Archives de catégorie : Paris @

Paris @72

Facsimile non lisible du courrier reçuIl y a quelques semaines, j’ai reçu un courrier personnalisé de mon bailleur et de celui de l’immeuble d’en face me proposant d’héberger des réfugiés ukrainiens en précisant les conditions légales de cet hébergement (accompagnement par le Centre d’action sociale, occupation à titre gratuit, etc.). Mon bailleur insiste sur sa « mobilisation » depuis « le début de la guerre ». C’est-y pas gentil ? Et généreux ?
Ma première réaction a été de me dire « Tiens, ils veulent vérifier les déclarations faites dans les enquêtes logements », considérant que ces déclarations bisannuelles permettent d’établir l’occupation du logement, les revenus des locataires, donc de mener des calculs savants sur le montant du loyer et le maintien (ou non) du droit au bail. Cette réaction témoigne de la confiance que j’accorde d’emblée à mon bailleur.
J’ai pensé ensuite à tous ces locataires qui réclament à mon bailleur (ou à un autre) qu’il fasse des travaux dans leur logement parfois insalubre, mal chauffé, mal isolé, infesté de nuisibles… Ce n’est pas bien de penser cela ; les réfugiés ukrainiens ont des problèmes autrement plus compliqués que les nôtres et les souris qui se promènent dans un logement ne sont rien face au vécu dans le métro de Kiev ; quant à ces locataires qui vivent dans des appartements parsemés de gouttières… cela leur rappellera les caves de Kharkiv.
Je sais, je ne devrais pas faire de l’humour noir avec un sujet si difficile ; il y a bien sûr des locataires dont les logements sont confortables (le mien, par exemple) dans des immeubles en bon état (le mien, si je fais exception de l’ascenseur, de ma cave ouverte quatre fois en six mois, des soirées deal et conso tous les soirs dans les parkings…). Il y a donc des locataires qui peuvent héberger des réfugiés ukrainiens et j’imagine que beaucoup n’ont pas attendu que notre bailleur le suggère pour le faire.
Ce qui achève de me porter à l’ironie pourtant c’est que, de mémoire (vous me dites si je me trompe), mon bailleur ne m’a jamais suggéré d’héberger des réfugiés syriens, libyens, somaliens… ; pourquoi donc ? Vous dites ? Ils sont noirs et pas très chrétiens ? Je ne peux imaginer que c’est la raison, le « racisme institutionnel » étant une vue de l’esprit gauchiste. Non ?
— Gauchiste !
Caddie !

Paris @71

Helgant passe sa tête sous une grille.La tournée des pâtées de Helgant est une motivation incontournable et l’occasion de contorsions tout à l’honneur du papy qu’il est. En effet, si certaines denrées sont directement sur le trottoir, d’autres sont posées derrière les grilles d’une résidence.
Cela n’arrête pas Helgant, qui est prêt à de nombreux efforts pour laper quelques grammes de cette précieuse denrée. En grand chasseur urbain, il est prêt à donner de lui-même. Le voici donc prêt à s’aplatir, passer sa tête sous les grilles, jeter des coups de langue vigoureux. Un vrai spectacle !Helgant se contorsionne et jette sa langue vers la pâtée.

Paris @70

Je fréquente globalement assez peu mes voisins. J’ai déjà eu des voisins devenus des amis, mais c’est plus l’exception que la règle. Je suis parfois proche des membres du conseil syndical, dont j’ai fait partie dans un précédent immeuble et dans l’actuel.
Toutefois, depuis que j’ai adopté Helgant, j’ai bien plus de discussions avec mon voisinage. Il est admiré et apprécié. Plus encore, l’été dernier, alors que je m’étais organisée avec des amis pour le nourrissage. J’avais laissé ma clé à la voisine qui adore Helgant au cas où… (fuite ou autres problèmes matériels).
Elle est passée plusieurs fois pour vérifier que tout allait bien, arroser les plantes et même nourrir les poissons. On s’envoie de temps en temps des textos, on papote quand on se croise et elle a toujours une caresse pour Helgant qui le lui rend bien l’affectation qu’elle lui porte (même s’il est toujours assez intéressé par ses sacs où elle transporte de la nourriture pour les chats qu’elle nourrit en plus des siens chez des voisins du quartier).
Grâce à lui, mon rapport à plusieurs voisins a changé. Il est décidément très fort. Ouafmerci Helgant !

Paris @69

Helgant en pension fait connaissance d'autres chiens.Helgant ayant toujours peu envie, voire ayant peur, de se promener dans le quartier et le besoin de continuer à apprendre à se connaître tous les deux étant toujours fort, j’ai rencontré à plusieurs reprises une éducatrice canine. Nous avons d’abord marché en forêt, où Helgant se sent bien. Une fois, elle est venue avec sa chienne, une bergère allemande, bien tranquille. Helgant l’a suivie sans qu’il y ait la moindre anicroche entre eux.
Un des soucis avec nos descentes quotidiennes pour ses besoins est que Helgant a pris les quelques mètres devant l’immeuble comme une extension de son domicile et donc d’un territoire à défendre, le moindre chien s’y aventurant subissant des reproches aboyés et Helgant ne voulant plus s’aventurer au-delà. Sachant cela, l’éducatrice est venue devant chez moi avec sa chienne. Quand nous sommes sorties, la chienne était assise dans le périmètre du territoire de Helgant. Il l’a juste salué sans un son, acceptant d’emblée sa présence.
Nous avons ensuite cheminé. S’il y a parfois eu des blocages, réglés à coup de friandises, nous avons pu refaire le tour du pâté de maisons, un trajet effectué la dernière fois il y a des mois. Helgant a suivi la chienne, qui elle-même suit en toute confiance sa maîtresse.
Nous avons même croisé plus loin un vieux chien que Helgant acceptait jusqu’à ce qu’il annexe la voie publique et s’y insurge des passages de concurrents à quatre pattes. Le pauvre chien était tremblant et ne comprenait pas pourquoi Helgant ne lui aboyait pas dessus.
Depuis cette séance, Helgant recommence à effectuer le tour du pâté de maisons, ce qui nous dégourdit les jambes et permet de ne pas seulement effectuer des aller-retour de quelques mètres dans ma rue, assez bruyante, donc désagréable et source de peurs soudaines. Helgant a même redécouvert les points très intéressants où il est susceptible de trouver de la pâtée pour chats que des riverains déposent à même le sol. C’est une très bonne motivation.
D’ailleurs, l’autre jour, je revenais avec lui de chez le toiletteur où je le dépose quelques fois par an. Je n’ai tout d’abord pas compris pourquoi il ne prenait pas le chemin le plus rapide, jusqu’à le voir foncer truffe au sol sur les spots de dépose.
Je ne suis pas favorable à ces déposes sauvages de nourriture, ayant participé dans une autre vie à la verbalisation de leurs auteurs. Car cela favorise la remontée des rats en surface. Mais, là, je dois reconnaître que c’est une indéniable moyen de faciliter les sorties pour le « tour de pâtées de maisons ». Je ne pousserai pas jusqu’à remercier ces personnes, mais Helgant n’hésite pas : ouafmerci !

Paris @68

Un troittoir assez étroit, à un carrefour, avec un poteau pile dans la diagonale empêchant tout passagePendant les quarante-cinq jours que j’ai passés en fauteuil roulant, et le mois qui a suivi où j’ai continué à sortir en fauteuil de moins en moins au fur et à mesure de la récupération de la motricité de ma cheville, j’ai signalé un certain nombre d’« anomalies » (c’est le terme de la Ville) entravant la circulation fauteuil via l’application Dans ma rue. J’ai remarqué un accueil toujours rapide et bienveillant des agents au bout de l’appli ce qui n’est pas l’habitude de la DVD sur des questions ne touchant pas à la mobilité PMR.
On voit mon fauteuil avec ma jambe dans le platre coincé par un poteau au milieu du trottoir.J’ai notamment signalé ce carrefour où un panneau de sens interdit entravait le passage d’un fauteuil sur le trottoir, signalant également l’absence de plaque de rue. J’avais eu un échange par mail, mon interlocuteur s’inquiétant de pouvoir trouver une solution. J’avais suggéré l’accrochage du panneau sur le bâtiment… trois mois plus tard, j’ai été avertie que l’anomalie avait été résolue. Je suis allée voir et ô ! miracle : le panneau a été déplacé et collé au bâtiment, et la plaque de rue installée.
Le même carrefour, le poteau a été collé contre le pur libérant ainsi le passage.Pour une fois, je suis très fière d’avoir « contribué à l’amélioration de l’espace public », comme le disent les mails de Dans ma rue et je remercie chaleureusement les services de la Ville d’avoir agi avec zèle et intelligence. M’est avis que cette amélioration-là, durable, va faciliter le passage à beaucoup. Cela m’encourage à poursuivre mes signalements et à ne pas laisser décourager par des réponses à deux balles, ou hors délais ; globalement l’appli permet vraiment d’améliorer les choses ; Parisiennes, Parisiens, servez-vous-en !
— Tu oublies un truc !
Quoi Caddie ? Ah ! oui. Je demande depuis trois ans par des canaux différents que l’appli soit conforme RGAA avec des polices proportionnelles. Emmanuel Grégoire m’a promis sur Twitter « d’y travailler » il y a quelques jours ; ai-je un espoir ? Quel suspense monsieur le maire adjoint !

Note. Ceci étant, c’est quand même invraisemblable qu’en 2021 je sois en position de me réjouir aussi sincèrement qu’un trottoir soit libre de tout passage à Paris. Cela devrait être la norme, sans que je n’aie besoin d’y contribuer ; comme il devrait être inutile de multiplier les potelets et autres croix de Saint-André pour éviter que les véhicules motorisés bloquent le passage. Qu’est-ce qu’il est ringard le monde dans lequel on vit !

Paris @67

Copie d'écran de l'appli Dans ma rue, toutes petites polices.J’aime bien faire des réclamations sur Twitter, auprès de mes élus préférés, notamment. Je me retiens souvent car je sais que la moindre objection est instrumentalisée par l’opposition municipale et des Parisiens agressifs qui se cachent derrière des pseudonymes. Parfois, je commente quand même, sur des sujets qui me tiennent à cœur (comme l’accessibilité) en essayant d’y mettre un peu d’humour pour que la différence soit faite par les intéressés.
J’ai ainsi réagi à ce microbillet :

« #DansMaRue sera indisponible entre 12h et 14h aujourd’hui, pour permettre la mise en ligne d’une nouvelle version. Merci encore à toutes et tous pour vos signalements »

Avec cette question :

« Ouh la la !! Avec les polices dynamiques ? Dites-moi, @nicolas_nordman, le suspense est insoutenable ! #accessibilité #RGAA »

Mon microbillet a été « liké » par quelqu’un qui cherche à l’évidence à enfoncer la Ville (ce qui n’est pas mon cas, je le redis, au cas où…) et d’autres commentaires se sont ajoutés qui me font me demander si je ne vais pas retirer mon microbillet histoire de ne pas être mêlée à ce concert de récriminations plus ou moins violentes.
Je ne l’ai finalement pas fait cette fois-ci ; mais d’autres fois, oui. On ne maîtrise pas tout sur les réseaux sociaux ; mais on peut faire sa part.

Paris @66

Une corbeille de rue, grise sur pavé grisJe m’essaie de temps à autre à faire des propositions lors de consultations citoyennes en ligne organisées par la Ville de Paris. Je trouve le système un peu hermétique ; je ne sais jamais trop si ces propositions sont lues par les services concernés de la Ville, consultées par d’autres citoyens de Paris, utiles à quelque chose, en somme. J’en doute d’autant qu’il n’est pas si aisé d’avancer des arguments face à des administrations qui ont une maîtrise technique que je n’ai pas, et pas forcément envie (ou le temps) de prendre en compte des propositions qui ont l’air de rien mais qui demeurent essentielles.
Une consultation sur l’espace public et l’esthétique de Paris m’a donné envie de relancer le sujet « corbeille de rue » que j’avais évoqué en 2015 ; ma démarche auprès de l’élu en charge du handicap était restée lettre morte et c’est finalement par l’intermédiaire de Sylvie Lekin, élue de mon arrondissement, que j’avais eu un court échange avec le service concerné qui avait entendu le souci mais n’avait, à l’évidence, pas trouvé de solution.
Voici ma contribution de ce mois de mars 2021.

« Bonjour
« La tendance est au mobilier urbain qui se fond dans le décor. C’est peut-être très joli… je n’en sais rien ; je ne le vois pas. C’est dommage de ne pas voir une corbeille de rue, une fontaine, un banc, un Abribus ; surtout quand on a soif, que l’on est fatigué, que l’on a un papier à jeter ou un bus à prendre. Je suggère donc que le mobilier urbain soit visible par l’utilisation de couleurs contrastées par rapport à l’environnement où il se trouve. Les personnes déficientes visuelles et les Parisiens étourdis peuvent ici faire cause commune.
« Merci. »

Je ne suis pas très optimiste sur le devenir d’une telle proposition, surtout si c’est l’esthétique qui est l’argument tant celle-ci se base sur des canons qui n’interrogent pas le beau en termes d’accessibilité (de visibilité, mais aussi d’usage). J’ai d’ailleurs souvent remarqué que le beau est opposé à l’accessible, par exemple en matière d’objets numériques (site, application, etc.) Cela touche à un ressort fort de l’exclusion, celui qui tend à considérer que le beau n’a rien à faire de l’usage. Pour la Joconde, je ne dis pas ; mais pour une corbeille de rue…

Paris @65

Mon bailleur, celui-là même qui met plusieurs années à changer nos fenêtres, passe des marchés avec des chauffagistes indélicats, communique de manière illisible, et autres (la liste est longue), adore les « concertations locatives ». Il s’agit, lors d’une opération de travaux par exemple, de demander leur avis aux locataires ; préfèrent-ils les fenêtres avec empiècement ou les autres ? Celles avec empiècement ? Très bien ; l’architecte préfère les autres. Donc, les autres.
En dépit de ce genre d’aventures, je me plie volontiers à ce type de concertation ; c’est surtout l’occasion de nouer des liens avec les gestionnaires de nos logements et de ces travaux, liens qui sont utiles en des circonstances plus concrètes. J’ai ainsi participé il y a quelques mois à une concertation locative sur un projet de réhabilitation de nos halls (ils en ont bien besoin). Ce projet est co-financé par la Ville. La concertation fait partie des conditions de cette aide.
Cette rencontre a duré plus de deux heures : les deux gardiens étaient présents, notre gérante, son supérieur, la personne en charge de mener ces travaux, la présidente de l’amicale de locataires et moi. Au fil de notre visite des cinq halls concernés, nous avons croisé des locataires, en avons appelé d’autres sur des points très spécifiques (comme l’accessibilité). Les gardiens ont partagé leur expertise, la gérante itou. J’ai aussi gentiment séquestré la responsable des travaux dix minutes dans nos escaliers pour qu’elle convienne qu’ils ne pouvaient être exclus du chantier (l’odeur est redoutable !)
Cette dame a tout noté avec patience et intérêt. Elle m’a recontactée il y a quelques semaines pour un nouveau tour des halls. Au départ, il s’agissait de formaliser une procédure de concertation plus large, procédure contrainte par le covid. Cela s’est transformé en nouvelle visite des cinq halls avec les mêmes personnes, plus l’agence en charge de coordonner les travaux. Pour quoi faire ?
— Ils veulent prendre le pouls des locataires…
— Une mesure sanitaire, en somme.
Elle a ri (merci madame !) et a fini par convenir que cela faisait beaucoup de temps de travail (donc d’argent) pour dire des choses déjà dites. Je lui ai précisé que j’avais une confiance absolue en son expertise, sa capacité d’avoir fait le compte rendu le plus juste, et l’ai renvoyée au professionnalisme des gardiens (surtout le mien) et de la gérance si des détails manquaient. Je lui ai proposé de réinvestir l’argent économisé sur cette concertation inutile dans le renouvellement de nos baignoires…
Cette réunion a quand même eu lieu, sans moi. J’ai croisé cette joyeuse bande dans mon hall ; ils étaient neuf ; je sais que cela a duré encore deux heures, plus le temps de transport, plus… Quelle dépense superflue ! Je me suis promis de raconter cette histoire à la maire de notre arrondissement, le bailleur arguant du partenariat avec la mairie pour multiplier ces « concertations » sans objet. Je n’en ai pas eu l’opportunité ; je lui enverrai ce billet.

Paris @64

À l’occasion de la Rentrée des associations dans mon arrondissement, j’ai eu le bonheur de bavarder quelques minutes avec Anne Hidalgo accompagnée d’une jeune élue, Anouch Toranian, et de Olivia Polski qui a eu la gentillesse de me prévenir de l’arrivée de la maire de Paris, sachant ma déficience visuelle. Ces conversations publiques sont toujours un peu surjouées, de part et d’autre. J’étais contente de lui rappeler un moment qui l’était moins (pour moi), la première fois que je l’ai rencontrée, à l’occasion de l’inauguration du local de Pascal Cherki où j’accompagnais Célia Blauel. C’était en… 2014 ? Quelque chose comme cela.
Nous avions ce jour-là devisé plus longtemps dans une conversation tout en séduction : Célia menait la liste EELV pour le premier tour ; la fusion pour le second était acquise ; pourquoi ne pas voter directement pour elle, alors ? me suggérait Anne Hidalgo. Le message ne s’adressait bien sûr pas qu’à moi. J’étais ressortie de là conquise, après deux bises appuyées… mais avais voté pour Célia au premier tour ; sans jamais le regretter.
Mon attachement à Anne Hidalgo trouve ici sa source ; comme quoi, les conversations convenues peuvent produire leur effet. Celle que nous avons eue en septembre me laissera moins de traces (le premier baiser est toujours le meilleur), ce d’autant que covid-oblige, point de baiser ni de poignée de main. Cela m’a manqué. J’en ai, pour le coup, peut-être un peu rajouté (c’est mon genre) mais j’étais contente de la remercier chaleureusement pour son action, lui parler de la médiation et de la encore trop grande distance entre les services et les Parisiens, et lui dire que je l’aime.
Là, comme ça ? Bah vi. J’ai dit à Anne Hidalgo que je l’aime ; j’ai senti sa surprise ; je ne sais plus ce que j’ai dit, comment, pour qu’elle comprenne que mon amour était grand mais n’engageait que moi. J’ai évoqué Célius, mousquetaire de la reine qui semblait lui dire quelque chose… J’ai donné ma carte à Anouch Toranian ; Anne Hidalgo m’en a demandé une. Elle l’a mise dans son sac ; et est passée au stand suivant.
La suite ? Quelle suite ? Mon amour n’en a pas besoin ; mon plaisir citoyen non plus.

Paris @63

Ce matin (dimanche 13 septembre 2020), je suis allée faire ma séance de sport au square W option « utilisation des machines de musculation » et « renforcement musculaire à l’élastique ». Il y avait là, installés sur une table de ping-pong et les chaises longues en bois, des jeunes gens qui, à l’évidence, y avaient passé la nuit. Ils se disaient au revoir sur un fond musical pourri (entendre mauvais son produit par un haut-parleur indigne de toute partition).
Pendant que j’étais sur le rameur, l’un d’eux s’est approché en parlant à ses camarades expliquant que les transats étaient, je cite ,« de la merde » ; il s’est arrêté à vingt mètres derrière moi, face contre le bosquet, pour uriner sachant que des toilettes publiques sont à cent mètres. À quelques pas, le cantonnier ramassait consciencieusement les ordures qu’ils avaient éparpillées au cours de la nuit.
Et je ramais.
Ils sont assez vite partis, faisant ronfler le deux-roues motorisé garé près d’eux à l’intérieur du square. Je ne saurais dire de quel genre de jeunes gens il s’agissait (je ne les ai pas « vus », dans le sens courant de ce verbe) mais la première pensée qui m’est venue était que c’était des couillons de merde. J’ai ensuite songé que me concentrer sur mon activité valait mieux, activité sportive que je pratique dans ce square trois à six fois par semaine, profitant une heure durant d’installations municipales (appareils de muscu, structure pour accrocher mes élastiques, sol sécurisé, point d’eau, toilettes, verdure) entretenues par des agents municipaux (nettoyage, arrosage, taille…)
Je bénéficie donc d’un cadre idéal pour mes activités sportives et ce, gratuitement. Ces jeunes gens, ils en ont tout autant profité : salle à ciel ouvert toute la nuit, tables, sièges, pissotière dans les fourrés, nettoyage au petit matin, verdure…) ; et ce serait « de la merde » ? Je n’ai pas envie, à partir de là, de produire un discours moral cher aux mouvements populistes et aux vieilles gens désabusés. J’ai juste envie de remercier publiquement ma Ville d’accueillir avec la même bienveillance ma joie et leur merde. J’espère ne jamais renoncer à faire de la première une arme contre la seconde. Jamais.