Archives par étiquette : Aïe !

Incyclicité @39

Les infractions de cyclistes m’affligent de plus en plus, et sont dangereuses, pour eux et pour les autres (parfois leurs propres enfants à l’avant dans des vélos cargos, bien exposés aux traversées de carrefours avec feux tricolores non respectés). Circulant à vélo, j’ai eu plus peur de crétins à vélo roulant à fond en brûlant un feu rouge que des conducteurs de véhicules motorisés. Je ne m’étendrai pas plus sur le sujet de ce n’importe quoi du quotidien.
Mais, outre l’irrespect manifeste du code de la route et du respect des piétons, le comportement aberrant de certains n’a pas de limites. Rouler avec une seule main sur le guidon n’est pas rare, souvent pour consulter son portable dans l’autre. L’autre matin, un cycliste à Vélib’ m’a soufflée : il roulait avec une main, l’autre étant… avec son bras dans un plâtre. Heureusement, je n’étais pas sur sa route.

Réclamation @84

Facsimilé d'un bordereau de recommandéJe ne sais pas si c’est un sentiment personnel, expression de ma lassitude, ou si c’est dans l’air du temps mais je trouve que le commerce fonctionne de moins en moins bien. Le discours commercial est là ; l’usage oblige à réclamer en permanence. Je ne parle même pas de l’accessibilité qui n’existe nulle part. Je ne pointe que les manquements les plus flagrants, sur ce blogue ou sur Twitter ; c’est épuisant surtout quand cela se répète après signalement.
Je m’en tiens sur ce billet au commerce, et aux pratiques commerciales. Ces deux derniers mois, j’ai dû faire des réclamations musclées :
* auprès de la SNCF ; j’ai voulu acheter un billet par téléphone ; cela a pris une heure et demie, deux interlocuteurs, une carte de réduction inutile payée plein pot en dépit d’un bon d’achat… l’affaire est en cours de réclamation ;
* auprès de mon fournisseur Internet Bouygues Telecom qui fait des promesses de remise commerciale pour incident et qui ne les applique pas ; ma première réclamation a porté ses fruits ; il faut que je m’occupe de la seconde ;
* auprès de UPS qui perd les colis et se moque de ses clients ; après l’incident de juin, une autre livraison en septembre a été aussi épique ;
* auprès de Carrefour qui annonce sur son site des gains à des loteries sans envoyer des codes valides pour en bénéficier ; je les ai récupérés mais c’est compliqué à utiliser.
Entre deux, heureusement que Caddie retrouve les terminus ! Ça me met du baume au cœur.

Hétéronomie @32

Couverture du livre de Guillaume Erner intitulé La souveraineté du people« Que l’on travaille comme indépendant, ou a fortiori comme salarié, chacun est soumis à une discipline, ou à un travail de retenue. Il importe d’être sobre, d’obéir aux ordres et à la hiérarchie ou bien encore d’être fiable. Dès lors, tous ces people se comportent de manière très différente de nous. Ils sont libres là où nous sommes contraints : qui aurait la possibilité d’aller au travail dans une robe faite de steak ? Quel enseignant (ou mécanicien ou avocat) pourrait saccager un restaurant sans que cela nuise à son image de marque, bien au contraire ? En un mot, ces people sont autonomes, là où nous sommes « hétéronomes » –nous recevons notre loi du dehors. Tandis que la plupart des individus estiment suivre des prescriptions édictées par autrui, ces people semblent agir de manière absolument libre. » La souveraineté du people, Guillaume Erner

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.

Pucer @57

Ma carte bancaire a été renouvelée au mois de septembre à son arrivée à échéance. Au fil des années, j’avais plus ou moins bien mémorisé mon code, après avoir longtemps eu un code que je connaissais très bien. J’avais aussi réussi à retenir l’essentiel des numéros de la carte, sauf les quatre premiers que je mélangeais régulièrement.
Arrive ma nouvelle carte : code identique et seuls quatre numéros n’ont pas changé, les premiers. Misère.

Exposer @22

Logo de PharosLa page Facebook de l’association des albinismes dont je suis l’animatrice reçoit régulièrement des demandes de diffusion de castings pour des émissions télé, des reportages, des œuvres de fiction voire du mannequinat. Je n’en suis pas fan tant la plupart recherchent des « freaks », de préférence en souffrance. D’un autre côté, certaines personnes albinos peuvent avoir envie de partager leur expérience, notamment dans les émissions télé ou les reportages. Je diffuse donc ces derniers quand ils émanent de chaînes ayant pignon sur rue.
Pour les castings comédiens, figurants ou de mannequinat j’ai tendance à considérer que si des personnes souhaitent épouser ces métiers, ils peuvent s’inscrire dans des agences ad hoc. Quand la demande émane d’une source non identifiée et/ou recrute des mineurs, j’avoue, je sors mon revolver. C’est arrivé très récemment. Nous avons reçu un message émanant d’une page Facebook nouvellement créée, sans aucune coordonnée, qui indique chercher « une adolescente de 16 ans noire ou afro descendante très particulière. (…) l’idée que le personnage principal soit interprété par une jeune fille albinos apparaît de plus en plus pour la réalisatrice comme une évidence. »
Une telle formulation me gêne ; est-ce parce que j’ai récemment lu Chavirer de Lola Laffon (que je vous recommande) ? J’ai indiqué à mon interlocuteur anonyme que je ne relaierais pas son annonce et que les signaler à Pharos me démangeait. La réponse n’a pas tardé : cris indignés, nom de la société de production, numéro de téléphone pour « en discuter »… et cette phrase « Si vous pensez à une jeune fille, ce serait vraiment dommage de ne pas lui permettre cette formidable opportunité ! »
Une « formidable opportunité » ? La formule m’a mise en colère tant elle est l’expression d’un monde qui exploite les personnes et s’assoit sur leur dignité en leur faisant miroiter luxe, gloire et beauté. Bien sûr, une personne peut avoir envie de faire une carrière de comédien ou de mannequin ; mais si elle est recrutée uniquement sur son physique, en l’espèce de noir albinos, est-ce vraiment de création artistique dont on parle ? En plus de ne pas diffuser cette annonce, j’ai programmé sur la page une publication informant nos internautes de l’existence de Pharos.

Bigleuse @131

Morceau de coton qui forment une peloteJe sors de chez moi avec Isabelle, nous devisons. Nous sommes interrompues par une voisine…
— Bonjour Cécyle ! Tu me reconnais ?
Je la reconnais, en effet, mais nous n’avons jamais été très copines, en dépit de ses efforts pour vaincre mon inimitié : quand notre amicale était très active, sous l’impulsion de ma-Jeanine, et que vous avons mené des actions judiciaires contre le squat de nos halls, elle tenait des propos racistes et xénophobes du genre que je ne pardonne pas.
— Bonjour, oui…
— Alors, qui je suis ?
Cela faisait longtemps que l’on ne m’avait pas fait ainsi la blague frisant l’humiliation ; déjà le « Tu me reconnais ? » m’agace mais le « Qui je suis ? » est d’un infantilisant qui me met les nerfs en pelote. À côté de moi, Isabelle semble atterrée. Je crois bien que pour elle, c’était une première.
Je ne réponds évidemment pas, mais la dame insiste.
— Ben c’est Jeanine ! Comment ça va ?
Alias « la Petite Jeanine » en opposition à « ma-Jeanine » qui elle n’aurait jamais eu un tel comportement avec personne.
Je bafouille un « bonne journée » et tourne les talons. Je ne me ferai jamais à ce type de comportement. Jamais.

Déo @37

L'est pas beau mon pouce ?L’appli que j’évoquais récemment envoie depuis quelque temps une infolettre avec « Le top dons de la semaine » : « Parmi les milliers d’annonces publiées cette semaine, découvrez 10 dons passés par la case « exclusivité » qui ont particulièrement plu à la communauté des XXX. Pour dénicher le don de vos rêves, passez à XXX+ ! »
Je découvre donc le nom du système d’achat de bananes qui est donc le nom de l’appli est un « + ». La « case exclusivité » étant la priorité si de pouvoir demander un objet proposé pendant un certain temps. Et le top des dons est à l’aune de cette surenchère : vélo, téléphone, montre connectée, réfrigérateur, perceuse-visseuse, cafetière de marque…
On est loin de ce qui est censé donner une deuxième vie à des objets du quotidien qui ne servent plus et qu’on ne veut pas jeter, car ils peuvent être utiles à quelqu’un sans avoir de grande valeur marchande, ce qui est l’essentiel des « milliers d’annonces publiées ».
Ou comment passer de l’idée de réemployer dans une vision décroissante à la valorisation des objets et modes de vie alimentant le marché capitaliste pour en récupérer des miettes et les jeter aux chalands comme de la poudre aux yeux. Misère.

Déo @36

L'est pas beau mon pouce ?J’ai déjà évoqué les sites, applis, et autres dispositifs de dons que j’utilise depuis des années. Certains sont totalement gratuits, animés par des bénévoles avec les moyens du bord, sans chercher à être jolis ou même attrayants, avec un fonctionnement basique. D’autres cherchent des moyens de financement.
Dans cette dernière catégorie, une appli propose depuis quelque temps des « bananes » qui sont des points pour « récompenser » les personnes qui donnent. Ces bananes permettaient simplement de pouvoir envoyer des messages aux gens qui donnent et maintenant offrent une priorité pour répondre aux annonces récentes. Il m’est arrivé que des personnes s’inquiètent pour moi si je leur donnais deux objets sans passer par la procédure « normale » car je ne toucherai pas « mes » bananes.
L’idée est de valoriser la réciprocité des dons et éviter que certains n’utilisent l’appli pour récupérer sans retour, voire récupèrent autant que possible pour revendre. Mais cet esprit a été mis à mal, car les personnes qui cherchent à « adopter » des objets sans pouvoir ou vouloir en donner peuvent acheter des bananes, ponctuellement, voire sur abonnement. Ce n’est certes pas des tarifs élevés et il y a bien des frais pour cette appli. Mais, la recherche graphique et divers messages réguliers montrent le souci de fidéliser les utilisateurs.
Mais entre ceux qui payent pour récupérer des dons et les gestionnaires qui encaissent, je me sens de plus en plus éloigné du principe d’origine. Aujourd’hui, je préfère donner à une recyclerie ou ressourcerie qui a pour but de remettre en vente les objets. Je participe ainsi à un principe économique affiché, finançant des locaux et emplois pour permettre à des personnes qui n’ont pas forcément accès à Internet ou à des applis d’acheter des objets ainsi réemploiés. Et c’est aussi bien plus simple : je dépose plutôt que de prévoir des rendez-vous contraignants dont une partie n’est pas honorée. Le modèle Emmaus a encore de beaux jours devant lui.

Sainte Marie Joseph ! @18

L'image est l'affiche évoquée dans le billet.Dans le centre médical où j’ai effectué de fréquentes visites pour des soins dentaires, un affichage a intrigué Dr Mouton. Il est écrit que le centre « accueille deux nouveaux praticiens ». Suit une liste avec le nom d’un seul médecin et ses deux motifs de consultation. Il s’agit d’un néphrologue. Docteur Mouton et docteur Caddie sont inquiets pour les calculs. Ils espèrent que les calculs rénaux seront mieux comptés que les docteurs. J’espère aussi.