Archives de catégorie : Peur @

Peur @15

Frédéric a publié un billet le 23 juin dernier où il nous propose d’écouter le chant des oiseaux au bord des étangs de la vallée de l’Avre (on ne dit pas plutôt « du Havre » ?), vidéo à l’appui. C’est vrai que c’est beau, avec cette onde étale (il fallait bien que je place un jour l’expression dans un billet) dans laquelle les arbres se mirent…
La vidéo tourne en boucle. J’ai coupé ma musique et pris le temps de m’y projeter alors que je préparais le microbillet Twitter invitant à lire ce billet. Il n’a pas fallu longtemps pour frissonner. Que ferais-je là, sous les frondaisons au bord de ce lac, à écouter le chant des oiseaux ? J’entendrais aussi les feuilles bruisser, des animaux plus ou moins grands se déplacer, me mettrais à guetter le moindre bruit jusqu’à cette grenouille qui ferait clapoter l’eau et… J’aurais peur.
Oui, j’aurais peur. Déjà, à Paris, quand la circulation s’arrête et que mes voisins dorment, ce faux silence me fait peur ; alors pensez ! dans un univers où je ne perçois aucun détail, où l’immensité prend le dessus, dans un infini qui semble sans limites et où le moindre son est démultiplié ; j’ai peur.
Vous savez maintenant pourquoi je passe mes vacances à Paris. Bel été à tous !

Peur @14

Danielle a reçu un courrier de Enedis très alarmant, indiquant que son disjoncteur était dangereux et qu’il convenait d’en changer. Bien sûr, il y a des « peut-être » et des conditionnels mais un encadré « Attention ! » assorti du panneau routier ad hoc a de quoi inquiéter. Elle m’en parle. Au vu du courrier, je pense sitôt à une arnaque, ne serait-ce que parce que je suis convaincue que le disjoncteur est un équipement qui appartient à notre bailleur et non au réseau d’électricité.
Je commence par une recherche sur le Net (sans utiliser le lien indiqué dans le courrier). L’information semble bien venir d’Enedis. Je contacte ensuite mon gardien qui me confirme que Enedis est propriétaire du compteur, que beaucoup de locataires reçoivent ce courrier, qu’il n’y a aucun péril et qu’il n’est pas obligatoire d’en tenir compte. Je transmets à Danielle qui reçoit quelques jours plus tard le même courrier en recommandé, à l’instar de ses voisins, et plusieurs textos. Je m’interroge : cela n’aurait-il pas un lien avec l’installation annoncée au printemps de compteurs Linky qui ne seraient pas compatibles avec nos vieux disjoncteurs ?
Je conseille alors à Danielle d’appeler le numéro indiqué. On lui dit très vite qu’elle ne risque rien et qu’aucun changement de disjoncteur n’est nécessaire dans son logement. Bigre. Pourquoi alors tant d’insistance de la part d’Enedis : un courrier anxiogène, un second en recommandé, des textos… Quelle étrange manière de faire peur aux vieilles dames à grands frais (que l’on paie dans nos abonnements, bien sûr) ! Mais pourquoi ? Toutes vos suggestions sont les bienvenues.

Peur @13

J’ai revu par paresse il y a quelques jours le film américain Le jour d’après. Sorti en 2004, Le Jour d’après est un film « catastrophe » qui relate les bouleversements climatiques, tous plus spectaculaires les uns que les autres, frappant la planète suite à une accélération de phénomènes dont l’humain est éminemment responsable (ici).
À l’époque, le film avait fait l’objet d’une critique unanimement négative tant il compilait de très nombreux poncifs du genre… et de l’époque.
Bref, je m’apprêtais à déguster le film pour ce qu’il était mais j’ai été très vite frappé par la façon dont il renvoyait terriblement, certes de façon beaucoup plus spectaculaire, aux effets du changement climatique actuel, notamment à l’ouragan Dorian. Certaines images étaient même troublantes de similarité. Bref, je suis encore un peu abasourdi de la façon dont un film racoleur même si pavé de bonnes intentions est passé du statut de nanar des années 2000 à presque prophétique à l’aube des années 20. Glaçant !

 

 

 

 

 

 

 

Peur @12

J’ai reçu ma nouvelle box dans un grand carton, que j’ai stocké dans ma cuisine sachant que j’en aurais besoin pour réexpédier l’ancien matériel. Le temps a un peu passé et, alors que je faisais du ménage, j’ai un peu bougé le carton, lancé une tisane et… et… le carton a pris feu. Au début, je sentais bien l’odeur de papier brûlé sans faire le lien. J’ai quand même cherché un peu avant de voir une première flamme, sur l’arrière.
J’ai saisi le carton, l’ai porté sur l’évier où il ne rentrait pas et ai vu plus de flammes derrière. De belles flammes de carton qui brûle. J’ai repris le carton, l’ai emmené jusque sous la douche, ai allumé le jet, arrosé, arrosé… L’appartement s’est rempli de fumée. Le détecteur a hurlé. J’ai laissé le jet au milieu du carton, coupé le gaz, la chaudière, vérifié qu’il n’y avait pas de feu, de chaud, côté gazinière, suis revenue vers le carton, qui fumait toujours, suis sortie avertir ma voisine qu’elle file avec les gosses… Le feu me semblait éteint, mais que de fumée !
J’ai appelé mon gardien… mes voisins des étages supérieurs ont appelé les pompiers. Mon gardien qui a constaté encore des flammes (dix bonnes minutes sous l’eau étaient passées). Il a éteint, mis le carton rabougri dans un seau d’eau et m’a fait sortir de mon logement. Les pompiers sont arrivés avec la police. Vérifications d’usage. Tout va bien madame. Pas de dégâts. Pas de blessés. Je suis restée la porte ouverte pour évacuer fumées et odeurs une bonne partie de la journée ; cela va sentir encore longtemps. Putain d’odeur qui ravive le souvenir, la peur. La peur, rétrospective de ce qui n’a pas eu lieu. Combien de temps cela va-t-il durer ? La peur.
Mon gardien m’a félicitée pour mon sang-froid. Là, je crois qu’il bout. Et voilà que je reçois ce mail de la Croix-Rouge : « Suite à votre formation PSC1, nous nous sommes rendu compte que suite à une erreur, votre diplôme définitif n’avait jamais été envoyé. (…) Il est parti au courrier hier lundi. » Cette formation incluait une « Initiation à la réduction des risques ». Je crois que j’ai fait ce que l’on m’a appris ce samedi de juillet. Merci la Croix-Rouge ; pas de dégâts ; pas de blessés ; vous pouvez bien m’envoyer mon diplôme en retard !

Peur @11

Je suis allée dérouler le 14 février après trente-six jours sans, à l’exception du 28 janvier qui sonne comme une mi-temps : gros rhume tenace, thermomètre sous le moins cinq degrés (qui constitue ma limite raisonnable pour ne pas me mettre en danger), pic de pollution, blessure au pied… Les jours sont passés et avec eux est montée une drôle de crainte : vais-je de nouveau savoir courir après tant de péripéties ?
Car il y a les jours qui passent, et les raisons qui les font passer. J’ai craint pour mon aptitude au judo avec ce pied blessé (dans un escalier du métro, pas sur un tatami), rechignant à aller courir alors que c’était possible après un déluge qui avait certainement rendu le sol glissant. Cela ne m’arrête pas d’habitude. Est-ce que je vieillis à appliquer ainsi un principe de précaution alors que courir est, quoi que je fasse, une activité fondamentalement dangereuse au vu de mes quatre à cinq foulées de visibilité et de mon peu d’équilibre ?
J’avais peur, peur d’y retourner, peur de ne pas savoir courir, peur de tomber, me blesser. Et puis quoi encore ? Je suis foutue si je me mets à avoir peur. N’ai-je d’ailleurs pas réussi à passer outre cette peur des failles de mon corps lors de mon épreuve de randori ? N’ai-je pas vaincu cette peur encore tout à l’heure en traçant dans Paris musique à fond dans les oreilles ce qui constitue, à l’évidence, une mise en danger sans équivoque ?
Peur ; je ne veux pas avoir peur et pas uniquement parce que j’en fais une définition de l’amour. Je veux pouvoir compter sur mon corps pour vivre en autonomie. Je le choie pour cela. J’ai dit à Sarah que j’avais peur de retourner dérouler. Elle a eu une seconde d’arrêt et a dit.
— C’est normal que tu aies peur.
Merci Sarah. Si c’est normal, alors, je peux y aller.
Et je me suis régalée, sous une pluie un peu froide, un sol un peu glissant, le souffle court, le pied douloureux, mes tours prêtes pour la triangulation et mon esprit en joie.

Peur @10

FillonAlors, Fillon ?
Pourquoi pas, Fillon… ou Juppé, qu’importe ! Le premier est moins sympathique que le second (ce qui se discute) et moins charmeur auprès des « élites » (qui se sont encore trompées dans leurs prédictions) mais au final, les deux sont la droite française, une droite dure, réac, libérale mais républicaine, une droite qui est la seule à pouvoir « faire barrage » à l’autre droite, extrême cette fois, antirépublicaine.
J’en suis marrie, mais je ne peux que faire ce constat. La France n’a jamais été un pays ancré à gauche, et il ne faut pas oublier qu’il n’y a jamais eu de « victoire » de la gauche aux présidentielles mais bien des défaites de la droite, défaites qui ont pu intervenir dans des contextes où la gauche avait un projet politique, un candidat et un adversaire malmené par ses petits camarades de droite.
Alors oui, la droite revient, elle qui n’est jamais partie, tellement même qu’elle a réussi à infiltrer les esprits de la gauche parlementaire dont le « virage à droite » ne fait pas illusion auprès des électeurs qui veulent du dur, du tatoué (vous savez les paras ?), de LaFrance qui pue le fromage qui pue, de l’ordre (patriarcal et chrétien), des « valeurs », des privilèges et chacun chez soi.
La gauche n’a ni projet ni candidat ; la droite républicaine vient de se choisir un candidat de droite vierge de la présidence (Fillon ou Juppé) ; elle est ainsi en position de grande force sans doute au détriment de la droite extrême. J’entends de-ci de-là que certains ont nénamoins peur. Mais peur de quoi ? De la droite ? De sa « dérive à l’extrême » ? A-t-on oublié l’histoire de la droite française, du 6 février 34 à Sarkozy en passant par Pétain, De Gaulle et Chirac ? Ah ! ça, il tâtait bien le cul des vaches, Chirac, et les autres avec lui ! Mais qui étaient ses ministres ? Qui était alors député, sénateur ? Qui avait encore la main dans le Sac ? Qui étaient ses soutiens ? Quelles lois ont été votées sous son mandat ? Quels décrets sont passés comme des lettres à la poste ?
On me dira que, quand même, Juppé n’est pas soutenu par la Manif pour tous, qu’il serait plus « libéral » sur les questions de société, que la seule femme de cette primaire aujourd’hui le soutient. Oublie-t-on alors que pour gouverner il faut une majorité parlementaire (c’est encore le cas, réjouissons-nous !) et que les législatives verront sortir du bois tout ce que la droite comporte de soutiens à la Manif pour tous ? Et s’il faut être opposant à l’égalité des droits pour être homophobe, sexiste, raciste, est-on allé voir du côté des votes de Juppé député ?
Je vous laisse faire. Je crois urgent d’arrêter d’avoir peur. Tentons ensemble de construire et de vivre une pensée alternative. Qui sait, la droite sera-t-elle en position de perdre une élection plus tôt que dans cinquante ans ? Qui sait.

Peur @9

ListeJe suis partie de chez moi un peu vite l’autre jour en début d’après-midi avec le projet de ne pas y revenir avant le lendemain soir. J’enchaînais plusieurs rendez-vous judo dans le 19e ; il était plus simple que j’y squatte un canapé.
Sur le chemin, je m’interroge : ai-je bien fermé le gaz ? Je me souvenais avoir coupé l’eau, la box, la chaudière mais la plaque de cuisson ? Il m’arrive d’oublier de fermer le petit feu que je n’entends pas ; et j’avais mangé le midi une galette de riz réchauffée à la poêle.
Sortie du métro, j’appelle mon gardien, convaincue qu’il a les clés de chez moi. La probabilité que j’aie oublié de couper le feu était faible ; pas nulle. J’avais envie de bien dormir. Au téléphone, il cherche mes clés, ne les trouve pas. J’ai l’idée de lui suggérer de fermer mon compteur dans le couloir ; il est marqué d’une croix.
Quand je rentre le lendemain soir, je constate que j’avais bien oublié de couper le gaz sous la poêle. Grâce à mon gardien, aucun dégât. Ouf ! Mais la peur monte, rétrospective. Je donne le lendemain un double de mes clés à mon gardien et télécharge une appli « liste ». Je remarque très vite que l’on ne peut pas cocher et décocher… Et dans les modèles, une liste « Bref voyage d’affaires » propose « Vêtements : chaussettes, chemises, cravate, pantalon, veste » Pas de jupe ni de robe ni de bas ni de foulard ?
J’éjecte l’appli sexiste de Petit Faune. Je fais une série de petits papiers reliés par un trombone. Je les égrainerai avant de partir… tranquille ? En déroulant le paquet pour la photo, je me rends compte que j’ai oublié « gaz ». Décidément !

Peur @8

Caddie judoka[Conversation intime avec Caddie]

Faut que j’arrive à débrayer, Caddie ! C’est un truc pour l’écriture, ça, non, débrayer ?
— Si tu débrayes, c’est la grève, tu n’écris plus !
Tu es drôle, Caddie. C’est de débrayer de la roulette que je parle-là, d’un truc qui me met le moral à plat et ne me quitte pas l’esprit. Je dois rompre le cercle infernal de la turbine, comme le propose la méditation de pleine conscience de Christophe André.
— Ah ! d’accord. Faut que tu craches ta Valda ; c’est ça ?
Oui Caddie. Faut que je crache.
— Je t’écoute.
C’est la suite du passage de la noire. J’ai peur.
— Hum. Hum.
Oui, Caddie, j’ai les pétoches. Je veux bien passer le jujitsu avec Hervé et la technique avec Jean-Mi, j’ai confiance ; mais les randoris… J’ai peur de me blesser.
— Te blesser, hum hum.
Ben oui, Caddie ; tu sais, ce sont des bourrins pour beaucoup. Je n’y crois pas quand sensei me dit qu’ils feront attention et même s’ils font attention… Mais ce n’est pas le plus qui me turbine. On me harcèle.
— Qui ? Quoi ? Où ?
Ah ! Je préfère quand tu ne fais pas ton Lacanien.
Tous, dans le club. Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’il n’y en ait un qui dise « Randori le 28. » ou genre. J’ai failli pleurer jeudi, ils n’entendaient pas. J’en serais presque à les passer ces foutus randoris pour leur faire la démonstration que c’est impossible.
— C’est idiot, Petit Scarabée !
Je te remercie Caddie.
C’est pour ça qu’il faut que je débraye, que j’arrive à les laisser dire en faisant le gros dos. Je m’en moque de la ceinture noire, ce n’est pas ça qui me porte à faire du judo. C’est compliqué à entendre pour eux. Je sens que ce passage, ce n’est pas pour moi que je le fais mais pour ne pas les décevoir, une affaire de loyauté.
— C’est peut-être ça qu’il faut travailler ; le faire pour toi.
C’est compliqué, Caddie ; j’ai peur de me blesser.
— « Te blesser »… Blessure physique ou narcissique ?
Caddie ! Tu vas être privé de commissions si tu continues.
— Même pas cap’ !
Tu as raison, je ne serais rien au supermarché sans toi… ni sur le tatami sans mes partenaires et professeurs. Je réfléchis à faire mienne cette maudite ceinture quitte à mourir en randori, puisqu’on ne me laisse pas le choix !
— Tu n’exagères pas un peu ?
Jamais Caddie, jamais…

Note. Il semble que mon pas-bien qui a justifié cet échange avec Caddie ait touché mes partenaires et professeurs. Sans que je n’aie rien à expliciter, aucun n’a prononcé le mot « randori » au cours suivant, pas même monsieur C ! Sensei n’était pas là ; je lui en parle à la première occasion.

Peur @7

VigipirateUne amie résidant en région cherchait un billet de TGV pas cher pour Paris. Elle en a trouvé un sur un site de ventes entre particuliers : une grand-mère devait accompagner son petit-fils à Paris. Les parents ont annulé le voyage craignant pour la sécurité de l’enfant « vu la situation ».
Il m’a fallu au moins trois secondes pour comprendre de quoi il s’agissait, les attaques terroristes, les alertes à la bombe dans le métro, le plan Vigipirate en mode « attentat » qui dure… Tiens d’ailleurs, pourquoi il dure ? La menace imminente existe-t-elle encore ? Aucune information en ce sens ne m’est parvenue et c’est pratique, finalement ce Vigipirate. Cela permet de mettre un pays entier sous contrôle policier et militaire sans que juges ni parlementaires, garants pourtant de nos libertés, n’aient rien à en dire.
Nos libertés ? Suis-je devenue folle ? Et notre sécurité, alors ? Le cimetière du Montparnasse a deux de ses cinq entrées fermées ; c’est si vital d’empêcher les morts de sortie de leur enceinte des fois qu’ils viendraient hanter nos mauvaises consciences ! Oh ! Je sais, la raison n’est pas là. Sans doute veut-on prévenir les profanations. Il faut tout fermer alors. Fermer les écoles, les musées, les restaurants, les bureaux de poste, les commerces, tous les lieux accueillants du public, donc, arrêter la circulation des transports collectifs et restreindre l’accès aux stations-service, interdire l’entrée des usines, des bureaux, de tous ces lieux où le peuple se rassemble pour travailler, organiser les citoyens en groupes de vigilance qui contrôlent tous ces accès… La grève générale avec piquets de grève ?
Enfin !

Peur @6

Bleue 4Je rentre de chez Pascale aux confins du 20e et du 19e arrondissement. Il est 22 heures 30. Je passe devant un restaurant avec des consommateurs en terrasse. Une jeune femme, 35 ans, s’approche de moi.
— Bonjour, je cherche le métro Télégraphe. J’ai raté mon bus…
Je lui indique le chemin tout en marchant. Elle dit vouloir se rendre à Châtelet. Je lui précise qu’elle peut prendre le métro à place des Fêtes, plus près. Je parle de passage sous un immeuble et de tours.
— Ce n’est pas dangereux ?
— Non, je ne pense pas. Il y a des jeunes, mais vous n’avez rien à craindre.
Elle m’explique alors qu’elle s’est fait agresser (vol à l’arraché) un soir, tard, à Bagneux, qu’elle est devenue peureuse. Je lui propose de m’accompagner jusqu’au métro Jourdain qui est sur la même ligne, une station de moins et guère plus de marche à pied. Elle est ravie. Je me la pète un peu en disant que je suis judoka, qu’elle ne risque rien. Elle rit. Elle est joyeuse, souriante. Nous bavardons sécurité des femmes dans la rue. Je lui suggère un sac à main plus petit, sans trop de choses précieuses dedans, et des chaussures qui évitent de trop signaler sa présence. Elle me raconte son agression, sans en rajouter. Nous parlons de peur, de la manière de l’évacuer de soi pour ne pas l’exhaler.
— La peur ne sert à rien. Cela gâche juste le plaisir.
J’ai des phrases, comme ça, parfois.
Elle acquiesce, me dit qu’elle allait demander à la terrasse et qu’elle ne sait pas pourquoi je lui ai inspiré confiance, qu’elle est ravie de ce trajet avec moi, qu’elle n’a pas peur. Nous sommes dans le métro. Elle me demande mon prénom.
— Cécyle.
— Moi, c’est Marie.
Et je descends à République. J’ai cru un instant qu’elle allait m’embrasser, pas sur la bouche, juste pour marquer la sororité. Tout cela n’avait vraiment rien d’un plan drague, c’était un plan « femmes solidaires face à la violence du monde ». On s’est dit au revoir, elle a ajouté :
— J’espère une prochaine fois !
Cette rencontre était si joyeuse, si simple, si tranquille. J’étais heureuse de lui avoir « inspiré confiance ». Et je me rends compte que l’on m’aborde de plus en plus souvent, pour un renseignement, un commentaire sur ceci ou cela… Deviendrais-je sociable ? Ne rêvez pas !