Archives de catégorie : Pauvres enfants ! @

Pauvres enfants ! @37

Affiche 119 enfant en dangerLes vestiaires, dans mon club de judo, sont constitués de trois espaces à l’intérieur d’une grande pièce, espaces délimités par des cloisons en bois et des rideaux. Il y a deux vestiaires pour les garçons, afin que les groupes d’âge ne s’y croisent pas ; et un pour les filles (elles sont peu nombreuses). Les parents y circulent allègrement, certains enfants ayant besoin de leur aide, d’autres… ? Nous y prêtons toujours attention, sortant gentiment les parents qui n’ont rien à faire là.
Cela a été le cas jeudi dernier. Une maman, qui attendait son fils, était à côté d’un rideau qu’elle avait soulevé, offrant ainsi le spectacle d’une dizaine de gamins en slips à qui tournait la tête par là : des parents, d’autres enfants, des adultes du cours de Aikido… Je lui ai demandé de fermer le rideau, invoquant le droit à l’intimité des enfants. Elle l’a fait, un peu de mauvaise grâce. Une autre maman a appuyé bruyamment ma démarche. Comme nous étions à quarante-huit heures du rapport (sic) Sauvé, j’ai enfoncé le clou (celui laissé vacant par le Christ, bien sûr).
Je vous passe les détails de la conversation, mais j’ai expliqué que tous les adultes intervenant dans le club se voient contrôler leur casier judiciaire (et ce bien avant que ce ne soit une obligation légale) et, à la remarque d’une maman sur le judo sport de contact, j’ai expliqué que nous n’attrapions que le kimono et que cela faisait une sacrée différence (si vous en doutez, je vous en fais la démonstration dans l’heure). Sur les cinq parents présents, trois n’ont rien dit, une a approuvé bruyamment, la dernière a fait des petites remarques genre « Franchement, vous en faites trop. »
C’est sans doute la même qui ira pleurer misère s’il arrivait quoi que ce soit à son enfant ; j’imagine aussi qu’elle publie allègrement des photos sur les réseaux sociaux, sans contrôle sur qui les voit. Vous avez dit protection de l’enfance ? Un enfant sur deux est agressé par un membre de sa famille, et 94 % des enfants le sont par des proches. Victime ou témoin, appelez le 119 !

Pauvres enfants @36

Helgant au parc regarde la photographe.Je suis au parc de La Courneuve avec Helgant. Nous apercevons une femme à notre droite et une petite fille à notre gauche. La mère est énervée car sa fille ne répond pas à ses appels et ne la rejoint pas. Nous bifurquons avec Helgant sur notre gauche pour contourner la gamine qui se décide à avancer.
La maman s’exclame « Pourquoi tu attends que je m’énerve pour bouger ? »
Helgant passe près de la petite fille qui crie alors « Ah ! Il est beau ! »
La mère réplique alors d’un ton ferme « Oui, lui, il est beau parce qu’il écoute. »
Pauvre Helgant d’être ainsi instrumentalisé. Alors qu’il sait qu’il est beau même quand il ne m’écoute pas. Si, si, ça arrive…

Pauvres enfants @35

Une boutique près de chez moi a une devanture qui me gêne. Il est écrit sur la vitrine ce qui est proposé « Robes de cocktail, fillettes, robes de mariées, accessoires ». Je ne doute pas une seconde qu’il ne s’agit pas de vendre des fillettes, mais bien de proposer des robes pour les petites filles.
Cette présentation de robes pour les fillettes au même titre que celles pour des femmes qui vont participer à des cocktails ou se marier participe pour moi à une sexualisation de petites filles. Elle est pleinement dans une conception patriarcale de la société qui cantonne les filles et les femmes à un rôle sexuel, entre cocktail et mariage, entre la femme et la putain ? Misère.

Pauvres enfants @34

En balade dans les rues d’Avignon, je passe devant une terrasse de café sans remarquer plus que ça deux très jeunes gens attablés. Dix mètres plus loin, j’entends.
— … celle-là ? Casquette, solaires, oreillette et même une matraque dans la poche. …
Je n’ai pas entendu le début ni la suite mais pressens que ce n’était pas à mon avantage et que ma butchitude était en cause. Je fais demi-tour et m’avance posément vers eux. J’ai une quinzaine de mètres à parcourir. Je prends mon temps. Je ne leur donne pas 18 ans, ils boivent un cocktail dont l’odeur d’alcool remonte jusqu’à moi quand je m’arrête près de leur table. Il est à peine 18 heures.
— Bonjour messieurs. Vous aviez quelque chose à me dire ?
Le plus vaillant des deux est très mal à l’aise. L’autre n’existe déjà plus.
— On plaisantait entre nous, madame !
— Vous parlez trop fort pour que vos propos restent confidentiels.
Je sors ma canne.
— D’abord, la matraque…
— Ah, c’est une lampe !
— Non monsieur, c’est une canne blanche [je la déplie], vous savez, le truc pour identifier un déficient visuel.
— Ah ! Je…
— Et l’oreillette est branchée sur un GPS qui me guide. La casquette basse sur les yeux, c’est pour augmenter l’ombre sur les solaires car la lumière me gêne. Vous vouliez savoir autre chose ?
Il hésite et, en bafouillant.
— On se posait juste des questions. Excusez-nous.
— Vous auriez pu me les poser directement. Bonne soirée messieurs.
Et je suis repartie sans leur laisser le temps de me dire au revoir. Ils ne s’abstiendront évidemment pas d’autres commentaires sur des passantes. Au moins, ils savent que l’impunité n’existe pas. J’espère.

Pauvres enfants ! @33

En passant devant des grilles à Porte Maillot, je vois des panneaux publicitaires pour de nouvelles attractions « Wild immersion ». Il s’agit de film pour une « première réserve virtuelle (…) au Jardin d’Acclimatation, en 360° et réalité augmentée » avec ours blancs, renards arctiques, bisons…
Les affiches montrent ces animaux avec des slogans. Pour les bisons, c’est « Nous, dans le Nord, on n’est pas commodes. » et pour les renards arctiques, c’est « Méchant, mais virtuel ! »
L’anthropomorphisme est un prisme usuel dans des présentations ludico-pédagogiques d’animaux à destination des enfants. Mais, faut-il mettre en avant ces dimensions « négatives » ? Les renards sont-ils vraiment méchants ? Ce n’est pas ce que je dirai. De nombreux hommes sont méchants, gratuitement violents et agressifs, ce qui ne me semble pas le cas des renards, attachés à se défendre et se protéger. Faut-il jeter l’opprobre sur les animaux sauvages pour que les enfants considèrent qu’ils sont tellement mieux en virtuels. Un moyen de neutraliser par avance toute critique de leur extermination par les futures générations ?

Pauvres enfants ! @32

J’ai grandi avec des Playmobil. C’était mon jouet préféré. J’en avais des pompiers, des pirates, des cow-boys, des hussards… Avec mon frère, nous avons passé des heures à y jouer. Même si certains avaient des armes, ils étaient avant tout ludiques, permettant d’imaginer toutes sortes de scénarios et de mises en scène, sans esprit de violence.
Récemment, dans un rayon jouet d’une grande chaîne, je suis tombée sur une boîte de Playmobil bien loin de tout cet imaginaire heureux. Il s’agit d’une grande boîte, de la série « City action » avec un véhicule de police et trois policiers… chargés du maintien de l’ordre. Cette plongée dans une réalité aujourd’hui connotée dans le contexte français aux violences policières et à la répression de la contestation sociale m’a semblé plus violente que n’importe quel équipement de hussard ou de pirates de mon enfance. C’est comme si ce mode de travail policier était banalisé et intégré dans une normalité. Cette irruption du réel m’a fait froid dans le dos.

Pauvres enfants ! @31

Blog biberonEncore une affiche dans le métro qui m’a fait sursauter… C’est une publicité pour du lait en poudre avec le slogan « Métro Boulot Biberon ». Hein ? J’ai immédiatement pensé aux enfants trimballés dans le métro et me suis dit « Mais ils veulent les faire manger que pour qu’ils aillent bosser?! »
Bon, sans doute, s’agit-il plutôt de s’adresser aux parents qui doivent donner le biberon après le boulot et les trajets afférents en métro. Être parent est donc une routine où les gamins prennent tout le temps de sommeil ?
En tous les cas, l’association des trois termes place d’emblée les bébés dans le cycle de la production comme une sorte de cycle infernal auquel ils sont voués parce qu’elle les nourrit. Pauvres enfants !…

Pauvres enfants ! @30

SlipUne marque de slip d’homme surfant sur l’achat cocardier a sorti une campagne publicitaire la première semaine de juin qui m’a mise mal à l’aise. Ce n’est pas tant que d’habitude les publicités pour les slips me réjouissent, mais j’ai trouvé celle-ci de fort mauvais goût en plus d’être peu compréhensible.
L’affiche comporte un dessin avec, d’un côté, un slip de face blanc avec l’indication « avant » et, de l’autre côté, un slip rouge avec le logo de la marque avec l’indication « après ». Le tout porte le slogan « Cette année, papa se remet au slip ». En quoi se « remettre » justifie l’avant et l’après, à moins que la marque ne considère que le slip, créé plusieurs décennies avant elle, est devenu exclusivement associé à elle. Bon, pour autant, cette crise d’ego, courante dans le commerce, n’est pas ce qui m’a dérangée.
Alors que je lui en parle, Cécyle m’indique que c’est la fête des pères. Je reste frappée par la collusion entre la parenté et ce sous-vêtement, voire d’autant plus puisque la coïncidence en montre le lien direct avec la filiation. Comment peut-on à ce point créer une connivence entre un sexe d’homme et son statut de père dans une société où les violences pédophiles sont essentiellement intrafamiliales ? Je reste mal à l’aise et un peu nauséeuse à voir ce que des publicitaires peuvent imaginer pour vendre des slips.

Pauvres enfants ! @29

LaFilouteLe Magazine de la Santé du 30 mai 2016 a consacré une chronique à l’homoparentalité : « Homoparentalité : quel impact sur les enfants ?, avec le Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre ». D’emblée, je me dis que je n’ai jamais vu passer un sujet type « Hétéroparentalité : quel impact sur les enfants ? », cela viendra peut-être, le jour où l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste traitera autrement que par un mépris coupable les violences familiales si tant est qu’il soit possible, en l’état actuel de notre culture, de dissocier famille et violences.
Cela dit, le psychiatre de service m’a paru assez ouvert à l’homoparentalité, levant quelques clichés et banalisant la chose. J’avais l’oreille distraite mais je n’ai pas relevé d’homophobie de premier degré. Une chose pourtant m’a frappée : à la fameuse question de savoir si les homoparents produisaient plus d’homosexuels que les hétéroparents, le psychiatre a opposé une réponse plus que négative. Non, non et non, les enfants de parents homosexuels ne sont pas plus homos que la moyenne.
Je dis une réponse « plus que » négative car la façon dont il a rejeté l’argument m’a semblé disproportionnée. À LaFiloute qui regarde la télé avec moi, j’ai dit :
— Et alors ? Quelle importance cela aurait ?
— Tu sais bien qu’il faut que l’ordre règne.
Là, Michel Cymes a indiqué que si l’enfant est élevé dans un milieu « communautaire fermé » le risque pouvait exister, que les familles homoparentales se devaient d’être « ouvertes ». Le psychiatre a repris l’argument, pas convaincu. Si l’on y réfléchit, on remarque que les familles hétéroparentales très fermées, celles qui ne fréquentent que des hétéros coincées de la différence, voient pourtant certains de leurs rejetons être homosexuels.
J’ai de nouveau regardé LaFiloute. Elle m’a souri.
— Et si l’intérêt de l’enfant était que la famille soit déconstruite au profit des droits individuels ?
Elle me plaît, LaFiloute ; elle apprend vite !

Pauvres enfants ! @28

CluedoPendant mes dernières vacances, j’ai pris plaisir à plusieurs parties de Cluedo. Mes amis avaient acheté la dernière version, qui a évolué depuis celle de mon enfance. Les grandes lignes sont restées les mêmes, mais il y a divers petits changements. Ainsi, il n’y a plus de colonel Moutarde, mais Moutarde « alias Jacques Poussin ». Les personnages sont tous plus « modernes » : avocate, vedette de cinéma, etc. Leur nom, fameux, est resté, ouf ! Il y a toujours Violet, Rose, Pervenche, Leblanc, Olive…
Le jeu présente même des dessins de ces nouveaux personnages. Et là, le bât blesse plus que la barre de fer (seul arme du crime qui a changé de nom, c’était avant une matraque) : le seul personnage non-blanc est noir. C’est une femme, du nom de Diane Leblanc.
Je ne sais pas ce qui est passé par la tête aux concepteurs de cette refonte d’un classique du jeu de plateau. En tous les cas, outre le goût en soi douteux de cette « touche d’humour » (je ne sais pas comment qualifier cette connerie), c’est affligeant que les enfants puissent y être confrontés, entretenant la bêtise des jeux et clichés sur la couleur de peau. Il y a des coups de chandelier qui se perdent !