Archives de catégorie : Kendo @

Kendo @56

Une vue plongeante sur le square W. La bute herbée, en bas, un arbre devant une aitre de jeu où trône une pyramide de corde où les enfants peuvent grimper.Ces dernières semaines, je suis moins allée faire du sport au square le matin ; mon activité de professeure assistante de judo s’est intensifiée (plus de cours, plus de responsabilités), il a parfois fait un peu trop froid pour que je me décide ; il a un peu plu (pas assez, forcément) ; j’ai aussi eu la flemme de me lever ; et les fois où j’y suis allée, le malotru était là, gâchant mon plaisir de quelques uchi komi à l’élastique (un truc de judoka) avec sa musique de bourrin.
Ce matin de Pâques, pourtant, je n’ai pas hésité ; grand beau ; un petit frais comme il faut. J’ai sauté de mon lit à 7 h 05, avalé un café, sorti du beurre du frigo pour faire des sablés épeautre noisettes (tout effort a sa récompense), me suis préparée et me suis mise en route une petite demie-heure plus tard. Avec un peu de chance, le malotru ne serait pas arrivé à la fin de mon grand tour de machines… Suspense !
Le silence d’abord m’a saisie, même le long de la rue Vercingétorix où il n’y avait quasiment pas de circulation. Petit échauffement. Série de cinq minutes sur les deux machines au pied de la passerelle Alain (toujours fermée, jusqu’à quand ?) Petit salut à mes Tour (Bouddakarathaï). Trois minutes de course à vitesse réduite (un exploit !) pour rejoindre les quatre autres appareils. Nouvelles séries de cinq minutes. Et hop ! Je récupère l’élastique noué autour de ma taille et c’est parti : uchi komi par séries de 40 secondes.
Et le malotru ? Je ne l’ai ni vu ni entendu ! À la place j’ai eu quelques bagarres d’oiseaux dans les arbres, des chants que j’ai accompagnés, deux bonjours d’humains et, cerise sur mon gâteau, la mise en route de l’orgue de l’église Notre-Dame du Travail. J’ai poussé le plaisir jusqu’à faire des abdos et des étirements sur le ponton au soleil. Que du bonheur !

Note. J’ai raté le magnifique carillon de 9 heures ; même avec 1 h 10 de sport, il était encore tôt.

Kendo @55

Photo de dos, mon prof et moi.J’ai des journées plus difficiles que d’autres, comme tout un chacun. L’autre mardi, j’étais à la peine, triste, apeurée. Il faisait froid. J’étais fatiguée et enrhumée, aussi. Après être passée chez une amie qui m’a proposé de verser ma larme au chaud d’un café et d’une brioche maison, je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi, me caler sous un plaid, tablette sur les genoux, musique, et bouquiner. Des enfants m’attendaient sur un tatami ; mon professeur que j’aide serait en retard ; il me fallait y aller, être à l’heure, passer mon kimono dans la fraîcheur des vestiaires (16° environ), salut, échauffement…
J’ai pressé le pas entre la porte de Pantin et la place des Fêtes, senti dans la rue d’Hautpoul les larmes guetter l’instant où le souffle serait le plus court, monté le son dans le casque laissant Dana Kerstein me fendre le cœur (une vieille histoire qui fait encore mal) et me suis présentée à la porte de mon dojo en me demandant comment j’allais ne pas m’effondrer. J’étais (presque) en retard. Un seul enfant pourtant était arrivé : il était en kimono et chaussettes, avec sa maman et la dame qui accueille nos jeunes judokas.
On se dit bonjour. Fier, il me dit « Je suis arrivé avant toi ! » (la ponctualité fait partie des apprentissages du judo) ; je me suis sitôt excusée, fonçant me changer dans le vestiaire des filles. En cinq minutes, quatre autres enfants sont arrivés et je leur mettais du gel sur les pieds et les mains à l’entrée du tapis. Encore deux minutes, et nous étions prêts pour le salut. Ma tristesse était encore bien là, avec une boule dans la gorge. Je les regarde.
« Re.
« Rtisu.
« Re.
« Aujourd’hui, on travaille debout. Vous courrez dans tous les sens… »
Cinq judokas de quatre et cinq ans auront-ils suffi à me faire oublier ma peur et ma tristesse ? Je cours avec eux, enchaîne les exercices, leur montre un déplacement qu’ils ne connaissent pas et où ils s’emmêlent joyeusement les pieds. Mon professeur arrive et prend la relève. Nos rôles sont désormais bien répartis. On se concentre sur nos élèves et notre enseignement en se faisant des blagues. Les cours s’enchaînent. À la fin du troisième, ma tristesse et ma peur ont repris le chemin du tréfonds, là, présentes sans m’empêcher d’agir, de rire, de savourer l’amitié de Isabelle avec qui on partage en soirée un sandwich les mardis.
Une journée difficile ? Oui. Mais une journée heureuse. Je comprends ce matin que j’ai senti comme une obligation de ne pas faillir avec les enfants et que je me suis prise à mon propre jeu. Décidément, les enfants… des lutins malins !

Kendo @54

Je fais une chuttearriere en ceinture jauneLes cours de judo que je donne en tant que professeure assistante sont parfois difficiles (les enfants le sont parfois) mais il arrive toujours un moment où quelque chose vient me faire me rappeler que je m’y régale.
Ce mardi-là, j’étais un peu fatiguée et le cours des petits (4-6 ans) était compliqué comme chaque fois cette année. La saison 2020-2021 et ses multiples confinements et couvre-feux ne nous a pas permis de recruter une nouvelle génération de judokas ; les recrues de l’année précédente sont passées dans le cours supérieur ; nous n’avons donc que des débutants de 4 ans sans judokas de 5 ans qui les tirent vers le haut. L’année passée a également laissé des traces en termes de concentration, de rapport aux apprentissages, à l’autorité.
On s’y épuise donc et on entame souvent le cours suivant un peu dépités. L’échauffement est l’occasion de nous défouler (nous, professeurs et élèves) et la leçon elle-même commence, avec ses jours avec et ses jours sans. Ce jour-là, je manquais donc d’énergie ; nos élèves sont globalement sympas mais forcément un peu cossards. Je ne les poussais guère, m’intéressant plus, pour cette fois, à ceux qui travaillent volontiers. Parmi eux, un débutant de 8 ans, et sa partenaire déjà aguerrie (en jaune orange, ce qui pour cette classe d’âge constitue le top).
Après du travail au sol, on entame la dernière séquence du cours, les combats (randori). Elle m’appelle : elle peine à expliquer les règles à son partenaire. Je le fais et le randori commence. Sitôt, elle le pousse vers l’arrière, la seule chose strictement interdite (ça peut casser les chevilles), consigne de sécurité que je venais de rappeler. Je la gronde gentiment, elle s’excuse et lance, pour plaider sa cause.
— Je sais que c’est interdit ; mais je ne vois rien sans mes lunettes !
J’en rigole encore.

Kendo @53

Mi-juin, j’ai retrouvé deux amis judokas pour une petite séance de préparation physique et de retour au judo avec bâton, élastiques, poids, tapis, et kimono ! L’un d’eux, ceinture orange, avait prévu de me rejoindre le dimanche suivant pour travailler déplacements et déséquilibres. Je suis arrivée avant lui, ai installé les ateliers et, ne le voyant pas arriver, ai commencé une séance en solo, utilisant le mobilier urbain comme support. Juste à côté était installé le malotru qui fait son sport en musique. J’ai constaté depuis ce billet de l’été 2018 que sa danse est une danse de boxeur ; il vient désormais régulièrement avec un coach ; ils se parlent beaucoup ; à quoi sert la musique ? Je ne sais pas.
J’ai donc fait quarante-cinq minutes de sport en bruit avant que mon partenaire n’arrive. Il avait eu un petit accident de skate (son moyen de transport), perdu son téléphone… il voulait faire du judo quand même. Je lui explique à voix feutrée que le malotru est un malotru. Il s’en émeut moins que moi et nous voilà à enfiler nos vestes de kimono. Je sors ma belle ceinture offerte par Johnny, et mon partenaire passe sa ceinture orange.
On démarre par des séries d’Uchi komi à l’élastique. Je suis face aux deux boxeurs. J’ai la sensation, un instant, d’être dévisagée de manière étrange mais ce n’est qu’une sensation. Ils sont à cinq mètres ; je ne vois pas grand-chose d’eux. Quarante-cinq minutes plus tard, j’arrête notre séance (j’ai déjà une heure et demie dans les pattes), ça me va. On remballe gentiment. Les boxeurs sont partis depuis un bon quart d’heure. Mon partenaire me lance.
— Ça change tout, une ceinture noire.
— Comment ça ?
— Ton gars, je peux te dire qu’après que tu as mis ta ceinture, il ne t’a plus regardée pareil.
J’en rêvais !

 

Kendo @52

Depuis quelques mois, sensei Romuald me prend souvent en partenaire de démonstration au cours débutants du mardi d’abord, puis à celui adultes confirmés du jeudi (sauf quand il démontre des choses où physiquement, je ne vais pas tenir comme hier des enchaînements sur De ashi barai). J’en suis touchée, tant cela me place au cœur de l’action et est, mine de rien, honorifique. Je m’applique au mieux pour gainer comme il faut, prendre la posture qui permettra de bien démontrer telle ou telle prise. Ce n’est pas une position facile à tenir, il s’agit de se mettre au service de la démonstration. Je m’y trouve souvent assez gourde en dépit de mon application mais Romuald insiste. Alors ?
J’ai posé la question par texto à Johnny, exprimant mes réserves sur ma capacité à tenir le rôle. Il me répond « Ça va te permettre de travailler les postures et les sensations. » J’évoque alors, dans un autre texto, que cela m’amuse de voir comment Romuald s’applique à faire de l’audiodescription en même temps qu’il démontre, bien loin des « comme ci » et « comme ça » de la majeure partie des professeurs de judo. J’avoue que la réponse de Johnny me smashe.

« Tu n’imagines pas à quel point le travail d’audiodescription est si utile quand tu enseignes. Ça change une vie ! Je n’aurais jamais été aussi efficace et pertinent avec mes élèves si je ne t’avais pas rencontrée pour que tu me formes à prendre en compte les besoins de l’autre. Romu sait à quel point tu nous rends meilleurs dans nos enseignements ! »

Eh bien non, je n’imaginais pas et me demande sitôt pourquoi alors tous les professeurs de judo ne pratiquent pas l’audiodescription… Cela fait longtemps que je considère que si l’on construisait le monde en considérant que les besoins spécifiques peuvent servir l’intérêt général, il serait vraiment différent. La remarque de Johnny, en plus de me toucher, m’encourage à agir pour plus d’accessibilité car ce que je gagnerai pour moi, je suis convaincue que cela en aidera d’autres, peut-être même d’aucuns qui ne s’y attendant pas.

Kendo @51

Le judo, ce n’est pas un passe-temps ; c’est une vie. La mienne. Alors je vous en parle beaucoup. Le sujet d’aujourd’hui : l’objet ceinture noire.
Pour mémoire, sensei Romuald m’a offert l’une des siennes quand j’ai eu mon grade (ici). Elle sert de fronton à ma page Facebook, mon compte Twitter et m’a protégée deux ans durant. Mais je savais qu’il allait falloir en changer. C’était nécessaire tant elle était élimée, et aussi sans doute parce qu’avec mon prochain passage de 2e dan, il est important que je vole un peu de mes propres ailes. Romuald me porte depuis dix ans. Peut-être puis-je essayer de rester debout sans son maintien autour de ma taille ? C’est très symbolique tout ça. Le judo.
Johnny m’a permis de faire cette autre forme de passage sans trop de douleur et même avec une joie rare. Il m’a ramené comme prévu () une ceinture du Kodokan et me l’a remise dans mon salon. J’ai publié un petit reportage sur Facebook, lala. Mon émotion, quelques semaines plus tard, est intacte. Tout le mois d’août, j’ai porté la ceinture chez moi pour l’assouplir un peu, utilisant la technique nœud à l’envers retourné qui fonctionne très bien. Johnny m’a fait le plaisir d’inaugurer avec moi cette ceinture sur le tapis lors du dojo d’été, fin août. Puis est venu le moment où je me présenterais face à Romuald. C’était le 29 août. Trois minutes après que je suis sortie du vestiaire, il me dit :
— Ça y est, tu m’abandonnes ?
Il m’a fendu le cœur ! J’ai bafouillé je ne sais quoi pour dire que bien sûr que non puis l’ai vanné en lui demandant s’il lisait ce qui est écrit. Il le savait, il avait décidé du texte avec Johnny : à gauche (sur la photo), « Cécyle sensei » puis le logo du Kodokan ; à droite « Yuki », soit « courage », l’une des huit valeurs du code moral du judo, celui qui me va évidement le mieux « Faire ce qui est juste. » ; je n’en suis pas forcément capable mais c’est effectivement ce que je cherche.
Pour ce qui est de « Cécyle sensei », j’ai vacillé quand Johnny me l’a lu. Il est vrai que je participe à donner des cours et ai réussi cet été ma mise à niveau d’animatrice suppléante. Mais « sensei »… c’est quand même plus que ça ! Johnny m’a démontré que je l’étais pour lui. Je sais que des enfants me considèrent comme telle, des adultes débutants aussi. J’ai néanmoins peiné à admettre ce titre. Je peine encore, inquiète de la réaction que pourraient avoir certains de mes partenaires de club ou certains de mes professeurs. Au stage de rentrée des professeurs organisé par le FFJ-IDF, je n’ai eu aucune remarque si ce n’est me dire que j’avais une belle ceinture.
J’avais pris le temps de soigner mon nœud dans les toilettes de l’Institut du judo. C’est la photo qui illustre ce billet et que j’ai envoyée à Johnny pour lui dire ma fierté d’être à ce stage (une première pour moi) avec elle. Suis-je donc sensei ? Être digne de cette fonction fait partie désormais de mes objectifs de judoka. À croire que Johnny et Romuald considéraient que je n’avais déjà pas assez de travail avec mes dans à passer ! Chaque fois que je monterai sur un tatami, je veux qu’ils soient fiers de moi et, moi aussi, de moi-même. J’ai toujours cru en la valeur de l’exemplarité. Je ne peux plus faillir. Yuki? Hoka ni nan?

 

Kendo @50

En juin 2017, j’ai suivi une formation d’assistante de club, premier « grade » pour être habilitée à enseigner officiellement le judo. Un billet est ici. Cette formation était couplée à celle d’animateur suppléant, le « grade » au-dessus, en quelque sorte. La différence est que l’animateur suppléant est habilité à faire quelques cours dans l’année sans la présence du professeur titulaire sur le tatami là où l’assistant de club ne peut faire cours qu’en présence du professeur titulaire.
La formation est identique, l’examen également : seule la possession du PSC1 distingue les deux.
J’ignorais, quand j’ai fait ma formation et passé mon habilitation, que je pourrais avoir le PSC1 ; je me disais que, bigleuse, j’en serais exclue. Que nenni ! La Croix rouge fait même des formations adaptées. L’histoire est .
J’ai alors eu l’idée de tenter de demander à faire valider une habilitation d’animatrice suppléante, ce d’autant que j’ai eu mon PSC1 un mois et demi après mon habilitation d’assistante de club. Le cadre technique a accepté, sous réserve de me voir prendre en charge un cours. Il avait visité pendant la formation tous les candidats, sauf moi. Pourquoi ? Plusieurs rendez-vous ont été pris pendant la saison. Il n’est pas plus venu. Pourquoi ? J’ai quelques idées mais je ne pratique pas la diffamation publique ; je vous laisse donc deviner, considérant que je suis une femme, déficiente visuelle et homosexuelle.
Deux ans sont passés. Un nouveau cadre technique est arrivé. Avec le soutien de mon club, je lui ai renouvelé ma demande. Quelques semaines plus tard, je me suis retrouvée, pas très rassurée, devant deux cadres techniques avec huit enfants de centre de loisirs sur un tatami, veste de kimono et short (et non un pantalon de kimono), deux petiotes de 5 ans, deux grandes de 12 ans, les quatre autres entre les deux, tous débutants. Romuald et ma présidente de club étaient là en soutien.
J’avais préparé un cours visant à donner envie de faire du judo à travers une « phase de combat » : une prise debout, une chute qui ne marque pas, deux retournements, une immobilisation. C’était ambitieux mais cela me semblait plus intéressant que de leur apprendre quelque chose qui ne faisait pas sens. Hajime ! Salut, échauffement, chute arrière… Un des cadres techniques m’appelle.
— C’est bon pour nous. Si tu veux finir ton cours, tu peux, sinon, ils rejoignent leurs camarades.
Ce qu’ils voulaient voir, c’était ma capacité à gérer le groupe, essentiellement du fait de ma déficience visuelle. Fort heureusement, je n’étais plus en examen quand les deux petites ont tenté de quitter le tapis dans mon dos, ni quand (c’est Romuald qui me l’a fait remarquer) je ne me mettais pas face au groupe quand j’expliquais à deux d’entre eux. Cela m’a confortée dans l’idée que je ne ferai jamais de cours sans la présence d’un autre adulte. Sinon, j’étais contente et assez fière ; j’ai pu mener ma séquence au bout, ai su adapter mon niveau d’exigence et tous, en fin de cours, ont fait quelque chose qui ressemblait à O soto gari avec une liaison sur Kusure gesa gatame.
Mon prochain objectif désormais est de faire la formation du Certificat fédéral pour l’enseignement bénévole, plus pour la formation que pour le certificat. Il me faut d’abord mon deuxième dan. C’est une des choses que j’aime dans le judo ; il y a toujours quelque chose à travailler jusqu’au bout de la vie !

Kendo @49

Isabelle m’a fait deux jolis cadeaux pour mon passage technique 2e dan judo. Le premier était déjà dans son sac et m’attendait dès la sortie du tatami : une poulette à croquer ! Isabelle s’est d’emblée excusée pour la quantité d’emballage en dépit du caractère bio de la poulette ; et était perplexe sur son design. C’est vrai qu’elle a un petit air étrange. En estomac, elle a été parfaite.
Quelques jours plus tard, j’ai découvert le second ! Ouh là là ! Elle avait réussi à faire échouer la conjuration sexiste et trouvé les deux judokas en ceinture noire de la série limitée dont elle avait entendu parler. Il a fallu que je réorganise le tatami, la suspension à la lampe n’y suffisant plus. Nous avons donc deux couples (c’est comme ça qu’on dit au judo), un debout en noir avec une blonde-blanche et une brune-noire et un au sol, Petit Mouton avec la judoka en bleu. On s’y croirait !
Et tout cela donne tellement envie de croquer… Je gage qu’il s’agit de cadeaux prémonitoires et que mon 2e dan sera assorti d’une poulette à croquer en ceinture noire. Je vais y travailler avec d’autant plus d’acharnement ! Hajime les cocottes ! Vous savez comment me joindre…

Kendo @48

Quelques jours avant mon passage technique 2e dan (réussi), je pars au judo après deux heures de révision jujitsu. Je suis au taquet. Je croise trois ados d’une quinzaine d’années ; l’un a un ballon ; un second tente d’étrangler par l’arrière un troisième. Leurs cris me font ralentir. Agression ? Jeu ? Je lance un « Oh là ! » afin d’indiquer que je suis témoin de ce qui se passe. Sitôt l’étrangleur me lance « On joue, madame ! » Je m’arrête à sa hauteur et observe son étranglement.
— Quitte à étrangler votre camarade, faites-le correctement. Laissez-moi vous montrer.
Je prends son bras, le positionne ainsi que ses mains. Il me laisse faire, surpris.
— Voilà, vous serrez un peu…
L’étranglé crie.
— … C’est parfait, cela s’appelle Hadaka jime.
Les trois rient et me remercient. Je repars. Dans mon dos, l’étranglé crie encore :
— Sortez-moi de là, madame !
Je m’arrête, me retourne.
— Je vous montre comment sortir une prochaine fois !
Sensei Romuald n’a pas du tout aimé cette histoire alors que j’en rigole encore. Il a raison, le judo ne doit pas être pratiqué sans précautions. Je n’ai quand même pas montré à ce gamin comment bloquer l’épaule pour empêcher la sortie et rendre l’étranglement véritablement efficace. Quand même pas.

Note. En photo, Kata ha jime, lors de mon passage de 1er dan.

Kendo @47

L’année dernière, dans les cours des 4-6 ans, il y avait une petite fille, C., qui m’avait fait douter de la possibilité d’enseigner le judo à la minuscule crevette qu’elle était. Alors que je tentais de lui montrer les rudiments de O soto gari, je lui indique d’avancer le pied gauche. Pour toute réponse, elle a posé sa main droite sur le dessus de sa tête. Au fil des cours, la situation ne s’arrangeait guère. Elle ne décrochait pas un mot, ne semblait pas très « dégourdie » comme on dit. Avec d’autres, je pensais qu’elle ne finirait pas l’année et que seule la présence de son grand frère (5 ans) sur le tatami la faisait venir. Je la couvais un peu, inquiète qu’elle ne s’ennuie ou ne se fasse mal.
Elle a fini l’année. Elle a eu sa ceinture blanche avec un liseré jaune. Et elle était là à la rentrée de septembre, plus grande, plus sûre d’elle, avenante. J’étais ravie de la revoir, et semble-t-il, elle aussi. Début octobre, j’ai dû assurer un cours. J’avais en face de moi six enfants entre 4 et 6 ans, dont quatre débutants. Je me suis appuyée sur les plus hauts gradés (ceinture blanche un liseré jaune, c’est dire !) et ai demandé à C. de nous montrer la prise. Elle l’a alors faite comme à la parade : bien avancer la jambe gauche, faire le déséquilibre, faucher avec la jambe droite tendue. C’était incroyable, de sa part, et de la part de tout enfant de 5 ans, ceux-ci ne réalisant que rarement l’ensemble des composantes d’une prise.
— Bravo C. ! C’est magnifique ! Tu as mérité une médaille en chocolat.
Ce que j’ignorais en lançant cette phrase, c’est qu’il ne faut jamais rien promettre en l’air à un enfant. Un mois plus tard, sa maman m’a dit sous le sceau de la confidence qu’elle réclamait sa médaille. Je me suis donc excusée auprès de C. de ne pas la lui avoir encore donnée et me suis mise en chasse. Ce n’est pas si facile de trouver une belle médaille en chocolat ! J’y suis arrivée en quelques semaines mais C. est tombée malade, puis cela a été les vacances, puis c’est moi qui étais absente…
Enfin, le jour est arrivé ! J’ai pu offrir sa médaille à C. qui n‘en était pas peu fière, et moi aussi ! Sa maman m’a raconté qu’elle avait tenté de lui en offrir une ; mais c’était la mienne qu’elle voulait. Je dois bien avouer que cela me touche beaucoup. Merci C. ; tu es vraiment une chouette gamine. Vraiment.