Archives par étiquette : Albinos

Galère @18

Copie d'écran d'un mail. Liste de produits absent de ma commande, leur prix est barré et remplacé par 0Quand je me suis cassé la cheville, j’ai eu besoin de me faire livrer mes courses. J’avais opté pour Carrefour, je vous renvoie sur ce billet. À l’usage, c’est aussi pratique que compliqué.
* L’appli est totalement inutilisable pour moi ; le site n’est pas facile à utiliser ; il me faut un grand écran. Faire mes commandes me prend donc du temps, ce d’autant que je cherche les meilleurs prix, les promos, et que je mange plus de fruits et légumes que de produits transformés.
* Il faut jongler avec les produits indisponibles, qui sont légion. Et en fin de compte, il y a plein de choses que je ne trouve pas, ou qui n’existent pas à des prix acceptables (les fruits et légumes notamment).
* Je dois avoir un minimum de commande de 50 euros. Ce n’est rien, 50 euros ; pour moi, c’est beaucoup en une seule fois même avec les produits pour la maison, la toilette, un peu d’épicerie. Heureusement ma voisine consomme des sodas et de l’eau en plastique. Ça m’aide (qu’est-ce que ça coûte cher ces choses-là !)
* Quand je « gagne » un bon d’achat (c’est arrivé deux fois), c’est la croix et la bannière pour en récupérer le code (appel au service conso, multiplication des mails…) et pas simple à entrer sur le site.
* Une fois la commande passée et le créneau de livraison trouvé (pas si facile pour éviter de faire bosser des gars en dehors d’horaires civilisés, soit du lundi au vendredi de 8 heures à 18 heures dans la conception que j’en ai), les choses s’arrangent. La livraison est le plus souvent dans le créneau demandé, et en cas de souci (produits manquants, abîmés, moyennement frais, etc.) le remboursement, sur déclaration simple, est rapide.
J’en suis donc globalement satisfaite (j’aime bien les laitages Carrefour, très bons et pas chers… quand ils sont disponibles, bien sûr) ; mais les contraintes restent fortes ; surtout en cas de gros bogue, comme ce mardi 10 mai : un texto m’informe à 7 heures qu’une partie de ma livraison est indisponible : tout le frais, soit des laitages, des fruits et des légumes ; elle est annoncée en retard (alors que bien sûr, j’ai un rendez-vous ce jour-là).
J’ai donc appelé le service commercial et suis tombée sur un homme : charmant, gentil, clair dans ses explications (il est désolé pour le frais et si je ne suis pas là hors du créneau, ma commande me sera remboursée). Ses réponses ne m’arrangent pas ; mais que peut-il répondre d’autre ? Il n’est pas possible dans ce genre de cas de décaler la livraison pour avoir le frais et un créneau plus sûr. Dommage. Je lui en fais la suggestion. Il promet de transmettre.
Ceci étant, je remarque à l’usage que les femmes sont plus empathiques quand je fais état de problèmes d’accessibilité, de contraintes liées à ma déficience visuelle, d’embarras de ne pas disposer des produits commandés (de première nécessité, pour moi) et de devoir activer un plan B. J’y vois là l’expression de la vision genrée des tâches : elles savent en quoi faire ses commissions pèse sur le quotidien et les conséquences d’un défaut d’approvisionnement. Les hommes, eux, ils s’en tapent, leur femme s’en occupe.
Quant au handicap, il est évident que cela leur passe au-dessus de la tête ! Mes interlocutrices, quand je leur parle de ce que ça implique me posent des questions, font des suggestions parfois… Eux, que dalle. Ce n’est pas grand-chose l’empathie ; mais ça fait toujours plaisir quand on est en galère. Est-ce que ça s’apprend à l’école du service commercial ? En apparence, sans doute ; mais le « petit quelque chose » qui fait la différence n’y est pas.

Note. J’ai écrit ce billet alors que la commande n’était pas livrée. Elle l’a été avec 45 minutes de retard et les produits frais y étaient ! Je dois donc à Carrefour 12 euros (moins les bananes qui étaient abîmées). J’ai appelé. Le service compétent devrait m’envoyer un complément de facture. Suspens !

Bigleuse @135

Copie d'écran du site du musée de la marine, un tel fatras que je suis incapable de vous le décrire.J’avais prévu un énième billet sur le défaut d’accessibilité des sites Internet et outils numériques. J’avais comme exemple le Musée de la Marine, que j’ai un temps confondu avec l’Hôtel de la Marine, où l’on trouve une déclaration d’accessibilité (fait rare) qui indique « une conformité globale au RGAA niveau AA de 37,5 % ». Le « AA » ici ne dit rien mais a dû plaire aux concepteurs du site ; le 37,5 % de conformité indique lui que 72,5 % du site n’est pas accessible ; autant dire qu’il ne l’est pas du tout, les besoins des personnes handicapées se situant forcément à cet endroit-là.
J’avais prévu de vous expliquer cela un peu mieux mais je suis fatiguée, fatiguée de répéter, fatiguée d’avoir passé une grosse demi-heure à tenter de récupérer des résultats sur le site de mon hôpital, fatiguée d’avoir dû expliquer au personnel dudit hôpital que la machine qui délivre des tickets et les écrans ne sont pas lisibles et devoir répéter l’histoire par mail au responsable accessibilité après le lui avoir déjà dit au téléphone, fatiguée d’avoir dû renoncer à une enquête conso car le zoom à l’écran rendait la navigation impossible, fatiguée d’avoir tourné en rond un quart d’heure sur un site public d’aide sociale, fatiguée de ne pas lire certaines info-images sur Twitter envoyées par des élus ou des institutions, fatiguée… et la journée n’est pas terminée quand j’écris ce billet.
Je vais aller faire du vélo. Cela me fatiguera moins.

Gentil @6

Image brouillée du logo de Canal+ on lit quand même "anal+"J’ai eu de nouveau des problèmes avec mon fournisseur Internet. Je ne sais encore si je vous en ferai le récit par le menu dans un billet en mode feuilleton. Pour l’instant, je me contente d’une anecdote qui a égayé la longue marche vers le rétablissement de ma connexion.
Je suis allée en boutique chercher une clé 4G, la solution transitoire du partage de connexion épuisant mon téléphone. L’employé a tout fait bien comme il faut, avec courtoisie et empathie ; il a notamment recopié le mot de passe de connexion dans une note gros caractères sans que j’aie besoin de demander.
Quand j’allais partir, il m’a proposé de m’offrir « un mois et demi de Canal+ » ; je lui explique que je ne regarde la télé qu’en audiodescription. Je lui ai demandé si les films l’étaient sur Canal+. Il ne savait pas. Et les films X, il y en a toujours un par mois ? Il a ri. J’ai ajouté :
— En audiodescription, ça doit être terrible un film X !
Je l’ai senti pouffer sous son masque avant de ne plus pouvoir se retenir et éclater d’un rire franc et joyeux. J’ai dû assurer la blague de la semaine chez Bouygues. Je m’en réjouis.

À table ! @82

Un sandwich wrap dans son emballage dans ma main.J’ai vécu il y a quelques jours une expérience commerciale surprenante. Je rentrais du judo, faisant un bout à pied pour me détendre. J’avais à la maison de quoi dîner mais il m’arrive parfois d’avoir envie de manger quelque chose d’industriel trop-gras-trop-salé-trop-sucré (pléonasme), le tout en marchant. Je ne sais pas à quoi cela correspond à part rompre avec l’habitude de ma soupe maison et mes assiettes de crudités. Cela me permet aussi de me dire que je préfère ce que je fabrique moi-même et de lever l’illusion du bon-tout-prêt cher, calorique et contraires à mes idéaux.
Sur ma route, il y avait un Monoprix ouvert jusqu’à 22 heures… il était 20 h 55, une heure où d’ordinaire je me refuse à mettre les pieds dans un commerce… sauf pour manger. Ouf ! ma conscience syndicale était sauve. J’entre dans le supermarché et ma première surprise est de constater qu’il n’y a pas un client (au moins dans mon champ de vision, réduit, il est vrai). Je tombe directement sur le rayon des sandwichs. Après un long examen (je prends, je regarde de quoi il s’agit avec le zoom du téléphone, je cherche la DLC et le prix, je repose, prends le suivant…), je me décide pour un wrap. J’adore ! Ça ressemble à du carton sucré ; exactement ce qu’il me fallait.
Je cherche une caisse, les fais toutes : fermées et pas une caissière en vue (basse) ! Je m’inquiète et sors ma canne blanche (ça aide à se sentir moins égarée). Un chaland me double et fonce vers les caisses automatiques. Je le suis. Il a déjà payé le temps que je me gratte la tête. Que faire ? Partir sans payer ? Renoncer à mon sandwich ? Je vais à l’accueil et y trouve un humain en la personne du vigile. Il m’explique qu’il faut utiliser les caisses automatiques.
— Je ne peux pas, elles ne sont pas accessibles.
Je n’en sais en fait rien mais le suppose. Le vigile m’accompagne.
— C’est simple, vous scannez le code-barre.
Je pose mon sandwich sur le plateau devant le scanner. Le vigile insiste.
— Il faut scanner !
— Scanner quoi monsieur ? Avec quoi ?
Il soupire, prend mon sandwich et le tourne dans tous les sens pour trouver le code-barre caché sous la couture du plastique (le coquin !) Il scanne, une fois, deux fois… cinq fois ; ça ne passe pas. « Simple » as-tu dit mon gars ? Je rigole sous mon masque en taisant toute remarque. Le vigile attrape l’espèce de pistolet qui permet de scanner ; il tente ; en vain. Il se met alors à saisir le numéro sur la machine ; perdu. Il active enfin un moteur de recherche où il recopie consciencieusement le nom du produit.
— 4,39 euros ! [de mémoire]
Pour 180 g de carton… Je lui tends un billet de 10 euros. Il commence une phrase…
— Il faut mettre le…
Il s’arrête net, prend mon billet, paie et me rend la monnaie. On se dit au revoir et je m’en vais manger mon wrap en marchant, troublée par cette expérience d’un magasin sans caissières. C’est ça le progrès dans la grande distribution ? La prochaine fois, je testerai la nouvelle sandwicherie à quelques pas ; c’est compliqué car je ne vois pas ce qu’ils proposent mais qui sait, peut-être auront-ils l’amabilité de tout me décrire ?

Va chez l’gynéco ! @47

Un radio du sein, vue de profil.J'avais posé sur une vitre pour faire la photo, on me voit en plan arrière.J’avais gardé une mauvaise image du Centre de santé Marie-Thérèse qui assure des consultations externes pour l’hôpital Saint-Joseph : médecins peu aimables, accueil désagréable, attente. J’y suis néanmoins retournée sur l’invitation de ma gynéco qui m’a loué les qualités du Centre du sein. Bien m’en a pris ! Si le système des tickets demeure un obstacle, et la signalétique est insuffisante, la gentillesse et l’empathie générale les ont largement compensés.
C’est dans ce contexte que j’ai devisé avec la secrétaire qui s’est occupée des « formalités administratives ». Elle avait été embauchée il y a quelques semaines et était ravie de travailler dans cet hôpital qui, les personnels sont nombreux à le dire, offre des conditions de travail plus agréables que la moyenne. Je lui ai vanté les pelouses au soleil derrière l’église qu’elle n’avait pas eu le temps de découvrir, ignorant qu’il y avait là une cafétéria plus agréable que celle de l’entrée.
Cela m’a un peu surprise tant, chaque fois que je suis dans un nouveau lieu, je saisis la moindre occasion de l’explorer. Par souci de m’y repérer facilement si besoin ? À coup sûr… Ma surprise ne s’est pas arrêtée là. Quand elle m’a demandé si j’avais besoin d’aide pour trouver le cabinet de consultation, et que j’ai répondu oui, elle m’a répondu :
— Je sais que c’est par là, en suivant les flèches au sol… Attendez, on va chercher ensemble.

Princesse @13

Les Mouton, Petit Agneau et Petit Koala découvrent Kito Katoka.Lors de l’une de mes permanences pour le Médiateur de la Ville de Paris, j’ai reçu une maman et sa petite fille de 6 ans. Elles sont toutes deux assises face à moi. La petite fille a un pistolet à la main ; je lui dis que je n’aime pas les pistolets. Elle le range et joue avec des pièces de monnaie. Après une discussion que la petite fille écoute attentivement (elle en est le sujet), la maman me présente l’extrait d’acte de naissance de sa fille et un certificat d’inscription dans une école. Je scanne ces documents et les repose devant elles deux. La petite fille s’en empare et me dit :
— C’est mon livre ; mais ça a plus d’une page un livre ?
Je défaille.
— Oui, un livre, cela a beaucoup de pages mais il faut commencer par une, deux, et plus on grandit, plus il y a de pages.
La maman récupère les documents. L’extrait d’acte de naissance établi en Italie est un peu élimé. Elle lisse le bord ; un petit morceau de papier se détache. La petite fille réagit sitôt !
— Tu déchires mon livre !
La maman la rabroue et range le document. La discussion continue. J’explique à mon interlocutrice que je ne vais pas traiter sa demande, que je suis juste un passeur. La petite fille m’interpelle de nouveau.
— C’est quoi un passeur ?
Je lui explique que sa maman me confie une demande et que je vais la faire passer à un monsieur qui va pouvoir l’aider ; que le passeur, c’est celui qui aide juste à passer un moment difficile, une démarche, un fleuve, une frontière…
— Tu vas mettre une page dans mon livre ?
J’en aurais pleuré !

NB. Si mon émotion vous échappe, c’est que vous n’avez pas lu Kito Katoka ; je vous y invite.

Exposer @26

Fragment d'une œuvre de charles Ray, une grande sculputre avec une dame allongée, le corps revouert de dessins de fleurs, sa main à son pubis.Je continue dans la rubrique musée, cette fois à partir d’une expo qui m’a touchée : Charles Ray au centre George Pompidou (jusqu’au 20 juin 2022). J’y suis allée avec Sarah, tout à fait par hasard ; nous devions nous balader ; il pleuvait dru ; nous sommes entrées à Beaubourg nous abriter ; et nous avons savouré ces sculptures et pas uniquement parce que « la dame se touche le zouzou ».
Oui, Sarah parle comme ça, parfois ; surtout quand elle veut attirer mon attention ! Il y a beaucoup de choses à voir dans un musée ; j’ai le zoom photo de mon téléphone pour m’aider (cela n’a pas toujours été le cas) ; mais si je suis occupée à gérer mon environnement et à chercher à voir (« savoir ce qui est où ») l’essentiel (la beauté ?) m’échappe. Notre rituel de visite est calé sans être véritablement explicité : elle me lit les présentations générales, puis je marche au centre des salles pendant qu’elle en fait le tour ; je m’imprègne et capture ce que je peux au passage.
Et puis, une main s’abat sur mon col ; Sarah me chope et me déplace (mieux qu’un judoka), me plante devant une œuvre, en dit ou non quelque chose et me laisse là. Parfois, je l’interroge, lui demandant des explications sur fond de « Qu’est-ce que c’est ? » ; il y a eu par exemple cette petite sculpture de Charles Ray, un petit tas grège au sol ; je n’étais même pas sûre que c’était une œuvre ; Sarah décrit, en toute subjectivité, s’aidant parfois des cartouches.
Et on repart… Parfois, on y revient ; le même jour ; ou un autre si cela nous a semblé important de revoir. Quand je m’ennuie, c’est que l’émotion ne passe pas. Je laisse à Sarah le temps de regarder, sans (trop) protester. Elle n’est pas du genre à s’appesantir devant les œuvres. Cela me va. Pour cette expo ce n’est pas le zouzou qui m’a le plus fasciné, mais la voiture et le pied que j’ai vu en nain. On y retournera.
À force de musées et visites, j’ai fini par demander à Sarah si le fait de nourrir mon œil ne portait pas préjudice à sa propre visite, ne contraignait pas ses émotions.
— Non, c’est un partage.
Oui, mais quand même. J’ai pris l’exemple de notre « visite » du camp d’Auschwitz-Birkenau, quand l’émotion est telle que parler est impossible. Ne la privé-je pas du plus intime en l’obligeant à me décrire ce qu’elle voyait ? Ma question l’a laissée dubitative, presque sans réponse tant cela ne lui était pas venu à l’esprit. Quant à moi, j’ai appris à voir ce que je ne vois pas à partir de descriptions qui m’ont été faites du monde et ce média ne gâche pas mes émotions ; je le raconte dans Tu vois ce que je veux dire. Que j’aime le monde de ceux qui aiment partager le leur ; une joie en cinq dimensions (trois pour l’autre, deux pour moi) ; pauvres sont ceux qui se privent de cela.

Exposer @25

Vue sur "Le confident", casque audio de visite.Rectificatif !

Ce n’est pas le Musée de la marine que je suis allée visiter avec Sarah mais l’Hôtel de la marine ! Je me dois donc de présenter mes excuses au Musée ; et de modifier mon billet initial… ou presque. Je remplace la mention « Musée » par « Hôtel ». Et l’adresse du site Web. Par contre, les notions de grand et petit tour sont les mêmes, ainsi que les tarifs. Je mets à part mon couplet sur le défaut d’accessibilité du site qui s’appliquait au Musée. Celui de l’Hôtel est en effet facile d’usage, comme me l’avait indiqué Sarah.

Version corrigée (28 mars 2022)

Je suis allée visiter l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, avec une amie, le « petit tour » m’a-t-elle annoncé et je n’ai, comment dire, rien vu… Oui, c’est à peu près ça ; et pourtant. Pourtant ?
À l’arrivée, on nous distribue un casque audio en précisant à Sarah (moi, évidemment, on ne me parle pas, la canne blanche, ça ressemble tant à une arme létale) qu’il n’y a aucun texte dans le musée. Chouette non ? Le casque est inconfortable ; ce n’est pas grave la visite a duré vingt minutes. Je n’arrive pas à le manipuler ; les touches sont pourtant en relief ; je ne suis d’ordinaire pas manchote sur le relief… Je n’y arrive pas. Le son est trop fort, je baisse, et me retrouve avec deux messages en stéréo ; celui du casque et celui de Sarah qui me guide, avec une des deux oreilles sur la joue pour l’entendre elle ; compliqué.
Mais pourquoi elle me guide puisqu’il y a de l’audio partout ? Comment expliquer aux concepteurs de cette innovation s’ils ne l’ont pas déjà compris ? J’essaie. Dans le casque, on me raconte l’histoire du musée et de la marine, avec des voix de mauvais comédiens (un métier !) ; mais on ne me dit rien de ce que je vois (boiseries, œuvres, agencement, décors, etc.). Il faut donc bien que Sarah me le dise. Et quand je lui demande « C’est quoi ce tableau ? », elle n’en sait rien, le casque ne le dit pas et aucun cartouche n’est disponible (on nous avait prévenues !)
On se promène donc dans de jolis salons, avec vue imprenable sur la place de la Concorde. On passe dans une salle avec une table vidéo, grande, ronde, qui nous transforme en explorateurs autour d’un planisphère occidocentré… Sarah n’a pas réussi à faire circuler un bateau à partir de l’une des tablettes tactiles incrustées dans la table. Elle sait pourtant lire, écrire, dispose de plusieurs diplômes d’enseignement supérieur et de toutes ses facultés intellectuelles et sensorielles… Elle ne sera jamais marine de la conquête coloniale. Ouf !
Vingt minutes, donc ; et j’ai déjà trouvé ça long. Sarah veut retourner faire « le grand tour », misère ! Je regarde sur le site pour ce billet et m’y préparer, site qu’elle a qualifié de « très bien fait » ; il est facile d’usage pour moi mais sans déclaration de conformité RGAA ce qui augure mal de son accessibilité réelle. J’y découvre que le casque a un petit nom « Le Confident, casque connecté et véritable compagnon de visite, recourt à une technologie en son binaural permettant de redonner vie aux espaces et aux personnages qui ont habité ces lieux. Une expérience de médiation immersive et novatrice pour vivre une plongée au cœur de l’histoire du monument. » Il ne s’agit donc pas de rendre la visite accessible aux déficients visuels car on les immerge sans se demander s’ils savent nager (c’est une métaphore ; je précise, au cas où…).
Je conclus ma réécriture en invitant les concepteurs de cette merveilleuse innovation validiste à se plonger dans un milieu sans information visuelle sur ledit milieu. Noyade garantie… dispensable fonc (surtout si vous devez vous acquitter des 13 euros de la visite) !

PS. Elles sont où les toilettes ?

Copie d'écran du site du musée de la marine, un tel fatras que je suis incapable de vous le décrire.Version originale du dernier paragraphe consacré à l’accessibilité du site du Musée de la marine.
(…) Je regarde sur le site pour ce billet et m’y préparer, site qu’elle a qualifié de « très bien fait » ; c’est dire si elle est fortiche car moi, je ne comprends pas comment y naviguer (ah ! la marine ; je n’ai décidément aucun goût pour le pompon) au milieu de ce grand bazar. Je clique un peu au hasard (ça rime avec bazar) et arrive sur une page « Un grand musée maritime pour le XXIe siècle »… dispensable (surtout si vous devez vous acquitter des 13 euros de la visite) !

Décroissance @79

Deux rayson de produit dans un supermarchée, de loin, les paquets sont tous identiques.Je fais mes courses dans une supérette qui vend des invendus de toute sorte ; ce ne sont pas toujours des « affaires » car si les produits de marque y sont soldés, leurs prix d’origine font qu’ils restent chers (pour moi). J’y prends mes œufs, recalés car trop petits, mon vrac de graines, parfois des fruits et légumes, et ce que je trouve quand j’y passe.
J’aime bien y aller mais ce n’est pas très facile pour moi. Dans un supermarché, les rayons sont standardisés, et ma base de données personnelle me permet de trouver facilement (ou presque) ce que je cherche en me fiant aux packagings, à la localisation dans le magasin, etc. Je sors souvent mon téléphone pour lire de près ou de loin, notamment le prix, la DLC et la composition.
Dans cette supérette, il y a des « constantes » côté rangement mais elles fluctuent selon les arrivages. Je suis obligée de tout observer de près, les invendus étant souvent de marques bio ou branchouille que je ne connais pas. Les étiquettes de prix et désignation des produits sont illisibles. Pour le vrac, je me fais servir ; impossible de faire autrement. Les employés sont globalement serviables et, comme je suis gentille, j’y vais en dehors des heures de pointe.
La seule chose qui me peine, c’est que je suis obligée de beaucoup me baisser (pas de pitié pour mes genoux de judoka !) et que le concept aux atours écolo et responsable où censément « tout le monde est gagnant même la planète » m’exclut. Mais pourquoi donc ? Parce que ces gentils commerçants n’ont pas compris que les déficients visuels (1,6 million de consommateurs) ont aussi droit de vouloir modifier leurs comportements de consommation… si on le leur permet (« permettre d’acheter » n’est-il pas au cœur du métier de commerçant ?)
Exemple : que puis-je savoir ce qui est là, en effet, devant les rayons sur la photo ? Je ne connais pas la marque, les paquets en kraft (doublé de plastique, forcément) se confondent avec des écritures tout en majuscules ou jaunes sur marron fort peu lisibles, les étiquettes du commerçant ne m’aident pas… et ses propres paquets de café (en bas à gauche) sont à l’avenant. J’ai regardé deux paquets de cette inconnue marchandise et ai passé mon chemin non sans avoir fait une photo pour ce billet, photo qui me permet, sur le grand écran de mon ordi, de savoir de quoi il s’agit.
250 g de raisins secs pour 2,99 €… Je profite du site pour regarder la composition du « mélange épicurien » à 16,95 € le kilo ; 46 % de raisins secs et les noix de cajou en premier fruit à coque… Le « mélange rando » à 5,50 € les 200 g avec en un des abricots secs, en second des canneberges resucrées et huilées au tournesol (?)… Je m’arrête là. Je comprends pourquoi la supérette me cache les prix et les compositions ; c’est indécent ! Cela ne règle évidemment pas la question de l’accessibilité globale du magasin qui pourrait pallier par un étiquetage adapté les difficultés d’identification des produits eux-mêmes (je suis sûre qu’il n’est pas besoin d’être bigleux pour cela), dont j’ai parlé quelques fois avec les employés, sans succès.
Et toujours cette question : comme se prétendre écolo quand on ne priorise pas l’inclusion ? Je l’ignore.

Noël @50

Le balai décrit dans le billet posé sur le sol de ma cuisine. J’ai toujours cultivé des réserves à l’égard de ce qui serait « magique » au sens de ce qui « tombe sous le sens » ou qui agit sans que l’on ne fasse grand-chose. Inversement, je ne suis pas opposée à un certain progrès et j’aurais, en son temps, d’emblée adopté la roue plutôt que de traîner mon fardeau. C’est dans ce contexte que ma voisine, passée boire un café, me suggère d’investir dans un « balai magique » alors qu’elle voit au milieu de la cuisine ma serpillière, le seau et le balai-brosse qui vont avec.
Je résiste, peu encline à investir « moins de 5 euros » dans du plastique chinois ; elle argumente sur fond d’expérience millénaire en matière de ménage, me montre l’endroit où je pourrai le ranger ; je ne dis pas oui mais, quelques jours plus tard, elle sonne et brandit, victorieuse, ledit balai acheté un dimanche, « en promo » (3,99 euros) ! Comment résister, même si elle m’a un peu forcé la main ? J’aime beaucoup ma voisine et, qui sait ? Peut-être que le balai magique fonctionne ?
Sur le pas de la porte, elle le déballe et me montre comment déplier le manche télescopique.
— Il faut tirer d’un coup sec.
Ce que elle, et se retrouve avec les deux morceaux en main.
— Mon mari le fait bien…
Elle s’arc-boute sur le manche, le replace, va pour le replier ; je l’arrête, préférant qu’il reste en un seul morceau. Elle ouvre la partie balai, me montre l’espèce de lavette « qui prend aussi les miettes », et qui « dure longtemps ». Pour faire sécher, on laisse tout en place. Magique !
Un dimanche matin, je tente l’expérience ; ma cuisine (5 m2) n’est pas très sale ; ça me semble un bon test. Je récupère le balai magique dans la salle de bains, sors difficilement la lavette, la mouille à jet continu, peine à l’essorer, mets du produit sur le sol et attaque mon carrelage à bon train (et bonne humeur). Au premier mouvement, le manche se recroqueville en lui-même. Je tire un coup sec… et me retrouve avec deux morceaux. Je ne tente pas longtemps de le reconstituer et poursuis mon ménage courbée sur la partie restante.
Le balai virevolte sur mon carrelage, tournant dans tous les sens à une vitesse et dans des directions que je ne maîtrise pas. J’essaie tant bien que mal de parcourir toute la surface puis me mets à genou pour regarder le résultat ; mon carrelage est passé de l’état sec-sale à l’état mouillé-sale. Je reste calme (et joyeuse). Je remise la magie ménagère dans la douche, reprends ma serpillière, adopte la posture de Cendrillon (avant le carrosse), passe un coup en frottant les taches (que je ne vois que dans cette posture), rince dans le seau, repasse un coup cette fois debout avec le balai-brosse, puis un dernier avec un chiffon pour essuyer.
Voilà, c’est réglé. Reste maintenant à expliquer à ma voisine que la magie et moi… sans la froisser, ça va être compliqué ! Je pense que je vais arguer que comme je vois mal, il ne faut pas un truc qui tourne dans tous les sens car je ne sais pas trop ce que je fais… Elle en sera désespérée, c’est sûr, sa compassion à l’égard de ma déficience visuelle étant aussi sincère qu’absolue ; mais c’est toujours mieux que de tenter de lui dire que ce balai en plastique est un produit inutile et délétère. J’ai acheté mon balai-brosse en quittant ma cité U en 1988 ; la serpillière, elle, a au moins dix ans ; le seau (dont l’eau sale me sert ensuite de chasse d’eau) est un seau à compost mis au rebut pour avoir perdu son couvercle ; et mes chiffons, ce sont des taies d’oreiller élimées ; les meilleurs !