Archives par étiquette : Affusion

Vérité syndicale @40

J’évoque avec quelqu’un les différents emplois que j’ai exercés de nuit : surveillance, livraison de journaux, écoute téléphonique… La personne tique. Elle me demande si je travaille dans la police. Je ne comprends pas bien.
Puis, ça fait tilt : ah ! les écoutes téléphoniques ! J’explique alors que je parlais d’écoute téléphonique d’assistance, pas de leurs pendants d’interception plus ou moins légale de conversations. Il s’agissait des quelques semaines où j’ai été écoutante à Sida Info Service.

Pauvres enfants ! @37

Affiche 119 enfant en dangerLes vestiaires, dans mon club de judo, sont constitués de trois espaces à l’intérieur d’une grande pièce, espaces délimités par des cloisons en bois et des rideaux. Il y a deux vestiaires pour les garçons, afin que les groupes d’âge ne s’y croisent pas ; et un pour les filles (elles sont peu nombreuses). Les parents y circulent allègrement, certains enfants ayant besoin de leur aide, d’autres… ? Nous y prêtons toujours attention, sortant gentiment les parents qui n’ont rien à faire là.
Cela a été le cas jeudi dernier. Une maman, qui attendait son fils, était à côté d’un rideau qu’elle avait soulevé, offrant ainsi le spectacle d’une dizaine de gamins en slips à qui tournait la tête par là : des parents, d’autres enfants, des adultes du cours de Aikido… Je lui ai demandé de fermer le rideau, invoquant le droit à l’intimité des enfants. Elle l’a fait, un peu de mauvaise grâce. Une autre maman a appuyé bruyamment ma démarche. Comme nous étions à quarante-huit heures du rapport (sic) Sauvé, j’ai enfoncé le clou (celui laissé vacant par le Christ, bien sûr).
Je vous passe les détails de la conversation, mais j’ai expliqué que tous les adultes intervenant dans le club se voient contrôler leur casier judiciaire (et ce bien avant que ce ne soit une obligation légale) et, à la remarque d’une maman sur le judo sport de contact, j’ai expliqué que nous n’attrapions que le kimono et que cela faisait une sacrée différence (si vous en doutez, je vous en fais la démonstration dans l’heure). Sur les cinq parents présents, trois n’ont rien dit, une a approuvé bruyamment, la dernière a fait des petites remarques genre « Franchement, vous en faites trop. »
C’est sans doute la même qui ira pleurer misère s’il arrivait quoi que ce soit à son enfant ; j’imagine aussi qu’elle publie allègrement des photos sur les réseaux sociaux, sans contrôle sur qui les voit. Vous avez dit protection de l’enfance ? Un enfant sur deux est agressé par un membre de sa famille, et 94 % des enfants le sont par des proches. Victime ou témoin, appelez le 119 !

Féminité @10

Je rentre de chez le kiné et croise un de mes voisins avec qui j’ai des relations de mutuelle bienveillance. En plus de se dire bonjour, on se demande si cela va avec un intérêt réel. Notre lien s’est noué au fil du temps à travers mon activité sportive : ce voisin, qui n’a plus les moyens physiques de pratiquer m’encourage toujours et nous échangeons sur nos aptitudes respectives.
Il a été un de mes soutiens quand je me suis cassé la cheville, encourageant toujours mes progrès, me donnant quelques conseils, attentifs à mes progrès. Je sors ce matin-là de l’ascenseur ; il arrive du fond du couloir, accélérant le pas pour que la cabine ne reparte pas sans lui. Dehors, il pleut à seaux.
— Bonjour, Cécyle, ça va ?
— Oui, très bien ! Attention dehors, ça mouille !
— Ah ! Ça va bien alors…
Et l’ascenseur l’emporte pendant que j’éclate de rire, convaincue qu’il a mal entendu ma réponse mais que le résultat est détonnant.

Extravagance parisienne @70

Facimilé dune alerte enlèvement. Logo RATP + celui du Bus "Le chef de ligne cherche ctivementle trminus du 58 pour le rendre au usager. Si vous le voyer, ne le prenez pas, appelez le + numéro RATP"Mardi 28 septembre 2021, je rentre du judo. J’ai pris la 11 jusqu’à Châtelet et compte prendre le 58. J’ai fait ça la semaine précédente et le bus, à cette même heure, a été rapide. Je me rends à l’arrêt. Il n’y a aucun bus. C’est étrange, c’est son terminus. Je ne vois pas non plus son plan sous l’arrêt… mais il fait nuit ; cela peut m’échapper. J’avise un autre bus, garé à quelques mètres. Je m’approche canne blanche en main. C’est le 76. Je demande au chauffeur où trouver le 58. Il m’envoie plus haut sur l’avenue Victoria, côté Hôtel de Ville. Là, un bus attend. C’est le 70. Le chauffeur m’indique que le 58 est au niveau de la place du Châtelet… de là où je viens.
Je n’insiste pas, traverse la Seine et vais prendre la 4. Je sais que le trafic des bus est perturbé dans le secteur pour cause de procès des attentats. Je demande à Frédéric, qui me donne un plan où le 58 part toujours du même endroit. Le lendemain, j’appelle la RATP pour que l’on me dise où est ce terminus. Mon interlocutrice me fait patienter pour « consulter le chef de ligne ». Je patiente, un certain temps. Elle s’en excuse, cela a été long car « l’arrêt a été déplacé mais ils ne savent pas où… » Elle ajoute « jusqu’à lundi seulement, à cause de la Fashion Week ». J’insiste un peu, trouvant surprenant que la RATP ignore où se trouve le terminus de l’une de ses lignes. Elle ne peut m’en dire plus « ils envoient une voiture de service pour chercher. »
C’est tellement incroyable, surtout qu’on me le dise, comme ça, au téléphone, sans sourciller ! Je cherche sur le site ; je ne trouve rien. Caddie propose d’aller voir sur place pour mener l’enquête ; la disparition d’un terminus de roulettes l’inquiète beaucoup, cela se comprend. Suspense !

Courage @7

En rentrant du judo un mardi soir vers 22 heures, j’ai allumé le gaz sous ma casserole où m’attendait ma version de curry de légumes japonais. Je discutais au téléphone avec Sarah casque sur les oreilles. La fille de ma voisine a sonné : elle voulait de l’huile pour faire cuire des briks. On discute un peu, je n’ai que de l’Isio4 périmée. Elle n’est pas fan mais accepte. Je retourne dans la cuisine ; une fumée âcre m’y accueille. Par réflexe, je coupe le gaz, lui donne l’huile et elle repart en disant que ça sent le brûlé.
Je rallume le gaz. L’odeur augmente ; je ne vois pas vraiment de la fumée, à part une un peu blanche prêt du feu. Je coupe de nouveau le gaz, soulève la casserole… et découvre un dessous de plat en liège collé au fond en état de consumation avancé. J’attrape la casserole, fais tomber le dessous de plat dans l’évier et repose la casserole. Au téléphone, Sarah essaie de comprendre ce qui se passe, s’inquiète, me rassure… Je finis par faire chauffer mon curry dans un bol au micro-ondes ; on raccroche ; je la rappelle ; je pleure.
— Je me dis des fois que je pourrais être avec une fille ; elle me protégerait.
— Tu rigoles ?
— Non, j’ai peur. J’en peux plus d’avoir peur !
— Et tu accepterais quelqu’un près de toi en permanence qui te protégerait ?
— Ça me ferait chier…
Je ne pleure plus ; mais j’ai toujours peur, du feu, de me blesser, de ne pas voir ce qui aurait été nécessaire… Et toujours j’ouvre les épaules, je lève le menton, j’avance. Je vais moins vite, fais plus attention, mais j’avance. Parfois je suis fatiguée. J’avance. Parfois je craque. J’avance. Toujours j’ai peur. J’avance.
La liberté.

Bigleuse @132

Canne blanche d'appui avec une sonette de patinette sous la poignéeFin août, j’ai eu un contrôle radiologique de ma cheville cassée-réparée avec un rendez-vous avec l’interne. Je n’utilisais plus qu’une canne anglaise, surtout à fins de me signaler et de gérer les situations périlleuses (sols glissants, marches, etc.) L’outil était parfait mais présentait néanmoins un gros défaut : il disait mes difficultés motrices, pas mon handicap visuel qui demeure mon handicap principal, si je peux le dire ainsi. Même quand je le disais (notamment lors de mes visites à l’hôpital), la canne anglaise était plus forte qu’un « Je suis déficiente visuelle. », expression qui peine toujours à faire sens pour la majeure partie de la population ignorante la basse vision.
J’avais repéré sur le site de l’AVH une canne blanche d’appui qui me semblait parfaite. Je me la suis fait prescrire et suis allée la chercher. L’effet sur mon prochain n’a pas été flagrant même si certains y voient spontanément une canne blanche ; au pire, si je prononce mon fameux « Je suis déficiente visuelle. » en brandissant la canne, j’obtiens un taux de compréhension nettement supérieur. Par contre, l’effet sur moi a été presque jubilatoire : après trois mois de handicap physique, je récupérai mon handicap à moi que j’ai (et pas vous, na na na !)
Cela vous semble absurde ? faraud ? Ce n’est que l’expression de ce que mon handicap visuel est part de mon identité et en récupérer la signalétique, c’est recouvrer mon identité à l’identique d’un valide qui récupère sa mobilité après une blessure, une maladie, et reprend le cours ordinaire de ses activités. Me voici donc de nouveau une déficiente visuelle qui n’est plus en situation de handicap moteur. Qu’est-ce que c’est chouette !

Note. Sarah m’a offert une sonnette que j’ai installée sur la canne. Ça déchire !

Exposer @22

Logo de PharosLa page Facebook de l’association des albinismes dont je suis l’animatrice reçoit régulièrement des demandes de diffusion de castings pour des émissions télé, des reportages, des œuvres de fiction voire du mannequinat. Je n’en suis pas fan tant la plupart recherchent des « freaks », de préférence en souffrance. D’un autre côté, certaines personnes albinos peuvent avoir envie de partager leur expérience, notamment dans les émissions télé ou les reportages. Je diffuse donc ces derniers quand ils émanent de chaînes ayant pignon sur rue.
Pour les castings comédiens, figurants ou de mannequinat j’ai tendance à considérer que si des personnes souhaitent épouser ces métiers, ils peuvent s’inscrire dans des agences ad hoc. Quand la demande émane d’une source non identifiée et/ou recrute des mineurs, j’avoue, je sors mon revolver. C’est arrivé très récemment. Nous avons reçu un message émanant d’une page Facebook nouvellement créée, sans aucune coordonnée, qui indique chercher « une adolescente de 16 ans noire ou afro descendante très particulière. (…) l’idée que le personnage principal soit interprété par une jeune fille albinos apparaît de plus en plus pour la réalisatrice comme une évidence. »
Une telle formulation me gêne ; est-ce parce que j’ai récemment lu Chavirer de Lola Laffon (que je vous recommande) ? J’ai indiqué à mon interlocuteur anonyme que je ne relaierais pas son annonce et que les signaler à Pharos me démangeait. La réponse n’a pas tardé : cris indignés, nom de la société de production, numéro de téléphone pour « en discuter »… et cette phrase « Si vous pensez à une jeune fille, ce serait vraiment dommage de ne pas lui permettre cette formidable opportunité ! »
Une « formidable opportunité » ? La formule m’a mise en colère tant elle est l’expression d’un monde qui exploite les personnes et s’assoit sur leur dignité en leur faisant miroiter luxe, gloire et beauté. Bien sûr, une personne peut avoir envie de faire une carrière de comédien ou de mannequin ; mais si elle est recrutée uniquement sur son physique, en l’espèce de noir albinos, est-ce vraiment de création artistique dont on parle ? En plus de ne pas diffuser cette annonce, j’ai programmé sur la page une publication informant nos internautes de l’existence de Pharos.

Cuisine @38

Copie d'écran de la page d'accueil de mon siteMon site (cyjung.com) existe depuis trente ans. Il est passé par plusieurs versions, au fil des évolutions techniques et de ma capacité à les assimiler. La version actuellement en ligne correspondait à mon besoin de maintenir mon activité d’écriture contre vent et marrée (fermeture de maisons d’édition et difficulté d’en trouver d’autres, notamment). Mon pain, à une époque, fut particulièrement noir mais mon site (et ses différentes déclinaisons) m’a permis un virage vers le numérique et une visibilité des plus salutaires.
Petit à petit, pourtant, il a commencé à me peser : la publication de quatre à cinq articles par semaine, d’une nouvelle par mois (voire plus), de textes additionnels réclamant recherches et écriture, le relais de tout cela sur Facebook et Twitter… Couplé à mon investissement en tant que professeure assistante de judo et de représentante du médiateur de la Ville de Paris, mon besoin de faire du sport quotidiennement, mes choix économiques et ménagers (vous savez, manger du fait-maison sans dépenser trop d’argent) et le soin à mes amis et voisins, je n’avais plus guère le temps d’écrire des textes au format roman, textes qui demeurent l’essence de mon écriture.
Cette année 2021 où deux romans ont été publiés (Brocoli rose et Kito Katoka), j’ai senti que je devais faire des choix. J’avais envie de lire un peu plus, écrire davantage. À quoi devais-je renoncer pour cela ? L’arrivée d’une nouvelle version de Spip (le CMS sur lequel mon site est construit) a rendu presque évidente la réponse : à lire les contributeurs de Spip, faire faire un saut générationnel à mon site était, en l’état, une gageure. Ne devais-je pas saisir l’occasion pour faire un site tout neuf que j’alimenterais des seules informations relatives à mon travail d’écriture ? J’en ai pris la décision mi-août, décidant, par le fait, de ne plus alimenter le site actuel, de le nettoyer même, me laissant la fin de l’année pour construire un nouveau site.
Je n’ai encore aucune idée de ce qu’il sera. Je dois d’abord installer une version de développement et regarder ce que je suis capable de faire avec Spip4. Je sais par contre que le contenu actuel va disparaître du Net, que La Cocotte enchantée, les Feuillets, les Photocriture et les Fragments d’un discours politique s’autodétruiront considérant que j‘ai décidé de ne pas renouveler la location des bases de données qui les hébergent (ça coûte cher, à la longue). Tous ces contenus seront disponibles à qui me le demande. Je vous tiendrai au courant, bien sûr ; pour l’instant, je suis un peu perdue, ne sachant plus trop comment organiser mes journées de travail. Cela va vite venir. Je ne m’inquiète pas.

Sainte Marie Joseph ! @18

L'image est l'affiche évoquée dans le billet.Dans le centre médical où j’ai effectué de fréquentes visites pour des soins dentaires, un affichage a intrigué Dr Mouton. Il est écrit que le centre « accueille deux nouveaux praticiens ». Suit une liste avec le nom d’un seul médecin et ses deux motifs de consultation. Il s’agit d’un néphrologue. Docteur Mouton et docteur Caddie sont inquiets pour les calculs. Ils espèrent que les calculs rénaux seront mieux comptés que les docteurs. J’espère aussi.

Vroum @29

Copie de ma carte PAMPendant mon court séjour à l’hôpital suite à la fracture de ma cheville, j’ai occupé mon temps libre à m’assurer le maximum d’autonomie pour mon retour chez moi. J’ai déjà évoqué l’aide ménagère, la livraison de repas, le fauteuil roulant, la mobilisation de mes amis et voisins… J’ai pensé aussi que j’aurais besoin de sortir au-delà de ce que je pourrais faire en fauteuil. J’ai cherché (puis testé) les services de taxi PMR qui coûtent très cher pour un service médiocre et ai pensé « PAM75 ».
Il s’agit d’un service de transport public collectif sur réservation pour les personnes handicapées ou dépendantes : il est très utilisé par tous les enfants et adolescents qui passent leurs journées dans des centres ou écoles spécialisées et des travailleurs handicapés qui ne peuvent pas prendre les bus, trams et métros RATP. Les déplacements sont payants, mais leur coût reste raisonnable en mode loisir si on ne sillonne pas Paris tous les jours, bien sûr (dans le cadre d’un déplacement professionnel ou scolaire, des aides prennent en charge tout ou partie de ce coût).
Ma cheville cassée ne m’ouvrait pas droit à les utiliser, ma carte d’invalidité basse vision, oui. J’ai donc déposé un dossier début juin sans indiquer le fauteuil, considérant que j’utiliserais ce service une fois que je serais déplâtrée. Cinq semaines plus tard, je recevais mon « Pass PAM75 » et je réservais ma première utilisation pour rendre visite à la maman de Sarah à l’Ephad. Dimanche 18 juillet 2021. À l’aller, le véhicule est à l’heure, au retour pareil. C’est un bon début considérant la mauvaise réputation de la PAM côté respect des horaires.
Pour ce retour, ce n’est pas un véhicule PAM mais un taxi (quand il n’y a pas de véhicule « maison » disponible, des taxis prennent le relais, pour un coût identique pour moi). Nous devisons avec le chauffeur ; c’est jour d’arrivée du Tour de France ; ne passe-t-il d’ailleurs pas pile entre l’Ephad et chez moi ? C’est le cas mais, dans un premier temps, le chauffeur ne s’en inquiète pas. Puis nous nous mettons à tourner dans le 14e arrondissement pour tenter de contourner l’incontournable et nous retrouver bloquer à l’angle de la rue Friant et de l’avenue Jean Moulin, pile derrière une voiture de police qui empêche de traverser, le Tour devant passer là dans un délai inconnu.
Nous sommes à 1 km de chez moi. Je suis déplâtrée depuis six jours, je ne suis pas capable de le faire à pied. De toute façon, mon chauffeur est catégorique.
— Vous êtes sous ma responsabilité, je vous déposerai devant votre porte.
Dont acte. Il appelle sa centrale téléphonique, se fait confirmer qu’il n’y a pas d’alternative, et nous voilà bloqués plus d’une heure à attendre les coureurs qui passent si vite que je n’ai pas le temps de me concentrer sur le spectacle. Quand le chauffeur me dépose enfin devant chez moi, son compteur indique 80 euros… il m’en coûtera 8,20 euros, tranquillité comprise. Cela sert à quoi l’argent public ? Cela sert aussi à cela.
Merci.