait qu’elle avait vérifié mon dossier et me demandait le scan de pièces complémentaires pour lancer l’impression de mon diplôme. Il faudra sans doute que j’aille le chercher sur place. Voilà une belle occasion de retourner dans cette jolie ville.
Ces messages positifs, rapides et d’un ton cordial m’ont donné la pêche. Et je vais pouvoir compléter mes archives universitaires, vingt ans plus tard.

Kendo @55

Photo de dos, mon prof et moi.J’ai des journées plus difficiles que d’autres, comme tout un chacun. L’autre mardi, j’étais à la peine, triste, apeurée. Il faisait froid. J’étais fatiguée et enrhumée, aussi. Après être passée chez une amie qui m’a proposé de verser ma larme au chaud d’un café et d’une brioche maison, je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi, me caler sous un plaid, tablette sur les genoux, musique, et bouquiner. Des enfants m’attendaient sur un tatami ; mon professeur que j’aide serait en retard ; il me fallait y aller, être à l’heure, passer mon kimono dans la fraîcheur des vestiaires (16° environ), salut, échauffement…
J’ai pressé le pas entre la porte de Pantin et la place des Fêtes, senti dans la rue d’Hautpoul les larmes guetter l’instant où le souffle serait le plus court, monté le son dans le casque laissant Dana Kerstein me fendre le cœur (une vieille histoire qui fait encore mal) et me suis présentée à la porte de mon dojo en me demandant comment j’allais ne pas m’effondrer. J’étais (presque) en retard. Un seul enfant pourtant était arrivé : il était en kimono et chaussettes, avec sa maman et la dame qui accueille nos jeunes judokas.
On se dit bonjour. Fier, il me dit « Je suis arrivé avant toi ! » (la ponctualité fait partie des apprentissages du judo) ; je me suis sitôt excusée, fonçant me changer dans le vestiaire des filles. En cinq minutes, quatre autres enfants sont arrivés et je leur mettais du gel sur les pieds et les mains à l’entrée du tapis. Encore deux minutes, et nous étions prêts pour le salut. Ma tristesse était encore bien là, avec une boule dans la gorge. Je les regarde.
« Re.
« Rtisu.
« Re.
« Aujourd’hui, on travaille debout. Vous courrez dans tous les sens… »
Cinq judokas de quatre et cinq ans auront-ils suffi à me faire oublier ma peur et ma tristesse ? Je cours avec eux, enchaîne les exercices, leur montre un déplacement qu’ils ne connaissent pas et où ils s’emmêlent joyeusement les pieds. Mon professeur arrive et prend la relève. Nos rôles sont désormais bien répartis. On se concentre sur nos élèves et notre enseignement en se faisant des blagues. Les cours s’enchaînent. À la fin du troisième, ma tristesse et ma peur ont repris le chemin du tréfonds, là, présentes sans m’empêcher d’agir, de rire, de savourer l’amitié de Isabelle avec qui on partage en soirée un sandwich les mardis.
Une journée difficile ? Oui. Mais une journée heureuse. Je comprends ce matin que j’ai senti comme une obligation de ne pas faillir avec les enfants et que je me suis prise à mon propre jeu. Décidément, les enfants… des lutins malins !