Archives de catégorie : Féminité @

Féminité @9

Lundi dernier, je me suis rendu au bureau de poste pour récupérer un colis. Juste avant mon tour, je voyais et entendais la dame au guichet à côté du mien. Elle expédiais colis et lettres et en était à l’étape du choix des timbres. Elles voulaient de beaux timbres, la postière sortait alors ses cahiers de collections. La cliente en avait déjà choisis un certain nombre mais il en manquait encore deux. La postière lui en proposa alors un timbre à l’effigie de Camille Saint-Saëns (par ici) et un autre représentant Simone de Beauvoir. Pas de réponse. La postière répète sa proposition et la dame accepte celui de Saint-Saëns. La postière insiste : « Et un avec Simone de Beauvoir ?
– Non ! Pas Simone de Beauvoir !
 »
Bon, la petite histoire ne dit pas pourquoi « pas Simone de Beauvoir » mais ma grande Histoire à moi en sait plus sur cette dernière que sur Camille Saint-Saëns (dont je ne nie pas le talent pour autant).

Féminité @8

Je n’ai pas porté de robe ou de jupe depuis mes dix ou onze ans, je pense. La dernière photo que j’ai de moi en robe (ci-contre) date de juillet 1973. Je me souviens d’ailleurs très bien de cette robe en jean, assez courte avec un haut à bretelles comme une salopette. Ce n’était pas un vêtement de tous les jours car au quotidien, j’étais déjà accro aux pantalons, plus confortables, et moins « fille ». Le côté « salopette »…
— Petite salope ?
Caddie ! Tais-toi.
Le côté salopette donc était sans doute la raison qui me faisait encore accepter ce genre d’accoutrement. J’ai 57 ans et n’ai jamais démordu du pantalon, ou du short ; la jupe me donne l’impression d’une vulnérabilité qui m’est insupportable. Pourtant, dans le confort de mon appartement, je viens de renouer avec l’objet, me rendant compte qu’il pouvait avoir des qualités.
J’ai évoqué dans ce billet du premier confinement mon accoutrement maison. Cet hiver un peu plus froid que les précédents m’a fait renouer avec la pratique du plaid sur les jambes quand on est assis dans une version « jupe » tout à fait inattendue. J’utilise une cape en polaire que je ne trouve pas très chauffante sur les épaules mais qui, grâce à ses deux cordons terminés par un pompon, tient parfaitement à la taille et forme une jupe qui maintient une chaleur fort agréable.
Je vous rassure, je n’enlève pas pour autant mon bas de jogging : elle vient par-dessus ! Il faudra que je regarde dans les solderies de vêtements si je ne trouve pas une jupe longue en laine qui vienne me réchauffer un peu plus l’hiver. J’en rêve déjà.

NB.  J’étudie, bien sûr, toute proposition de don de jupe longue en laine. Quant à glisser une main sous une jupe avec le consentement express de sa propriétaire, j’avoue que j’aime beaucoup tout en étant toujours un peu peureuse.

Féminité @7

Samedi 12 décembre 2020, huit commerçants ont organisé un mini marché de Noël sur une place de mon arrondissement. L’objectif était de mettre en valeur des commerces locaux et le point commun des huit est ce que je nommerais volontiers un « engagement politique » pour une consommation plus vertueuse, plus bio, plus durable. Je connais la plupart de ces commerçants même si je n’en suis pas forcément cliente. Je suis donc allée faire un tour, par solidarité, pour dire mon attachement à la vie de mon arrondissement.
Comme souvent dans ce genre de configuration, chaque exposant sous son barnum pratique l’entre-soi quand plusieurs personnes sont derrière la table ; ou s’occupe sur un livre ou un téléphone quand il n’y a qu’une personne. Notre mini-marché n’a pas échappé à la règle. J’ai ainsi dépassé six exposants (sur huit) sans un bonjour, et sans savoir de quoi il s’agissait, l’accessibilité basse vision n’étant jamais une priorité commerciale (à croire que les 1,2 million de déficients visuels sont des consommateurs négligeables…)
Arrivée devant l’avant-dernier stand, une jeune femme interrompt sa conversation avec sa voisine de table pour me saluer.
— Bonjour monsieur !
Je souris sous mon masque et réponds.
— Bonjour monsieur.
— Oh ! pardon madame.
— Je vous en prie…
Et passe mon chemin. J’entends derrière moi la plus âgée « Avec le masque et le chapeau, tu ne pouvais pas savoir. » Je reviens sur mes pas.
— Excusez-moi mais, pour une fois, je porte un chapeau acheté dans un rayon femme, un masque fleuri et une écharpe que porteraient peu d’hommes. Je mesure 1,60 m ; c’est petit. Je vous accorde que je n’ai pas les hanches d’une femme qui aurait fait quelques enfants ; je n’en ai pas fait.
La plus jeune des deux bafouille je ne sais quoi. La plus âgée me rétorque qu’il y a des hommes qui portent des masques fleuris et que c’est à cause du chapeau. Elle oublie la veste de rando, le jean et les croquenots qui ont sans doute emporté sa décision. Je leur souhaite une bonne soirée et rentre chez moi.
Je précise que le stand en question était tenu par une entreprise d’insertion qui recycle des jouets en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Ce n’est pas gagné. J’ai vu Pierre le lendemain ; il les connaît très bien. Ma réplique lui a plu ; il m’a expliqué que pour être une femme « c’est de pis en pis » ; il faut obligatoirement se maquiller pour passer comme telle. Et montrer mes yeux ? Même pas en rêve !

Féminité @6

lait bébéAu fil des photos que je publie, je sais que vous vous demandez comment je fais pour avoir une peau aussi lisse et jeune à 52 ans. Il y a l’albinisme, bien sûr, qui rend fondamentalement beau. Ce n’est malheureusement pas donné à tout le monde de porter ce bienfait génétique. Restent alors les conseils de beauté.
Depuis des années, matin et soir, je nettoie mon visage à l’eau chaude sans savon. Une fois séchée, je l’enduis d’une crème de jour le matin, d’une crème de nuit le soir. Ces crèmes, quand leurs vertus font l’objet de spots publicitaires, sont vendues à vil prix. Et vous savez mon aversion pour la vilenie commerciale !
J’achète donc mes crèmes en promotion, ou en marque de distributeur, considérant que Que Choisir constate souvent que le prix ne fait pas la qualité et que seule la variété nous prémunit des toxiques qu’elles contiennent toutes. Pour l’été, j’utilise un après-solaire pour le corps ; un truc d’albinos pour se refaire une peau de nacre après un peu trop de soleil. Le prix est cette fois compensé par la quantité vu que le tube dure bien au-delà de la saison estivale. Ça me va.
Lors d’un récent achat de crème de jour, je suis tombée sur une crème hydratante pour bébé en promotion très bon marché. Si cela hydrate la peau d’un bébé, la mienne devrait s’en satisfaire ? J’utilise cette crème depuis quelques jours. Elle hydrate en effet très bien mais a un effet secondaire inattendu : je sens les fesses de bébé !
La première fois, je dois avouer que j’ai été surprise et qu’il m’a fallu une bonne minute pour identifier l’odeur. Depuis, chaque matin, le phénomène olfactif se répète. Mes joues sentent le popotin de nourrisson ! Et mes fesses, me direz-vous, que sentent-elles ? Je reste à la crème nourrissante effet soie qui rend les femmes plus belles qu’elles ne le pensent. Je ne voudrais pas me les faire croquer par une femme en mal d’enfant ! Elle serait tellement déçue quand elle constatera que je suis sevrée et que j’ai déjà fait mes dents !

Féminité @5

Féé pour elle...Juste en face de l’hôpital Saint-Louis où je sortais d’un don de plaquettes, mon regard est attiré par une enseigne « Féé pour elle ». Oh ! Un magasin pour vanter la féminité me dis-je. Hum… Maquillage ? Lingerie fine ? Épilation ?
Les deux précisions accolées au nom ont donné une autre teinte, plus « médicalisée », à cette touche féérique : « prothèses capillaires » et « prothèses mammaires ». Quelle magie !

Féminité @4

Le domaine national de RambouilletEn ce mois d’août, je suis allée avec une amie visiter le domaine national de Rambouillet avec le château, la laiterie de la Reine et la chaumière aux coquillages. Cette dernière fût construite pour la princesse de Lamballe comme cadeau de son beau-père pour la consoler d’être devenue veuve après la mort, de la syphilis, de son coureur de mari. C’est d’extérieur une chaumière plutôt simple, dans la veine de l’attrait pour le pittoresque campagnard, mais à l’intérieur, il y a dans la pièce principale un décor de coquillages et de nacre riche et recherché.
Nous avons d’abord suivi la visite du château durant laquelle l’agent nous a parlé de cette chaumière comme le lieu où la princesse se retrouvait avec ses amies pendant que les hommes allaient chasser toute la journée. Ensuite, nous avons suivi la visite de la laiterie puis de la chaumière.
Cette fameuse bâtisse ne comporte que deux pièces, la plus petite était conçue avec des petites niches renfermant poudres et autres nécessaires à maquillage, et des miroirs pour permettre aux dames de se « refaire une beauté ». Dans la seconde pièce, un visiteur demanda ce que faisaient ces dames entre elles. La guide précisa « ça n’a pas changé » avant de répondre ce que font donc, selon elle, toujours et de tout temps les femmes ensemble…
Vous voulez savoir ce que sont donc ces occupations ? Réponse : « maquillage et ragots » ! Ah ?! Et ça n’a pas changé ? Les autres visiteurs n’ont pas relevé. Le regard que nous avons échangé, les deux homosexuelles de ce groupe pourtant mixte, s’est accompagné d’un « sans commentaire » silencieux.

Féminité @3

Monna et moiAu mois de juillet, j’ai suivi une série de cours d’été à l’École du Louvre. Le thème était Léonard de Vinci peintre. J’avais choisi cette semaine, car je connais professionnellement Vincent Delieuvin, le conservateur du Louvre chargé des cours, et je pensais que ce ne pouvait qu’être intéressant. Je n’ai largement pas été déçue, la qualité de ses interventions a dépassé mes attentes.
Lors de la séance consacrée à La Joconde, il a été question des hypothèses sur l’identité de la fameuse Monna. Les spécialistes s’accordent pour dire qu’il s’agit bien de Lisa Gherardini, mais certains s’échinent à vouloir y voir un travesti avec des arguments sans fondements.
Pourquoi y a-t-il cette volonté à attribuer une masculinité à La Joconde ? Pourquoi vouloir récupérer Léonard de Vinci comme peintre « queer » pour reprendre une expression autant inappropriée que les revendications face à l’expertise des spécialistes ? Le tableau le plus connu du monde représente une femme, serait-ce cela qui dérange tant certains mâles ?…

Féminité @2

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/Mon expérience des trans est différente de celle d’Isabelle et, si je partage la critique féministe proposée, je voudrais juste raconter une histoire.
J’avais une douzaine d’années. Nous rentrions en voiture avec maman. À la sortie de Montpellier, elle s’est arrêtée devant une femme faisant du stop : une femme, jupe courte, cheveux longs. Maman a ouvert la portière passager :
— Viens Didier, je te ramène.
Didier ? Du haut de mes 12 ans, de ma bigleuserie et de la nuit, comment imaginer que cette femme était un homme ? Je me suis tassée sur la banquette arrière et ai écouté leur conversation faite de phrases courtes. Didier parlait d’une voix grave comme celle d’un homme. Je sentais que quelque chose était très dur pour cette femme qui s’appelait et parlait comme un homme ; car déjà, son apparence me semblait plus probante que son prénom et sa voix.
Après qu’il fût descendu de voiture, maman m’a expliqué qu’il s’agissait d’un transsexuel, une erreur de la nature qui avait mis une femme dans un corps d’homme, que Didier se prostituait pour payer la chirurgie et que je devais le considérer comme la femme qu’il était au fond de lui. Elle a conclu en m’expliquant qu’elle l’aidait psychologiquement et qu’avec elle, il préférait utiliser sa voix d’homme et son prénom masculin. J’ignore pourquoi.
J’ai gardé de cette rencontre l’idée qu’il ne m’appartient pas de décider de l’identité de l’autre, même si cela me heurte, même si cela me choque ; et j’ai toujours soutenu les trans, au nom du respect dû à chacun. Dans le même ordre d’idées, je n’autorise personne à dire qui je suis ni comment je dois être. Et c’est là que je rejoins le propos d’Isabelle.
Quant à la question du combat LGB qui se marierait avec T, il faudrait l’avoir, en effet. Les trans sont peu nombreux et nos causes souvent se rejoignent… Pour ma part, ces deux arguments me suffisent à condition, bien sûr, que chacun respecte l’autre dans son identité.

Féminité @1

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/J’ai toujours été gênée par l’association revendiquée des homosexuels, bisexuels et transsexuels, le fameux LGBT, qui de façon ridicule devient maintenant le LGBTH, voir LGBTHI. Cette volonté forcenée de vouloir concilier les intérêts de ceux qui revendiquent une orientation sexuelle et ceux qui défendent une identité sexuelle aboutit à une aberration : certains nient ce que d’autres revendiquent, dans une pseudo-communauté d’esprit. J’affirme pouvoir être une femme sans correspondre aux stéréotypes de la féminité, contrairement à ce à quoi renvoie la majorité des trans.
J’avais essayé d’écrire un billet sur ce sujet, sans arriver à me détacher d’une sorte d’auto-censure de la critique de ce qui est présenté comme une telle évidence de communauté de combat. J’ai trouvé sur un blog un article exposant exactement ce que je pense sur le site d’Agnès Giard intitulé Les 400 culs.
Dans mes premières années de militantisme, j’ai rencontré des trans avec lesquelles j’ai sympathisé, alors que d’autres avaient un discours dans lequel je me sentais niée, rejetée. Même si les queer studies peignent ce regroupement d’une « légimité » intellectuelle, aucun argument en ce sens ne m’a jamais convaincue. Comment est-il possible de prétendre que la transsexualité est à la pointe de l’avant-garde théorique ? Comment arguer qu’elle met en question le genre alors qu’il s’agit avant tout de faire coller du ressenti avec des apparences ? Celles-ci se fondent sur des clichés, codes, normes, stéréotypes étiquetés sur les femmes pour qu’elles rentrent dans le moule social. Ce sont des prescriptions liées au modèle hétérosexuel dominant. L’opération et le changement d’état civil demandé signifient que la femme se réduit à un corps et une étiquette de genre. Personnellement, je trouve cela au mieux conservateur, au pire particulièrement rétrograde.
Je n’oublie pas la différence entre transsexuels et transgenres. Le point commun est de revendiquer un droit à s’habiller « comme » ceux de l’autre genre. Par là même, ils renvoient l’autre sexe à l’image sociale qui correspond : les femmes sont féminines, les hommes sont virils. Les trans voulant « devenir femmes » doivent être identifiées d’emblée comme des femmes, donc correspondre à ce qui leur est arbitrairement attribué : les jupes, le maquillage, les talons, la mise en avant des seins, etc., mais aussi une certaine délicatesse, voire une préciosité, bref, tout ce qui est de l’ordre de la représentation arbitrairement renvoyée à une essence du genre féminin.
Je n’ai pas plus d’arguments pour ou contre les choix à effectuer. Simplement, cela m’a fait du bien de lire un texte se permettant une critique au fond féministe d’un discours peu mis en question. D’autant plus que j’ai affronté des critiques, voire des attaques, parce que je ne rentrais pas dans ce fameux moule de la féminité. Les trans disent souffrir de ne pas être en adéquation avec ce qu’ils sont eux-mêmes. J’ai souffert de ne pas pouvoir vivre en adéquation avec ce que je suis à cause d’une foutue représentation caricaturale de la féminité que la majorité cherche à imposer aux femmes ou utilise pour les rabaisser. Il m’est donc difficile d’accepter un combat qui revient à défendre cette imagerie.
J’ai rencontré des trans avec lesquels je pouvais mener un combat commun, car leur discours ne visait pas à dire ce qu’est la femme, mais à aspirer à vivre leur choix individuel. C’est certainement plus difficile à défendre à certains moments, mais cela ne les a pas empêchées d’arriver à leur fin : devenir des femmes. Que cette expression est ambigüe… Quelle différence alors ? Celle entre un individu qui souhaite devenir une femme parce qu’il ne se sent pas homme dans une société comme la nôtre où il faut « être » d’un genre social défini, avec les attributs, activités, etc. socialement accolés. Ce n’était pas des femmes prônant une vérité en soi de la féminité. Il existe un autre moyen de défendre le principe essentiel de l’épanouissement de chacun. C’est une façon de pouvoir concilier les intérêts, les souhaits, les envies, les besoins de chacun sans être au détriment les uns des autres.