Archives de catégorie : Galère @

Galère @18

Copie d'écran d'un mail. Liste de produits absent de ma commande, leur prix est barré et remplacé par 0Quand je me suis cassé la cheville, j’ai eu besoin de me faire livrer mes courses. J’avais opté pour Carrefour, je vous renvoie sur ce billet. À l’usage, c’est aussi pratique que compliqué.
* L’appli est totalement inutilisable pour moi ; le site n’est pas facile à utiliser ; il me faut un grand écran. Faire mes commandes me prend donc du temps, ce d’autant que je cherche les meilleurs prix, les promos, et que je mange plus de fruits et légumes que de produits transformés.
* Il faut jongler avec les produits indisponibles, qui sont légion. Et en fin de compte, il y a plein de choses que je ne trouve pas, ou qui n’existent pas à des prix acceptables (les fruits et légumes notamment).
* Je dois avoir un minimum de commande de 50 euros. Ce n’est rien, 50 euros ; pour moi, c’est beaucoup en une seule fois même avec les produits pour la maison, la toilette, un peu d’épicerie. Heureusement ma voisine consomme des sodas et de l’eau en plastique. Ça m’aide (qu’est-ce que ça coûte cher ces choses-là !)
* Quand je « gagne » un bon d’achat (c’est arrivé deux fois), c’est la croix et la bannière pour en récupérer le code (appel au service conso, multiplication des mails…) et pas simple à entrer sur le site.
* Une fois la commande passée et le créneau de livraison trouvé (pas si facile pour éviter de faire bosser des gars en dehors d’horaires civilisés, soit du lundi au vendredi de 8 heures à 18 heures dans la conception que j’en ai), les choses s’arrangent. La livraison est le plus souvent dans le créneau demandé, et en cas de souci (produits manquants, abîmés, moyennement frais, etc.) le remboursement, sur déclaration simple, est rapide.
J’en suis donc globalement satisfaite (j’aime bien les laitages Carrefour, très bons et pas chers… quand ils sont disponibles, bien sûr) ; mais les contraintes restent fortes ; surtout en cas de gros bogue, comme ce mardi 10 mai : un texto m’informe à 7 heures qu’une partie de ma livraison est indisponible : tout le frais, soit des laitages, des fruits et des légumes ; elle est annoncée en retard (alors que bien sûr, j’ai un rendez-vous ce jour-là).
J’ai donc appelé le service commercial et suis tombée sur un homme : charmant, gentil, clair dans ses explications (il est désolé pour le frais et si je ne suis pas là hors du créneau, ma commande me sera remboursée). Ses réponses ne m’arrangent pas ; mais que peut-il répondre d’autre ? Il n’est pas possible dans ce genre de cas de décaler la livraison pour avoir le frais et un créneau plus sûr. Dommage. Je lui en fais la suggestion. Il promet de transmettre.
Ceci étant, je remarque à l’usage que les femmes sont plus empathiques quand je fais état de problèmes d’accessibilité, de contraintes liées à ma déficience visuelle, d’embarras de ne pas disposer des produits commandés (de première nécessité, pour moi) et de devoir activer un plan B. J’y vois là l’expression de la vision genrée des tâches : elles savent en quoi faire ses commissions pèse sur le quotidien et les conséquences d’un défaut d’approvisionnement. Les hommes, eux, ils s’en tapent, leur femme s’en occupe.
Quant au handicap, il est évident que cela leur passe au-dessus de la tête ! Mes interlocutrices, quand je leur parle de ce que ça implique me posent des questions, font des suggestions parfois… Eux, que dalle. Ce n’est pas grand-chose l’empathie ; mais ça fait toujours plaisir quand on est en galère. Est-ce que ça s’apprend à l’école du service commercial ? En apparence, sans doute ; mais le « petit quelque chose » qui fait la différence n’y est pas.

Note. J’ai écrit ce billet alors que la commande n’était pas livrée. Elle l’a été avec 45 minutes de retard et les produits frais y étaient ! Je dois donc à Carrefour 12 euros (moins les bananes qui étaient abîmées). J’ai appelé. Le service compétent devrait m’envoyer un complément de facture. Suspens !

Galère @17

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épilogue ?
Il est important de lire l’Épisode 1, puis l’Épisode 2 pour bien comprendre ce feuilleton.

J’attendais donc la réponse de ma banque à mon message « Certicode défaut d’accessibilité » pour désactiver ce système de certification que je ne pouvais pas utiliser. Elle a mis quelques jours à venir. En voici les trois premières phrases :

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez activer le service Certicode Plus.
« Nous vous informons que nous ne sommes pas en mesure de prendre en charge cette demande depuis la messagerie.
« Nous tenons toutefois à vous préciser que ce service n’est obligatoire que si vous souhaitez consulter vos comptes via l’application mobile. »

J’ai donc confirmation que l’activation de ce service n’est pas obligatoire pour l’utilisation de mon compte et des paiements en ligne contrairement à ce que laissait supposer le message initial et les insupportables fenêtres intruses (français de l’angliscisme « pop up ») qui s’activent à chacune de mes connexions. Je lis néanmoins la longue suite du message, espérant y trouver un mot sur la question de l’accessibilité qui était au centre de mon message d’origine. Il n’en est pas question, bien au contraire ! On me ressert la procédure pour activer Certicode+ sans tenir compte de mes remarques initiales.
Je me fends donc d’une réponse, un peu colère.

« Bonjour, Je crois que vous n’avez pas bien lu mon message… Ce n’est pas très grave ; le juge administratif sera sans doute plus attentif à mes demandes. Bonne journée ! »

Pour cette fois, la réponse vient dans l’heure…

« Dans votre message ci-dessous, vous souhaitez obtenir des informations concernant le service Certicode Plus. (…) Pour vous assurer toujours plus de sécurité dans la gestion de vos comptes en ligne, La Banque Postale propose le service : Certicode Plus. Ce service gratuit vous donnera un accès simplifié à toujours plus de fonctionnalités (ajout de bénéficiaires, virements, gestion de vos cartes…) depuis votre Espace Client… »

Blablabla blablabla… Je remarque que l’on me sert cette fois un « accès simplifié » alors que mon souci est que ce service n’est pas accessible ; la notion de « simplification », dans ce contexte, m’échappe. Ignorant sans doute ce que signifie « basse vision », cette réponse pousse le vice validiste à m’inviter à me rendre dans mon bureau de poste si « Si vous ne voyez pas ce cadenas » ; à chaque opération ? Mais non, juste parce que ça voudrait dire que mon téléphone n’est pas le bon.
Je réponds encore, plus pédagogique.

« Non, je ne souhaitais pas d’information sur Certicode+ ; je souhaitais dénoncer le défaut d’accessibilité RGGA [je mets le lien] de votre application ce qui m’empêche de l’utiliser (ce qui constitue une discrimination). Je vous invite à continuer à répondre à côté de ma question, le juge administratif va s’en régaler.
« Très bonne fin d’année !
« Je souhaite à la banque postale pour 2022 d’appliquer la loi en matière d’accessibilité numérique. »

Cela fait dix jours ; je n’ai pas de réponse… Je n’en aurai sans doute pas.

Galère @16

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP — Épisode 2
Pour lire l’épisode 1
J’installe donc l’appli et… bingo ! Impossible de m’en servir. Je zoome, j’active la lecture à l’écran, je sors le compte-fils ; je n’y arrive pas. Sitôt, je fais un microbillet Twitter, très agacée (au sens où chaque fois que je suis face à des configurations physiques et numériques qui me disent que je suis déficiente visuelle i.e. plusieurs fois par jour, j’en suis blessée et ai besoin d’exprimer la colère qui s’en ensuit).
Je dégaine donc un microbillet Twitter, en même temps que j’envoie un message intitulé « Certicode défaut d’accessibilité » via mon compte en ligne, indiquant la rupture d’égalité et mon intention de saisir le juge administratif (il y a bien un moment où je vais m’y résoudre !) La réponse ne traîne pas et me renvoie à une conversation en message privé. Les réponses toutes faites s’y succèdent mais, en insistant un peu, il m’est clairement indiqué que je peux désactiver Certicode+ et pourrai toujours consulter mon compte et faire des paiements…
Mais pourquoi m’avoir fait croire le contraire ?
Je n’ai pas de réponse sur le sujet.
Au passage, je tombe sur une page du site de ma banque « L’accessibilité sur le site Labanquepostale.fr » avec un contact dédié (le reste de la page dit tout du caractère compliqué de l’accessibilité). Très vite de nouveau, un monsieur m’appelle ; il me confirme que Certicode+ n’est pas obligatoire, convient que la vocalisation sur l’appli est difficile (il est déficient visuel et utilise Voice over) mais n’en dit pas plus, obligation de réserve oblige.
Je décide donc d’attendre la réponse officielle sur mon compte avant de désactiver l’appli… Suspense !

Galère @15

Copie d'écran de l'appli de la banque poste, mode d'emploi. Je ne peux pas vous dire ce qu'il y a dessus, je ne lis pas.LBP – Épisode 1
Depuis quelque temps, mon banquier affiche à chaque connexion sur mon compte en banque que je dois souscrire à « Certicode+ », un système de protection de mes transactions financières (paiement CB, virements, etc.) supérieur à celui déjà activé, « Certicode ». Jusqu’à présent, je recevais à chaque transaction (ou presque) un SMS avec un code unique ; le « + » consiste à utiliser l’appli téléphone ou tablette pour saisir un code unique sur un pavé numérique aléatoire (les chiffres changent de place à chaque connexion).
Mon petit doigt me disant que l’appli ne serait pas accessible (pavé aléatoire + taille de police), surtout sur le téléphone que je devais forcément privilégier (un seul appareil peut être associé et je ne me trimballe pas avec ma tablette), je résistais, agacée par ces avertissements sur mon compte et les quelques messages reçus. Et puis, est venu ce message…
Son titre : « Activez Certicode Plus pour accéder à vos comptes »
Je m’inquiète sitôt, le ton a changé ; il semble que si je ne le fais pas, je ne pourrai plus accéder à mon compte en ligne (ce pour quoi je paie cher pourtant) ni payer en ligne. Je lis avec attention le message.

« Pour plus de sécurité, la Directive européenne relative aux Services de Paiements (DSP2) impose une nouvelle étape d’authentification forte pour accéder à vos comptes et réaliser vos paiements en ligne.
« Cette authentification forte deviendra obligatoire dès 2022 et l’accès à votre Application mobile ou votre Espace Client Internet vous sera refusé si vous ne disposez pas d’une solution d’authentification forte.
« La Banque Postale met à votre disposition des solutions que vous devez activer au préalable pour continuer à accéder à vos services en ligne.
« N’attendez plus et équipez-vous gratuitement dès maintenant ! »

« Gratuitement » ? À ce stade de ma lecture, je comprends que la Banque postale va m’offrir de quoi faire une « authentification forte »… non, je ne crois pas au Père Noël et la suite ne me surprend pas.

« Vous avez un smartphone ou une tablette ?
« Téléchargez l’application mobile La Banque Postale puis Activez Certicode Plus. En savoir plus.
« Vous avez un téléphone mobile (hors smartphone) ?
« Rendez-vous en bureau de poste pour Enregistrez votre Numéro de téléphone sécurisé auprès de votre conseiller. En savoir plus.
« La Banque Postale vous remercie de votre confiance. »

Je comprends que si je n’ai pas de smartphone, cela fonctionnera quand même avec peut-être le système dont je dispose déjà. Mais quand je cherche des infos sur mon compte en ligne (elles ne sont pas en lien dans le message, ce serait trop simple), je ne trouve que des infos sur « Certicode+ »… Je demande à Isabelle qui m’indique le pratiquer sans souci. Cela m’inquiète toujours ; pure expression de ma résistance au changement ? J’invite toute personne qui souhaite avancer cet argument à s’adapter au quotidien à ce monde conçu par des valides pour des valides et on en reparle.
Oui, on en reparle ; ce billet est déjà long. Je passe en mode feuilleton…

Galère @14

Copie d'écran du formualrei Doctolib qui propose une aide aux personnes handicapéesLors d’une prise de rendez-vous à l’hôpital Saint-Joseph via Doctolib, j’ai été surprise que l’on me demande si j’avais besoin d’une « prise en charge adaptée ». Plusieurs options étaient possibles, j’ai répondu « Oui – situation de handicap » ce d’autant que je ne savais pas où se trouvait le service.
Je me suis présentée à l’accueil général. D‘emblée, la dame (après qu’une autre personne m’ait grillé la priorité) au vu de ma canne me propose d’appeler une aide. J’ai décliné, préférant me faire expliquer (je savais que je pourrais l’attendre un certain temps et j’avais dix minutes pour me rendre à mon rendez-vous).
Je suis ses indications, et entre dans l’hôpital par une entrée secondaire. Là, je pense savoir mon chemin mais arrive dans un endroit qui ne semble pas le bon. Je retourne à l’entrée gardée par des agents en tenue de sécurité (pull rayé de rouge, rangers, etc.). J’explique mon problème. Ils sont dans l’embarras. Ils ne sont pas censés quitter leur poste. L’un d’eux, finalement, m’accompagne.
À l’accueil du service, je raconte à l’agente administrative que j’avais demandé une assistance à la prise de rendez-vous…
— Ah ? Ils disent n’importe quoi sur Doctolib ; on n’est pas prévenus.
… et que l’agent de sécurité ne devait pas quitter son poste…
— Ils sont là pour ça !
Petit à petit, l’accessibilité fait son lit ? Tout petit à tout petit !

Galère @13

Un déambulateurDans la part de l’humanité qui me met en colère, j’ai rangé en tête de gondole un livreur UPS et son employeur. J’ai acheté des chaussures de rando montantes en ligne pour avoir une paire performante afin de m’aider à reprendre la marche. Je connaissais la marque, donc ma pointure. J’ai pu choisir la couleur, la livraison était gratuite et un bon de retour était annoncé dans le colis.
Dans les délais prévus, je reçois un SMS et un mail de UPS m’annonçant la livraison pour le mardi 22 sur un créneau horaire qui me va. J’attends. L’interphone sonne. J’ouvre puis vais sur mon palier en déambulateur. Personne ne vient. Je récupère le fauteuil roulant et descends. Dans ma boîte, je trouve un papier indiquant que je suis absente. Je fulmine. De retour chez moi, je vais sur le site de UPS : tout est écrit en anglais, je ne comprends pas comment passer en français ni comment prendre un nouveau créneau de livraison… Il faut dire que le site n’est pas accessible, évidemment.
J’appelle le numéro d’UPS. À la troisième tentative, j’arrive à contourner la répondeuse automatique et à avoir un téléconseiller dont les réponses m’inspirent suffisamment peu confiance pour que j’appelle le site marchand afin d’expliquer la situation. Une dame, prévenante, me dit s’occuper de la suite et que je serai livrée le lendemain avant 11 heures (j’ai un rendez-vous médical) ; sinon, je la rappelle. Le livreur arrive à 10 h 55. Il sonne, refuse dans un premier temps de monter :
— Je suis en double file.
— Et moi je suis déficiente visuelle et en fauteuil roulant, chacun ses problèmes.
Je l’entends râler. J’ouvre, sors sur le palier en déambulateur. L’ascenseur arrive, il est à trois mètres de ma porte. Sans en sortir, le gars me dit que j’étais absente hier. Je lui réponds vertement que si j’avais été absente, je n’aurais pas pu lui ouvrir en bas pour qu’il mette un mot dans ma boîte. Je m’approche. Il me tend le colis. J’ai les deux mains en appui sur le déambulateur ; je lui demande comment je fais pour le prendre. Sans répondre, il le pose près de l’ascenseur et le pousse du pied. Je m’approche encore.
À mon tour, je le pousse vingt centimètres par vingt centimètres du bout de ma jambe plâtrée, l’autre me maintenant debout, maugréant des considérations générales sur l’empathie dont il fait preuve alors que ma porte n’est pas loin pour lui, indiquant au passage que si je tombe, ça va lui coûter cher. Il garde la porte de l’ascenseur ouverte jusqu’à ce que je rejoigne mon logement en continuant à dire qu’il est garé en double file, qu’il ne peut pas sortir de l’ascenseur, etc.
Je n’ai pas fait de réclamation à UPS, considérant que je dois créer un compte pour cela et que je n’ai pas envie de leur communiquer mes coordonnées. J’ai fait un microbillet Twitter resté sans suite. Je compte sur chacun d’entre vous pour faire la publicité qui s’impose à cette société.

Galère @12

Après Cécyle, je me suis retrouvée comme elle à me mettre en quête d’une personne ayant perdu des papiers. Cette quête était moins complexe et riche, mais forcément j’ai pensé à elle.
Alors que je rentrais des courses avec Poussette, inspirée par Caddie, je vois sur le trottoir un paquet de papiers liés entre eux par un gros élastique. Les documents sont abîmés, il y a des traces de roues, mais je me rends rapidement compte qu’il s’agit de documents médicaux : copies d’arrêts de travail, résultats d’examens médicaux, ordonnances…
J’appelle la personne concernée dont je trouve rapidement le numéro de portable. Cela sonne, sans réponse et sans messagerie. Très vite, la meilleure solution me semble d’aller à la pharmacie. Sur le chemin, je pose mes courses à la maison.
À l’officine, la pharmacienne vérifie et ne trouve pas la patiente dans son fichier. Une délivrance de médicaments indique qu’elle est cliente chez des confrères pas très loin. Je m’y rends donc.
À cette seconde officine, une jeune employée commence à chercher dans son fichier et quand je lui dis que la personne est déjà venue, elle me dit s’occuper de la retrouver.
Ma mission s’est donc beaucoup plus rapidement terminée que pour Cécyle. Et je n’ai pas rencontré cette femme, mais je suis ravie d’avoir pu l’aider.

Galère @11

Une roue de CaddieN’hésitez pas à lire au préalable, l’épisode 1, l’épisode 2 et l’épisode 3.

Épilogue.
L’homme est donc allé au commissariat déclarer la perte de ses papiers, j’imagine. Comment est-il arrivé là ? Spontanément ? Guidé par l’homme avec qui j’ai parlé à la sanisette puis l’agent à la mairie ? Je ne saurai jamais.
Au téléphone, la dame me demande s’il y a bien un passeport dans le sac, me demande le nom du gars. Je lui dis combien je suis rassurée ; que j’ai laissé plusieurs messages sur le répondeur. Elle a l’air aussi ravie que moi de ce dénouement et me demande si je peux fixer un rendez-vous à ce monsieur.
— S’il peut attendre, dans 25 minutes devant le commissariat ?
L’idée m’est venue spontanément, c’était l’endroit le plus sécure !
Elle me décrit le monsieur ; je lui explique que je suis déficiente visuelle et que j’aurai une canne blanche à la main. Elle me dit « Très bien ! Il ne pourra pas vous manquer. » Je laisse Caddie dans la cuisine, pas mécontent de se poser un peu, et repars. L’homme me repère, en effet. Je l’observe ; il a l’air fatigué. Je lui donne le sac ; il le met tout de suite dans son dos. Il m’explique qu’il sortait de l’hôpital et qu’il est allé aux toilettes, qu’il a accroché son sac car il a été greffé d’un rein et cela lui faisait mal de le laisser sur son dos. Tout ça en deux phrases.
Je me souviens alors que l’allocation demandée est accordée aux personnes handicapées. Je lui suggère de garder ses papiers à la maison ; il me répond qu’il a peur de les y laisser. Je n’insiste pas. J’ai fait ma part pour aujourd’hui, et 15614 pas. Je ne sais pas si j’ai pris les bonnes décisions à chaque étape de cette aventure et l’écrire me permet de mesurer combien les choix que j’ai fait ont évolué en fonction des informations dont je disposais. L’issue est heureuse. C’est à l’instant l’essentiel ce d’autant que cette histoire me donne la satisfaction d’avoir pu aider mon prochain en dépit de pas mal d’obstacles. Vous avez dit « handicap » ?
— T’es belle comme une jument de course !
Caddie !

Galère @10

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien et le second sur celui-là.

Épisode 3. De la mairie à chez moi.
On marche à petits pas avec Caddie vers le commissariat, bien embêtés de devoir livrer des papiers tunisiens sans savoir si l’homme est en situation régulière même si la présence de documents du centre d’action sociale pourrait avérer trois ans de résidence à Paris puisque c’est une condition pour bénéficier d’aides. Faut-il être en situation régulière ? Je l’ignore. Il n’en est pas besoin pour payer des impôts, alors…
Arrivée rue Boulard, je décide de me poser sur un accroche vélos et mieux étudier les papiers contenus dans la pochette en plastique. Je passe les feuilles d’impôts, le bail et retombe sur un document du bureau d’aide sociale. En gros, en haut « Demande d’attribution »… J’en ai rempli un il n’y a pas longtemps et on m’y demandait mon téléphone. Bingo ! Je sors Cousin Smarty, je lance Seeing all qui me lit le document… avec un numéro de téléphone ! Je le repère sur la page, fais une photo, zoome et le recopie dans Note (bah oui, les procédures de bigleux, c’est toujours un peu complexe).
Je mets mon téléphone en numéro masqué (sait-on jamais…) et appelle. À la cinquième sonnerie, répondeur. Je laisse un message, indiquant à ce monsieur que j’ai son sac avec tous ses papiers et que je le rappelle dans cinq minutes pour que nous fixions un rendez-vous. J’attends. Je rappelle. Répondeur. Avec Caddie (qui commence à trouver le Vrac un peu lourd), on décide de rentrer à la maison ; ce monsieur va bien finir par décrocher ! Quand j’y arrive, vingt minutes plus tard, j’ai appelé cinq fois, sans succès.
N’aurais-je pas dû aller au commissariat ? Je me pose de plus en plus la question. Je sors le document sur lequel j’ai trouvé le numéro de téléphone. Je vérifie sur le site de la Ville les conditions d’attribution de l’allocation visée : il faut bien être en situation régulière pour en bénéficier. Le temps de rentrer, je me suis demandé où je pourrais donner rendez-vous à cet homme sans risque pour ma propre sécurité. Dans le sac, j’ai trouvé un briquet sans cigarettes et du Lexomyl… L’heure du couvre-feu approche. Je dois prendre une décision, pestant un peu contre l’esprit de chevalerie de Caddie.
Je pense à mon voisin qui pourra m’aider mais qui part en week-end demain tôt. Je dois régler cette affaire ce soir. Je décide d’appeler une dernière fois et si personne ne décroche, je laisserai un message en indiquant que je déposerai le sac le lendemain au commissariat du 14e. À la troisième sonnerie, un homme décroche ; je me présente ; il me dit quelque chose que je ne comprends pas et j’entends alors la voix d’une femme :
— Bonjour, madame, c’est le commissariat du 14e…

Galère @9

Une roue de CaddieLe premier épisode de ce feuilleton est sur ce lien.

Épisode 2. De la sanisette à la mairie
Je suis assise sur ce banc devant la sanisette avenue René Coty, le sac avec la vie d’un monsieur au chaud dans Caddie posé sur mon Vrac, et je cherche une solution pour trouver son numéro de téléphone. Je demande d’abord à Siri, qui ne le trouve pas dans l’annuaire. Je songe alors que j’ai vu des documents de la mairie et du centre d’action sociale. Il doit être possible de le retrouver par cette voie ?
Il est 16 h 35. La mairie est à dix minutes et l’accueil ferme à 17 heures ; j’espère y trouver de l’aide pour mieux lire ces documents et peut-être y dénicher un numéro de téléphone. Je me lève, attrape Caddie et remarque un monsieur à la porte de la sanisette. Mon gars ? Je m’approche.
— Bonjour, monsieur, vous n’auriez pas perdu un sac ?
— Oui !
Il s’agit à l’évidence d’un homme vivant dans la rue ; j’ai vu un bail dans les documents ; ça ne colle pas. Je lui demande son nom. Il me donne un prénom qui n’est pas le bon. Il n’insiste pas. Je lui explique que j’ai trouvé le sac dans la sanisette. Il me suggère d’aller le porter au commissariat. Je lui réponds, sans réfléchir que je ne préfère pas ; il y a un passeport et ne sais pas si l’homme a des papiers, que je veux juste lui rendre son sac, pas qu’il se retrouve en centre de rétention administrative. Je pars en lui indiquant que je vais à la mairie, qu’il le dise s’il croise un homme qui cherche son sac.
Je sprinte avec Caddie. On arrive à moins dix à la mairie. J’ai sorti ma canne blanche pour m’éviter trop d’explications sur pourquoi j’ai besoin d’aide pour trouver un numéro de téléphone dans les documents. Un agent de surveillance barre la porte. Je lui explique la situation. Il me répond que l’accueil a fermé plus tôt, nous sommes veille d’Ascension… et me dit d’aller au commissariat qui est… « par là ».
Il tend le bras en conséquence, ce qui ne m’aide guère. Pour corser l’histoire, il faut que je précise que le commissariat du 14e est en travaux et qu’il a déménagé de l’avenue du Maine à ? « Par là, tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper. »* J’explique à cet agent que ce bras tendu dans le vide n’est pas un bon indicateur, qu’il me donne une adresse ; il ne sait pas ; à côté de La Poste, avenue du général Leclerc.
Ça m’embête toujours d’aller au commissariat… mais j’y vais. Avec ce passeport dans le sac, je n’ai guère le choix.

Un extrait de plan du 14e arrondissement* Je vous mets ci-contre le plan du quartier avec indication de où se trouvait cet agent par rapport au commissariat afin que vous appréciiez la qualité de ses indications.