Archives de catégorie : Féminité @

Féminité @11

Je pose devant un arbre du jardin des Tuillerie. Ma couette, bien droite, se détable sur le marron de l'arbre.Depuis quelque temps, j’avais envie d’une couette sur la tête, comme Hoshi, et comme Johnny quand il fait du judo ; j’y associe une idée de force ; peut-être mon côté sumo ? Il n’était pas pour autant question de me laisser pousser les cheveux au-delà de deux ou trois centimètres pour amorcer la mèche. Je m’y suis attelée avant de courir chez Isabelle en lui indiquant bien mon souhait d’une couette tout en gardant mon toupet, bien sûr.
L’opération était délicate. Après plusieurs essais pour isoler la mèche dans une zone d’implantation qui allait bien (qu’elle soit pile au milieu de mon crâne m’importait peu), Isabelle a opté pour une pince à sac de chez Ikea et a joué de la tondeuse sous l’oeil inquiet des Mouton qui préfèrent garder leur laine. Helgant, pour sa part, est allé se cacher au fond de la cuisine craignant une apparition inopinée du toiletteur !
Me voilà donc avec un toupet et une couette, que je fais tenir avec un élastique. J’ai eu peu de réactions dont deux remarquables. Sarah m’a dit que c’est « déroutant », appréciation qui m’a permis de comprendre que cette simple mèche augmente mon étrangeté d’albinobutch, ce qui me plaît beaucoup et me permet d’en jouer. B, qui accueille et prend soin des enfants au judo, me regarde arriver et lance :
— Vous avez changé de coiffure ?
J’en rigole encore.

Féminité @10

Je rentre de chez le kiné et croise un de mes voisins avec qui j’ai des relations de mutuelle bienveillance. En plus de se dire bonjour, on se demande si cela va avec un intérêt réel. Notre lien s’est noué au fil du temps à travers mon activité sportive : ce voisin, qui n’a plus les moyens physiques de pratiquer m’encourage toujours et nous échangeons sur nos aptitudes respectives.
Il a été un de mes soutiens quand je me suis cassé la cheville, encourageant toujours mes progrès, me donnant quelques conseils, attentifs à mes progrès. Je sors ce matin-là de l’ascenseur ; il arrive du fond du couloir, accélérant le pas pour que la cabine ne reparte pas sans lui. Dehors, il pleut à seaux.
— Bonjour, Cécyle, ça va ?
— Oui, très bien ! Attention dehors, ça mouille !
— Ah ! Ça va bien alors…
Et l’ascenseur l’emporte pendant que j’éclate de rire, convaincue qu’il a mal entendu ma réponse mais que le résultat est détonnant.

Féminité @9

Lundi dernier, je me suis rendu au bureau de poste pour récupérer un colis. Juste avant mon tour, je voyais et entendais la dame au guichet à côté du mien. Elle expédiais colis et lettres et en était à l’étape du choix des timbres. Elles voulaient de beaux timbres, la postière sortait alors ses cahiers de collections. La cliente en avait déjà choisis un certain nombre mais il en manquait encore deux. La postière lui en proposa alors un timbre à l’effigie de Camille Saint-Saëns (par ici) et un autre représentant Simone de Beauvoir. Pas de réponse. La postière répète sa proposition et la dame accepte celui de Saint-Saëns. La postière insiste : « Et un avec Simone de Beauvoir ?
– Non ! Pas Simone de Beauvoir !
 »
Bon, la petite histoire ne dit pas pourquoi « pas Simone de Beauvoir » mais ma grande Histoire à moi en sait plus sur cette dernière que sur Camille Saint-Saëns (dont je ne nie pas le talent pour autant).

Féminité @8

Je n’ai pas porté de robe ou de jupe depuis mes dix ou onze ans, je pense. La dernière photo que j’ai de moi en robe (ci-contre) date de juillet 1973. Je me souviens d’ailleurs très bien de cette robe en jean, assez courte avec un haut à bretelles comme une salopette. Ce n’était pas un vêtement de tous les jours car au quotidien, j’étais déjà accro aux pantalons, plus confortables, et moins « fille ». Le côté « salopette »…
— Petite salope ?
Caddie ! Tais-toi.
Le côté salopette donc était sans doute la raison qui me faisait encore accepter ce genre d’accoutrement. J’ai 57 ans et n’ai jamais démordu du pantalon, ou du short ; la jupe me donne l’impression d’une vulnérabilité qui m’est insupportable. Pourtant, dans le confort de mon appartement, je viens de renouer avec l’objet, me rendant compte qu’il pouvait avoir des qualités.
J’ai évoqué dans ce billet du premier confinement mon accoutrement maison. Cet hiver un peu plus froid que les précédents m’a fait renouer avec la pratique du plaid sur les jambes quand on est assis dans une version « jupe » tout à fait inattendue. J’utilise une cape en polaire que je ne trouve pas très chauffante sur les épaules mais qui, grâce à ses deux cordons terminés par un pompon, tient parfaitement à la taille et forme une jupe qui maintient une chaleur fort agréable.
Je vous rassure, je n’enlève pas pour autant mon bas de jogging : elle vient par-dessus ! Il faudra que je regarde dans les solderies de vêtements si je ne trouve pas une jupe longue en laine qui vienne me réchauffer un peu plus l’hiver. J’en rêve déjà.

NB.  J’étudie, bien sûr, toute proposition de don de jupe longue en laine. Quant à glisser une main sous une jupe avec le consentement express de sa propriétaire, j’avoue que j’aime beaucoup tout en étant toujours un peu peureuse.

Féminité @7

Samedi 12 décembre 2020, huit commerçants ont organisé un mini marché de Noël sur une place de mon arrondissement. L’objectif était de mettre en valeur des commerces locaux et le point commun des huit est ce que je nommerais volontiers un « engagement politique » pour une consommation plus vertueuse, plus bio, plus durable. Je connais la plupart de ces commerçants même si je n’en suis pas forcément cliente. Je suis donc allée faire un tour, par solidarité, pour dire mon attachement à la vie de mon arrondissement.
Comme souvent dans ce genre de configuration, chaque exposant sous son barnum pratique l’entre-soi quand plusieurs personnes sont derrière la table ; ou s’occupe sur un livre ou un téléphone quand il n’y a qu’une personne. Notre mini-marché n’a pas échappé à la règle. J’ai ainsi dépassé six exposants (sur huit) sans un bonjour, et sans savoir de quoi il s’agissait, l’accessibilité basse vision n’étant jamais une priorité commerciale (à croire que les 1,2 million de déficients visuels sont des consommateurs négligeables…)
Arrivée devant l’avant-dernier stand, une jeune femme interrompt sa conversation avec sa voisine de table pour me saluer.
— Bonjour monsieur !
Je souris sous mon masque et réponds.
— Bonjour monsieur.
— Oh ! pardon madame.
— Je vous en prie…
Et passe mon chemin. J’entends derrière moi la plus âgée « Avec le masque et le chapeau, tu ne pouvais pas savoir. » Je reviens sur mes pas.
— Excusez-moi mais, pour une fois, je porte un chapeau acheté dans un rayon femme, un masque fleuri et une écharpe que porteraient peu d’hommes. Je mesure 1,60 m ; c’est petit. Je vous accorde que je n’ai pas les hanches d’une femme qui aurait fait quelques enfants ; je n’en ai pas fait.
La plus jeune des deux bafouille je ne sais quoi. La plus âgée me rétorque qu’il y a des hommes qui portent des masques fleuris et que c’est à cause du chapeau. Elle oublie la veste de rando, le jean et les croquenots qui ont sans doute emporté sa décision. Je leur souhaite une bonne soirée et rentre chez moi.
Je précise que le stand en question était tenu par une entreprise d’insertion qui recycle des jouets en luttant activement contre les stéréotypes de genre. Ce n’est pas gagné. J’ai vu Pierre le lendemain ; il les connaît très bien. Ma réplique lui a plu ; il m’a expliqué que pour être une femme « c’est de pis en pis » ; il faut obligatoirement se maquiller pour passer comme telle. Et montrer mes yeux ? Même pas en rêve !

Féminité @6

lait bébéAu fil des photos que je publie, je sais que vous vous demandez comment je fais pour avoir une peau aussi lisse et jeune à 52 ans. Il y a l’albinisme, bien sûr, qui rend fondamentalement beau. Ce n’est malheureusement pas donné à tout le monde de porter ce bienfait génétique. Restent alors les conseils de beauté.
Depuis des années, matin et soir, je nettoie mon visage à l’eau chaude sans savon. Une fois séchée, je l’enduis d’une crème de jour le matin, d’une crème de nuit le soir. Ces crèmes, quand leurs vertus font l’objet de spots publicitaires, sont vendues à vil prix. Et vous savez mon aversion pour la vilenie commerciale !
J’achète donc mes crèmes en promotion, ou en marque de distributeur, considérant que Que Choisir constate souvent que le prix ne fait pas la qualité et que seule la variété nous prémunit des toxiques qu’elles contiennent toutes. Pour l’été, j’utilise un après-solaire pour le corps ; un truc d’albinos pour se refaire une peau de nacre après un peu trop de soleil. Le prix est cette fois compensé par la quantité vu que le tube dure bien au-delà de la saison estivale. Ça me va.
Lors d’un récent achat de crème de jour, je suis tombée sur une crème hydratante pour bébé en promotion très bon marché. Si cela hydrate la peau d’un bébé, la mienne devrait s’en satisfaire ? J’utilise cette crème depuis quelques jours. Elle hydrate en effet très bien mais a un effet secondaire inattendu : je sens les fesses de bébé !
La première fois, je dois avouer que j’ai été surprise et qu’il m’a fallu une bonne minute pour identifier l’odeur. Depuis, chaque matin, le phénomène olfactif se répète. Mes joues sentent le popotin de nourrisson ! Et mes fesses, me direz-vous, que sentent-elles ? Je reste à la crème nourrissante effet soie qui rend les femmes plus belles qu’elles ne le pensent. Je ne voudrais pas me les faire croquer par une femme en mal d’enfant ! Elle serait tellement déçue quand elle constatera que je suis sevrée et que j’ai déjà fait mes dents !

Féminité @5

Féé pour elle...Juste en face de l’hôpital Saint-Louis où je sortais d’un don de plaquettes, mon regard est attiré par une enseigne « Féé pour elle ». Oh ! Un magasin pour vanter la féminité me dis-je. Hum… Maquillage ? Lingerie fine ? Épilation ?
Les deux précisions accolées au nom ont donné une autre teinte, plus « médicalisée », à cette touche féérique : « prothèses capillaires » et « prothèses mammaires ». Quelle magie !

Féminité @4

Le domaine national de RambouilletEn ce mois d’août, je suis allée avec une amie visiter le domaine national de Rambouillet avec le château, la laiterie de la Reine et la chaumière aux coquillages. Cette dernière fût construite pour la princesse de Lamballe comme cadeau de son beau-père pour la consoler d’être devenue veuve après la mort, de la syphilis, de son coureur de mari. C’est d’extérieur une chaumière plutôt simple, dans la veine de l’attrait pour le pittoresque campagnard, mais à l’intérieur, il y a dans la pièce principale un décor de coquillages et de nacre riche et recherché.
Nous avons d’abord suivi la visite du château durant laquelle l’agent nous a parlé de cette chaumière comme le lieu où la princesse se retrouvait avec ses amies pendant que les hommes allaient chasser toute la journée. Ensuite, nous avons suivi la visite de la laiterie puis de la chaumière.
Cette fameuse bâtisse ne comporte que deux pièces, la plus petite était conçue avec des petites niches renfermant poudres et autres nécessaires à maquillage, et des miroirs pour permettre aux dames de se « refaire une beauté ». Dans la seconde pièce, un visiteur demanda ce que faisaient ces dames entre elles. La guide précisa « ça n’a pas changé » avant de répondre ce que font donc, selon elle, toujours et de tout temps les femmes ensemble…
Vous voulez savoir ce que sont donc ces occupations ? Réponse : « maquillage et ragots » ! Ah ?! Et ça n’a pas changé ? Les autres visiteurs n’ont pas relevé. Le regard que nous avons échangé, les deux homosexuelles de ce groupe pourtant mixte, s’est accompagné d’un « sans commentaire » silencieux.

Féminité @3

Monna et moiAu mois de juillet, j’ai suivi une série de cours d’été à l’École du Louvre. Le thème était Léonard de Vinci peintre. J’avais choisi cette semaine, car je connais professionnellement Vincent Delieuvin, le conservateur du Louvre chargé des cours, et je pensais que ce ne pouvait qu’être intéressant. Je n’ai largement pas été déçue, la qualité de ses interventions a dépassé mes attentes.
Lors de la séance consacrée à La Joconde, il a été question des hypothèses sur l’identité de la fameuse Monna. Les spécialistes s’accordent pour dire qu’il s’agit bien de Lisa Gherardini, mais certains s’échinent à vouloir y voir un travesti avec des arguments sans fondements.
Pourquoi y a-t-il cette volonté à attribuer une masculinité à La Joconde ? Pourquoi vouloir récupérer Léonard de Vinci comme peintre « queer » pour reprendre une expression autant inappropriée que les revendications face à l’expertise des spécialistes ? Le tableau le plus connu du monde représente une femme, serait-ce cela qui dérange tant certains mâles ?…

Féminité @2

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/Mon expérience des trans est différente de celle d’Isabelle et, si je partage la critique féministe proposée, je voudrais juste raconter une histoire.
J’avais une douzaine d’années. Nous rentrions en voiture avec maman. À la sortie de Montpellier, elle s’est arrêtée devant une femme faisant du stop : une femme, jupe courte, cheveux longs. Maman a ouvert la portière passager :
— Viens Didier, je te ramène.
Didier ? Du haut de mes 12 ans, de ma bigleuserie et de la nuit, comment imaginer que cette femme était un homme ? Je me suis tassée sur la banquette arrière et ai écouté leur conversation faite de phrases courtes. Didier parlait d’une voix grave comme celle d’un homme. Je sentais que quelque chose était très dur pour cette femme qui s’appelait et parlait comme un homme ; car déjà, son apparence me semblait plus probante que son prénom et sa voix.
Après qu’il fût descendu de voiture, maman m’a expliqué qu’il s’agissait d’un transsexuel, une erreur de la nature qui avait mis une femme dans un corps d’homme, que Didier se prostituait pour payer la chirurgie et que je devais le considérer comme la femme qu’il était au fond de lui. Elle a conclu en m’expliquant qu’elle l’aidait psychologiquement et qu’avec elle, il préférait utiliser sa voix d’homme et son prénom masculin. J’ignore pourquoi.
J’ai gardé de cette rencontre l’idée qu’il ne m’appartient pas de décider de l’identité de l’autre, même si cela me heurte, même si cela me choque ; et j’ai toujours soutenu les trans, au nom du respect dû à chacun. Dans le même ordre d’idées, je n’autorise personne à dire qui je suis ni comment je dois être. Et c’est là que je rejoins le propos d’Isabelle.
Quant à la question du combat LGB qui se marierait avec T, il faudrait l’avoir, en effet. Les trans sont peu nombreux et nos causes souvent se rejoignent… Pour ma part, ces deux arguments me suffisent à condition, bien sûr, que chacun respecte l’autre dans son identité.