Archives de catégorie : Villes @

Villes @9

Le jeudi 30 janvier dernier avait lieu la troisième « Nuit de la Solidarité » à Paris. Le principe ? Parcourir les rues de la capitale pour comptabiliser les personnes qui allaient passer la nuit dans la rue sans aucune solution de logement et identifier leurs besoins les plus urgents, au-delà du logement bien sûr.
Selon une méthodologie bien établie, mon groupe de bénévoles a arpenté une zone délimitée du 3e arrondissement, près de chez moi.
Beaucoup de rencontres de personnes qui se trouvaient à la rue ce soir-là entre 22 heures et 1 h 30 du matin. Et dans tous les cas des échanges et des gestes qui resteront, comme ceux de l’an dernier (ici), gravés dans ma mémoire.
Evidemment, ce que j’ai pu ressentir est assez secondaire au regard de ce qu’ont exprimé ceux que nous avons croisés : parfois de la lassitude devant ces gens de bonnes volontés qui n’apportaient finalement rien de très concret mais toujours une envie de partager une expérience, une histoire, un geste, une place pour s’assoir sur leur lit de fortune. Bref un moment où pendant quelques minutes, quelques secondes, même une fraction de seconde nos conditions respectives étaient abolies. Un moment infiniment précieux.
Le décompte terminé, je suis rentré me coucher. 3 552 personnes ont, elles, dormi dans la rue (ici).

Villes @8

Début mai, j’ai passé un séjour à Lille avec une amie qui travaille à La Poste. J’ai voulu envoyer deux cartes postales. En ce 1er mai, nous avisons un bureau de poste. Las, il n’y a pas de boîtes aux lettres.
Nous reprenons notre balade dans le cœur de la ville et en cherchons une. Nous avons mis plus d’une demi-heure à en trouver une à notre grand étonnement. J’ai failli avoir à les poster de Paris.

Villes @7

BordeauxJe déjeune ce samedi 20 février devant un reportage de TF1 consacré à Bordeaux, où plus exactement à quelques-uns de ses acteurs, des policiers, un pilote maritime, des danseurs… Je regarde souvent ce genre de reportages, cela m’ouvre à des mondes qui sont très loin du mien. Et cela me repose tant ce n’est pas très difficile à suivre ; c’est avant tout l’émotion du téléspectateur qui est visée à travers ces parcours personnels, loin de toute analyse.
En général, je ne succombe pas à trop d’émotions, ce samedi pas plus qu’un autre, jusqu’à cette phrase fatidique qui me fait tendre l’oreille puis bondir « [Bordeaux] qui a fait sa fortune au 18e grâce au commerce maritime. » J’attends la suite, soit l’énoncé de la nature de ce commerce. Elle ne vient pas. Comment est-ce possible ? Comment peut-on, en 2016, nier à ce point que c’est le commerce colonial et négrier qui a fait la richesse de ce port, et d’autres, de LaFrance dans son entier d’ailleurs ?
La chape de plomb sur notre passé colonial et esclavagiste, celui-là même qui nous place parmi les grandes puissances mondiales, d’insupportable devient coupable car il y va de cette unité nationale dont nous avons tant besoin. Il ne s’agit pas de se flageller, ou de produire un discours empreint de culpabilité. Il s’agit juste de dire que la « grandeur de LaFrance » doit beaucoup à l’exploitation sans vergogne des richesses et des populations africaines plusieurs siècles durant. Mais de quoi a-t-on peur à entretenir ce déni ? Que cette reconnaissance valide les demandes de réparation de certains descendants d’esclaves aux Antilles ? Que d’autres réclament plus de considération, plus de respect, d’être considéré comme des citoyens à part entière tant leurs ancêtres ont apporté de sueur, de sang, d’or et de larmes à l’histoire nationale ?
Dire au peuple de LaFrance que le racisme institutionnel n’a plus lieu d’être, n’est-ce pas plus important que tous les petits calculs mercantiles ? N’est-il pas temps de rompre avec la logique ségrégationniste instituée au temps des colonies et de l’esclavage ? Si l’on veut faire reculer à long terme le Front national, le racisme et la xénophobie, ce me semble indispensable ; le veut-on ? C’est toute la question.

Villes @6

Sac en cuirJ’ai des amis à Nantes. Je la connais elle depuis vingt ans et lui depuis dix-huit ou dix-neuf ans. Cela fait quelques décennies qu’elle s’initie au travail du cuir, par amour de la matière. C’est une pratique sans enjeu professionnel, avec de beaux résultats comme la réalisation complète du sac à dos de leur fille. Je suis admirative.
Impossible de me rappeler comment j’ai récupéré un sac en cuir qu’il y avait déjà chez mes parents et qui m’a accompagnée de déménagement en déménagement. Ces dernières années, il a été mis de côté pour une histoire de couture décousue.
L’an dernier, je l’ai apporté à cette amie en lui demandant si elle pouvait le réparer. Je l’ai récupéré ce mois de juin lors d’un séjour à Nantes. Le travail est très bien fait, mais au-delà de cela, j’ai été très heureuse de bénéficier du fruit du travail d’une amie. Aujourd’hui, il est devenu un sac du quotidien. Même Cécyle a remarqué que j’avais un nouveau joli sac. C’est dire ! Je suis ravie tant par les qualités esthétiques et pratiques de l’objet que par l’émotion à laquelle il renvoie.

Villes @5

Blog Pièces jaunesAu cours d’une promenade, j’achète des cartes postales chez un buraliste et me laisse tenter par un jeu de grattage à un euro. En chemin, je m’attaque à ma chance. D’emblée, je gratte par mégarde sur le « Nul si découvert » que je laisse à moitié caché. Je gratte alors sur les cases et apparaît un gain total de deux euros. Je suis bien embêtée et me demande si mon ticket va être accepté. Un buraliste plus loin, c’est bien le cas. Je prends un euro et un autre ticket. L’euro me sert à acheter une canette et le petit carton va dans poche arrière de mon jean. C’est bien mon jour de chance !
Je prends alors un vélo pour me trouver un endroit à tranquille où siroter ma boisson. Là, je cherche mon ticket : impossible de le retrouver ! Bon, mon jour de chance se résume à ne pas avoir perdu d’argent. Quant à ne pas en avoir gagné, je ne le saurai pas puisque je n’ai jamais retrouvé le ticket. C’est donc au moins d’éviter de ne pas avoir pas de chance. C’est déjà ça.

Villes @4

Cécyle 1972Quand j’étais petite fille, papa était à la guitare, avec quelques autres et quelques instruments, flûte, banjo, percussions, maman, d’autres et moi chantions. La maison n’était pas bleue mais on n’en était pas loin. Dans les « tubes », il y avait une chanson d’Anne Vanderlove que je chante encore : « Mes beaux amours, le sont par la fenêtre »… Cela ne voulait pas dire grand-chose mais j’étais petite, alors, l’amour
Dans la playlist qui accompagne mes journées, j’ai récupéré quelques-unes de ces chansons qui ont marqué mon enfance, dont ce titre impérissable d’Anne Vanderlove. « Mes Beaux amours… le sont par la fenêtre ». Il est passé plusieurs fois (j’écoute ma musique en mode aléatoire uniquement) avant qu’un matin, j’entende les bonnes paroles : « Mes beaux amours ont fait le saut par la fenêtre »
C’est tout de même autre chose ! Quant à savoir pourquoi je n’ai jamais entendu cela, je laisse la question à mes biographes, pour les amuser un peu. Et j’ajoute que je n’avais jamais réussi à trancher entre « Je ne serai jamais ce que je voulais être. » et « Je ne saurais jamais ce que je voulais être. » avant ce billet. C’est « serai »… J’aurais préféré « saurai » !
Allez ! pour la postérité.

Villes @3

Billets du tram de NantesMi-mai, du tram, j’ai vu un énorme graffiti sur un petit immeuble nantais : « Méluchon président ! » Moquerie ou militantisme décalé ? Je n’ai pas pu trancher…

Villes @2

Sous le soleil exactementJ’ai participé au semi-marathon organisé à Ivry et Vitry avec l’Humanité.
Lors de la course, je suis passée par divers quartiers de ces deux villes. Sur le parcours, il y avait notamment des quartiers pavillonnaires. L’une des maisons a attiré mon attention, car celui qui l’avait conçu avait mis des répliques, dont je n’ai pu évaluer de la qualité qu’en passant, rien de moins que du palais de Darius…. Il avait faire reproduire (ou construit lui-même) des lions du monument sur la façade avec des briques de mêmes couleurs… Toute la façade en était recouverte. Les briques d’origine sont émaillées avec des couleurs bien particulières qu’il avait reproduites.
Cette démarche est étonnante, un peu mégalo, mais avec une référence d’exception. J’avoue ne pas trop comprendre cette initiative, plus tournée vers les autres que pour soi. Toutefois, je ne sais pas comment était décoré l’intérieur…
Bon, c’est original, mais pas forcément plaisant. Je ne vous conseille pas le déplacement pour en juger, mais je vous invite cordialement à aller admirer quelques morceaux sauvegardés du véritable palais. C’est magnifique et ce n’est pas si compliqué, le Louvre en présente une bonne partie !

Villes @1

Frac LorraineNovembre 2010, à Metz, j’ai visité la ville et au fil de ma promenade, des édifices dont l’hôtel Saint-Livier qui abrite le FRAC (Fonds régional d’art contemporain) et l’église Sainte-Ségolène.
Dans le premier, j’ai voulu visiter le jardin à l’arrière du bâtiment, aménagé avec des panonceaux donc invitant à être parcouru. J’ai poussé la porte puis, lorsque j’ai voulu rentrer, me suis rendue compte qu’elle était verrouillée d’un côté comme une issue de secours et empêchait de ré-entrer. J’ai toqué à la porte pour que quelqu’un vienne m’ouvrir.
À l’église, je suis entrée par la porte principale, grande ouverte. Je n’étais pas seule, car une femme était assise à la dernière rangée de chaises. J’ai marché, regardé les vitraux, entendu des bruits de clés et de portes. M’inquiétant, je suis allée voir la dame pour savoir comment ressortir, car la grande porte venait d’être fermée. Elle m’a regardé, surprise, car elle ne m’avait ni vue ni entendue entrer puis déambuler. Elle a dû chercher ses clés au fin fond de sa poche pour me libérer.